Volver

Danse / Musique | Théâtre national de Chaillot | En savoir plus


Cette comédie musicale, jouée au Théâtre National de la Danse Chaillot à Paris est le fruit de la collaboration entre le metteur en scène Jean-Claude Gallotta et la chanteuse franco-espagnole Olivia Ruiz. Inspirée de la vie de cette dernière, l’œuvre est un mélange entre autobiographie et fiction. La vie de la jeune chanteuse espagnole Joséphine Blanc, depuis son immigration forcée en France, à son succès, en passant par son arrivée à Paris et son premier amour, nous est racontée, entre narration et chants. Olivia Ruiz partage ses émois d’une voix vive, seule sur scène, illuminée sous une lumière blanche, le reste de la scène plongée dans la pénombre. Cette ambiance intimiste, renforcée par la disposition très verticale de la salle qui donne une impression de hauteur et de plongée vers la scène, permet d’émouvoir et d’atteindre le spectateur. C’est d’ailleurs l’occasion dont se sert la chanteuse afin de sensibiliser le spectateur à l’exil forcé de milliers d’espagnols, leurs conditions de vie lors de leur arrivée et leur intégration dans la société française.

Accompagnée par neuf danseurs de la compagnie Jean-Claude Gallotta et par cinq musiciens, Olivia Ruiz se déchaîne et nous livre une prestation de haute qualité. La jeune femme interprète ses propres chansons et ne se ménage pas. L’alternance des chansons de type très variées et d’ambiances font que le spectateur ne se lasse pas. Ainsi, d’une ambiance cabaret avec une musique très gaie et entraînante, une lumière vive et des danseurs habillés de manière très colorée et dansant de manière dynamique, on peut basculer vers une atmosphère beaucoup plus triste et émouvante, où l’attention se focalise presque uniquement sur Olivia Ruiz et son partenaire, nous faisant presque oublier les musiciens présents sur scène. Les danseurs, souvent en couple, occupent tout l’espace, et sont très mobiles, ce qui donne un certain dynamisme.

Olivia Ruiz et Jean-Claude Gallotta propose un spectacle très riche et varié, qui, plus qu’un simple divertissement, émeut le spectateur. On se prend d’affection pour la jeune Joséphine, mais on s’interroge aussi sur la question de l’immigration des espagnols sous Franco.

Anna Bellot

La collaboration du danseur et chorégraphe Jean-Claude Gallota avec la chanteuse Olivia Ruiz a donné lieu à une adaptation de treize de ses chansons dans une comédie musicale, Volver, jouée en ce moment au théâtre national Challiot. Ces chansons ont été articulées autour de l’histoire de Pépita, une immigrée espagnole, fuyant la guerre de 1936, devenue Joséphine Blanc une fois arrivée à Paris pour cacher ses racines espagnoles. Olivia Ruiz incarne ce personnage et raconte l’histoire d’une immigrée écartelée entre deux pays, accompagnée d’une compagnie de danseurs et de musiciens.

La voix narratrice s’intercale entre les chansons accompagnées de danse, suivant un rythme qui laisse peut être peu de place à la surprise étant donné que la structure du spectacle reste toujours la même : Olivia Ruiz présente un élément narratif puis la chorégraphie et le chant l’illustrent. Cette histoire, bien que frappante par son actualité (au milieu du spectacle un parallèle sera fait entre ces immigrés espagnols et les cinquante millions de personnes devenues « peuple sans terre » actuellement) peut paraître suivre un scénario un peu attendu, qui se serait finalement passé des trames narratives pour se contenter des belles chorégraphies. En effet, j’ai trouvé que les plus beaux moments du spectacle étaient ceux qui revendiquaient le plus de simplicité et qui touchaient justes avec le chant d’Olivia Ruiz (une véritable performance étant donné qu’elle chante et danse simultanément durant tout le spectacle). Cette voix était le plus souvent accompagnée par des jeux de symétrie entre les danseurs, formant différents couples à l’image du couple de l’intrigue Pépita et son amant Raphael, combattant espagnol exilé en France. J’ai regretté que certains moments dérivent peut être légèrement vers le cliché : la femme tombant amoureuse d’un homme ténébreux et mystérieux par exemple, mais ils étaient souvent contrebalancés par de très belles performances chorégraphiques et musicales, avec des mouvements de danse contemporaine orignaux et expressifs. De la même façon l’utilisation de l’écran numérique au fond de la scène était pour moi superflu, la projection d’images avait tendance à casser l’effet poétique, mieux rendu par exemple lors de la scène initiale lorsqu’un voile recouvrait Olivia Ruiz en jouant avec des effets de lumière qui créaient une atmosphère plus intimiste.

Je conseillerais ce spectacle à ceux qui apprécient déjà l’univers d’Olivia Ruiz car elle est clairement mise en avant et certaines de ses chansons les plus connues sont jouées et la mise en scène qui les accompagne leur apporte une nouvelle dimension. Pour les autres, la découverte de son répertoire ainsi mis en scène peut faire passer un bon moment mais pour ma part je trouve que le spectacle manquait d’originalité au niveau de l’intrigue, il faut alors surtout venir pour apprécier la musique et la danse plus que pour la trame narrative elle-même.

Chloé Bories

Une première collaboration en 2014 lors de l’adaptation d’un ballet de Manuel de Falla, L’Amour Sorcier, a suffi à Jean-Claude Gallotta et Olivia Ruiz à envisager la nécessité de retravailler ensemble. Tout est parti d’un cadeau enchanté. Olivia Ruiz offre ces quatre premiers albums au chorégraphe, qui, au lieu de les laisser se couvrir de poussière sur une étagère remplie d’objets inutiles, les écoute attentivement. Ses mélodies souvent légères et amusantes et sa voix espiègle et atypique lui donne envie d’écrire une histoire entre autobiographie et fiction, un ballet autant énergique que tragique. Ensemble, ils inventent l’histoire de Pepita, une jeune espagnole forcée de quitter son pays pendant la guerre civile. Ensemble, ils mettent en scène la vie de cette femme courageuse et pleine d’espoir, qui, comme beaucoup d’autres dans les années trente, tente de se créer un avenir meilleur en France. Ses chansons rythment l’intrigue alors que la chorégraphie donne corps à l’histoire. Accompagnée de neuf danseurs, elle chante son histoire en même temps qu’elle la danse. Le spectateur partage avec elle ses aventures, ses peurs, ses joies, sa vie. En rendant hommage à ses origines, la chanteuse pointe du doigt la subtilité du biculturalisme et le tiraillement intérieur qui en découle : dois-je oublier d’où je viens pour comprendre qui je veux devenir ? Olivia met ainsi en avant la difficulté de se construire une vie loin de ses repères dans un pays qui la rejette, la souffrance de n’appartenir à aucune terre, ou plus encore, le sentiment de vivre même dehors de sa propre existence, de n’être plus qu’inconnu à soi-même.

« On se construira un avenir extraordinaire, tu verras »

L’illustration visuelle et musicale d’une histoire prévisible : une mise en scène semi-convaincante

L’idée de mélanger fiction et réalité semble bonne. Raconter une histoire qui ressemble à la nôtre, créer un personnage qui nous ressemble, lui donner vie par la voix et forme par la danse, est une idée séduisante. Tout commence derrière un drap blanc translucide sur lequel défilent des images floues de la guerre civile espagnole. On y aperçoit Olivia blottie sur le sol, symboliquement transpercée par les rayons lumineux que renvoi ces images : elle subit cette guerre qui l’affaibli. Les neufs danseurs viennent un à un l’effleurer avant de disparaître dans l’obscurité.  Leurs mouvements ralentis et incertains semblent indiquer les états d’âmes intérieurs de cette jeune femme, tiraillée entre l’envie de rester près des siens et de se construire un avenir ailleurs, dans un pays où elle pourrait être heureuse. Malgré le choix d’un thème trop peu inventif, la performance artistique complexe que nous propose la chanteuse est accomplie avec brio : chanter et danser dans un même souffle est un pari risqué braillement tenu. Le public est tout au long du spectacle bercé par sa voix enfantine aux intonations gourmandes et ses chansons envoutantes. Parce qu’Olivia Ruiz, c’est ça : un petit bout de femme pétillante à la voix qui se déguste.

Dès les premières notes, le spectateur comprend que deux mouvements vont rythmer le spectacle. Tantôt tragique tantôt pittoresque, l’histoire est entrecoupée de passages narratif, sorte de flash-back permettant de comprendre l’avancée de l’intrigue ainsi que les états d’âme du personnage. On déplore alors le manque d’originalité de la mise scène. Ce rythme binaire trop peu créatif prive le spectacle d’un caractère ovateur. Le spectateur n’a pas le temps de cafarder sur les quelques minutes d’instants dramatique – celui-ci agrémenté de danses pesantes, de lumières sombres et de textes graves et mélancolique – que l’autre mouvement, beaucoup plus euphorique a déjà pris le dessus. Par ailleurs, le lien entre les titres choisis et le thème principal reste encore en grande partie à déterminer. Ainsi, la linéarité du temps de l’intrigue logiquement adaptée pour raconter cette histoire, manque d’inattendu. Le lecteur est face à un livre ouvert. Passif, il se contente d’une histoire tendre, agréable à admirer et écouter, tragique à comprendre, mais trop prévisible. En effet, Voler n’a pas cet aspect surprenant et atypique qui le valoriserait, le public peine à se sentir touché par cette histoire qu’il a déjà entendue et dont il connait trop bien les étapes. Le manque d’âme de l’histoire en elle-même empêche le public de profiter du charme superficiel du spectacle. Le potentiel émotionnel du musical est donc variable : s’il est touchant par sa sincérité, le trop peu de réalité fait que le public n’y croit plus.

Une scénographie envoutante et efficace : une carence d’information scénique, un choix stratégique ?

Il est facile d’interpréter le manque de réel de particularité scénique comme un moyen de focaliser l’attention du spectateur sur la chorégraphie et le jeu des personnages. En effet, les danseurs évoluent dans un décor relativement neutre car l’intérêt est ailleurs. On remarque cependant quelques éléments scéniques intéressants et innovants comme ce drap blanc qui revient à deux reprises dans la mise en scène ; un élément de décors éphémère qui apporte une touche de nostalgie. Manuel Bernard introduit des jeux de lumière à des moments symboliques : un vert criard inonde la scène après la mort de Raphaël, l’amant de Pépita ; un rouge sombre à la fois séduisant et inquiétant, vient caresser les corps d’Olivia et de Paul Gouëllo le temps d’une danse. Symbole à la fois de la passion qui unit les deux personnages, ce rouge est aussi annonciateur d’un avenir plus tragique : l’abandon, les larmes, le sang. Et alors que le violet partage une danse avec la troupe, le jaune se mêle aux mouvement lourds et pesants de quelques danseurs accompagnés d’une chanson printanière d’Olivia. Ils deviennent alors des sortes d’oiseaux gazouillant sur les paroles chaudes et sucrés de la chanteuse. Même si ces effets lumineux sont trop rares, ils donnent à la scénographie un certain relief. Ainsi, elle est enrichie par ces contrastes, cet effet de rupture entre la chaleur des couleurs, les zones d’ombres et l’utilisation de faisceaux lumineux blanchâtres lors des parties comptées. Aussi, les vidéos que Maxime Dos incorpore au décor, participent savamment au tragique de l’histoire, elles illustrent la narration, apporte au spectateur un vision plus imagée de ce qui est dit et casse l’aspect globalement monotone de l’histoire. Enfin, la musique live est sans doute un des points fort, car outre le talent des musiciens, elle donne l’impression au public d’être doublement gagnant : il assiste à un concert et à spectacle de danse. Et, le choix des titres tantôt français, tantôt espagnol, évoque sans doute la situation dilemmatique de la jeune femme.

Une utilisation harmonieuse de l’espace scénique au service d’une chorégraphie désordonnée et imprécise

Ainsi, Jean-Claude Gallotta fait le pari risqué de capter l’attention du public par ses choix chorégraphiques et par la manière dont il fait évoluer ses danseurs sur scène. Leur répartition harmonieuse à chaque extrait autour de la chanteuse, donne un effet de cohésion agréable à contempler. Tantôt en couple tantôt seuls, les couples qui dansent autour du couple principal, d’Olivia Ruiz et Paul Gouëllo, sont en quelque sorte leur double, comme si on avait placé sur scène un miroir à multiples facettes qui leur renvoyait leur propre image. Une véritable symbiose s’opère entre les deux corps qui semble bien ne pouvoir fonctionner l’un sans l’autre. Quand Olivia danse seule, ses mouvements paraissent plus incertains, une moitié lui manque. Cette relation étroite et fusionnelle participe à l’équilibre global et rend l’ensemble visuellement beau. Cet équilibre se répète à plusieurs reprises, donnant une impression d’hétérogénéité à l’ensemble de la chorégraphie. Se détachant souvent de leur duo respectif, les danseurs solitaires gravitent autour de la chanteuse deviennent les personnages de sa vie, les protagonistes de notre roman. Mais leurs mouvements trop énergiques perdent souvent en cohérence et ne s’adaptent pas au thème. Les danses sont trop floues, les gestes trop imprécis et manquent de diversité, de sensualité. Le cœur ne semble pas y être : l’absence d’une véritable incarnation corporelle est sentie par le public qui peine à sentir l’âme et la réelle sincérité des danseurs. Il a alors l’impression de voir une simple illustration. Cependant, on en vient à se demander si ce trop-plein d’informations corporelles n’est pas voulu par Jean-Claude Gallotta : cette « pagaille extérieure » ne transposerait-elle pas le tiraillement interne de la jeune femme ?

Sujet actuel et préoccupations complexes : des enjeux tragiques

Même si l’action se déroule dans les années trente, l’actualité du thème ne peut qu’interpeller le spectateur. En proposant une réflexion sur l’immigration, le spectacle met au jour la situation dramatique de milliers de réfugiés. Comment peut-on arriver à se construire un avenir dans un pays où l’on vous rejette, où vous êtes considéré comme un intrus, alors que vous ne cherchez que la liberté et la sécurité ? Vous choisissez de renier vos origines pour mieux vous adapter à une nouvelle terre qui fait de vous un étranger. Perdu et isolé, vous ne savez plus qui vous êtes, vous n’avez plus aucun repère jusqu’à souffrir d’être même extrinsèque à votre propre existence. Cette femme seule tente de s’accrocher à ce qui lui reste d’espoir pour avancer et s’acharne à retrouver une stabilité intérieure et extérieure. Pourtant, elle possède bien deux cultures mais elle ne le sait pas. Courageuse, elle est le symbole de cette lutte silencieuse pour la liberté, une liberté qu’elle porte à incandescence. Voilà peut-être l’explication du manque d’originalité du spectacle : comment faire du neuf avec une histoire que tout le monde connait déjà ? Une histoire dont nous connaissons les aléas parce qu’elle nous est malheureusement familière.

Laura-Line Fady

Une histoire d’amour, une histoire d’émigration et d’immigration, une histoire d’aventure. Une comédie musicale, un concert illustré, un roman autobiographique sur scène.

L’union du chorégraphe Gallotta et de la chanteuse Ruiz parvient à croiser leurs domaines et à construire un spectacle hybride, une nouvelle forme artistique à la croisée entre concert, ballet et récit. L’expérience offerte au public est sans doute neuve. Neuve et très charmante, surtout pour ceux qui aiment le folk/rock en musique et le modern jazz en danse.

Tout le long du spectacle, musiciens, danseurs et chanteuse à l’indéniable maîtrise sont tous présents sur scène, mais cette « tragi-comédie musicale »[1] ne semble pas parvenir à fusionner tous ses éléments. En effet, musique, danse, chant et histoire se superposent sans s’entrelacer dans une alliance magique et prenante. Cela paraît d’autant plus vrai si l’on songe au récit, qui prend nettement le dessus par rapport au reste : les paroles des chansons, la voix-off de la protagoniste-narratrice, le texte projeté de temps en temps sur le fond de la scène peuvent provoquer chez le spectateur un véritable effet d’hypertrophie narrative.

Mais l’histoire racontée ne peut que séduire le public : l’amour tragique de la protagoniste, central dans le processus narratif, s’insère dans un parcours biographique touchant à la résistance, à la guerre, à l’exil plus ou moins volontaire, au désespoir, à la maturation personnelle, et surtout aux thématiques – on ne peut plus actuelles – de la tolérance, de l’immigration et de l’intégration.

Face à la force et intensité du récit, le spectateur peut parfois percevoir la danse et le chant comme diminués, en quelque sorte, par l’exiguïté de leurs évolutions et changements d’ambiances et de styles. En effet, la danse surtout, ne semble conçue que comme support lyrique à l’histoire racontée, donnant donc parfois une impression de monotonie : la structure des chorégraphies est souvent analogue, basée sur des déplacements dans l’espace pour créer une ambiance rapide, entraînante, forte, et sur une vague alternance de moments d’unisson et de quelques passes en binôme.

Cependant, l’effet demeure vigoureux : le public est ravi et emporté par la voix de Ruiz et par les gestes dansants, accompagnant de puissantes émotions. Si, en somme, il ne devrait peut-être pas se figurer une comédie musicale, ni un ballet enchanté, le public pourrait plutôt s’attendre à un récit de vie réfléchissant sur lui-même à l’aide de plusieurs arts, qui – perçu ainsi – peut aisément toucher l’être humain grâce à sa vivacité et poéticité.

[1] Expression citée de la présentation du spectacle sur le site du Théâtre National de la Danse Chaillot.

Silvia Giudice

« Une tragi-comédie musicale ou un ballet enchanté ? » demande le flyer pour Volver que j’ai pris entrant dans le Théâtre National de Chaillot. Mise en scène par chorégraphe Jean-Claude Gallotta, dramaturge Claude-Henri Buffard et chanteuse Olivia Ruiz, Volver est effectivement une performance difficile à placer.

L’histoire est fabriquée à partir des chansons d’Olivia Ruiz. Les chansons, venant de plusieurs albums de la carrière d’Olivia Ruiz n’ont pas tous le même style, de ce fait, il n’y a pas la même fluidité musicale que l’on retrouvera dans une comédie musicale « typique ».  Ceci dit, leur combinaison permet de raconter l’histoire de Joséphine Blanc, la nouvelle identité qu’assume notre héroïne pour s’échapper de son passé. C’est une histoire où se mêlent l’amour et la mort, une jeune fille à la recherche de son identité devra affronter les souffrances de deuil et de la solitude pour enfin comprendre qui elle est.

Le décor est minimal, des simples rideaux et de projections permet de ne pas surchargé la scène qui accueille les neuf danseurs ainsi que les cinq musiciens. Pour les amoureux de comédie musicale, Volver peut paraître un peu vide, l’histoire étant racontée par les chansons et les monologues d’Olivia Ruiz. Les danseurs semblent être des extensions du personnage principal, les subtils changements de leurs costumes aidant à exprimer les émotions et évènements vécus par Ruiz, ils incarnent ses pensées intimes, son esprit troublé et son amour tourbillonnant. S’approche-t-on donc plus à un ballet ? Pas vraiment, la danse en soi n’est pas assez complexe et travaillée pour pouvoir raconter seule cette histoire mais on n’a quand même pas l’impression que cela soit la but de Gallotta.

Ce n’est pas une comédie musicale ni un ballet de grande échelle comme peut faire penser le flyer mais un beau spectacle, rempli d’émotions, d’une musique de qualité et une performance impressionnante d’Olivia Ruiz qui chante accompagnée de ses musiciens, et n’a certainement pas de mal à rester au niveau des danseurs.

Sophie Hind

Le 14 octobre 2016 se produisait la comédie musicale de Jean-Claude Gallotta et Olivia Ruiz, Volver, au palais de Chaillot. Ce chorégraphe et cette chanteuse se sont retrouvés dans ce spectacle afin de mettre en scène treize chansons d’Olivia Ruiz, autour de l’histoire suivante : Joséphine Blanc, jeune espagnole forcée de quitter son pays dans les années 1920, se réfugie en France. Elle fait la rencontre de Rafael, autre réfugié espagnol. Ils tombent éperdument amoureux mais Rafael finit par s’engager dans la guerre et est tué, Joséphine sombre alors dans une profonde dépression. Elle découvre cependant qu’elle est enceinte de Rafael. Elle retourne en Espagne pleine d’espoir, souhaitant retrouver ses racines, elle y est malheureusement reniée par ses amis et sa famille pour avoir fui. Elle décide malgré tout d’y rester et de donner une véritable identité à son enfant : ce ne sera pas celle d’un réfugié.

Cette comédie musicale, bien que témoignant de véritables qualités gestuelles et vocales, m’a laissée quelque peu réticente sur la mise en scène.

Le chorégraphe Jean-Claude Gallotta y développe un véritable travail du haut du corps, les bras deviennent ainsi un élément central. Le sol est lui peu exploité. Le rythme binaire revient de façon obsessive sous la forme de duos, de répétitions, de l’alternance constante entre suspension et accent, de la superposition musique et danse. Les effets de groupes sont très présents. L’espace est lui extrêmement bien utilisé, jouant sur les différents orientations et structures : cercles, lignes, diagonales, quinconces, contre-points… Il y avait une véritable énergie marquant une recherche de la liberté (cheveux lâchés des danseuses, leurs robes volantes…).

Le talent des musiciens, présents en fond de scène, ainsi que celui d’Olivia Ruiz est indéniable, cela mettait véritablement en valeur la personnalité de la chanteuse.

Si le rapport entre musique, danse et théâtre se voulait sur un pied d’égalité, je pense que le résultat tendait à subordonner l’ensemble à la narration, ou plus exactement à la musique d’Olivia Ruiz, sur laquelle une histoire avait été collée. La narration rassemblait ainsi des textes ayant été écrits indépendamment et dans un but totalement autre. Si la danse n’était pas narrative, elle ne venait qu’illustrer les musiques, ce que j’ai trouvé regrettable. De plus, la dimension théâtrale était pour le moins décevante, puisque le monologue intercalé entre les chansons était enregistré au préalable. A cela nous pourrions ajouter l’absence totale de décor, ce qui est surprenant pour une comédie musicale. Cependant, cela n’était pas dérangeant, cela laissait une part d’imagination au spectateur, ce qui n’était justement pas possible pour la musique et la chorégraphie, et que j’ai regretté.

Ce qui m’a le plus dérangé dans l’œuvre était son côté trop narratif, prévisible dans sa structure et fragmenté, à l’inverse total des autres pièces de Jean-Claude Gallotta que j’avais précédemment vu. La structure « monologue + chant et danse » était répétée continuellement sans la moindre variation. Ainsi même la gestuelle se faisait très répétitive : des passages étaient répétés trois ou quatre fois de suite et parfois à plusieurs moments dans la pièce.

Si cette pièce restait d’une très grande qualité technique, elle n’était pas pour moi une révélation, ne venant pas transporter et perturber le spectateur dans ses idées préconçues, venant au contraire accroître ces dernières.

Clémence Hitters

Du 6 au 21 octobre 2016, Jean-Claude Gallota présente son nouveau spectacle « Volver » mené par Olivia Ruiz au Théâtre national de Chaillot. Durant 1h20, nous est contée l’histoire de Joséphine Blanc, réfugiée de la guerre civile espagnole. Enfant, ses parents l’envoient se cacher à Carcassonne pour fuir la guerre. Lasse d’être perçue comme une étrangère, elle décide finalement de monter à Paris pour se créer une nouvelle identité loin du passé… Dans sa nouvelle comédie musicale, Jean-Claude Gallota nous offre un récit saisissant qui ouvre le débat sur la difficulté de posséder une double culture. Cependant, le terme de « comédie musicale » employé par le metteur en scène atteint vite ses limites. À l’écoute de treize chansons d’Olivia Ruiz, Jean-Claude Gallota explique avoir eu l’idée de les transposer en comédie musicale. Les reprises sont assurées par les musiciens qui donnent un véritable rythme au spectacle. Olivia Ruiz livre une prestation remarquable. Sa voix résonne dans la salle claire et limpide et son jeu est parfaitement crédible. « Volver » est aussi l’occasion de (re)découvrir le talent d’Olivia Ruiz qui lui permet aussi bien de chanter en français, en anglais ou en espagnol tout en dansant ! La reprise de ses titres phares tels la « Femme chocolat » entraine une magnifique mise en scène avec jeux de couleurs et de sons. Mention spéciale pour la reprise émouvante en espagnol de « J’traine des pieds ». Les chansons rythment le spectacle. Elles se succèdent avec justesse et empêchent le spectateur de se reposer. D’ailleurs, celui-ci gagne en qualité et cohérence à chaque instant. Si la première partie déçoit, la deuxième aborde le véritable enjeu de « Volver ». En effet, le début du spectacle est trop rapide. Les étapes de la vie de Joséphine défilent trop rapidement. L’histoire dépeinte perd en crédibilité. De plus, certaines alliances entre la musique et l’histoire sont assez laborieuses. D’ailleurs, une comédie musicale suppose un équilibre entre le chant, la danse et le théâtre. Or, les chansons d’Olivia Ruiz ont tendance à étouffer la chorégraphie. Celle-ci, simple et dénuée d’originalité, confine la plupart du temps les danseurs en arrière plan. Seuls les rares interludes musicaux révèlent l’ampleur de leur talent. Et puis, Joséphine gagne en assurance dans la deuxième partie. On assiste alors à une véritable remise en question l’identité du personnage. Comment peut-elle ressentir ce sentiment d’exclusion malgré sa double culture? Doit-elle renier ses origines pour recommencer une nouvelle vie ? Entre les chansons, la voix off de Joséphine résonne. Au fur et à mesure qu’elle nous dévoile son tragique destin, nous ne pouvons rester indifférents. Nous ressentons son mal-être, souhaitons l’aider mais ne pouvons qu’écouter, impuissants. Des magnétos s’enchainent sur une toile en arrière plan pour rappeler les véritables évènements historiques, mêlant étroitement fiction et réalité. Cette confusion confère à l’histoire un réalisme encore plus frappant. Pour conclure, malgré quelques défauts, « Volver » ouvre un débat sur les réfugiés politiques tout en levant le voile sur une partie de l’histoire de France encore taboue aujourd’hui. Alors faut-il se mettre en quête de son passé ou chercher à écrire sa propre histoire ? Tel est la véritable question de cette tragi-comédie musicale.

Sofia Papon
Photo : Jean-Louis Fernandez