Un fil à la patte

Un Fil à la patte, texte de Georges Feydeau mis en scène par Jérôme Deschamps à la Comédie Française (salle Richelieu).

La pièce Un fil à la patte écrite par Georges Feydeau et mise en scène par Jérôme Deschamps à été jouée dans la salle Richelieu de la Comédie-Française le 6 décembre 2011 à 20h30. Le metteur en scène a su offrir avec brio une représentation de ce vaudeville du XIX° siècle dans une salle entièrement conquise, preuve en a été les rires et l’applaudissement spontané qui furent légion tout au long de la pièce. Les acteurs mis en scène dans un décor foisonnant, diversifié, apportant un réel atout au jeu de ces derniers ont apporté aux spectateurs deux heures trente de pur bonheur et une franche partie de rigolade.

Cette pièce nous contait l’histoire de Fernand de Bois d’Enghien est revenu chez sa maîtresse la chanteuse Lucette Gautier, pour rompre après le déjeuner. Son mariage avec la fille de la Baronne Duverger est en effet annoncé dans Le Figaro du jour. Ce journal évoquant également dans ses lignes le succès de sa maîtresse la veille au théâtre, il s’emploie à lui en empêcher la lecture, et il lui devient encore plus difficile de rompre en présence des autres personnages. Mais cette pièce à l’allure badine répond tout de même à la maxime Castigat ridendo mores dans la mesure où nous assistons à la fin au châtiment -comique- de Bois d’Enghien grâce à la malice de la malheureuse Lucette. Nous remarquons aussi l’importance de plusieurs personnages, comme Bouzin, ce compositeur raté qui finit par avoir de l’importance malgré lui, ou encore le Général Irrigua, un général sud-américain, fou amoureux de Lucette et mourant de jalousie à cause de quiconque l’approcherait de trop près. La répétition de passages comiques, rendus possibles grâce aux quiproquos, aux procédés gestuels, et au jeu sur les mots a pour conséquence tout au long des trois actes composant la pièce d’apporter au spectateur un véritable divertissement.

Jérôme Deschamps met en scène ces personnages interprétés notamment par Hervé Pierre (Bois d’Enghien), Florence Viala (Lucette), Thierry Hancisse (Général Irrigua), et aussi Christian Hecq qui offre une interprétation magistrale du personnage de Bouzin -ce qui a néanmoins eu pour conséquence d’attribuer beaucoup d’importance à un personnage a priori secondaire-, dans un décor rappelant la France du XIX° siècle, les lits, canapés, et même les revêtements muraux sont fidèles à l’esthétique de cette époque. Relevons aussi la beauté des costumes, des robes des personnages féminins pleins de couleurs vives et preuves du travail de haute couture dont ils sont le fruit. Ce choix montre que le metteur en scène refuse de procéder à une actualisation de l’intrigue, ainsi aucun personnage ne rappelle par sa tenue vestimentaire ou son attitude le XXI° siècle. Mais cela a pour conséquence parfois d’établir un décalage avec le public, risquant d’éventuelles incompréhensions. Cela arrive notamment lorsque Hervé Pierre se retrouve dans ce qui pour le spectateur aujourd’hui s’apparente à un pyjama sur son palier, rien de choquant pour le public moderne, événement évidemment troublant pour un public contemporain à l’époque de Feydeau.
Ceci n’est néanmoins qu’un détail mineur dans l’appréciation de la pièce.
Le acteurs sont apparus comme pleinement impliqués dans leurs rôles, si bien que la magie de l’illusion a complètement opéré, certainement un élément essentiel pour remporter une si grande adhésion du public. En effet, les jeux sur la gestuelle de Christian Hecq, le malaise exagéré de Hervé Pierre ou encore la difficulté pour Thierry Hancisse de prononcer des mots tels que ”bagatelle” n’ont pas manqué de faire plonger le public tout entier dans l’hilarité tout au long de la pièce. Pour ce qui est des personnages féminins, rappelons qu’ils ont aussi beaucoup contribué à la création de l’univers comique, notamment lors de la scène d’exposition lorsque les plus jeunes d’entre elles cancanent en riant aux éclats.

Pour toutes ces raisons Un fil à la patte peut encore une fois être considéré comme étant au rendez-vous du grand succès connu depuis des années à la Comédie-Française; cette pièce de Feydeau est un vrai concentré de plaisir associant littérature française et divertissement de bon goût. Le caractère léger du vaudeville peut susciter l’attrait d’un public large, des plus jeunes aux spectateurs les plus avertis. – Chaymaa Deb


Mardi 6 décembre à 20h30. C’est dans la salle comble du théâtre Richelieu  de la Comédie-Française que de nombreux comédiens s’apprêtent à jouer Un fil à la patte. Ecrite en 1894 par Georges Feydeau, elle est mise en scène à la Comédie-Française pour la deuxième année consécutive, par Jérôme Deschamps.
L’histoire est plus ou moins simple et compliquée. Lucette Gauthier (Florence Viala) est chanteuse de cabaret et follement amoureuse de son amant Bois d’Enghien (Hervé Pierre). Ce dernier tente pourtant désespérément de mettre fin à cette histoire car le soir même il doit épouser Viviane (Georgia Scalliet) fille d’une riche héritière. Or, Lucette est invitée à ce mariage afin d’y donner une représentation. À ce qui est déjà un méli-mélo de situations compliquées, viennent s’ajouter des personnages particuliers tels que Bouzin (Christian Hecq), assistant de notaire et compositeur ou encore le Général (Thierry Hancisse) amoureux de Lucette elle-même.Il s’agit donc bien d’une comédie de vaudeville à laquelle Feydeau reste associé pour ses pièces satiriques contre la bourgeoisie de son époque.

Jérôme Deschamps propose une mise en scène très vivante  et extrêmement drôle. Il est par là très fidèle à la mise en scène de Georges Feydeau, plus d’un siècle auparavant. En effet, il dit lui-même avoir fait un relevé « assez scrupuleux » des didascalies. Ainsi la pièce tient le spectateur en éveil constant pendant plus de deux heures. Les moments forts se succèdent tout au long des trois actes. La pièce en elle-même se déroule sur un jour et demi. Elle commence dans le salon/salle à manger de Lucette, puis dans les appartements de la future famille de Bois d’Enghien pour finir sur le palier de son propre appartement.
Ayant été fidèle à Feydeau, Bois d’Enghien continue ici, parfois, de s’adresser directement au public afin de l’informer de la situation bien compliquée dont il est prisonnier. Ce lien  rend le spectateur, jusqu’à un certain point, l’unique confident de Bois d’Enghien. En effet, tout au long des trois actes la vérité se fait connaître par plusieurs personnages très contrastés. Un contraste que l’on retrouve au sein des décors.
Dans l’acte un, l’appartement de Lucette est extrêmement détaillé. Il y a un canapé, une table, des chaises, des tableaux, des fleurs…etc. Mais si on ne doit retenir qu’une chose ce sont les portes. Il y en a quatre. Inlassablement ouvertes, sitôt fermées par les acteurs afin de ne pas laisser s’échapper le contenu de leurs conversations. Le domaine des confidences et du secret voire des découvertes est majoritairement présent.
Dans l’acte deux, au contraire, les décors sont sommaires. Un paravent, un canapé et une armoire constituent le mobilier. En revanche, ce sont ici les couloirs que l’on sent omniprésent. Le spectateur en a un en vue, mais on en devine également sur les cotés. Les acteurs les empruntent pour s’y cacher, s’échapper ou tout simplement pour se déplacer.
Enfin dans l’acte trois, le décor y est plus ou moins fidèle au lieu où l’on se trouve. Dans l’immeuble de Bois d’Enghien, sur le palier de son appartement, on trouve un fauteuil. Sur le coté gauche, le domicile du gardien est dévoilé car un mur a été supprimé afin de laisser le spectateur voir la pièce. Ici, ce sont à la fois les portes, les couloirs et les escaliers qui jouent un rôle important.
D’une manière générale, les décors sont tous utilisés, mentionnés ou montrés du doigt. Les acteurs utilisent tout et surtout l’espace. Ils courent, se cachent et voire même sautent. C’est ce qui rend la pièce, au-delà du rire, très vivante.

Le jeu des acteurs en est d’ailleurs le reflet. Chaque personnage est un contraste pour celui auquel il donne la réplique. Christian Hecq en donne le meilleur exemple. C’est un personnage unique, qui joue à  fond le personnage en tentant de trouver le juste milieu entre le naturel et la surinterprétation. Les acteurs sont très représentatifs de ce qu’ils jouent grâce aux costumes dont ils sont dotés et au maquillage dont ils bénéficient. Les costumes sont inspirés des mêmes tenues du début XXème. Ils sont tous très colorés et très détaillés. Chaque personnage a d’ailleurs au moins deux tenues différentes. Quand au maquillage, chez les femmes, il est également très coloré et très travaillé.
Si l’on va voir Un fil à la patte c’est donc pour rire. Les nombreux quiproquos qui rythment la pièce ne sont pas un frein à la compréhension. On peut en venir à se demander si cela ne fait pas trop pour une seule pièce, mais le fait qu’il y est trois actes influe sur le spectateur qui ne se sent pas dépassé voire perdu.
Le succès est d’ailleurs présent. Christian Hecq (Bouzin) a reçu le Molière du meilleur comédien pour ce rôle. C’est assez surprenant car il n’est même pas le personnage principal et son jeu est en décalage par rapport à celui des autres comédiens, il est beaucoup plus prononcé.
J’ai personnellement beaucoup apprécié cette pièce. Au-delà du fait qu’elle soit drôle, elle est très vivante. Elle est constamment en mouvement. La pièce part dans tout les sens mais dans le bon sens du terme. Georges Feydeau est un contemporain de la bourgeoisie lorsqu’il écrit cette pièce, il donne donc une image de cette classe qui n’est pas présenté comme telle à notre époque. C’est donc un nouveau point de vue. – Myriam Tahla