Sulki et Sulku ont des conversations intelligentes

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Au théâtre du Rond-Point, Jean Michel Ribes met en scène sa pièce Sulki et Sulku ont des conversations intelligentes.  On retrouve avec un grand plaisir ces deux personnages, échappés de la pièce Musée haut, Musée bas (2004). Sur le même modèle, cette pièce est une série de saynètes, qui abordent avec humour toutes sortes de thèmes de société, du terrorisme au football.

Deux œuvres d’art, comme échappées d’un rêve, étudient, analysent, décortiquent notre époque, portent sur elle un regard tantôt amusé, ému, tantôt scandalisé et choqué. Jean Michel Ribes propose ici un texte plein d’humour, politiquement incorrect, véritablement décalé. Pendant 1h20, il nous est permis de rire, de rire de tout. On met le sérieux à distance. Sulki et Sulku est une pièce qui n’a pas peur de dire l’absurde de notre société. Le spectacle en devient donc tout à fait libérateur. On rit de bon cœur de la naïveté et du franc-parler des personnages. On rit d’eux et avec eux.

La mise en scène très épurée laisse toute sa place au texte. La scène se situe dans un musée (les trois premières saynètes reprenant les apparitions des deux personnages dans Musée Haut Musée Bas). On a pour tout décor un piédestal, qui rappelle au spectateur que Sulki et Sulku sont avant tout de l’art, et qui devient une table autour de laquelle les deux personnages s’assoient pour discuter. Les murs comme le décor sont gris, illuminés d’ampoules de couleur.

Les deux acteurs (Romain Cottard et Damien Zanoly) envahissent cet espace de leurs couleurs. Ils donnent vie à un environnement plutôt maussade, et sous-titrent brillamment le texte par le corps. Parfois émus, parfois perplexes, ou en colère, ils rivalisent d’émotions et un véritable partage s’instaure avec le public.

Cette sensation d’intimité est renforcée par la petite taille de la salle Jean Tardieu. Le public fait corps, nous sommes proches les uns des autres et proches des acteurs. Nous sommes les témoins, silencieux certes mais actifs tout de même, de leurs dérivations intellectuelles. Le public fait partie intégrante du spectacle. Nous sommes invités à nous poser ces questions, à chercher une interprétation propre. Sous couvert d’humour, chaque scène présente une chute ouverte, et le mot de la fin n’est pas vraiment une fin en soi. Chaque réplique est une idée à développer, il s’agit de porter un regard différent sur des choses de la vie quotidienne que nous considérons banales, que nous avons intégrées.

Je recommande donc vivement ce spectacle qui avec beaucoup d’humour et de tendresse aborde des thématiques qui parlent à tous ! On se retrouve forcement dans l’une de ces scènes.

Gabrielle Soufflet

 Je suis familière de l’humour de Jean-Michel Ribes dont je connaissais notamment Musée haut, musée bas, pièce (et film) dont sont issus les personnages de Sulki et Sulku. C’est donc volontiers, et sachant à quoi m’attendre, que je suis allée voir sa dernière création, Sulki et Sulku ont des conversations intelligentes, au théâtre du Rond-Point dont Ribes est le directeur.

Le titre annonce la couleur : la pièce est une succession de petites saynètes, de brèves discussions. Et puisque Sulki et Sulku sont des œuvres d’art (comme le rappelle indiscutablement leur costume, orange et mauve pour l’un, mauve et jaune pour l’autre), toutes les transitions (très réussies) entre ces saynètes sont l’occasion de prendre un instant la pose.

De quoi parlent-ils ? Eh bien d’un peu tout, de leur quotidien, des repas de famille, des noms de rue, du mérite qu’il y a à dire non à un ami…

Est-ce intelligent ? On se doute bien que non. Il est certes question de philosophie, du Pape et de la dette française, des dangers de l’opinion et du terrorisme, mais les raisonnements de Sulki et Sulku ressemblent à ceux de vos amis, quand l’heure se fait tardive et qu’on a peut-être bu un verre ou deux… Un petit côté Brèves de comptoir, en fait, de la bêtise pertinente, du bon sens à côté de la plaque.

Est-ce que c’est drôle ? Il est question de constipation et d’un homme qui pisse de l’essence (pas de sexe cependant, car Sulku n’arrive pas, quelque soit la position qu’il prend, à… méditer), il faut donc en conclure que oui. Mais c’est surtout l’élément absurde, décalé, qui fait le charme de l’humour de Jean-Michel Ribes, qui semble toujours, malgré tout, vouloir éviter le grossier ou le vulgaire, avec un brin d’impertinence, voire un peu d’humour noir. On est heureux d’échapper un instant au sérieux, d’apprendre que Sulki (ou Sulku ?) a croisé a Joconde, que la tante de Sulki est une Russe née en France de parents français, que Sulku croise le Pape quand ce dernier va acheter les croquettes de son chat.

C’est donc une bonne pièce ? Oui. Rien d’extraordinaire, rien de bouleversant ou de révolutionnaire, mais assurément 1h15 d’un bon moment passé dans la petite salle Jean Tardieu à l’ambiance intimiste, en compagnie de deux comédiens qui maîtrisent parfaitement leur gestuelle comme leur diction et savent mettre en valeur, sans qu’on s’ennuie jamais, les petites perles du texte de Jean-Michel Ribes.

Mathilde Bernardot

Sulki et Sulku est une pièce créée et mise en scène par Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre du Rond-Point où cette pièce a été jouée avec Romain Cottard et Damien Zanoly. Les deux personnages éponymes sont tirés de Musée haut, musée bas également écrite par Ribes en 2001. Durant un dialogue particulièrement loufoque, les deux protagonistes enchaînent et multiplient les rencontres afin de voyager, de parcourir les possibilités du langage. Dans un décor de musée signifié par des panneaux clairs recouverts de leds, ces deux Bouvard et Pécuchet déballent leurs avis et leurs connaissances au gré de sujets aussi divers que variés. Ces « conversations intelligentes », comme ils les appellent, offrent une certaine réflexion à la fois métadiscurssive mais également sur l’art à travers des saynètes où les personnages se retrouvent pour aborder des sujets extrêmement variés allant du statut de l’oeuvre d’art, au pape, à l’inventeur oublié des espadrilles, aux repas dominicaux en famille. Ces deux personnages gonflés de sérieux et d’aplomb tombent dès le début dans le ridicule par leur costume deux pièces jaune pour l’un et orange pour l’autre où des points violets se détachent. La parole est omniprésente, par exemple, la toile qui cache la scène avant la représentation représente deux visages d’hommes. Celle-ci est alors aspirée par un tuyau d’air situé au plafond comme si elle avait été avalée ce qui produit un effet scénique assez important. Cette pièce propose une certaine réflexion sur le théâtre. Dans cette enfilade de dialogues décousus et dépourvus d’intrigue, les personnages ont l’air conscients de leur propre vanité. Ainsi leurs rencontres sont ponctuées par des intermèdes musicaux joués au piano, où les personnages prennent des pauses comme des statues. Ceux-ci clôturent la pièce en se disant au revoir et en se disant qu’il se retrouveront le lendemain comme s’ils s’étaient conscients qu’ils n’existaient que le temps de la représentation. Ainsi la dernière scène reprend la première, pastichant La Cantatrice chauve, mais durant laquelle les personnages reprennent tous les thèmes évoqués durant la représentation comme pour établir un compte-rendu de ce qui vient de ce dérouler. Cette pièce reste légère dans sont humour et se rapproche davantage des théâtres de boulevard dans son style. Elle joue parfois sur un comique facile qui par exemple s’appuie à quelques reprises sur la scatophilie. Elle part peut-être trop loin dans son délire burlesque laissant de côté son spectateur.

Laura Violette

« Sulki et Sulku ont des conversations intelligentes » est une pièce du célèbre dramaturge Jean-Michel Ribes que l’on retrouve au théâtre du Rond-point. Les deux acteurs sont Romain Cottard dans le rôle de Sulki et Damien Zanoly dans le rôle de Sulku. Sulki et Sulku sont deux personnages tirés d’une pièce plus ancienne de Ribes : Musée haut, musée bas. Dans cette pièce, ils représentaient deux œuvres d’art, critique des intellectuels snobinards  qui ne vont au musée que pour dire qu’ils y sont allés. La pièce, qui est donc une reprise de ces personnages, reste dans des tons absurdes et loufoques. Sulki et Sulku habillés respectivement en jaune et mauve pour l’un et en orange et mauve pour l’autre, vont au cours des 1h20 de spectacle débattre de questions de haute importance telles que : « idées et opinions sont-elles différentes ?» ou encore « Comment ma tante peut-elle être russe si elle vient du Limousin ? ». Ils parlent de tout et de rien. Mais surtout de rien ! Car un rien les intéresse ! Cela va des courses du pape à l’intérêt de la méditation. Ils se disputent mais restent toujours courtois et poli.

On regrettera dans la pièce un certain manque de dynamisme. Les saynètes s’enchainent par le passage de l’un ou l’autre au travers d’un panneau accompagné d’une légère pose des personnages et de musique simple. Ce passage est très court et on finit par mélanger les conversations. De plus, les conversations restent assez monotones du fait du ton de voix des acteurs. On aurait aimé qu’ils se disputent vraiment une fois pour changer le rythme de l’action. Les décors sont aussi très épurés et il n’y a aucun jeu de lumières. La scénographie mériterait donc un travail plus poussé pour faire entrer le spectateur dans l’univers de Sulki et Sulku qui bien qu’absurde reste poétique.

Cependant, les répliques restent très amusantes. On retiendra celle de Sulki expliquant que ce qui l’énerve dans le football c’est le ballon parce que sans lui il y aurait beaucoup moins d’énervement ! On se laisse bercer par leurs paroles et emmener dans les différents lieux qu’ils décrivent : dans une montgolfière pour s’élever au-dessus des opinions, dans un parc a observé la Joconde qui s’est échappé du Louvre …

Finalement de cette pièce, on en ressort mitigé. C’est un bon moment où l’on s’évade avec Sulki et Sulku mais qui traine en longueur car manquant de mordant.

Eva Josselin

Il est temps de retrouver une œuvre d’art déjà présente dans Musée Haut Musée Bas : Sulki et Sulku, deux personnages absurdes à souhait qui dissertent sur tout et n’importe quoi. Ils sont légers, frais, colorés. Le langage se déploie dans son absurde vivacité mais il laisse toujours transparaître, de manière plus ou moins subtile, un lien à la réalité et à l’actualité. L’ombre des opinions politiques de Jean-Michel Ribes plane sur un grand nombre de répliques. On regrette les private jokes de l’auteur qui ôtent de la portée au spectacle et opèrent un tri dans le public. Toutefois, les réflexions déjantées ne sont pas vaines : décalées mais philosophiques, drôles mais existentielles. Les acteurs surjouent, leur intonation n’a rien de naturelle : certes, ce sont des œuvres d’un musée d’art contemporain mais le surjeu n’est pas très agréable et fait pléonasme avec l’absurdité des propos tenus. A travers une série de sketchs réalisés dans un décor gris et métallique- froid et plastique, comme sorti d’un vieux film de SF – structuré par un éclairage coloré et muable, cette figure gémellaire semble incarnée la pensée elle-même qui n’est rien d’autre qu’un dialogue qu’on tient avec soi-même. Deux personnages complémentaires finissent par n’en former plus qu’un. L’humour du langage se retrouve dans les deux costumes farfelus, l’un orange vif, l’autre jaune soleil, tous les deux recouverts partiellement de cercles violets pâles, sans compter leur coiffure fixée au gel. Le texte est travaillé sans être virtuose et laisse parfois sur sa faim : il donne lieu à une représentation simple sans être épurée. Certes, la valorisation des textes contemporains est une des spécialités du Théâtre du Rond Point mais il y a une différence entre lire un livre et assister à un spectacle. Le texte n’épuise pas tous les procédés théâtraux. En un mot, on nous à fait manger un petit bonbon rafraîchissant à la menthe mais on aurait préféré une explosion de saveurs théâtrales.

Anne Fenoy

Sulki et Sulku ont des conversations intelligentes est une pièce écrite et mise en scène par Jean-Michel Ribes donnée au théâtre du Rond-Point du 8 novembre au 10 décembre 2017. Seul les deux personnages sont présents sur scène, joués par Romain Cottard (Sulki) et Damien Zanoly (Sulku). Les deux compagnons sortent à peine de la pièce Musée haut, musée bas du même auteur, dans laquelle ils incarnent des œuvres d’art. La pièce est composée de divers petits dialogues entre les deux personnages, tous séparés par un bref intervalle musical. Pendant ces petites transitions les acteurs se replacent et font des poses grotesques.

Jean-Michel Ribes place ses deux comédiens dans un décor particulier mais relativement simple, le fond de la scène est composé d’une paroi grise agrémentée de petits points lumineux, elle peut rappeler au spectateur la vision futuriste proposée par « les séries B » des années 1970. Un bloc est placé côté cour de la scène il permet aux acteurs de l’utiliser comme piédestal, table, banc, etc. Sulki et Sulku sont en complet de couleurs vives dotés de gros cercles violets. Tout en adoptant une posture élégante cet accoutrement rend les deux personnages tout de suite ridicules. Ces dispositifs permettent de mettre en avant le texte et le jeu, épatant, des acteurs. Ils utilisent tout l’espace disponible et font résonner leurs réflexions qui de la stupidité arrivent parfois à effleurer la pertinence. Ces dialogues sont l’exemple idéal d’une pensée héritée des surréalistes.

Durant la représentation, on peut entendre le public s’esclaffer à certains moments ou encore on peut juste remarquer quelques rires étouffés par des spectateurs. Parfois le spectateur peut se sentir presque comme un voyeur en écoutant la conversation de ces deux amis. Ils se partagent des histoires sur leurs familles, ou sur leurs vies qui, tout en étant comiques, restent relativement personnelles.

Sulki et Sulku ont des conversations intelligentes de Jean-Michel Ribes est une pièce écrite très adroitement. Le spectateur qui suit les pérégrinations intellectuelles de ces Bouvard et Pécuchet modernes arrive à se dire à la fin que l’idiotie peut avoir un côté tout à fait génial.

Arianna Bocca

Sulki et Sulku ont des conversations intelligentes a été écrit et mis en scène par Jean-Michel Ribes au théâtre du Rond-Point, avec Romain Cottard (Sulki) et Damien Zanoly (Sulku). Jean-Michel Ribes a voulu prolonger la discussion entre Sulki et Sulku qui sont des personnages-statues issus d’un précédent spectacle, Musée haut, musée bas. Néanmoins Sulki et Sulku reste une pièce indépendante qui donne à voir une variété de tableaux discursifs.

Avant le commencement de la représentation, le public se retrouve face à face avec un rideau représentant les têtes des deux comédiens à l’envers et en gros plan. On peut alors supposer que la pièce tend à renverser les codes des « conversations » dites « intelligentes ». Ce rideau est comme une première oeuvre qui nous est donnée à voir dans le musée à venir où se déroulera Sulki et Sulku.

Le décor est simple, deux tabourets encastrés dans une table qui fait également office de socle pour les statues que sont les comédiens, ainsi qu’un fond grisâtre percé de couleurs changeantes qui se raccordent avec les costumes extravagants des comédiens. Sulki, le plus grand, a un costume violet qui comporte des cercles jaunes ainsi que des chaussures jaunes et, Sulku a lui aussi un costume violet mais qui comporte des cercles oranges et des chaussures oranges. Ces couleurs reflètent les discussions loufoques voir fantasques des deux personnages hauts en couleur.

Sulki et Sulku vivent dans une originale réalité : l’un d’entre eux a un cousin qui urine de l’essence et une tante constipée née à Limoges mais qui est Russe ; et l’autre qui n’arrive pas à méditer sans avoir l’air idiot et qui croise tous les matins le pape qui vient acheter des croquettes pour ses chats. Ils craignent des discussions plates, sans intérêt, mais ils nous proposent tout autre chose. Sur fond hilare, Sulki et Sulku ont des idées, trouvent des solutions aux problèmes de la vie. Les tableaux changent assez rapidement, les échanges sont centrés sur un thème, aucune digression n’est admise puisque chaque discussion doit conduire à une remarque sur l’organisation (parfois ridicule) de notre société actuelle.

Malgré l’apparente légèreté, les comédiens-statues sont des oeuvres d’art au milieu d’oeuvres d’art, les références en littérature, en poésie et en peinture ne manquent pas. C’est un véritable voyage culturel sur fond de poésie.

Sulki et Suku ont des conversations intelligentes est une épopée post-dramatique : Jean-Michel Ribes a su élever des personnages a priori ordinaire au rang d’oeuvre d’art qui alternent entre poésie, fantaisie et hilarité afin de proposer voir de refaire un monde qui soit davantage plaisant et coloré.

Cindel Cattin

Sulki et Sulku sont deux amis qui aiment à parler de tout et surtout de n’importe quoi. De la constipation de la tante Féoda à l’oncle George qui urine de l’essence en passant par la présence de chats au Vatican, leurs conversations à l’humour un peu potache prennent parfois un tour plus sérieux interrogeant entre autres la place faite à l’art.

La scène est épurée. Un cube, servant tour à tour de marche-pied, de table ou de chaise, une porte et un mur, le tout gris. Il me semble que ce n’est pas le changement de décor mais plutôt la variation des couleurs qui rythme les dizaines de conversations qu’entretiennent les deux amis. Comme si finalement toutes ces conversations étaient un peu les mêmes (deux amis discutant pour faire passer le temps) et que seul changeait le regard porté sur elles, tantôt d’un jaune éclatant et brillant, tantôt d’un violet un peu sombre qui rappelle l’intimité ou le secret. La multitude des couleurs dit la multitude des regards et des émotions.  Ces dizaines de conversations attrapées en plein vol s’enchainent avec un rythme rapide, ponctuées par quelques notes au piano et une chute toujours absurde, qui surprend par son décalage parfois inapproprié.

Mais Sulki et Sulku, eux, n’en ont cure, et n’en déplaise au “troupeau de yaourt” qu’est le public, ils ont des conversations “intelligentes”, oui Monsieur. L’ironie de ce titre n’en est que plus visible d’autant plus que les deux reconnaissent à un certain moment, leur bêtise. Dignes successeurs d’un Bouvard ou d’un Pécuchet, il reste à préciser que Sulki et Sulku ont aussi des éclairs de génie et une parole prononcée au tout début de la représentation semble résumer et la pièce, et les questions sur le rôle et la place de l’art aujourd’hui : “Mais si on a un sens, sera-t-on encore de l’art ? Je ne pense pas.”

Somme toute, cette pièce semble avoir une double lecture. D’une part, on peut se contenter de sourire ou rire face aux simagrées des deux amis, cela est si facile. De l’autre, on peut tenter de discerner le sérieux et parfois l’inquiétude qui se cache derrière un humour constant.

Erica Ngoala

Lorsqu’on entre au théâtre on se sent très élevé. Le Théâtre du Rond Point a l’air chic mais pas trop, on peut y passer du temps avant et après le spectacle, prendre un verre et parler des artistes et acteurs.
La salle est pleine et tout le monde a justement arrêté de parler lorsque la pièce commence : avec la chute d’un rideau là-derrière on peut voir deux hommes qui portent des vêtements bizarrement colorés. Ce sont Sulki et Sulku, deux personnage fictifs imaginées par Jean-Michel Ribes, qui est aussi le metteur en scène de la pièce.
Le spectacle est constitué d’environ vingt petites parties qui sont les dialogues des personnages Sulki et Sulku. Selon Ribes ce sont deux oeuvres d’art vivantes, dont personne sais d’où ils viennent. Ils discutent, comme de vieux amis, de thèmes assez différents, ils se donnent des conseils, ils se disputent, ils rêvent ensemble.
Et les thèmes ? Ils sont divers et bizarres comme les costumes des deux personnages qui parlent.
Il y a le thème de la fascination du football, celui de la difficulté de méditer ou celui d’une tante qui se déclare russe, même si toute sa famille est française. Parmi les dialogues, on peut aussi trouver une critique timide de la société et parfois aussi de la France, elle-même.

La pièce vit de sa simplicité en ce qui concerne la décoration, les costumes et en général les choses matérielles. Les seuls instruments utilisés sont un petit podium pour les acteurs, une porte (qui est utilisée pour la distinction des différentes petites parties de l’histoire), les couleurs et les lumières, qui soulignent les atmosphères des sections. Et la simplicité trouve son expression dans sa majeure forme dans les deux acteurs qui concourent) ensemble toute la soirée – chapeau pour cette performance ! Elle dirige ensuite l’attention du spectateur sans détour sur l’utilisation de la langue. Romain Cottard et Damien Zanoly montrent leur incroyable capacité de jouer avec l’intonation et l’articulation. Ca fait plaisir d’écouter leur entretien, en particulier lorsqu’ils arrivent à une section qui traite de la langue française avec ses absurdités et ses alternatives parfois intelligentes, parfois ridicules.
Mais en dépit de tout, la pièce échoue de la manque du fond.
On pourrait dire que ce n’est pas assez drôle pour être une comédie (même si c’était la prétention) et pas assez profond pour changer la vue du spectateur sur le monde qui l’environne.

Agnès Sperber
Photo : Giovanni Cittadini Cesi