Oncle Vania

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Oncle Vania, une « lecture à voix haute » de la pièce de Tchekhov proposé par Solo Théâtre. Une co-réalisation Les Déchargeurs et Les Livreurs au théâtre des Déchargeurs.

Le concept est le suivant : un interprète, une pièce, une heure. Il faudrait ajouter « des voix ». Tout est fait pour laisser de l’espace à la voix de l’interprète pour qu’il puisse la transformer en plusieurs voix.

La salle est minuscule, le public peu nombreux. Une vingtaine de personnes dans une cave où une plateau noir fait office de scène. Pas de décor, seulement une ouverture basse pour les entrées et sorties. C’est un cadre étrange pour qui s’attend à voir une pièce de Tchekhov. Un iPad est planté sur un pied au milieu de la scène et puis c’est tout.

La lectrice arrive et commence à dire le texte. Elle fait entendre un personnage, deux personnages… mais au bout du quatrième il devient difficile de savoir qui est quelle voix. On ne peut pas nier son talent pour varier les intentions, les intonations… mais finalement on distinguait deux voir trois tons différents, le reste semblait être des nuances des deux principales. Car quand Oncle Vania devenait ironique, on le confondait avec Ilia. Et quand Sonia devenait nostalgique ou rêveuse, on se demandait si ce n’était pas Eléna qui parlait. Et Astrov ressemblait tant à Alexandre, que j’ai longtemps pensé qu’ils étaient un seul et même personnage. Peut-être fallait-il déjà connaître la pièce pour apprécier totalement la performance ?

Le défi était de taille et cette proposition ne m’a pas convaincue. Certes, la lecture stimulait des images mais le retour au texte déstabilisait et il était courant de décrocher. Peut-être le format d’une heure est trop étroit pour une pièce telle que Oncle Vania. De même qu’une seule personne est peut être insuffisante pour la diversité et la complexité des personnages de Tchekhov.

Nora Calderon

Ce jeudi 20 avril, je me suis rendue au Théâtre des Déchargeurs pour assister à une représentation d’Oncle Vania, une pièce d’Anton Tchekhov. Sans trop savoir à quoi m’attendre. En effet, cette pièce était l’avant-dernière d’une série de représentations données dans ce théâtre, suivant une ligne directrice: un seul interpréte fait entendre une pièce de théâtre en une heure, sans décor ni accessoire.

Dès le départ, on est plongé dans une ambiance particulière. Après avoir descendu une vingtaine de marches, on se retrouve dans une espèce de cave assez exiguë. Le lieu dégage une atmosphère spéciale. Nous sommes en petit comité, à peine une vingtaine de personnes, dont les organisateurs et la famille de la lectrice.

Celle-ci arrive peu après, sobre, et se place à quelques pas de nous, une tablette à la main. Et elle commence à lire. La pièce a été découpée en cinq actes, pour laisser le temps à l’interprète de souffler. Elle raconte la fin du séjour du professeur et de sa jeune épouse, Eléna, chez le frère de la première femme de celui-ci, l’oncle Vania. La pièce se déroule dans la propriété de Sonia, la fille du professeur et la nièce de Vania. Celui-ci a toute sa vie exploiter le domaine pour en envoyer les revenus au professeur, qu’il admirait. Mais après s’être rendu compte de l’égoïsme et de la vanité de celui-ci, Vania a l’impression d’avoir gâché sa vie. Sur ce, se greffent, comme dans tout bon drame russe, des histoires d’amour contrariées: Vania est amoureux d’Elena, la femme du professeur, belle jeune femme qui s’ennuie profondément; Sonia est amoureuse d’un certain docteur Astrov, qui vient chaque jour à la propriété pour les beaux yeux d’Elena, qui n’est pas insensible à son charme.

La lectrice a presque une dizaine de personnages à interpréter, et on s’y perd parfois un peu. Elle arrive cependant à leur conférer à tous une âme propre, grâce à sa voix et à ses mimiques. On sent tout le travail fourni en amont, pour ne pas s’emmêler les pinceaux entre ces différentes facettes. L’interprétation d’Elena, désabusée, les yeux dans le vague, suscite des rires, de même que celle de Téléguine, un homme dont le passe-temps est de complimenter de façon mielleuse “Son Excellence”, le professeur. Mais on ressent également la souffrance de ces hommes et de ces femmes, qui, pour échapper à leur vie insignifiante, succombent à la paresse pour Eléna ou Vania, ou à l’alcool pour le docteur Astrov. Le bonheur semble ainsi inatteignable, comme semble le suggérer la dernière phrase “Nous nous reposerons”, répétée par Sonia, avec plus de résignation que d’espoir.

En bref, une représentation intéressante qui permet de découvrir un classique de la littérature russe, et surtout, un grand bravo à l’interprète!

Aurore Campagne
Photo : Les Livreurs