Roméo et Juliette

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“Oh Roméo ! Roméo ! Pourquoi es-tu Roméo ? Renie ton père et abdique ton nom”. Scène sublime de l’œuvre de Shakespeare : Juliette au balcon, Roméo quelques mètres plus bas, tapi dans l’ombre. Mais, à Vérone, tout sépare les deux amants dont les familles rivales s’entre-tuent depuis des lustres, et leur histoire ne pourra surpasser ces liens du sang resserrés à coups de dague. Hélas, la mort les attend depuis le début, depuis leur première rencontre à ce bal qu’on voudrait annuler tant ils souffriront de cette rencontre. Face à nous, Roméo et Juliette sont pris au piège entre les hauts murs d’une Vérone à la majesté froide et déchue. Les décors monumentaux d’Eric Ruf traduisent d’ailleurs au mieux cette atmosphère pesante qui pèse sur le couple. Mais Shakespeare, c’est aussi le refus d’une intrigue “monotone”, la confrontation des genres, et le grotesque jaillit ici et là, brisant cette tension tragique. En ce sens, il faut louer la performance de Suliane Brahim qui porte la pièce à bout de bras, et passe du fou rire à la crise de larmes, de l’abattement à l’hystérie, ainsi que le font les jeunes gens, et surtout ainsi que le font les personnages des pièces de Shakespeare. Cette dualité entre grotesque et sublime, le metteur en scène aurait pu l’accentuer encore, à mon goût, et nous tirer des éclats de rire plus sonores encore, et des larmes plus salées, car Shakespeare, c’est l’excès, c’est le trop-plein, et l’on peut regretter une mise en scène un peu sage. Quant au choix douteux de situer le drame dans l’Italie de l’entre-deux-guerres, il me semble que cette contextualisation ainsi imposée affadit quelque peu le récit…”

Lily Aymonino
Photo : Vincent Pontet