La Très Excellente et Lamentable Tragédie de Roméo et Juliette

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Du 7 au 15 avril 2016, le Théâtre National de Chaillot vous fait découvrir la sensualité brûlante d’une œuvre délicate avec La Très Excellente et Lamentable Tragédie de Roméo et Juliette. C’est une pièce totalement atypique associant à la fois une esthétique très moderne à des éléments plus anciens du Roméo et Juliette de Shakespeare. Voguant entre théâtre et danse ce spectacle met en scène, deux personnages qui reprennent, déforment et transforment à l’infini la scène mythique de la mort des amants. En effet, incarnés par Clara Furey et Francis Ducharme, dont la complicité est hypnotisante, ils représentent le très célèbre duo de Shakespeare et de Prokofiev, le couple d’hier et d’aujourd’hui. Entre les murs de cette chambre fermée au reste du monde se matérialise l’interdit de leur relation : un amour ludique et charnel qui échappe à l’agitation du dehors et qui semble ne pouvoir être vécu que dans l’enfermement. Seulement, ils n’ont qu’une nuit pour vivre et revivre leur amour dont nous connaissons l’issue. Dans cette chambre, c’est l’Amour dans toute sa complexité qui nous est donné de voir. Catherine Gaudet et Jérémie Niel, les metteurs en scènes, transposent la légende shakespearienne en un huis-clos aussi sensuel que mélancolique. Pour Jérémie Niel cette pièce représente « la flamboyance de l’amour, nos pulsions et inhibitions qui infusent leurs corps universels ». Tout au long de cette œuvre sensible, chorégraphie et texte dialoguent pour donner naissance à une déconstruction ou une actualisation de ce mythe selon les points de vue.

La mise en scène est très atypique mais poignante par moment. En effet, le public est immergé au cœur de la scène. A l’arrivée, il faut enlever ses chaussures puis aller s’assoir sur des escaliers donnant dans la chambre. Dans cette promiscuité, nous sommes complètement happés par ce couple auquel nous nous identifions. Leurs émotions nous atteignent, nous transpercent, nous dérangent. Plus que jamais, nous sommes les témoins intimes des tribulations d’un amour passionnel et condamné.

J’ai beaucoup aimé cette pièce, car elle est très esthétique. Les deux danseurs-comédiens sont époustouflants tant du point de vue technique que théâtrale. Ce qui est très intéressant c’est la relecture de ce couple mythique, ou l’amour n’a plus rien d’un cliché mais se vit plutôt comme, à la fois, une lutte et un refuge. D’ailleurs cela est illustré non seulement à travers le décor de cette chambre où règne le chaos mais aussi dans le jeu décousu des acteurs entre bonheur et démence illustrant la dualité de ce sentiment. La seule  chose que je peux reprocher à cette pièce c’est que parfois, dans l’optique de l’esthétique contemporaine, certaines répliques sont totalement dénuées de sens et n’ont aucun rapport avec ce qui se déroule sur scène. C’est dommage car cela provoque une distanciation entre le spectateur et la pièce en rompant le charme. Celui-ci s’éloigne, le temps de quelque instant, de l’essence de la pièce. Cependant, c’est un spectacle vraiment très complet et très intéressant car aux textes se mêlent la danse, la musique, les effets sonores et les jeux de lumière.  C’est une véritable œuvre d’art à elle toute seule.

Agathe Saulnier De Praingy

A la réception des billets, je m’attendais à voir une pièce de théâtre plutôt classique, avec une petite touche de contemporain, c’est-à-dire que je pensais que j’assisterai à une pièce où les acteurs danseraient, tout en récitant les répliques de la pièce de William Shakespeare. Je ne m’étais pas renseignée sur la pièce, ni sur ses acteurs.

La salle Maurice Béjart du théâtre national de Chaillot où se déroula la pièce est une petite salle où il faut passer par plusieurs couloirs sombres avant d’y accéder. A l’entrée de la salle, plusieurs ouvreurs ont demandé aux spectateurs d’enfiler des sortes de chaussettes transparentes au-dessus de nos propres chaussures, mais bon, je suppose que c’était pour que nous ne salissions pas la salle.

Lorsque nous, spectateurs, sommes rentrés dans la salle, de nombreux objets étaient disposés à terre : des magazines, des tee-shirts, des peluches etc. La salle avait été transformée en chambre. En face de nous, le comédien Francis Ducharme était en train de se laver dans une autre pièce, et nous pouvions le voir grâce à une vitre. Quant à Clara Furey, elle était allongée sur un lit, qui était disposé en face des spectateurs.

Durant la pièce, il était très facile de voir que le couple était fusionnel, on avait l’impression qu’ils partageaient tout : leur langage ne faisait qu’un, ainsi que leurs mouvements de danse. D’ailleurs, la pièce était plutôt érotisée. Bien que le jeu des comédiens fût intéressant, je n’ai pas vraiment aimé la pièce, que j’ai trouvée plutôt spéciale. J’ai sûrement un peu de mal à me détacher de la version classique de la pièce de Shakespeare. La danse est ce que j’ai préféré : les mouvements des comédiens étaient sensuels et arrivaient à nous transporter. C’est grâce à la danse que j’ai réellement pu observer l’amour et la passion des deux personnages.

Anne-Sophie Jordier

Mis en scène et chorégraphié par Catherine Gaudet et Jérôme Niel, ce huis-clos des plus équivoques oscillant entre sensualité et mélodrame, mêlant verbes et chorégraphie, donne un coup de neuf à la légendaire tragédie shakespearienne.

La môme des Capulet aime celui des Montaigu. Nous connaissons tous l’histoire de ce couple mythique issue de deux familles condamnées à ne pas pouvoir s’aimer. La pièce initiale n’est pas reprise dans son intégralité. Niel et Gaudet transposent la dernière scène du dernier acte de Roméo et Juliette. Le couple se retrouve pour une dernière nuit d’amour, loin de la violence et de l’hostilité du monde qui va suivre à leur suicide, point culminant de l’œuvre de Shakespeare. Nos deux metteurs en scène issues de deux univers différents, viennent tordre le classicisme des vers élisabéthains de Shakespeare dans un texte vibrant et puissant, mêlé aux mouvements des corps de deux danseurs professionnels. Clara Furey et Francis Duharme endossent le rôle de ces amants maudits animés par la pulsion de leur désir ardent à merveille. Ils viennent faire vibrer la petite salle du théâtre national de Chaillot qui devient une chambre d’hôtel minutieusement reconstituée. Le spectateur devient voyeur et entre dans leur intimité entre bouteilles de vins et linge sale jeté en boule par-dessus le lit. La pièce se détache de toutes représentations romantiques lisses et conventionnelles qui ont pu être faites auparavant pour s’ancrer dans une temporalité plus actuelle. Leur amour interdit est matérialisé par ce décor qui constitue un huis-clos saisissant accentuant la tension grandissante de l’action. Les pas des comédiens sont emprunts de sensualité, de force, ils se chuchotent des mots doux, maudissent leur situation. Sur les notes du ballet de Prokokiev, ils s’enlacent tendrement puis se débattent violemment, faisant rejaillir tout ce qu’ils détiennent de plus primitif. Roméo et Juliette s’abandonneront à leurs pulsions dont nous connaissons l’issue fatale.

Anouchka Crocqfer

La production de Catherine Gaudet et Jérémie Neil, interprétée par Clara Furey et Francis Ducharme, s’inspire très librement de Roméo et Juliette de Shakespeare. La Très Excellente et Lamentable Tragédie de Roméo et Juliette se rapproche plus de la performance que du théâtre. L’expérience est immersive ; le spectateur gagne sa place en sur-chaussures en passant par le décor, une chambre désordonnée. Des vêtements et magazines jonchent jusqu’aux sièges en gradins – sur le mien une paire de lunettes de plongée et un tee-shirt jaune. Aucun fil narratif précis ne gouverne la représentation, qui alterne récitation du texte shakespearien, langue moderne, indications en voix-off, et dance par Clara et Francis, nos Juliette et Roméo modernes.

La pièce de Shakespeare, selon le prospectus, ne parle pas d’amour. Assertion anticonformiste voire a priori absurde qui se complète par l’affirmation que cette pièce doit son succès à ce qu’elle a pour véritable sujet la vie humaine. C’est l’orientation qui semble avoir été choisie pour cette interprétation, qui tente de représenter l’universel de l’existence humaine. Clara/Juliette meurt ainsi indéfiniment, tandis que Francis/Roméo cri de désespoir. Feindre de mourir en tombant étendu sur le lit se transforme en jeu d’amoureux, suscitant tantôt l’amusement enfantin des deux amants, tantôt l’effroi de Francis/Roméo. Si Clara/Juliette affirme tout au long de la performance être souffrante, ce doit être de la maladie de mélancolie, qui affecte traditionnellement les amoureux, et remplace ici le poison qui conduit à leur mort.

Volontairement provocateurs, les acteurs parfois à moitié nus mélangent langage moderne, la plupart du temps familier ou vulgaire, et texte shakespearien. Ce dernier est, de façon intéressante, récité à certains moments de façon ironique, Francis endossant un costume de Roméo et se lançant brusquement dans un discours à l’éloquence détonante, et à d’autres moments, particulièrement à la fin de la pièce, avec une sincérité confondante. Clara et Francis, qui sont et ne sont pas Juliette et Roméo, montrent ainsi alternativement le ridicule de l’amour et l’éternelle actualité du sentiment décrit par Shakespeare.

Les paroles sont cependant assez rares et laissent leur place aux gestes. S’il faut attribuer à la performance une ligne narrative, nous la décrirons comme le cheminement des amants vers un baiser interdit. Se rapprochant plus d’une pièce de Beckett que de Shakespeare (tous deux modernes), la performance commence par le désespoir. Même si Fabrice/Roméo tente d’apporter de l’espoir par quelques jeux d’amoureux, Clara/Juliette ne cesse de replonger dans la mélancolie. Comme dans En attendant Godot, les personnages disent partir et ne partent pas, disent mourir et ne meurent pas, savent qu’ils ne vont pas se sortir de cette situation. Simplement, à la fin, lorsque le baiser est enfin conclu, la mort vient. Si une progression a eu lieu dans la pièce pour leur permettre d’atteindre cette délivrance, c’est par la danse.

Céline Dupret

Installé dans un lieu clos, la chambre de Roméo et Juliette, le spectateur est invité à partager l’intimité des deux amants maudits (alias Jérémie Niel et Catherine Gaudet) le temps du spectacle. Malheureusement cette scénographie est bien plus décorative que nécessaire à de véritables enjeux corporels. La salle de bain avec sa vitre pour laisser les corps apparents, le beau bordel de magazines et autres bouteilles et verres, le grand lit ne sont que des éléments statiques, jamais vraiment intégrés au jeu. Les deux comédiens-danseurs évoluent dans l’espace, s’enlacent, se séparent, esquissent un jeu amoureux, un chant, une danse, entremêlent le texte de Shakespeare avec du texte contemporain… Bien.

Mais on ne peut alors s’empêcher de se demander quelle est la nécessité de ce qui se passe sur ce plateau. En d’autres termes, que veut on me dire ou me faire ressentir ? Ce spectacle m’a semblé se dérouler sans qu’aucun enjeux n’affleurent – ce qui se passe n’est pas laid, mais sans la beauté non plus d’un pur tableau, donc le seul point de vue esthétique ne le sauve pas. Le rythme est sans cohérence, les événements anecdotiques s’enchaînent. Ils ne sont pas déplaisants en soi, et certains sont même intéressants, avec du mime ou l’invention d’autres espaces, mais c’est trop parcellaire pour donner un souffle global au spectacle.

Faute de mieux, je me suis donc penchée sur la brochure fournie à l’entrée. Voici une note d’intention des metteurs en scène, François Ducharme et Clara Furey : « L’amour est un prétexte. C’est d’ailleurs un sentiment trop changeant à travers les âges et les continents pour devenir le fondement d’un mythe. […] Nous avons donc abordé notre pièce comme une histoire de sacrifice plutôt qu’une histoire d’amour. » Si c’est plutôt la manière de l’exprimer et de le vivre que l’amour lui même qui semble changeant (et lui refuser le statut de fondement d’un mythe semble pour le moins étrange), il n’y a pas non plus sacrifice dans cette pièce. Interdite aux moins de 16 ans, elle n’en demeure pas moins à l’opposée de toute violence ou trash, un moment convenu et décousu, sans originalité, sans souffle et sans passion parce que rien ne semble jamais nécessaire dans ce qui se passe sur scène. Pas même la futilité ou la fraîcheur des amants de quatorze ans que sont Roméo et Juliette.

C’est donc une forme anecdotique qui se présente à nous, que certains apprécieront peut être pour les moments de danse, mais qui semble bien vide : ni très excellente, très tragique ou même très lamentable.

Marie Gué

Les deux enfants maudits du théâtre se retrouvent le temps d’une nuit dans une chambre, enfermés, fuyant la violence du monde. Une nuit pour les plus tristes héros, un temps bien court pour vivre l’amour de sa vie.

Les Québécois Catherine Gaudet et Jérémie Niel ont composé ce duo sous les figures tutélaires de Shakespeare et de Prokofiev : les danseurs, Clara Furey et Francis Ducharme, récitent des extraits du texte classique tout en s’ébattant sur l’illustrissime « Danse des chevaliers ».

De l’œuvre de Shakespeare, on a ôté la politique pour ne faire place qu’à la passion. Une passion, certes à certains moments érotiques, mais qui n’explique en rien la mention « déconseillé aux moins de 16 ans ». (L’association Promouvoir se contenant aux salles de cinéma fort heureusement).

Le théâtre national de Chaillot nous invite donc dans un huis clos pour revivre ce douloureux récit éternellement suspendu entre extase et tragédie. La danse et le travail sur le corps offrent des moments d’exception à ces deux amants tant dans la sensualité que dans la destruction amoureuse.

Une intense bataille de pulsions et d’abandons, parfois un peu confuse. En effet, le mélange constant entre sincérité et dérision perd le spectateur. Ce choix, pourtant intéressant et audacieux  (en ce qu’il traduit l’essence même de Shakespeare) n’est pas convaincant. Ceci est peut être dû à la proposition de mise en scène qui finit par être un assemblage décousu de scènes.

Dans cette très excellente et lamentable tragédie, Roméo et Juliette ne sont plus des enfants maudits, ils sont des adultes qui à force de trop penser ont oublié quelque chose : les spectateurs.

Marion Crubézy

La transposition de Roméo et Juliette par Catherine Gaudet et Jérémie Niel se fait sous le signe du mélange, du contraste, à la confluence de la danse et du théâtre. De la prose shakespearienne, vous ne glanerez que quelques répliques, au détour d’une phrase, qui fonctionnent comme une sorte de piqûre de rappel. Le reste du dialogue qu’entretiennent les deux personnages semble marqué à la fois par la généralité, celle d’une parole quotidienne, à laquelle tout le monde a accès, et à l’inverse par un processus d’exclusion du spectateur par la connivence. On ne comprend pas tout, on ne peut accéder totalement à cette bulle de passion. Si l’amour coupe du monde, nous sommes aussi, en tant que spectateurs, coupés du monde des amoureux.

L’univers de Roméo, de Juliette, se mêle à celui de Francis et de Clara, personnages aussi bien que comédiens. L’usage de leurs vrais prénoms rend flou la frontière entre réalité et fiction. Par là-même est signée l’appropriation du mythe, son incarnation. Shakespeare respiré et vécu par Francis et Clara, c’est l’histoire du mythe dans sa nudité : amour, angoisse, mort.

Ici, pas de famille pour faire obstacle à l’amour. L’obstacle est comme inhérent à la relation qu’entretiennent les deux personnages. Il jaillit à chaque seconde. Les instants d’unisson, d’harmonie sont ceux des corps mouvants des danseurs, qui accomplissent des gestes mimétiques dans une sorte de jouissance frénétique. C’est sur la musique de Prokofiev que l’amour prend corps, qu’il se fait presque entièrement sensualité, sexualité. Mais à tout moment, l’harmonie peut être rompue : l’un peut cesser de trouver le jeu amusant. L’un peut abandonner l’autre. Et l’abandon, dans ce monde fermé de la scène, ne peut passer que par la mort. Entre jonction et disjonction, amour et abandon, l’on suit donc, avec une empathie qui force la souffrance, les soubresauts d’un amour cru.

Le spectateur se voit sommé de pénétrer dans une intimité. En entrant dans la salle dite du « studio », on vous demande d’enlever vos chaussures. Après avoir parcouru un mince corridor : une pièce d’appartement. Le sol est recouvert de moquette, la moquette jonchée de vêtements plus ou moins sales et d’objets en tout genre. Au fond de la pièce, quelques gradins. En vous y asseyant, vous avez vue sur un lit, à gauche de la pièce. Derrière le lit, une baie vitrée, celle de la douche, à droite du lit, collés au mur, une table, une armoire. Une jeune femme est à moitié couchée sur le lit, son buste collé aux draps, les genoux au sol. Elle est habillée. Dans la douche, un homme nu. Vous avez beau ne pas faire de bruit, sans vos chaussures, vous avez beau garder le silence, votre regard transperce violemment cette intimité. Le désordre qui règne dans la pièce vous indique bien que vous n’étiez pas invité. Le spectateur se fait plus voyeur que jamais. Sans le vouloir, la scène s’impose à vous, la gêne s’impose à vous, et vous ne pouvez plus sortir.

On pourrait décrire la performance comme une suite de tressaillements.

L’angoisse succède au rire, mais à ce rire absurde, qui peut glacer le sang, qui nous rappelle Ionesco. Retournements, corps qui s’entremêlent et s’enlacent, joie fugace, plaisirs fulgurants, mort. L’amour est passion, à la fois plaisir et souffrance. La première à sembler mourir est Clara. Tout d’un coup, elle ne bouge plus. Francis crie, empoigne avec désespoir son corps sans vie. La représentation n’a pas commencé depuis dix minutes, on se dit que décidément, ça a été rapide. Mais ce n’était qu’une fausse alerte, elle est de nouveau en vie. Puis c’est au tour de Francis de sembler mort. A Clara l’abandon, la souffrance, la solitude. Et le motif de se répéter, en alternance avec des scènes de danse dont ressort toute la violence de la jouissance.

Les deux comédiens et danseurs nous livrent donc une performance qui mêle Shakespeare à leur intimité, à leur corps. C’est la Passion destructrice qui danse sur cette scène. Cruauté et frénésie en sont les maîtres-mots.

Marlène Lafont

J’ai assisté à la pièce de théâtre très avant-gardiste La Très Excellente et Lamentable Tragédie de Roméo et Juliette mise en scène par Jérémie Niel et Catherine Gaudet, dans le splendide Théâtre national de Chaillot. Enfermés dans une chambre, deux enfants maudits fuient la violence du monde. Ils n’ont qu’une nuit pour eux. Une nuit c’est court quand il s’agit d’y vivre l’amour de sa vie. Catherine Gaudet et Jérémie Niel transposent la légende shakespearienne en un huis-clos aussi sensuel que mélancolique. Clara Furey et Francis Ducharme incarnent des Roméo et Juliette foudroyants et magnétiques, éternels amours, suspendus entre extase et tragédie. Chorégraphie et texte s’entrecroisent dans cette œuvre sensible inspirée de la pièce de William Shakespeare, du ballet de Sergueï Prokofiev, et de l’histoire vraie de Clara Furey et Francis Ducharme.

Tout commence lors qu’après avoir chaussé des sur-chaussures, nous pénétrons dans la chambre de Clara et Francis, dans l’intimité d’une chambre d’adolescent des temps modernes où se mêle un joyeux désordre, nous prenons place sur les moquettes et divers coussins. Clara est là, étendu sur son lit, Francis est nu dans la douche…. Le spectacle commence est nous plongeons dans un univers hors du temps, Clara suffoque puis c’est au tour de Francis, le spectateur est un peu perdu. La pièce se poursuit avec l’omniprésence de la mort et le pressentiment de la fin tragique qui les attend. Tout s’entremêle et s’emmêle entre citations de Roméo et Juliette de Shakespeare, chorégraphie de danse, l’un meurt puis c’est l’autre et puis ils s’amusent et ensuite ils meurent à nouveaux dans de long passage sans réelle émotion qu’un simple déjà vu. Nous sommes dans un présent, un présent hors du temps. Peut-il s’agir d’une mise en abyme ? Surement puisque les Clara et Francis sont par instant les Roméo et Juliette de la légende Shakespearienne puis redeviennent Clara et Francis, perdant ainsi le spectateur.

La très excellente et lamentable tragédie de Roméo et Juliette est une pièce résolument moderne mais des réminiscences plus sombres qui parviennent du Roméo et Juliette de Shakespeare la traverse, multipliant les couches de lectures et nous enfonçant de plus en plus profondément dans le drame. Plus la pièce avance, plus les personnages de Clara et Francis ressemblent à ceux de Roméo et Juliette et plus le spectateur peine à se repérer… La pièce est censée se conclure par la mort des deux personnages, mais lorsqu’on les a vu mourir tout au long de la pièce ceci n’est point pertinent et nous laisse dans une incompréhension totale et avec une envie de sortir au plus vite de cet univers oppressant dans lequel on est mal à l’aise mais sans pour autant avoir tout de même apprécié une performance artistique originale et remarquable.

Amandine Merighi

Le vendredi 15 avril 2016, après s’être parés de sur-chaussures, les spectateurs sont invités à entrer sur la scène de la salle Maurice Béjart du Théâtre National de Chaillot. Sur le plateau, transformé en chambre, dont le sol est recouvert de divers objets, Clara/Juliette est allongée sur le lit, le regard dans le vide et Francis/Roméo est sous la douche. Pendant une heure et demie, les spectateurs vont assister de très près à la dernière soirée de ce couple, puisque La Très Excellente et Lamentable Tragédie de Roméo et Juliette de Catherine Gaudet et Jérémie Niel est un huis clos dans lequel les spectateurs, assis dans la chambre au milieu de vêtements étendus au sol, font complètement partie du plateau. Cette pièce est composée par d’extraits des lettres du véritable couple Clara Furey etFrancis Ducharme, mais aussi de Roméo et Juliette de William Shakespeare ainsi que des bribes de La Danse des Chevaliers de Prokofiev et des instants dansés. Elle montre l’assimilation progressive du couple Clara/Francis au plus célèbre couple shakespearien.

Toutefois, les allers-retours entre les couples Clara/Francis et Juliette/Roméo sont plus exclusifs qu’ouverts au public, le spectateur est ainsi relégué au statut de simple observateur. De plus la proximité créée par cet huis clos était bien souvent plus étouffante qu’intéressante, notamment lorsque les comédiens hurlaient.

Les instants chorégraphiques insérés dans cette pièce apportaient une touche de poésie, qui contrebalançait la grossièreté de certains passages, même si ces derniers voulaient représenter la futilité et l’excès, ils n’ont apporté qu’une rudesse assez ennuyeuse. Finalement la danse suffisait à montrer la complexité et l’identification des deux personnages aux héros de la pièce de Shakespeare, d’autant plus que la mise en danse de ces deux corps très opposés, aux poétiques corporelles propres, était non seulement d’une grande justesse, mais agréable à regarder. L’intérêt de cette mise en scène et son enjeu restent, somme toute, incertains. En effet, si plusieurs éléments étaient intéressants, beaucoup d’autres étaient très simplistes et n’apportaient que peu de relief au couple, ce qui explique peut-être le départ précipité d’un spectateur au cours de la représentation en appelant « Au secours ! ».

Tatiana Bray
Photo : Claudia Chan Tak