Sous la peau / Collectif de la petite aiguille / Théâtre de la Flèche / Novembre 2019

Image d’entête : Théâtre de la Flèche, galerie.

C’est déjà fini…

Affiche de la pièce

Le Samedi 30 novembre, en soirée, s’est jouée la dernière représentation de Sous la peau au Théâtre de la Flèche, une production qui mêlait danses, chants et musique – entièrement née de la réflexion du « Collectif de la petite aiguille ». Cette petite salle à l’atmosphère chaleureuse et intime semblait toute indiquée pour faire écho à une pièce ayant pour sujet l’altérité, l’intériorité, l’identité, et qui n’excluait pas – par moments, une certaine légèreté. Ce jeune collectif n’a pas manqué l’opportunité qui lui a été offerte et a su toucher le spectateur au plus près, jusqu’à l’inclure complètement dans ses réflexions. Au gré des témoignages qui se succédaient – parfois sous la forme de monologues ou de dialogues, mais très peu sous la forme de véritables conversations où l’on dépasserait la surdité de notre société, ici plus menaçante que réconfortante… nous voilà pris à réfléchir aussi ! Les propos sont assez universels pour que chacun puisse s’y reconnaître, ce qui aurait pu les rendre banals, mais les acteurs ne se sont pas laissés entraîner dans une veine moralisatrice, nous proposant une pensée complexe où intimité et sincérité prennent des sens doubles et antithétiques. Les propos sont explicites, il s’agit bien d’une confession honnête mais, pourtant, on ressent la présence d’un implicite qui ne sera jamais dit, qui ne saurait être dit. Finalement, la communication n’est jamais complète : une barrière se crée invariablement entre les acteurs et le public, sur les cendres d’un quatrième mur qui venait tout juste de s’envoler. Cependant, ce qui est certainement le plus frappant au sortir de cette pièce, ce sont les nombreux sourires sur le visage des spectateurs, puisqu’au-delà de nous faire gamberger, cette pièce nous fait rire et n’hésite pas à taper sur une trop grande intellectualité. 

— Clément RIPOCHE

Le théâtre de la Flèche à Paris nous a accueillis pour la dernière représentation de sa pièce Sous la peau. Ce petit théâtre familial est caché au fond d’une petite cour bucolique très agréable. La pièce est montée par une jeune compagnie nommée « le Collectif de la petite aiguille ». Le jeune metteur en scène – également comédien (Idir Chender), nous transporte dans un univers aussi bien comique que tragique. Les quatre autres qui composent cette pièce sont des talents montants, à savoir deux demoiselles (Anne-Clothilde Rampon et Ophélie Lehmann) ainsi que deux jeunes frères (Jean et Frédéric Siven).

Dans un monde d’extériorisation à l’extrême, tout le monde semble vouloir à tout prix se recentrer sur lui-même. Ainsi, si certains font du yoga, d’autres préfèrent se tourner vers l’ayahuasca. 

Bien que la chronologie de cette pièce semble un peu floue voire même bouleversée, elle traite de sujets bien réels et actuels. Mêlant fiction et réalité – avec l’utilisation d’un casque spécialement pensé pour la chute improbable d’un immeuble, ou recourant encore à des mélodies extraterrestres au clavier, cette pièce s’insère au sein de notre époque tourmentée. De plus, dans la pièce, il est accordé une grande place à l’improvisation – ce qui a pour effet de provoquer des réactions très spontanées, et donc une approche plus réaliste de notre vie réelle. 

Concernant les costumes, mise à part une combinaison spatiale au début de la pièce, ou encore une simple blouse blanche ainsi que des lunettes pour se transformer en docteur, il n’y a pas de costumes particuliers. Cela donne d’autant plus  l’illusion d’être dans une situation réelle, de tous les jours. 

Pour les décors, un petit banc d’écolier et quelques lumières font judicieusement l’affaire. Les cinq comédiens ont d’ailleurs une grande autodérision en ce qui concerne leur manque de moyens et l’aspect un peu précaire de ce jeune théâtre. 

Pour ce qui est des artifices techniques, ils sont également très sommaires : une poche de sang dans un casque pour simuler la mort « avec les moyens du bord ».

De même, cette pièce hétéroclite mêle à la fois nouvelles technologies (clavier, ordinateur, portable), effets spéciaux – toutefois très sommaires, musique et danses. La technologie est très présente dans cette pièce, tout comme dans le monde contemporain : les comédiens s’éclairent d’ailleurs à la lumière de leurs téléphones portables. L’ordinateur et le clavier servent à chauffer la salle et à distraire le public lors des changements de décors, avec de petites musiques créées spécialement par la troupe elle-même. Enfin, les portables seront utilisés à la fin, quand les acteurs se prendront en selfie afin d’illustrer le monde égocentrique dans lequel nous vivons malheureusement. 

L’utilisation de l’espace est très classique, c’est-à-dire que chacun se met tour à tour au centre afin de jouer son monologue. Il y a néanmoins énormément d’interactions avec le public, ce qui rend cette pièce très vivante et même participative. De plus, lors de chaque monologue, les autres comédiens fixent la personne au centre, peut-être pour représenter le monde actuel où tous nos faits et gestes sont épiés par les autres. Enfin, l’espace est entièrement occupé lorsque tous les personnages se retrouvent au centre, pour une chorégraphie par exemple. 

Les moments forts de cette pièce sont d’abord le monologue de l’enfant, par Ophélie Lehmann, transcendante par son jeu tout en émotion. Ensuite, la scène de l’hôpital psychiatrique dans laquelle Anne-Clothilde Rampon nous impressionne par sa diction remarquable. 

Pour conclure, cette pièce traite avec beaucoup de comique une situation tragique et actuelle. Elle nous plonge dans une réflexion sur notre époque.  Avec des références aussi bien classiques que modernes, cette pièce donne envie de se recentrer sur soi-même et même, pourquoi pas, de s’acheter un journal intime.

— Maelle HERAL