Racheter la mort des gestes

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Racheter la mort des gestes, Chroniques chorégraphiques 1, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta au Théâtre de la Ville.

Tout semble naître de cette question rhétorique d’Hervé Guibert observant le travail de Jean-Claude Gallotta : « Qui est le chorégraphe, sinon ce grand fada sacré que la société semble payer pour le rachat de la mort des gestes ? »
Le spectateur commence par entendre cette remarque en voix off, c’est le point de départ, la clef pour comprendre le reste, celle qui ouvre la succession de petites séquences qui s’enchaînent. Le spectacle prend la forme du journal intime ce qui permet de varier le rythme et de dynamiser l’ensemble.

La scène devient le lieu de tous les possibles, les moyens employés sont divers : la voix off, la musique, l’image, la danse, la littérature, le cinéma, tout apparaît en bribes. Jean-Claude Gallotta s’explique « Dans ce spectacle, les moments dansés s’entrelacent avec des extraits de films, de fiction ou documentaires, des instantanés de vie, un dialogue, une performance, un souvenir personnel… ».
Le fond de la scène se transforme en ville où se croisent tramway, voitures, piétons, cyclistes et devant ce dispositif animé, les danseurs ne sont plus que des ombres en mouvement. On ne distingue pas les visages, tout le monde pourrait se glisser dans leurs gestes. Celui qui danse dans la rue est un fou, Gallotta fait de la scène cet espace urbain où tout est à nouveau possible, où les corps se libèrent. Les danseurs se confondent avec « les non professionnels » qui se lancent et essaient. On remarque une grande variété de danseurs sur scène, ils sont très jeunes, jeunes, plus âgés voire très âgés, petits, grands, handicapés. Ils représentent tous les âges de la vie, tous les hommes, toutes les femmes, tant qu’il y a de la vie, il y a de la danse. Les costumes sont colorés et peuvent être des habits de tous les jours ce qui contribue à intégrer le spectateur.
La danse rassemble, le spectateur assiste à une suite de rencontres auxquelles il participe. Les danseurs sont en solo, en duo à plusieurs. Le spectateur se retrouve dans un geste au moins, dans un mouvement, celui qui le touche et lui ressemble. Gallotta fait monter le spectateur sur scène sans qu’il se lève de son siège. Le spectateur trouve sa place.

La musique participe au dynamisme de l’ensemble. Quelques airs bien connus nous entraînent. Au cours d’une de ces chansons, les danseurs se rassemblent en ronde en effectuant les mêmes gestes, c’est un passage très entrainant. Sur un air de Bashung, le théâtre s’allie à la danse, une danseuse mime une femme ivre, seule, errant et chantant dans la nuit. Ce sont bien des scènes de la vie quotidienne qui se jouent sous nos yeux.
Une scène qui marque, ce cri strident, cet appel sans réponse « maman ! » qui rappelle l’enfant en chacun de nous. Ce cri s’achève sur une pointe d’humour, une réponse à cette apostrophe inquiète « je voulais juste savoir où tu étais ». Le rire fait partie du spectacle comme il fait partie de la vie. Comme lorsque cet homme se déshabille sur scène sous prétexte que l’exhibitionnisme est un mot inventé pour ceux que la nudité gêne. Et la mort de cette femme représentée sur scène parce que la mort aussi fait partie de la vie.
C’est un très beau spectacle que nous offre Gallotta qui conclut « finalement, il s’agit toujours pour moi de la même démarche, de contribuer à ouvrir en permanence le chant de la danse et de le faire avec le plus d’humanité possible. » — Madly Condé


Jean-Claude Gallotta présente Racheter la mort des gestes, du 31 octobre au 10 novembre, au Théâtre de la Ville.
Qui danse ? Sur scène, des danseurs, des personnes âgées, deux personnes en fauteuils roulants, une petite fille, des gens…dans le décor de la rue vide et nocturne qui revient si souvent,  peut-être nous. Le nous figé depuis les bancs de l’école.

« Qui est le chorégraphe, sinon ce grand fada sacré que la société semble payer pour le rachat de la mort des gestes ? » écrit Hervé Guibert, 1984, alors qu’il suivait le travail du chorégraphe à Grenoble. La toile qu’offre Jean-Claude Gallotta se tisse sur cette phrase.  Souffle par souffle, de souvenirs en anecdotes, par tous ces courts instants de vie : « Chroniques chorégraphiques » (sous-titre du spectacle), il nous rend le droit à la gesticulation décomplexée.
Il ouvre devant nous la boîte à souvenirs de son parcours dans ce monde : une chanson, une rencontre, une famille, sa mère, Maurice Béjart, Hervé Guilbert, une danse… ce qu’il l’a touché, et ses réflexions, il se retourne avec simplicité, sans pathos. Il nous raconte.

« Je n’ai jamais eu de mauvais rapports avec… ». Chaque fois, la voix de Gallotta nous emmène en chemin, Guide. La mort, le doute… l’itinéraire n’est pas sans écueils mais, aucun danger, il nous tient par la main tout au long de cette promenade. Et quand vient le moment de la lâcher, plus fragiles, plus hommes que jamais, nous, spectateurs, ressortons pourtant avec cette force immense : si comme le disent les derniers mots du spectacle, Gallotta a tenté de nous faire vivre cette liberté envoutante de la vie, beaucoup dehors s’obstinent à la détruire, la vie ; mais nous étions là, présents, tous ensemble, et c’est un immense espoir dans la danse qui nait.

De la danse avant toute chose, et pour cela aussi des textes, des brides de films, et bien sûr de la musique.  Déjà dans des spectacles précédents, Jean-Claude Gallotta utilisait tous ces supports, comme il avait aussi déjà fait danser des non-professionnels sur scène : la danse s’inscrit dans un univers et multiplie les perspectives. Poétique du geste dans l’art du monde. Jamais il n’était apparu avec tant d’évidence que le monde sans les gestes perd toute harmonie, peut-être tout espoir. « Vu l’état du monde, confie le chorégraphe à France 3 Alpes, avec tout ce qu’on nous fait croire et toutes ces tensions, je me dis finalement ce n’est pas plus mal que d’essayer de faire un peu de danse ». — anonyme


Le chorégraphe Jean-Claude Gallota et son Groupe Emile-Dubois ont présenté leur nouveau spectacle de danse : Racheter la mort des gestes. Ce spectacle a été conçu à partir d’un article que le journaliste et écrivain Hervé Guibert, a écrit sur le travail de Gallota dans Le Monde en 1984.

Un décor, simple et dépouillé, ouvre le spectacle : une scène toute en noir et au fond une grand écran qui reproduit, avec une caméra fixe, tout ce qui se passe la nuit dans un parc et une rue de Grenoble : le tramway, les gens qui passent. Parfois, au lieu du parc de la ville, on voit des extraits de films qui font leur apparition dans l’écran. On perçoit comment le décor change au fur et à mesure que le spectacle avance et que défilent les différentes successions de chroniques, jouées par 27 interprètes. Ces chroniques sont dirigées par la voix off de Gallota, nous livrant ses souvenirs et mémoires de sa vie personnelle et de sa vie en tant qu’artiste.

Les chroniques, qu’on peut qualifier de journal intime de la vie de Gallota, sont très différentes entre elles. Parfois, on a l’impression d’être perdus parmi des pensées arbitraires, très libres, sans cohérence, mais on parvient à les comprendre à travers des personnages qui jouent en scène et qui nous racontent ces histoires avec leur danse, leurs mots ou simplement leurs gestes.
Ces petits passages formant le spectacle sont très divers :  certains sont purement dansés, certains provocants et critiques, certains donnent un point de vue socio-politique et d’autres sont totalement ouverts et interpellent le spectateur sans lui donner de réponses concrètes. Ils ressemblent parfois à une plainte ou une pensée qui forment une réflexion postérieure chez le spectateur.

En effet, les personnages apparaissent, jouent en scène, et avec la danse de leurs gestes on commence à comprendre ce qu’on voit. Ils transmettent des grandes doses d’humour, de tendresse, de sensualité. Ils comptent aussi avec d’autres ressources telles que le cinéma, la voix ou la citation d’intellectuels et d’artistes (Deleuze, Truffaut, Frantz Fanon). Cependant un des succès les plus attractifs du spectacle demeure la mixité des interprètes : professionnels, amateurs, invalides, jeunes, âgés. Ils sont l’axe du spectacle et font réagir le spectateur dans cette création qui n’en a pas fini, comme son titre l’indique. — Yolanda Guttierez


Avec son nouveau spectacle, Racheter la mort des gestes ( en hommage au texte d’Hervé Guibert ) présenté au Théâtre de la Ville, Jean-Claude Gallota  ouvre le champs de la danse contemporaine au delà de la simple question du mouvement. Son spectacle se présente comme une suite de petites chroniques dansées, sans rapport apparent les unes avec les autres, s’entrelaçant avec des extraits de films, de fiction, de documentaires, de souvenirs personnels. L’image et la parole sont parties intégrantes de la scène chorégraphique ; tous nos sens sont mis en éveil. Il nous plonge dans son univers, ses souvenirs.
Ses séquences chorégraphiées décousues parlent de tout, de rien ;  elles parlent de lui, d’elle, d’eux, de nous tout simplement. On y rencontre ceux qui dansent, ceux qui ont dansé et encore ceux qui aimeraient danser : dans l’une des première séquences deux paraplégiques se rencontrent et le temps d’une danse ils en oublient leur situation d’invalides pour se laisser aller au rythme du mouvement. Il n’y a pas de musique, juste le silence. L’énergie et l’élégance qui se dégagent de leur danse sont fascinantes. Ces êtres en quête de liberté ont su sortir de leur cages d’acier, ils ont su se libérer de leur paralysie. Tout être humain est capable de danser c’est le message que cherche à nous faire passer ce grand chorégraphe grenoblois.

Ce patchwork chorégraphique n’est pas sans rappeler son ballet Trois Générations : il fait appel à des danseurs de tout âge et de toute origine ethnique pour révéler l’origine du geste, du mouvement. Gallota recherche moins la beauté du geste que l’expression de notre humanité dans ce geste ;  faire tomber les masques de la pudeur afin que l’homme retrouve l’origine du mouvement, de la vraie vie, voilà en quoi consiste sa démarche. Il énonce sur scène l’évidence des mots d’Hervé Guibert :  « Qui est le chorégraphe, sinon ce grand fada sacré que la société semble payer pour le rachat de la mort des gestes ?» ( 1984 dans Le Monde).

Au delà du mouvement  il y a les choses de la vie. La danse de Gallota redonne au geste sa dimension vitale. La danse de Gallota c’est le témoignage de l’homme en tant qu’homme de sa vulnérabilité, de sa condition de mortel : « J’ai toujours eu de bons rapports avec la fragilité » annonce-t-il au début d’une séquence. La danse de Gallota c’est la danse de l’éphémère, de l’immédiat, une immédiateté qu’il faut savoir saisir en plein vol et contempler car elle est l’expression du combat de l’homme pour la vie, contre la mort.
Son spectacle est plein d’humour, de fantaisie, de farces : un jeune danseur se déshabille sur scène pour dénoncer la pudeur de chacun d’entre nous, un vieux danseur nous apprend qu’il a de l’arthrose tout en dansant et forçant sur ses articulations. Gallota porte un regard amusé mais critique sur ce monde absurde dans lequel nous vivons. C’est une très jolie parenthèse poétique qui nous invite à prendre du recul, à déconnecter le temps de quelques danses de ce monde décousu, parfois incompréhensible, dans lequel nous vivons.  « vu l’état du monde ce n’est pas plus mal d’essayer de faire un peu de danse ». — Ariane Pasquet


La mise en scène de Racheter la mort des gestes, du chorégraphe Jean-Claude Gallota, présenté le 7 novembre au Théâtre de la Ville de Paris, a été une des présentations les plus intéressantes de la danse contemporaine. La chorégraphie de Jean-Claude Gallotta est différente et à partir d’une voix off joue avec le corps, la danse et la gestualité pour nous montrer tous les possibilités autour de l’homme et la femme de nos jours.
L’exploration de beaucoup de rythmes musicaux, de la gestualité à travers le mouvement des corps individuels et collectifs, reflète divers situations de la vie quotidienne dans les villes. Des relations personnes agressives, les relations d’amour, les relations dans la rue, dans le bureau, mais aussi la possibilité de l’intégration sociale ou bien de reconnaître que les personnes handicapées peuvent devenir des sujets avec les mêmes droits, les mêmes possibilités ou bien devenir comme tous, victimes des perturbations sociaux de nos jours.
Au début, à travers la répétition d’une parole incohérente, on trouve la parodie entre la vie et les films, des habitudes et des bonnes manières de personnages de la vie publique ridiculisés par le corps nus, le corps qui au final demeure l’unique chose commune à tous les êtres humains. Mais cette intégration sociale est aussi artistique dans cette proposition de Gallota, car les acteurs- danseurs sont tous unis, avec les acteurs amateurs sur la scène, de la même manière que la danse, le théâtre, la poésie et le film.
Pour conclure,  on peut dire que c’est la danse, et dans ce cas la chorégraphie, qui permet la réflexion sur la propre vie, sur l’intégration sociale dans un monde moderne difficile à vivre et troublant au quotidien. – Maria Stella Urrego


Avec Racheter la mort des gestes, Jean-Claude Gallotta nous livre un spectacle complet et sincère. Sur scène s’allient des bouts de vie, des souvenirs, des chorégraphies en apparence chaotiques, des extraits de films… qui disent la construction de la sensibilité et de la réflexion de l’artiste sur son art. En fait, c’est un processus de création qui a duré toute une vie que les danseurs-comédiens-performeurs dessinent sur le plateau.

Mais il ne faut pas s’y tromper : Racheter la mort des gestes n’est pas un simple spectacle racontant la nostalgie de moments révolus. En revenant sur certains épisodes clés de sa vie, Jean-Claude Gallotta construit et questionne l’art de la scène et de la danse. On ressent une volonté de se libérer des codes établis par le carcan social : revenir à l’état d’origine, au geste instinctif, amené par une impulsion presque irrépressible. En effet, l’homme d’art est le seul à pouvoir exprimer sa folie: hors de la scène, les autres sont internés.

Sous nos yeux, la scène se transforme en lieu carnavalesque d’inversion des rôles, où se mêlent, dans une belle mixité, des danseurs professionnels et d’autres, recrutés pour le spectacle, dont ce n’est pas le métier d’origine, des performeurs aux âges et conditions physiques différents.
Être chorégraphe et homme de scène, c’est dire la sublime folie du monde et se débarrasser de la honte d’être un homme.