TaPage nocturne / Festival Livres-en-tête #11 / Samedi 5 octobre 2019

Le cabaret Zèbre accueillait ce samedi 5 octobre 2019 un nouveau TaPage nocturne, organisé pour la onzième édition du Festival Livres en Tête.

Comme promis sur leur brochure, l’ambiance littéraire est sensuelle et audacieuse. Quelques définitions charnelles (du Dictionnaire fou du corps, de Katy Couprie), des extraits de romans, des lettres intimes et – finalement, des nouvelles érotiques. Textes contemporains et textes classiques se succèdent sans difficulté et font résonner, d’un plaisir savant, l’intemporalité des questions liées au corps et à la sexualité.

Chaque lecture est entrecoupée d’improvisations au saxophone. Ces interludes musicaux permettent de sortir de la temporalité de la lecture qui vient d’avoir lieu, pour mieux se préparer à la suivante. 

A cela s’ajoutent des interventions musicales d’un certain Mercredi – interprétant, avec une voix suave, mais puissante, des classiques de la chanson française adaptés à l’événement. On regrette toutefois ses tenues, qui dénotent trop de la sobriété de celles des Livreurs.

Enfin, une contorsionniste intervient en seconde partie du spectacle. On aurait pu jouer de la contorsion de son corps pour rappeler avec raffinement les jeux charnels précédemment délivrés par les lectures. Cependant, le costume en latex blanc et le faux jeu de lecture entre deux poses rompent avec l’atmosphère poético-sensuelle. Sans être déplaisant, cet intermède n’a pas grand intérêt, sinon celui de rappeler le caractère circassien du Cabaret Zèbre.

Les Livreurs savent délivrer un texte et jouer de leur voix. La sobriété habituelle de leur tenue laisse une plus grande place pour se concentrer sur l’expressivité de leur lecture. La mise en lumière de la lecture à voix haute renoue avec l’aspect sonore de la littérature. Si les mots s’écrivent, ils se prononcent également. Le langage du livre est transporté sur scène. Les spectateurs sont invités non pas à être un public de spectacle, mais bien des lecteurs réunis et unifiés par la voix des “lecteurs sonores”. 

— Alice CLABAUT

A l’occasion de la 11ème édition du Festival de lectures à voix haute « Livres en tête », j’ai eu le privilège d’assister à la dernière soirée intitulée « Tapage nocturne », le 5 octobre 2019 au cabaret Le zèbre de Belleville à Paris.

Cette soirée mit en scène plusieurs extraits des œuvres des auteurs présents à l’événement, interprétés par différents lecteurs de la troupe les Livreurs. Le corps et la sensualité furent les thèmes mis en avant par les lectures, ainsi que par les intermèdes musicaux du saxophoniste Lucas Delattre, de l’interprète Mercredi et de la contorsionniste Helena Moon.

L’atmosphère burlesque du lieu m’a permis d’être rapidement plongée dans l’ambiance de cet événement. Du velours, une petite salle, intime, des éclairages rouges : tout était au rendez-vous pour passer une soirée envoûtante ! Les lectures firent une entrée franche et audacieuse grâce aux définitions drôles et subversives du « Dictionnaire fou du corps », lues à tour de rôle par les orateurs. Le ton était lancé !

Une diversité de textes s’enchaîna ensuite, sous les gloussements sincères des spectateurs face aux mots crus, représentant des situations et des silhouettes variées, des passions torrides. Les intermèdes musicaux du saxophoniste Lucas Delattre permettaient d’adoucir le rythme de ces histoires. Ce cabaret était également entrecoupé de morceaux anciens, modernisés par l’artiste Mercredi – questionnant le genre et la sexualité tout en volupté et musicalité.

Durant l’entracte, les auteurs étaient présents pour discuter et dédicacer leurs œuvres mises en vente par la librairie « le comptoir des mots ». Il fut également possible de se sustenter au bar, au grand bonheur d’une grande partie des spectateurs. Des spectateurs de tous âges, venus en famille, entre amis ou en couple et qui m’ont également amusée par leurs réactions durant la deuxième partie : d’abord le public retenait son souffle, à la fois stupéfait et troublé par la performance de la contorsionniste Helena Moon. L’atmosphère semblait avoir accentué la proximité et l’intimité des esprits présents dans la pièce. Ainsi les rires reprirent, plus intenses et partagés. La surprise se fit également ressentir lorsque des textes classiques firent résonner une sexualité assumée et détaillée des personnages. Dans l’humour et la beauté des mots, les tabous furent levés le temps d’un instant, pour laisser s’exprimer la liberté des émotions.

Une soirée sexy et pleine de surprises dont je me souviendrai !

— Léa MEMAIN

Dehors, les lumières qui crépitent, le boulevard qui s’anime. A l’intérieur, des rideaux de velours rouge, un éclairage tamisé, une scène surélevée avec pour seule décoration, un micro. On est au Zèbre de Belleville pour la soirée de clôture de la 11ème édition du Festival Livres en Tête, qui s’est déroulée du 2 au 5 octobre 2019.

A l’origine du projet, « Les livreurs », une structure hors la norme qui célèbre de mille façons les joies de la lecture à voix haute – ainsi que le Service Culturel de la Faculté des Lettres de Sorbonne Université. Cette année, le président d’honneur du festival n’était autre que le sociétaire de la Comédie Française, Laurent Stocker ! Qu’il s’agisse d’improviser des
histoires sur le thème de la gourmandise, d’une dégustation de bières et de textes, d’un speed-dating en compagnie d’auteur.e.s sélectionné.e.s avec soin, ou d’achever le festival par un cabaret littéraire aux accents défendus, Livres en tête apparaît comme un espace enchanteur, érudit et curieux.

Ce soir, c’est la fin de ces journées riches en découvertes ; place aux mots crus et dérangeants, au rire et à la passion ! Après les remerciements d’usage, le rappel des partenaires permettant l’existence du festival, la présentation des auteurs présents – Daniel Arsand, Noëlle Châtelet, Katy Couprie et David Dumortier – voici le temps de l’ensorcellement par les mots et les sons.

D’abord, il y a les définitions du Dictionnaire fou du corps, rédigé par Katy Couprie, que se partagent les six livreurs sur la scène. Aux mots « vagin », « pénis », « anus » s’ajoutent ceux de l’«accouplement » ou de la « grossesse ». Bien sûr, il ne s’agit pas là de descriptions sages et neutres, mais bien de prendre la parole pour dessiner un monde tout en détails et en précisions, un univers fait de trouvailles, de franchise et de sincérité. Entrecoupés par des chansons interprétées par l’artiste Mercredi ou par un numéro de contorsion réalisé par Helena Moon, les temps de lecture que nous offrent les livreurs se révèlent être intimes tout autant que troublants.

Là, sont les extraits du Marquis de Sade, de Barbey d’Aurevilly ou de Catherine Millet – chacun est auréolé d’une réputation sulfureuse qui ne manque pas d’exploser lorsque la voix des conteurs se pose sur leurs textes. Un Flaubert épistolaire très polisson, des passages de Travesti de David Dumortier ou d’Histoires de bouches de Noëlle Châtelet, voilà des découvertes folles, poignantes, improbables. On ressort du cabaret après avoir redécouvert un monde licencieux et transgressif, après avoir appréhendé de nouveaux horizons sexuels et textuels.

Longue vie aux Livres en tête !

— Margaux DARIDON