Valérie Lemercier

Humour | Théâtre du Châtelet | En savoir plus


Le nouveau spectacle de Valérie Lemercier, qui a lieu au théâtre du Châtelet, sous forme de petites scénettes humoristiques, présente l’actrice-comédienne dans la peau de différents personnages (un coach nutritionniste, une petite fille en compagnie de sa baby-sitter, une racaille, une adolescente qui fait des selfies, une vacancière, une mère de famille…) apparaissant dans des scènes de la vie de tous les jours, et s’adressant toujours à un interlocuteur précis dont on imagine les réponses, puisqu’elle est seule sur scène.
La mise en scène est très épurée : Valérie Lemercier apparaît constamment à l’avant-scène, avec pour seuls décors un téléphone fixe situé côté jardin, et une valise qu’elle traine derrière elle pour les scénettes dites « transitoires ». Ces scénettes, qui durent le temps du passage d’un bout à l’autre de la scène, marquent la transition entre les sketchs principaux, quand ce n’est pas un simple noir dans la salle qui annonce la fin de chaque prestation. Lemercier laisse aussi entrevoir les décors de 42nd Street en arrière scène lors de son final, ce qui donne un côté informel au spectacle.

Par ailleurs, elle est très simplement vêtue de noir et ne change pas de costume, seules ses répliques, ses mimiques et sa voix nous font voyager à travers les personnages qu’elle incarne. Mais on ne voyage pas toujours. On a tendance à comprendre globalement le genre de personnage de la société qu’elle incarne, mais on accroche plus à certaines interprétations qu’à d’autres, l’ensemble étant assez inégal : les caricatures des différents personnages sont parfois très justes (la petite fille gardée par sa baby-sitter par exemple),  comme parfois très mal interprétées (la racaille) malgré ses mimiques si propres à elle qui font souvent la richesse de son jeu d’actrice. Pourtant, à part quelques fans inconditionnels qui rigolent à n’importe quel morceau de phrase, pourvu qu’il soit énoncé par Valérie Lemercier, ça ne fait globalement pas bien rire le public. Il s’agit plus d’une interprétation théâtrale, parfois bonne, parfois mauvaise, de la société dans son ensemble que d’un réel one woman show comique comme on pourrait l’attendre de la part de l’actrice-comédienne, pourtant si drôle à l’écran. On peut aussi s’attendre à un jeu entre elle et le public, qui n’a jamais lieu, et c’est bien dommage.

De plus, on ne comprend pas vraiment le lien entre les scénettes, outre l’allusion récurrente (mais pas automatique, ni forcément très présente) à la nourriture et au rapport malsain de l’humain à la nourriture.
Le spectacle est donc plutôt décevant puisqu’il ne fait pas réellement rire et que l’interprétation des personnages n’est pas toujours convaincante, bien que quelques procédés scéniques, comme les passages de part et d’autres de la scène avec la valise, qui coupent le spectacle avec légèreté, soient intéressants.

Clémentine Dreyfus

Après sept ans d’absence, Valérie Lemercier prouve encore dans son nouveau one woman show au théâtre du Châtelet ses talents d’imitatrice. L’actrice nous offre une multiplicité de personnages différents, qu’elle incarne avec brio. Elle se métamorphose tour à tour en coach bio, en mère de famille, en bourgeoise, en veuf… Mêlant figures déjà connues par son public et nouvelles créations, elle ne tombe jamais dans le vulgaire ou dans le méchant cliché. Peut être la sobriété générale du spectacle permet-elle ce juste équilibre : une scène quasi-nue, dépourvue de décor et surtout, pas de changement de costume, mais un pantalon et un haut noirs, tout simplement. C’est dans cette neutralité que Valérie Lemercier fait naître ses personnages. Et c’est par cette façon de les créer à partir de rien, ou plutôt à partir de la même chose que se révèle son talent.
En ça, on pourrait la comparer à Gad Elmaleh mais contrairement à lui, Valérie Lemercier devient vraiment ses personnages et il nous semble qu’elle n’est pas dans la représentation d’elle même.
Ses dialogues sont hilarants : « Ce n’est pas en bouffant du Galak devant Youtube qu’on va retrouver votre tronche sur un billet de 50 balles ! » crie la Renardière dans un élan de grossièreté à ses enfants. C’est de la caricature, c’est souvent cru, mais jamais vulgaire.

Pour ceux qui s’attendrait à un show d’humoriste très improvisé, il est possible que ce soit décevant. Ici, peu d’interaction avec le public, mais c’est ce qui permet également au spectacle de ne pas tomber dans un humour lourd et trop insistant. Le public n’est du reste pas déçu et réagi toujours aux sketches, amusé (on rit du début à la fin).

En bref, Valérie Lemercier arrive à allier subtilité, évocation et imitation, humour parfois cru mais léger (on pense au veuf évoquant sans complexe ses souvenirs sexuels, qui aurait pu être ô combien lourd !). On en sort ravi, encore amusé, avec une farandole de personnages et on espère qu’elle en créera encore d’autres !

Sarah Müller

« Valérie Lemercier est sans conteste une merveilleuse comédienne ». Cette phrase ne m’a pas quitté de toute la représentation. Ce soir-là, au théâtre du Châtelet, la salle était presque comble. Je parcourais la salle des yeux avant que le rideau ne se lève ; une large majorité de quinquagénaires s’affairaient sur leur siège, de jeunes adultes aux allures proprettes et distinguées faisaient office de supplétifs. Au terme de quelque une heure et demie, je quittai la salle, partagé. Je ressassais : « Valérie Lemercier est sans conteste une merveilleuse comédienne… mais quel dommage ! ». Dans une mise en scène très simple : (une tenue noire, sobre et élégante, le simple bleu de travail des comédiens, ainsi qu’une valise à roulettes) Valérie Lemercier déroule son spectacle au fil d’une galerie de personnages, le tout reposant sur la simple interprétation de la comédienne, qui ne s’encombre d’aucun artifice. Succession de sketches, le spectacle n’entend pas inviter le spectateur dans un récit, mais prend le parti de nous dévoiler les brins de vie d’une dizaine de personnages sans aucun lien entre eux, un noir ponctuant et faisant la transition d’une histoire à l’autre. À certain moment, entre deux saynètes, la comédienne arpente le plateau dans sa largeur, tirant sa valise elle lâche une courte tirade, très efficace, donnant à son spectacle une respiration délicate. Des bourgeoises ; une nutritionniste ; une ado ; un banlieusard ; une divorcée ; une spectatrice sans-gêne ; l’ami d’un dépressif ; une enfant curieuse ; un vieux belge etc. L’interprétation de Valérie Lemercier est magistrale. Qualité très précieuse, une gestuelle clownesque au service de son personnage, rendant l’interprétation à la fois ample et très juste. Mais quel dommage d’être au service de tels textes ! Dès la première  saynète, une nutritionniste entend nous faire rire avec des références très appuyées à François Hollande ;  de petites sucreries, pour de légers sourires, mais, le festin, l’évasion et la fantaisie ne paraîtront qu’à de très rares instants lors de ce spectacle. L’interprétation est certes exemplaire, mais à peine entendues, les saillies s’évanouissent dans l’esprit du spectateur en même temps que la scène replonge dans le noir entre deux sketches. Et comment susciter de l’émotion, autre qu’un petit rire étouffé lorsque l’on nous raconte que la bourgeoise coincée est une bourgeoise coincée, que le jeune de banlieue est un jeune de banlieue, lorsque l’écriture est grossière ? comme encore dans son brouillon. Cependant, à de rares moments l’interprète parvient à nous « emporter » : lorsque Valérie Lemercier campe un vieux belge,   racontant à son fils, de manière à la fois crue ; truculente et touchante, les moments charnels  qu’il partageait avec sa regrettée mère. Ou encore, lors de son interprétation d’une enfant curieuse, voulant explorer le cabinet psychiatrique de sa mère avec l’aide de sa baby-sitter. Le seule-en-scène se conclue sur un dialogue où Jean d’Ormesson, singé par la comédienne, adresse ses félicitations à Valérie Lemercier ; la drôlerie étant sensée résider dans le fait que l’académicien s’essaie à la grossièreté. En définitive, si le spectacle de Valérie Lemercier nous offre une interprétation parfaite, le tout est sans aucune fantaisie, sauf à de trop rares moments, le texte n’offrant rien au spectateur, sinon des sketches oubliés aussitôt qu’ils s’achèvent, et quelques légers sourires.

Valérie Lemercier est une merveilleuse comédienne, que je rêve d’apprécier avec un texte à la hauteur de son interprétation. Si ce spectacle existe, il sera merveilleux.

Thomas Soler

Le dernier spectacle de Valérie Lemercier fut présenté il y a maintenant près de sept ans. Sept années qu’elle n’avait pas fait un « seule en scène ». Entre les différents tournages, les pièces de théâtre, elle joue depuis désormais plus d’un an son nouveau spectacle appelé sobrement « Valérie Lemercier ». La représentation avait lieu dans un théâtre qu’elle pratique depuis un certain temps, notamment pour la présentation des César. En effet, elle nous reçoit « à la maison », au théâtre du Châtelet pendant plus d’une heure et demie. Cette comédienne connue pour ses rôles au cinéma mais aussi au spectacle, nous offre une performance en crescendo pour son grand retour.

La scène est sobre, pas de décors, comme la majorité des « seul en scène » me direz-vous, seul un téléphone rouge accroché au mur côté cour, au cas où un spectateur veuille téléphoner au cours du spectacle. Cette sobriété se retrouve par son habillement, noire passe partout lui permettant de se fondre dans la peau de nombreux personnages éclectiques. Seuls ses vêtements sont sobres. En effet, Valérie Lemercier incarne des personnages hauts en couleur, puis a cette capacité a modulé son corps, a joué avec et mimé des personnages de différents âges, passant des plus âgés au plus jeunes, de la femme aux hommes. Cette énergie est assez captivante et incroyable.

Cependant, les sketchs se suivent et ne se ressemblent pas, la mise en route est lente et lancinante ce qui pèse un peu durant les vingt premières minutes. Oscillant entre l’actualité politique à la critique d’une société de consommation et cette course au régime diététique, en passant par la caricature d’« un jeune de banlieue », Valérie Lemercier s’installe progressivement dans son spectacle.

Le déclic se passe réellement quand son personnage fétiche de la bourgeoise qui lui colle à la peau, feint d’être une spectatrice en attente de la véritable Valérie Lemercier. Oui le spectacle est intelligemment mené, Valérie Lemercier sait où elle nous mène, capte l’ambiance de  la salle, ce qui démontre l’extraordinaire professionnalisme de cette  comédienne.

À partir de ce moment, le spectacle bascule, le rodage a pris, et les sketchs se suivent et s’accordent, allant d’une enfant cherchant à connaître l’intérieur du cabinet de psychologie de sa mère, à un vieux belge veuf, elle enchaîne les vannes et son public la suit enfin.

Par ailleurs, la ponctuation d’une Lemercier lancinante traversant la scène en balançant laconiquement des messages superbes, participe à cette réussite.

Une fois arrivée à ce point culminant, la fin semblait un peu fade. Cependant Valérie Lemercier décide quand elle finit, surprenant ses spectateurs, et les prenant même à contrepied. La fin se conclue en dent de scie, où la temporalité semble ne plus nous appartenir, où les gens partent alors que la fin n’était pas finie, jusqu’au bout elle nous tient, jusqu’au bout elle nous surprendra, c’est elle qui décide du clap de fin.

[anonyme]
Photo : Théâtre du Châtelet