Roméo et Juliette

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Ce mois-ci l’action culturelle de la Sorbonne proposait des places pour Roméo et Juliette qui est en représentation à la comédie française du 30 septembre 2016 au 1er février 2017. Ce spectacle est mis en scène par Eric Ruf et d’une durée de deux heures quarante-cinq avec un entracte de 15 minutes. Il s’agit d’une pièce écrite par William Shakespeare et jouée en version scénique d’après la traduction de Victor Hugo. Les costumes sont signés Christian Lacroix et l’action se déroule en quatre jours, essentiellement durant la nuit. L’histoire de Roméo et Juliette est fameuse et connue, l’action se déroule à Vérone où une rivalité de longue date oppose la famille des Capulets et celle des Montaigu. Lorsque Roméo et Juliette, enfant respectifs des deux familles se rencontrent, c’est un coup de foudre contrarié par leur position et qui laisse de ce fait présager l’issue tragique.

N’ayant pas été joué depuis 1954 à la comédie française, Roméo et Juliette est ici réactualisé. Eric Ruf a réalisé le décor de sa propre mise en scène. Il est composé de plusieurs tableaux avec de grands murs qui se déplacent au fil des scènes pour laisser apparaitre successivement des décors de bal, de balcon ou encore d’église. La prédominance du blanc cassé dans le décor dénote avec les vives couleurs des costumes. Ceux-ci signés par Christian Lacroix se ressentent dans les détails et les coupes féminines et florales. Christian Lacroix à propos des décors parlera d’une « ville blanchie comme des ossements par la canicule, ces vestiges dégradés d’une splendeur oubliée, ce cimetière à ciel ouvert »

D’un point de vue pratique, les acteurs sont souvent du côté droit de la scène donc afin de mieux voir il aurait fallu se placer du côté gauche dans le public. L’action est dynamique avec un très bon jeu pour Roméo interprété par Jérémy Lopez. L’ouverture par Bakary Sangaré qui joue le rôle de frère Jean crée quant à elle une proximité avec le public notable. Des passages dansants et chantés font que les deux heures quarante-cinq de spectacles passent très rapidement.

C’est un spectacle très plaisant qui permet de sortir de cet aspect purement tragique et romantique qui a par le passé pu être le tort d’autres représentations. On est finalement surpris de façon positive par cette interprétation et réactualisation d’un chef-d’œuvre devenu mythique. C’est un nouveau regard sur cette œuvre qu’il est intéressant à aller voir.

Lydia Issad

La tragédie de Shakespeare écrite en 1597, Roméo et Juliette, est aujourd’hui revisitée par le  metteur en scène Éric Ruf à la Comédie Française. Cette pièce met en scène un dilemme ; Roméo Montaigu et Juliette Capulet tombent éperdument amoureux l’un de l’autre alors que leurs familles respectives ont toujours été rivales. Ainsi leur bonheur est voué à l’échec et, dans une Italie barbare, la mort n’en est que certaine.

Cependant, malgré la dimension tragique du texte, la mise en scène d’Éric Ruf parvient à en faire une pièce moderne voire même joyeuse et comique. En effet, l’originalité du montage de la pièce la rend dynamique ; le comédien Bakary Sangaré s’adresse directement au spectateur avant que la pièce ne commence, lui introduisant l’intrigue, rideaux fermés derrière lui, et créant une sorte de bulle d’intimité avec le public. Ce processus permet au spectateur d’avoir l’impression que, lui aussi, a un rôle, et qui plus est celui de complice, grâce à ces apartés qui s’immiscent à plusieurs reprises.

Par ailleurs, le spectacle s’ouvre sur une scène de bal onirique, où danse une dizaine de comédiens sur « le live », d’un cantante italien. Dès lors, le spectateur oubli qu’il est assis sur un strapontin de la Comédie Française et lui aussi se trouve en Italie, sous un soleil couchant, tournoyant parmi des partenaires inconnus. Ces chorégraphies ajoutent donc une dimension réaliste à la pièce tout en l’égayant.

De plus les comédiens, par leur originalité, anéantissent toute vision stéréotypée d’un couple pénible de romantisme langoureux et pédant. Suliane Brahim interprète une Juliette maladroite, totalement démesurée, dont la voix mue presque à certains moments, et qui frôle la schizophrénie. De son côté, Jérémy Lopez, alias Roméo, caricature l’amoureux déraisonné et clownesque, passant des larmes au rire en un instant. Ainsi, ce couple grandiose est ramené à son humanité et ses contradictions, donnant une dimension universelle et enfantine à leur passion.

Enfin, les costumes des comédiens sont l’œuvre de Christian Lacroix et épousent parfaitement chaque personnage. Juliette est souvent habillée de robes en dentelle de couleur pastel, retranscrivant ainsi sa naïveté et sa pureté. Les hommes, eux, sont habillés de costumes noirs tandis que les plus âgés ont presque un look de dandy… Bref, les codes de l’époque (16ème siècle) et ceux de la nôtre fusionnent et créent des tâches de couleurs rouges, roses, ocres et bleues dans un décor laiteux grâce à la lumière veloutée de Bertrand Coudrec.

Ainsi, c’est une pièce de 2h45 (et qui compte un entracte) que l’on ne voit pas passer. Les émotions du public suivent celles des amoureux entre l’émerveillement, le rire, la timidité, mais aussi la haine, l’injustice et la peur. L’œuvre shakespearienne est respectée, et on en sort heureux malgré une fin tragique. Cette pièce offre donc la possibilité de s’évader d’un monde complexe le temps d’un instant.

Betteline Mimran
Photo : Vincent Pontet