Rétrospective – Showgirls Paul Verhoeven – [Champs Élysées Film Festival]

Grandeur et décadence

Bienvenue à Las Vegas, bienvenue dans le monde où pour gagner, il faut parier. Et il est évident que P. Verhoeven a parié gros en filmant Showgirls. Immersion dans le monde du showbiz et du cabaret, dans le monde de la drogue et de l’argent, le film propose un enchaînement de scènes, qui, si elles n’étaient pas devenues cultes, écœureraient pas tant de kitsch et par les stéréotypes qu’elles véhiculent. Dans cette mise en scène du corps des femmes et de leur sexualité, ne semblent survivre que les fantasmes masculins qui les façonnent : de la fascination pour le désir homosexuel entre deux femmes à la naïveté charmante de l’héroïne dont on apprend par la suite qu’elle a dû vendre son corps pour survivre, tout y passe.

Ce que parvient néanmoins à capturer le réalisateur par la luxuriance des décors et la richesse de la mise en scène, c’est la violence que peut exprimer un corps qui danse. Epuisés, en sueur, maquillés, à peine couverts, les danseurs esquissent des gestes puissants dont la force se répercute dans l’espace. La folie de l’ambition et la course à la reconnaissance autorisent les pires bassesses et entraînent le spectateur dans cette spirale destructrice dont l’issue ne peut être qu’une catastrophe. Le mythe de Las Vegas, dont le brillant ne touche pas nécessairement nos âmes d’Européens, laisse parfois perplexe.

La critique acerbe de ce milieu est bien sûr évidente et quelques « punchlines » bien senties retentissent avec délice aux oreilles du spectateur. La morale se résume à ceci : « I’ve got one interest here, and that’s the show. I don’t care whether you live or die, I wanna see you dance and I wanna see you smile ». Si le scénario contient ces quelques pépites, il ne favorise pas les acteurs qui doivent composer avec des personnages relativement manichéens. Tout n’est que mensonge, tout n’est que duperie. L’authenticité n’est pas une valeur bien en vogue dans le monde des affaires. Il n’y a donc qu’un personnage envers lequel l’empathie est possible et le réalisateur choisit précisément de l’immoler à l’autel de la mesquinerie et de la violence. Que retenir de ce film donc, où les dialogues sont parfois dignes de ceux d’un film pornographique et où chacun peut continuer son chemin comme s’il était plus blanc qu’une brebis ? Ma foi, que c’est la loi du talion qui règne et que, coûte que coûte, the show must go on !

Mathilde Charras

Categories: Cinéma, reportage