The Velvet Underground & Nico

Concert | Philharmonie de Paris | En savoir plus


Depuis son ouverture en 2015 Philharmonie de Paris se lance de plus en plus dans l’aventure à faire de cette salle prestigieuse un lieu pour tout le monde. C’est un cas unique quand un seul lieu, qui est normalement une temple de la musique classique, peut accueillir la musique de tous les styles et des divers événements. Une exposition sur David Bowie qui a fait le brouhaha n’était que le début.

Le week-end thématique The Velvet Underground proposait un concert de John Cale et de ses invités tels que Etienne Daho, Peter Doherty ou Lou Douillon. C’est autour d’un album mythique The Velvet Underground (connu aussi très bien par sa couverture montrant une banane signée par Andy Warhol) que le concert se focalise.

Ce concert était un vrai voyage à New York des années 1960-1970. L’extravagance, le surpris et des rendez-vous inédits pourraient bien être les mots clés qui décrivent le mieux l’atmosphère général qui a régné pendant ce concert. Et les chansons, des tubes comme Sunday morning ou I’m waiting for the man ont sonné d’une façon (il ne faut pas avoir peur de ce mot) sentimentale pour ceux qui ont une faible pour cette époque mais aussi tout à fait originale et très contemporaine.

On a pu profiter d’une nouvelle reconstitution de ce groupe mené par John Cale et d’une parfaite sonorité d’un album revisité. En effet c’était intéressant d’observer que cet album n’a pas trouvé beaucoup d’admirateurs à l’époque. Malgré ça il a pu trouver son fidèle public et continu à rester une preuve musical que les musiciens de Velvet ont réussir à former à l’époque l’un de plus grand groupe du monde.

La sale était pleine des gens de tous les âges qui sont venus là-bas à retrouver ou à découvrir cette musique. C’était un expérience unique qui va pouvoir se prolonger en visitant l’exposition The Velvet Underground/New York extravaganza, également proposée par la Philharmonie de Paris.

Gabrielle Slizyte

 « On vous aime, et n’oubliez pas, n’oubliez pas, ce que vous nous avez appris. Si vous avez un cœur noble, c’est pour toujours ». Voici les mots de John Cale adressé à son public à la fin de ce concert évènement, dimanche 3 avril, dans le cœur de la Philharmonie de Paris, qui ouvre ses portes aux fans du Velvet Underground depuis le 30 mars à l’occasion d’une exposition unique. La Grande salle accueillait ce soir-là une légende du rock alternatif née en 1942 au Pays de Galle. Loin des shows exubérants auxquels Cale avait pu habituer ses spectateurs, le multi-instrumentalise s’est laissé cette fois-ci aller à une interprétation toute en sobriété, mais toujours empreinte d’une teinte expérimentale.

Accompagné successivement d’artistes de la scène anglophone contemporaine, tels que Saul Williams, connu pour son timbre rauque et son ancien groupe The Queens of the Stone Age, ou encore les groupes indépendants The Libertines et Animal Collective, le hip-hop était également à l’honneur avec deux fulgurantes prestations du rappeur et poète américain Saul Williams. Les Français étaient aussi de la partie : Etienne Daho et Lou Doillon ont respectivement accompagné John Cale pour une reprise de deux titres mythiques du Velvet Underground, l’indolent I’ll be your mirror et l’élégant Femme fatale.

« Si vous avez un cœur noble, c’est pour toujours ». Ces mots qui sonnent comme une formule prophétique aura su émouvoir le cœur du public parisien en cette soirée du 3 avril. Se retrouvant seul sur ce vaste complexe contemporain qu’est la Grande salle de la Philharmonie avec ses musiciens – Dustin Boyer à la guitare, Deantoni Parks à la batterie et Joey Maramba à la basse – Cale a sans doute repris les chansons de son ancien groupe non sans une certaine nostalgie ; nostalgie des heures passées à La Factory, repère mythique d’Andy Warhol, mentor du groupe et des artistes de la scène underground new-yorkaise des années 1960.

C’est pourtant avec ferveur et générosité que le dernier membre du groupe encore vivant a repris les morceaux les plus fameux et les plus entêtants du Velvet. Devant un écran géant projetant simultanément images psychédéliques et photos d’archives de ses anciens compagnons de route, Cane, toujours avec la même prégnance d’antan, a su réinterpréter les titres qui ont fait la gloire du groupe. De I’m waiting for the man en loup solitaire à Sister Ray, accompagné de l’ensemble de ses invités, le musicien n’a pas boudé son plaisir, même si l’enchaînement des duos semblait, à certains égards, un peu trop académique. Les artistes invités sortaient de la scène aussi vite qu’ils y étaient arrivés, tandis que les saluts au public manquaient parfois de conviction. Mais on leur pardonne : être face à un des chefs de file de la contre-culture a de quoi intimider plus d’un, même un Carl Barât ou un Pete Doherty, qui ne se sont tout de même pas laissés démonter, notamment grâce à leur chaotique prestation de plus de 10 minutes sur le titre European Son.

Bref, l’arrivée sur scène de Cane, banane à la main, accompagné de son orchestre et d’un MacBook annonçait la couleur. Certes, l’écran géant était là pour commémorer la mémoire de ses anciens amis, mais la fougue des invités, pour la plupart assez jeunes, la modernité du lieu et l’interprétation à la fois intimiste et vénéneuse de John Cane  donnaient aux chansons de l’album à la banane et de « White Light/White Heat » tantôt une énergie nouvelle, tantôt un charme tout en simplicité.

Juliette Arradon

John Cale, le co-fondateur avec Lou Reed du Velvet Underground, a interprété ce dimanche 3 avril 2016 à la Philharmonie de Paris l’album culte « à la banane ». Ce concert est l’évènement principal organisé par la Philharmonie de Paris pour accompagner l’exposition New York Extravaganza qui retrace l’histoire du groupe et son influence sur les générations futures.

Âgée d’une vingtaine d’année, je n’ai jamais eu l’occasion d’assister à un concert du groupe mythique. Je me faisais donc une joie de le découvrir sur scène avec l’un de ses représentants majeurs. Mais voilà, John Cale n’est pas le membre unique du Velvet Underground. Comment allait-il jouer cet album si particulier sans les regrettés Nico et Lou Reed ?

Le concert démarre à 20h30. Un grand écran projette des jeux de lumières abstraits au fond de la scène tandis que John Cale fait son entrée…une banane à la main. Les artistes invités à venir chanter avec lui se succèdent et donnent l’impression d’une programmation sans véritable cohérence (peut-être imposée par la Philharmonie ?). Les prestations, elles, sont inégales : Animal collective fait ce qu’on attend d’eux et le fait bien, Etienne Daho est un peu intimidé tandis que Saul William, plus possédé par la musique, essaye de réveiller la salle avec son interprétation d’Heroin.

John Cale quant à lui, s’il livre une performance irréprochable (Venus in Furs ou The Gift), ne dit mot de la soirée, ou presque. Ni pour évoquer les années Velvet, ni pour présenter ses invités, ce qui viendra accentuer ce sentiment d’incohérence et de froideur. Que fait Lou Doillon ici ? Ou Pete Doherty qui, à l’allure d’adolescent attardé, fait peine à voir. John Cale remplit sa mission mais sans conviction et on sent bien ici qu’il répond avant tout à une commande. Finalement, seuls les réarrangements soignés des morceaux viennent rehausser le niveau de la soirée.

Délicat donc de retrouver la folie new-yorkaise des années 1960 dans un lieu si institutionnel. Dans ce cadre, la réinterprétation d’un répertoire rock aussi mythique et connoté que celui du Velvet n’est pas une tâche des plus simples. Malgré cela, le rock s’exporte depuis plusieurs années dans les musées et souvent avec succès, comme pour l’exposition sur David Bowie qui a eu lieu l’année précédente à la même Philharmonie. Seulement, lorsqu’il s’agit de musique vivante, la recette qui fait un concert réussi semble plus difficile à réaliser.

Marie Seguedy

Même si le fond du parterre de la grande scène du bâtiment principal de la Philharmonie de Paris n’offre pas une acoustique de rêve, il faut bien reconnaître que cette vaste enceinte méritait un hommage aussi grandiose que celui rendu par John Cale à l’aventure du Velvet Underground, groupe new-yorkais créé dans les années 1960, portant à bout de bras un rock particulièrement éclectique, dont le concert de dimanche a révélé magistralement les mille et une facettes.

Même en se trouvant à bonne distance de la scène, on identifie au premier coup d’œil l’infatigable John Cale, dont le voix puissante, aux côtés de somptueux organes invités (Etienne Daho, la voix belle à en pleurer de Lou Doillon, Mark Lanegan…), n’a pas pris une ride.

Tout au long du spectacle, tandis que défilent les invités d’un groupe, des projections sur un grand écran, de formes tantôt confuses, tantôt très nettes, géométriques, aux couleurs ici très vives, là très ternes, évoquent remarquablement un univers tourmenté par la drogue, la violence sexuelle, et en même temps un monde teinté d’un profond lyrisme, avec des ballades pop de très belle facture. Des images rappellent la physionomie du groupe il y a près de cinquante ans, qu’on reconnaît mutine et assez ténébreuse, ponctuant les chansons de parenthèses nostalgiques.

Parenthèses, car le spectacle est résolument tourné vers le présent, avec des tubes retravaillés, avec la collaboration d’artistes plus jeunes, avec une basse diabolique (en particulier lors des dernières chansons), et l’on a l’impression, à plusieurs reprises, d’entendre plutôt que les prédécesseurs de David Bowie, des successeurs qui auraient atteint, à certains moments, une pureté dans l’art rock.

Il est particulièrement frappant d’avoir le sentiment d’avoir affaire à un heureux mélange entre des hymnes, des chansons particulièrement expérimentales et macabres comme The Gift, des airs répétitifs et d’autres déchaînés. Puisant dans de nombreux albums, mais orchestrant comme le show l’annonçait la reprise du premier album, John Cale, aux commandes de ce qui reste du groupe (Lou Reed et Sterling Morrison n’étant plus et le groupe ayant de toute manière déjà éclaté il y a longtemps), rend à César ce qui est à César, au rock psychédélique, à l’art rock et au rock expérimental leurs grandes heures. “Sunday morning” est, encore une fois, éternel. Seuls regrets : l’absence de rappel à la fin, et peut-être la faible mobilité des artistes sur scène, qui étaient d’ailleurs assez médiocrement éclairés.

Pour ceux qui n’auraient pas eu la chance d’assister à la représentation, elle a fait l’objet d’une “captation audiovisuelle” et elle sera diffusée à partir du 21 mai sur les sites concert.arte.tv et live.philarmoniedeparis.fr ; elle passera même sur Arte le 11 juin.

Martin Chevalier
Photo : S. Brackbill