Sganarelle ou le Cocu imaginaire / Théâtre Molière Sorbonne / Amphithéâtre Richelieu / Février 2020

«  Un portail vers un passé lointain, où le spectateur est toujours le même »

C’est le 4 février, dans l’amphithéâtre Richelieu, que la troupe du Théâtre Molière Sorbonne nous donne rendez-vous pour une représentation de Sganarelle ou le Cocu imaginaire. Il s’agit d’une comédie jouée selon les exigences du XVIIème siècle. On appelle ce type de spectacles « historiquement informés », que ce soit au niveau de la déclamation, de la gestuelle des acteurs ou de leurs costumes. La pièce est par ailleurs précédée par un concert de musique (Charpentier), donné par la troupe de l’Atelier du théâtre. Toujours soucieux d’offrir une expérience authentique aux spectateurs, les musiciens suivent une technique de violon utilisée en France à l’époque de Lully.  En effet, durant le concert, les musiciens s’arrêtent souvent pour accorder leurs instruments puisque les cordes, faites en boyaux de mouton, sont très sensibles à l’humidité et à la chaleur. La musique continuera à accompagner la pièce par la suite – musique de Charpentier, faite sur mesure pour Molière, rendant l’expérience encore plus authentique.

La comédie se base sur le quiproquo, procédé comique classique. En effet, la croyance trompeuse est au cœur de cette pièce où Sganarelle se croit trompé par sa femme qui, elle même, croit qu’il la trompe avec Clélie. Clélie, quant à elle, est amoureuse de Lélie et croit que celui-ci la trompe avec la femme de Sganarelle. Le malentendu atteint son paroxysme avec les différentes situations mises en scène, qui orientent les personnages vers de fausses pistes. La scène d’exposition met ainsi en place Clélie, dans les bras de Sganarelle suite à son évanouissement, croyant qu’il la trompe. S’ensuit une infinité de malentendus qui reposent sur ce modèle.

Mis à part le comique du sujet, la déclamation et les mimiques des acteurs jouent un grand rôle dans le comique de la pièce. En effet, la tonalité employée, le jeu exagéré des acteurs suscitent le rire du public. Le jeu grimacier mis au point par Molière, surtout à travers le personnage de Sganarelle, représente une nouvelle source de comique au XVIIème siècle. […] Sganarelle ou le Cocu imaginaire, représentée par la troupe du Théâtre Molière Sorbonne offre donc au spectateur une expérience inoubliable, un portail vers un passé lointain où le spectateur est toujours le même, riant du même comique que le spectateur du XVIIème.

— Sarra BEN DHIA

À 19h45, l’amphithéâtre Richelieu n’est plus un lieu de savoir où se déroulent des cours, des conférences ou bien des séminaires, mais un lieu artistique – laissant l’estrade aux acteurs de l’atelier Théâtre Molière Sorbonne. Les neuf acteurs interprètent ensemble une pièce intitulée Sganarelle ou le Cocu imaginaire, écrite par Molière en 1660.                

Cependant, en arrivant, on peut voir que la scène est occupée par une chaise et trois pupitres. En effet, avant la représentation, le public a la chance d’assister à un concert de musique baroque. La première partie est alors assurée par quatre musiciens : un Dessus, une Haute-contre, une Taille et une Basse de violon afin d’interpréter les compositions de Marc-Antoine Charpentier, célèbre compositeur et chanteur du XVIIème siècle. La musique est lyrique, douce et répétitive. Néanmoins, une des musiciennes nous apprend, pendant la représentation, que les instruments sont d’époque et que les cordes sont faites à partir de boyaux de mouton : celles-ci rendent un son meilleur mais sont fort sensibles à la chaleur et l’humidité. La musique est alors entrecoupée de raccords entre les musiciens, ce qui empêche le spectateur de plonger complètement dans la symphonie de l’auteur.          

Ensuite, les musiciens montent et s’installent dans le public, plutôt âgé, laissant la scène aux acteurs. L’intrigue est simple : Sganarelle, par un mauvais concours de circonstances, se croit trompé par sa femme avec Lélie, amant de Célie. Sganarelle, fou furieux, avertit Célie. Ensemble, ils réfléchissent à une petite vengeance. Ainsi, les comiques de situation sont nombreux, Sganarelle croit parler à l’amant de sa femme, alors qu’en réalité, il est l’amant de Célie.                                            

Le public est complice, il sait dès le début que Sganarelle fait fausse route. Le quiproquo de départ provoque le rire à chaque scène, grâce aux comiques de situation et aux discours en double énonciation. Cependant, le rire est aussi suscité par le jeu des acteurs. En effet, les expressions de visage, les gestes et les déplacements, notamment les déplacements des personnages masculins qui adoptent une démarche particulière, donnent du relief et dynamisent le texte.                                      

La pièce est courte, trois actes, entrecoupé chacun par une intervention des musiciens de la première partie, reprenant à chaque fois le même morceau. Cependant, il faut avouer que ne connaissant pas le texte avant de venir, j’ai rencontré quelques difficultés quant à la compréhension des vers. En effet, les acteurs gardent l’orthographe et la prononciation de l’ancien français. Ainsi, les « r » sont roulés, les « s » sont prononcés en fin de phrase, et on a l’impression d’une sorte d’accent du sud. D’autant plus que les scènes du premier acte s’enchaînent en introduisant à chaque fois de nouveaux personnages, et il est parfois difficile de lier les personnages entre eux. Cependant, dès l’acte II, l’oreille s’habitue et l’on peut profiter pleinement du spectacle.

Derrière le décor est vide, pas même un drap en toile de fond. Cependant, les costumes en eux-mêmes suffisent à plonger le public dans l’atmosphère du XVIIème siècle, puisque très sophistiqués.  

Un dernier mot encore pour souligner la performance de l’acteur qui interprétait le personnage de Sganarelle : son jeu était excellent. Tout se lisait sur son visage : ses intentions, sa déception et son amour pour sa femme. Ses deux monologues sur scène ont été réalisés avec une énergie débordante, emmenant le public avec lui.

— Simon HAFI