TaPage nocturne

Lecture à haute voix | Maison des Pratiques Artistiques Amateurs | En savoir plus


Un TaPage nocturne délicat et poétique

La lecture est souvent considérée comme une activité solitaire, qui requiert calme et silence. Mais contre toute attente, la beauté d’une œuvre se révèle parfois par son amplitude vocale partagée. C’est l’expérience auditive proposée par le festival de lecture à haute voix Livres en Tête, qui offre à un spectateur attentif une nouvelle façon de vivre la littérature, à la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs de Saint-Germain. Lors du spectacle TaPage Nocturne (jeu de mots malicieux), des extraits de livres sélectionnés sont lus au public, portés par de vrais acteurs aux performances vocales décapantes, avec en tête la présidente d’honneur de cette neuvième édition : Anne Consigny.

Michel le Bris, Grégoire Bouillier, Hervé le Tellier, Olivier Haralambon ou encore Alice Ferney, tous voient leurs écrits sacralisés sur scène où un simple lecteur (appelé ici livreur) fait vivre des mots figés dans le temps, accompagné par un grandiose Benjamin Moussay, d’une délicatesse exquise au piano. Une simple raie de lumière sert d’ornement sur scène et les voix variées des livreurs enchantent, virevoltent et emmènent dans des contrées lointaines, du New York d’après-guerre aux courses effrénées de cyclisme dans le centre montagneux français. Toutes les histoires s’entrechoquent avec une facilité surprenante, comme si chaque interlude joué par Mussay laissait la place à un autre récit, sans souci apparent de lien.

Chaque interprétation, d’une justesse à couper le souffle, apporte son lot d’émotions. On passe d’un rire franc – lorsque les frasques des années 50 sont décrites – à un rire jaune, empreint de tristesse – quand scènes d’agression sexuelle et enterrement sont cyniquement et ironiquement décrites. La magie s’opère néanmoins réellement dès que le livreur finit sa phrase, ferme son livre, reprend son souffle et que l’obscurité se fait autour de lui : l’extrait terminé laisse un vide, comme un silence dans une salle remplie quelques secondes plus tôt par voix forte et puissante.

L’entracte d’une trentaine de minutes offre la possibilité de se procurer les exemplaires lus et d’engager une conversation avec les auteurs présents. La seconde partie débute par un numéro d’une beauté et grâce inattendue : Céline Tran (ex-actrice pornographique Katsuni) s’envole dans les airs pour un magnifique ballet acrobatique, accrochée à un rideau. Le charme est indéniable, le jeu de lumière fantastique. L’artiste dévoile dans son dos une ombre rappelant celle d’un ange, qui suspend le temps et la respiration. Malgré un reproche évident (c’est-à-dire le rapport entre cette performance et les lectures à haute voix), le numéro parvient à s’inscrire dans le spectacle par sa grâce poétique, sans se rendre impétueux.

Pendant plus de deux heures, qu’on ne voit pas passer, le public est donc transporté dans des milieux radicalement différents, où rien n’est en rapport, sauf peut-être cette volonté de changer le monde, d’éveiller les consciences, d’apposer son empreinte éternelle sur une page lue. C’est dans ces moments qu’il prend réellement conscience de l’immense partage inscrit au sein même de la littérature, comme si d’une voix sourde, plusieurs vies rentraient en collision. Le temps poétique d’un instant.

Elisa Guidetti

               « Danse, musique et lecture ? », l’accroche du Parisien m’attire le vendredi 24 novembre 2017 dans le confortable Auditorium Saint-Germain. Ces trois mots suffisent à alimenter mes attentes. Derrière l’événement, l’équipe de Livreurs, amoureux de la littérature qui, dans le cadre du Festival Livres en Tête, habillent les textes littéraires de leur voix. C’est donc les oreilles grandes ouvertes que je me rends une heure en avance à Saint-Germain.

Lorsqu’il est 23h passé, j’attends avec hâte de pouvoir sortir. Pourtant, l’expérience est intéressante : à la fois une expérience commune qui permet de (re)découvrir un texte littéraire, sous les yeux mêmes de leurs auteurs (ce soir-là : Grégoire Bouillier, Alice Ferney, Olivier Haralambon, Pierre Jourde, Michel Le Bris et Hervé Le Tellier) mais aussi, et surtout, l’entendre sous la voix d’un interprète. Les mots ne peuvent qu’en résonner différemment. Certaines œuvres sont reprises, et c’est avec un certain amusement que je réécoute un extrait de Dossier M de Guillaume, mon rire percutant le timbre frêle d’Anne Consigny . Car il est surtout question de voix. Certains interprètes, davantage que d’autres, animent les mots par leur corps, leurs gestes, leurs expressions ; mais « dire » l’emporte toujours sur « faire ».

Ce n’est pas du théâtre, je le savais en venant, c’est autre chose, de la lecture, un « partage » nous dit Anne – et pourtant j’ai la désagréable sensation de me sentir piégée par un spectacle qui n’a pas vraiment d’ensemble. Un pianiste réveille nos oreilles en démarrant la soirée, mais le temps est compté, et nous ne l’entendons plus que par brides, entre les passages des Livreurs. Après l’entracte, « la surprise » annoncée par Félix Libris nous vient des airs : une danseuse grimpe sensuellement, entremêlée dans des tissus, dans lesquels elle se fond. Sa souplesse impressionne, ses mouvements captivent, mais la chute est brusque : sa prestation de tissus aériens faite, les passages continuent sans en être charmés, sans aucune résonance ; et je reste alors à me demander pourquoi. Après vérification, j’apprends qu’il était également programmé de la « magie ». Comme s’il s’agissait de numéros pour cacher la lecture, pour divertir l’entreprise trop sérieuse de lire des livres. L’hermétisme du « cabaret littéraire » me glace.

Le temps passe plus difficilement. Bien que les interprétations soient dans l’ensemble très bien exécutées, j’accepte amèrement d’écouter les œuvres recouvertes d’une certaine froideur. J’ai envie d’entendre le piano se déverser sur les mots et lors d’un passage, l’envie me prend de m’extraire de l’auditorium, d’en ressortir seule avec le texte, brut, sans voix, ou celle d’une lecture interne. Je tente de m’attacher au texte, à l’émouvante voix d’Hervé Le Tellier dans Toutes les familles heureuses, au souffle d’Olivier Haralambon dans Le Coureur et son ombre ; quand, trop souvent selon moi, seuls le livre tactile (sur tablette) et un point fixe au-dessus de nos têtes sont regardés par l’interprète. Je sors de l’auditorium frustrée, après les blagues trop longues des présentateurs, révélatrices d’une gêne, d’une distance prise avec un public que l’on ne regarde pas. Il est tard, ma déception est cristallisée dans ces dernières minutes de cirque.

Eva Sauvage

Nichée dans le sixième arrondissement, la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs de Saint-Germain accueillait ce vendredi 24 novembre 2017 un “TaPage nocturne”, organisé par la neuvième édition du festival Livres en tête.

Le titre et la description de l’événement nous promettaient une rencontre retentissante entre l’esprit cabaret et la littérature. Cependant, le choix d’un piano jazz qui ponctue des lectures à voix haute dans une obscurité quasi complète donne une ambiance plutôt feutrée à la soirée. Un moment de danse aérienne vient rompre quelque peu ce rythme pour laisser place à un moment de sensualité, sur une musique aux attraits mélancoliques cependant. En somme, l’ambiance globale ne correspondait pas tout à fait à l’imaginaire commun des cabarets, ni à ce à quoi l’on aurait pu s’attendre.

Toutefois, le spectacle n’est pas décevant pour autant. Les lecteurs de l’association Les Livreurs savent jouer de leur voix. A travers de courts extraits choisis, ils vous transportent dans les univers très variés des différents romans présentés.

La mise en lumière de la lecture à voix haute renoue avec l’aspect sonore de la littérature. Si les mots s’écrivent, ils se prononcent également. Le langage du livre est transporté sur scène. Mais il faut garder en tête que les livres mis à l’honneur sont des romans, et non des pièces de théâtre. Ce ne sont pas des textes faits pour être joués, ou interprétés, mais bien pour être lus. Les spectateurs sont invités non pas à être un public de spectacle, mais bien des lecteurs réunis et unifiés par la voix des “lecteurs sonores”. D’ailleurs, l’absence de décor, et la luminosité juste suffisante à la vision du texte, permettent un caractère intimiste à la lecture de tous et de chacun.

Chaque lecture est entrecoupée d’improvisation par le pianiste Benjamin Moussay. Ces interludes musicaux permettent de sortir de la temporalité de la lecture qui vient d’avoir lieu, pour mieux se préparer à la suivante. Ils sont également un bon moyen de mettre, sinon en lumière, au moins en musique, le caractère musical du texte littéraire.

Enfin, outre les qualités esthétiques sobres et justes du spectacle, cet événement littéraire est un tremplin considérable pour la littérature contemporaine. Les lumières rallumées, l’événement se poursuit à la sortie. Les auteurs attendent les spectateurs pour une séance de dédicace et de discussion dans une ambiance amicale.

Alice Clabaut

“Sans Déchets”

Vendredi soir à la MPAA (Maison des Pratiques Artistiques Amateurs) les Livreurs présentent, dans le cadre du Festival Livres en Têtes, une lecture de textes contemporains toute en sobriété et en émotions. Avec un seul objectif : le partage et la découverte pour tous.

Le maître-mot semble être la sobriété. La présentation est calme et sereine, fluide, sans accroc. L’un après l’autre, les lecteurs lisent des extraits d’ouvrages contemporains –  inconnus pour la plupart du grand public – devant leurs auteurs. Le mot d’ordre se retrouve dans l’éclairage. L’émotion submerge à la fois les livreurs et le public dès que les voix s’élèvent pour conter. Les tons changent et s’animent, les rires agitent les spectateurs et les applaudissements sont sincères.

La même libre sobriété se retrouve dans l’interview sur le vif d’Anne Consigny (présidente du festival) qui vient se glisser avant l’entracte. Peinant à se remettre de sa performance de lectrice; elle nous raconte d’une petite voix ses premiers pas au cinéma. Une petite anecdote vient confirmer son émotion des premiers temps : pour elle, le Musée d’Orsay restera à jamais la Gare d’Orsay où elle a tournée son premier film.

Cet avant-goût de mouvement libre se perpétue en deuxième partie avec la prestation de Céline Tran sur tissu aérien, dont la féérie est renforcée par un superbe jeu de lumière.

En bref, c’est à nouveau un pari réussi pour les Livreurs et le festival Livres en Tête, qui ne donnent qu’une envie à la sortie de la MPAA : se ruer sur la librairie la plus proche pour acheter les livres dont on vient de faire la découverte. Dommage que les librairies soient fermées à cette heure-là.

Cassandre Lyotier

Le Vendredi 24 Novembre 2017, je me suis rendue à la 9ème édition du Festival de lecture à haute voix : « Livres en tête » présidé par Anne Consigny à la MPAA (Maison des pratiques artistiques amateurs) de St-Germain, accompagnée d’une amie.

Cette soirée intitulée le Tapage Nocturne mettait en scène différents lecteurs (de la troupe « Les livreurs » et Anne Consigny) qui nous ont interprété des extraits de six œuvres d’auteurs présents à l’événement. Ces lectures étaient entrecoupées par des intermèdes musicaux et un numéro de tissu aérien.

Ma première impression après la découverte de cette salle en éperon, fut de constater l’épurement des décors et de la mise en scène. L’espace était occupé d’un piano à queue sur le côté droit de la scène et au centre de la scène trônait un simple micro sur pied. Chaque lecteur sortait du côté gauche des coulisses pour prendre place devant le micro. Les intervenants étaient vêtus de leurs propres vêtements. L’éclairage sombre et tamisé se changea en lumières colorées et vives lors du numéro de tissu aérien effectué par Céline Tran (ex « Katsuni »). Cette simplicité et ambiance visuelle m’a permis de porter toute mon attention sur l’essence même des interprétations et surtout des mots, des phrases et des tonalités. Les lecteurs se sont succédés les uns après les autres, chacun porteur d’une interprétation personnelle, d’une voix et d’une tonalité propre… Des hommes, des femmes, de différents âges donnant aux extraits toute leur splendeur et leur diversité. Les extraits se croisaient dans un ordre mixte. Ce mélange de personnalité des auteurs dans leur création et de personnalité d’interprétation des lecteurs m’a conféré une diversité d’émotions. Il n’est pas habituel de se faire lire des œuvres, et encore moins d’être plongé par ce fait dans une atmosphère, c’est pourquoi je fus surprise de me trouver touchée de différentes émotions face à ces interprétations d’une très grande variété. Je fus néanmoins déçue du support utilisé par les lecteurs, en effet, la tablette m’a fait perdre la magie du livre et de ce qu’il représente en sensation pour moi. Je suis donc passée par toutes les émotions : de la joie liée à l’humour des histoires, à la tristesse de certains récits, du suspens à l’interrogation ! Malgré tout, la surprise restait toujours vive lors des intermèdes musicaux qui ponctuaient la soirée et lors du numéro de tissu aérien, instant suspendu. J’ai pu être admirative du talent et de la rigueur du pianiste, Benjamin Moussay, qui nous invitait dans son univers unique empreint de jazz, de sensibilité et de justesse. Il introduisait et associait avec finesse les textes et leur atmosphère.

L’intervention originale de l’artiste Céline Tran a également été d’un grand étonnement dans cette soirée sous le ton de la littérature. Ces intermèdes ont apporté une modernité et un dynamisme particulier au sein de cette représentation.

Lea Memain

En ce vendredi du 24 novembre 2017, la part belle est laissée aux arts et aux lettres entre les murs de la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs de Paris : au programme de ce soir, un véritable cabaret littéraire dans le cadre de la neuvième édition du Festival de lecture à haute voix « Livres en tête », qui se tient du 20 au 26 novembre cette année, sous la présidence d’honneur d’Anne Consigny.

Ce cabaret consiste en la lecture d’extraits d’œuvres de la littérature française très contemporaine. C’est ainsi que résonnent les premiers mots déclamés sur la scène, vibrants et ténébreux, comme le passage de Kong écrit par Michel Le Bris et lu à la salle, mais qui semblent toutefois laisser l’auditoire quelque peu circonspect et perplexe. Les textes suivants se révèlent plus univoquement, poétiques et fluides dans leur déploiement, plus limpides et lyriques dans leur dévoilement. Les thématiques des passages se succèdent, aussi hétéroclites que leurs lecteurs et leurs choix d’interprétation ; toutes actuelles et pertinentes au demeurant, elles se fraient un chemin jusqu’à l’esprit du spectateur par le biais des intonations chantantes de leur mise en son.

Au beau milieu de ces incarnations, presque incantatoires tant le rythme sacré et la musicalité du verbe se voient rétablies, s’élèvent, justement, les notes jouées au piano par le virtuose Benjamin Moussay, ponctuant chaque fin de lecture et ouvrant infailliblement la suivante. La confrontation symbiotique entre les deux mondes finalement si proches, voire poreux, confine à la combinaison harmonieuse et complémentaire entre deux invitations corrélées à la pâmoison des sens, littéraire et auditif.

Scindée en deux parties, la représentation débouche sur un morceau de bravoure réalisé par l’époustouflante Céline Tran au tissu aérien : la volupté de l’étoffe diaphane, s’enroulant en tours et détours, tournoyant à l’unisson avec le corps souple et sinueux de l’acrobate, achève de combler tous les sens perceptifs, en l’occurrence ici la vue. La tension dramatique suscitée par la récitation des textes d’auteurs se rétablit ici par les ondoiements extraordinaires et imprévisibles de la soie fluide qui enveloppe et découvre sa danseuse.

En somme, la réussite de ce cabaret littéraire tient à l’adéquation polyphonique de ces différents membres organiques, interagissant les uns avec les autres dans un dialogue verbal et gestuel riche en sensations corporelles tout autant qu’intellectuelles.

Marianne Bouyssarie