Opéraporno

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Résumer Opéraporno en deux mots : délicieusement indécent. Cette « opérette indécente », comme la présente son auteur et metteur en scène Pierre Guillois est représentée au théâtre du Rond-Point en ce début de printemps. Il s’agit de la mise en musique d’un week-end à la campagne réunissant le père, sa nouvelle fiancée, le fils et la grand-mère… Tout cela dégénérant rapidement, de quiproquos en quiproquos, de l’adultère à l’inceste. Cependant tout en traitant de sujets totalement irrévérencieux, Opéraporno gagne le pari de rester léger et (absolument) hilarant.

Si certains critiques lui reprochent des scènes parfois un peu longues, je n’ai pas ressenti cette longueur. La pièce en elle-même est courte, moins d’une heure et demi, mais elle agit comme une réelle catharsis ; les pires mœurs sont représentées sous les yeux ébahis du spectateur qui, à certains moments, ne sait plus s’il doit encore rire ou se mettre à pleurer.

C’est une opérette, donc la pièce est rythmée par des portions musicales, accompagnés par deux musiciens, un pianiste et un violoncelliste cachés dans un bosquet sur un côté de la scène. Le niveau musical est très sérieux, la question n’est pas de faire une parodie d’opéra, mais l’interprétation se rapproche plutôt du genre de l’opéra bouffe.

On a ici une sorte de vulgarisation de l’opéra, mais aussi une vulgarisation (au sens propre) de la langue. La concentration de mots orduriers par phrase contribue à faire de la pièce un véritable opéra bouffe. Le côté burlesque est souligné aussi par l’esthétique de la mise en scène et des costumes. La grand-mère est interprétée par un homme, ce qui lui donne un côté encore plus décalé.

La pièce a un rôle réellement cathartique, à l’exemple des pièces de théâtre antique. Mais étonnamment on a une catharsis par le rire, terriblement efficace. Après les applaudissements, les acteurs nous reprochent d’applaudir une telle débauche, et ponctuent leur discours par un magnifique « Et surtout, ayez du plaisir ! »

Camille Gho

Le metteur en scène Pierre Guillois et le compositeur Nicolas Ducloux nous ont permis d’assister à un spectacle on ne peut plus hors-norme… Comme son nom l’indique, Opéraporno a pour objet de représenter des saynètes autour du thème du sexe brut, voire trash, au sein d’une véritable opérette, ce qui donna lieu à un comique burlesque de plus en plus conséquent.

Saluons la qualité de chant et de diction des interprètes, tous assez audibles dans la grande salle du Théâtre du Rond-Point, malgré le rythme effréné de certaines des compositions. Saluons également le piano et le violoncelle, interprétés par deux musiciens hors-pair, situés dans un coin de la scène, dissimulés sans être invisibles. Saluons enfin la scénographie, bien pensée, en particulier avec l’habitation montée sur des roulettes, ce qui permit d’alterner rapidement les scènes se déroulant à l’intérieur ou au contraire sur la devanture de la maison.

Voilà pour les qualités dites « formelles » de la pièce, qui sont incontestables. Vient désormais le souci de juger l’histoire de la pièce. Or, cette dernière est tellement désarçonnante qu’il est difficile de pouvoir poser un avis tranché à son sujet. Si nous entrons dans la salle avec un sourire aux lèvres en pensant au titre, et si nous nous amusons durant le premier quart d’heure de voir effectivement le décalage certain entre le thème et la forme adoptée pour représenter ce thème, assez rapidement, pourtant, la situation prend tellement d’ampleur et devient si grotesque (à coup d’incestes, de pratiques lubriques, et de vocabulaire explicite), que l’on peut être saisi de dégoût à la place du rire. Alors que le début pouvait amuser, lorsqu’on croyait que s’organisait une véritable histoire, cette dernière nous apparaît bien rapidement comme un simple prétexte à représenter différentes situations pornographiques de plus en plus osés. Mon avis est donc mitigé, mais je me réjouis dans tous les cas d’avoir assisté à un spectacle aussi original.

Raphaël Rouzet

Opéraporno est un spectacle pour le moins inhabituel, ce que son titre éloquent annonce déjà en rassemblant l’opéra et la pornographie, le chant et l’accouplement exubérant. Il faut pointer que très rarement le spectacle vivant a l’occasion de s’aventurer aussi loin dans le maniement de tels lexique et registre, passablement grossiers, le plus souvent simplement crus, et dans l’exposition impudique de sexualités en roue libre. De ce point de vue, Opéraporno réussit son pari (on imagine que c’en était un) : faire tenir et rire un public dans la salle pendant une heure et demie, face à une scène où défilent, à une vitesse improbable, des scènes rocambolesques, et des séquences pornographiques entre le fils et sa grand-mère, le père et son fils, la grand-mère et la belle-fille, etc.

Le spectacle semble se construire selon une esthétique du sursaut : si son ouverture correspond, assez agréablement, à tout ce qu’un vaudeville ou une comédie fort burlesque fait promettre, rapidement la machine s’emballe ; les situations cocasses, ridicules, grotesques sont de plus en plus sexualisées, de plus en plus vite et de plus en plus fort. Chaque saynète est prétexte à relancer « l’intrigue » (des mots de Pierre Guillois, c’était sur le scénario toujours négligé des films pornographiques qu’il a voulu mettre l’accent), intrication de quiproquos comme des corps. Opéraporno tient très bien son fil rouge, dans cette escalade insolite et douteuse de relations sexuelles, mais oublie assez tôt dans son déroulement ce qui pouvait aussi faire le charme de son entreprise, à savoir une hybridation heureuse entre le burlesque de petite comédie, le chant d’opérette, et le sexe d’un film pornographique, mélange des genres au sein duquel un déséquilibre s’installe vite.

Tout le monde n’appréciera pas, toutefois, l’exposé débridé de toutes les pratiques sexuelles, a fortiori quand elles sont partagées en famille. Mais le talent d’Opéraporno est aussi de faire passer, en chanson, des scènes violentes, ou des scènes que toute morale nous dirait bien sales. Ces envolées lyriques, accumulant les clichés romantiques et plaquées sur des pratiques sexuelles déchaînées, fournissent le meilleur du spectacle. Ces bouts chantés assument, par ailleurs, le rôle de dévoiler à l’esprit ce qui n’est pas sur scène, car en réalité l’impudeur ne s’affiche pas sur les planches, mais dans les mots. On n’y voit rien, quoiqu’on entende tout. La pornographie du spectacle est presque tout entière orale, ce qui apparaît moins une manière pudique de faire semblant d’en faire trop pour finalement en faire peu, que bien plutôt faire confiance au pouvoir de suggestion du théâtre, de l’opérette. Opéraporno n’est probablement pas un spectacle à mettre entre toutes les mains, sous tous les yeux et dans toutes les oreilles, mais a le mérite de produire une tentative, louable, de briser quelques frontières morales, quelques tabous de la représentation.

Louis Tisserand

Un lac qui se réduit comme peau de chagrin, qui devient étang puis mare. C’est la première chanson qu’entonnent les interprètes d’Opéraporno, une pièce écrite et mis en scène par Pierre Guillois, et dont les airs chantés ont été composés par Nicolas Ducloux. On pense à une entrée en matière douce et joyeuse, mais le refrain arrive et il est grivois. Cette mare devant nous, le petit cabanon qu’elle abrite, et la forêt qui les entoure vont être le lieu d’explorations sexuelles et sentimentales pour les quatre personnages de la pièce. Etrange ? Légèrement. Une grand-mère, un père, un fils, et la nouvelle compagne du père. Du coup, complications. Les désirs de tous sont grands, endormis ou éveillés, parfois fatigués. C’est un jeu de cache-cache perpétuel, puisque le fils désire sa belle-mère, le père son fils, que ce dernier viole sa grand-mère pensant que c’est la compagne de son père. Les vérités éclatent, on donne des noms aux actes qui ont été mimés sur scène, qu’il s’agisse de rapports consentis, de masturbations, d’érections qui durent bien trop longtemps, de viol, d’incestes. C’est très trash et d’une certaine manière violent, mais extrêmement drôle et dérangeant. Il est rare de voir au théâtre autre chose que des jeux de séductions et des instants elliptiques  lorsque l’on aborde la part sexuelle d’une pièce. C’est le contraire ici, et évidemment, cela ne va pas sans heurts- notamment parce que l’on aborde des notions du rapport à l’autre qui restent habituellement dans des tiroirs que l’on se garde d’ouvrir. On sort étourdi du théâtre, on y repense et puis l’on se dit qu’il faut parfois des soirs où on abolit la frontière de la bienséance. Même si toutes les pièces ne peuvent et ne doivent pas tout dire, il est parfois nécessaire de ne rien cacher, quitte à laisser le spectateur troublé, un peu agacé, circonspect. Cela veut dire qu’il y a encore beaucoup à dire et explorer, non ?

Margaux Daridon

Ce spectacle aurait pu s’appeler « partie de campagne » ou bien « week-end au vert », mais non, le titre est très explicite sur ce que nous allons voir : « Opéraporno ». Pour ce qui est du côté opéra, beaucoup de critiques disent que c’est plutôt une opérette, et je suis bien d’accord, avec cela, on ne pourra jamais comparer ce spectacle à la qualité de chant du « Barbier de Séville » par exemple. Pour le côté « porno », je m’attendais à quelque chose de bien plus trash. L’histoire de base est assez simple : un homme part en week-end dans une vieille baraque de famille au bord de l’eau avec sa nouvelle femme, son fils et sa mère ; cela aurait pu s’arrêter là : un joli petit week-end en famille au vert ! Mais les ennuis commencent dès le début : ils ont oublié la grand-mère dans la voiture. D’ailleurs, dès l’entrée du public dans la salle, on peut voir la grand-mère attendre dans la « voiture ». Puis la pièce commence par l’orchestre, composé d’un pianiste et d’un violoncelliste / guitariste qui joue un morceau joyeux. Cette opérette est basé sur un énorme quiproquo : le public comprend très vite que le fils est attiré sexuellement par sa belle-mère, et que cette dernière fait exprès d’user de ses charmes pour l’exciter encore plus. Par un énorme malentendu le fils va finalement coucher avec la grand-mère en croyant que c’est sa belle-mère. Malentendu qui créera pleins de moments comiques par la suite jusqu’à ce qu’il apprenne la vérité. Le père est également très drôle car il a un côté naïf. Il a des suspicions que sa femme le trompe, mais il est pas très dégourdi et se coupe le doigt en espionnant sa femme et son fils sur la barque tandis qu’il coupait les haies.

Ce spectacle aurait pu très rapidement tourner au vulgaire avec une mauvaise mise en scène, mais ce n’est pas le cas grâce à l’humour, la musique et les décors qui sont très variés et bucoliques.

Charlotte Dutron

Opéraporno est un spectacle écrit et mit en scène par Pierre GUILLOIS. La composition musicale est créée par Nicolas DULOUX. Cet opérette est jouée au théâtre du rond point et diffusé par Séverine ANDRE LIEBAUT et SCENE 2. Il y a seulement 4 acteurs / chanteurs sur  scène.

La situation initiale est une famille recomposée constituée du père et son fils Victor, puis respectivement de la femme et belle-mère Clothilde, et enfin de la mère du père. Ils vont en vacances dans leur maison de campagne isolée dans la nature. « L’intrigue » de la pièce est une sorte de triangle amoureux, le père aime sa femme, mais elle aguiche  son beau-fils afin d’avoir une relation sexuelle avec lui. Celui-ci est fort attiré mais n’ose pas révéler ses sentiments et pulsions pour sa belle-mère. Se déroulent ensuite plusieurs péripéties de nature plus ou moins obscène. Les enjeux sont créés par l’enchainement de quiproquos participant au comique de la pièce principalement développé sur le comique de situation.

J’ai personnellement peu aimé ce spectacle. J’étais fortement surprise par l’hilarité immédiate du public dès les premières répliques alors que je trouvais les blagues lourdes, réchauffées, beaufs et limite vulgaires. La situation s’empire lorsque la principale action qui pose la base du quiproquo est une relation incestueuse entre la grand-mère et son petit-fils qui est persuadé que c’est Clothilde.

Je trouve cela gênant, sans parler de la scène précédente qui n’est autre qu’une relation sexuelle consentante entre Victor et son père. Surtout que cette situation n’apporte rien à l’intrigue, en cela c’est dérangeant. Quel était le but de rajouter cette situation d’inceste ? Même dans un but humoristique, je trouve cela déplacé.

Ces relations incestueuses ont gâché le potentiel comique du concept « Opéraporno ».  Le quiproquo de la relation de la grand-mère et Victor était drôle, lui se déclarant dans une tirade enflammée, tout en exprimant quelques surprises sur certaines caractéristiques physiques qu’il ne soupçonnait pas chez Clotilde (son dentier etc…). Mais le rire était pour ma part bridé par le côté incestueux de la situation.

Cependant, le personnage de la grand-mère était drôle et très bien joué. C’était un acteur qui la jouait, ce qui lui donnait une voix cassée réaliste. L’ironie de ce personnage était dans le décalage entre son discours sexuel dans le contexte familial et son âge.

Les décors était très bien pensés, c’était des îlot feuillus modulables placés sur des plateaux roulants. Ainsi il suffisait de les tourner pour passer dans un autre lieu.

Enfin les mélodies musicales étaient intéressantes et dynamiques, composées d’un piano et d’un violoncelle.

Malheureusement les paroles des chants étaient creuses, c’était souvent une phrase répétée en boucle et chantée en canon. J’ai seulement apprécié le chant final où les quatre acteurs chantaient en canon à différentes tessitures.

En conclusion malgré les quelques éléments que j’ai apprécié, j’ai été très déçue par cette pièce dont l’humour était basé sur des quiproquos de relations incestueuses. J’en suis ressortie vide.

Adeline de la Forest Divonne

Étant toujours aficionada de l’opéra classique et habituée aux pièces comme la Bohème, la Traviata… J’ai trouvé cet opéra formidable, mais ce n’est pas pour son côté classique mais bien au contraire. Il s’agit d’un spectacle assez moderne, cela reste un opéra puisque les personnages chantent pendant que le drame se déroule, mais avec des scènes pornographiques qui constituent le côté humoristique de l’oeuvre. C’est un opéra contemporain qui raconte des scènes “normales”, on pourrait dire même de la vie quotidienne, des fois un peu exagérées aussi. On peut même se sentir identifié avec les personnages. Cependant il faut qu’une chose reste claire: l’exagération et la surréalité de cette opéra est ce qui est drôle en soi.

Je recommande totalement de vous vous rapprocher à ce petit théâtre du Rond-Point au coeur des Champs-Elysées pour que vous puissiez bien observer cet opéra inoubliable !

Saioa Azpirotz Lakidain
Illustration : Théâtre du Rond-Point