Nouvelles pièces courtes

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Philippe Decouflé signe avec ses Nouvelles pièces courtes, un spectacle éclectique et haut en couleur. Les chorégraphies, se déployant au fil de différents tableaux d’inspiration et de longueur diverses, transforment chaque scène en un monde à part entière dont l’architecture repose sur un important travail des lumières, de la vidéo, des costumes et de la musique.  Les danseurs livrent une véritable prouesse scénique, maniant le chant, le théâtre et les acrobaties aussi bien que la danse. Les mouvements des corps emportent les spectateurs au sein de chaque univers. De ceux-ci naissent des créatures humaines et extra-humaines tantôt terrestres, tantôt aériennes, toujours oniriques : les silhouettes transforment la scène en songe. L’on ne peut convenir d’un fil directeur articulant ces différents tableaux, si ce n’est la digression, saupoudrée chaque fois d’une juste dose d’humour et de tendresse.

Le spectacle, composé de six actes dont la césure est annoncée par une plaisante animation graphique, s’entame dans l’ambiance tamisée d’un concert de chambre. Les trois danseurs se succèdent au piano droit, tant au chant qu’à la danse ; l’instrument est l’axe autour duquel tournoyer et sur lequel enchaîner différentes acrobaties. A cette atmosphère rétro succède une créature hybride, d’abord inquiétante puis amusante, tourbillonnant au fond d’un trou. Sur fond de Stabat Mater de Vivaldi s’ensuivent d’étranges êtres colorés vêtus de combinaisons en tricot, dont les motifs semblent avoir été inspirés par de lointaines ethnies lunaires. De gracieuses et poétiques virevoltes aériennes laissent place à des corps zébrés offrant de réjouissantes variations à la barre.

Le spectacle se clôt avec la séquence la plus longue et la plus plaisante, véritable court-métrage chorégraphique d’un récit de voyage au Japon. Nous embarquons à bord d’un avion à l’équipage aussi cocasse que ses passagers, avant d’atterrir dans un aéroport si grand que l’on ne peut en trouver la sortie. Le voyage est caricaturé par quelques situations drolatiques, entre supermarchés aux gadgets loufoques et hôtels aux murs trop fins, programmes TV farfelus et haïkus illustrés. Cette dernière pièce, quelque peu mélancolique, propose une réflexion sur le sentiment d’isolement, la culture japonaise et la confrontation avec l’Autre et le Différent, rappelant Lost in Translation de Sofia Coppola. La scénographie évoque quant à elle Enter the Void de Gaspar Noé, traduisant l’ambiance nocturne mais colorée de ces néons et panneaux lumineux caractéristiques de Tokyo. Oscillant de la danse au mime et servie par de nombreuses impressions visuelles et sonores, cette dernière pièce laisse un public unanimement comblé.

Valentine Lanoix

5 tableaux se juxtaposent, sans lien logique immédiat. 5 propositions étonnantes, éclectiques, joyeuses. La force de ces pièces, c’est justement leur nombre. 1h30 de danse contemporaine, c’est effrayant, mais le spectateur n’a pas le temps de s’ennuyer qu’un nouvel univers se déploie devant lui. Decouflé fait rire, Decouflé impressionne, Decouflé rend accessible à tous une danse contemporaine intelligente. Loin des créations faites pour plaire, les Nouvelles pièces courtes de Decouflé invitent au voyage, avec un passage dépaysant vers le Japon, et à la découverte. Le corps se fait tantôt burlesque tantôt gracieux, les musiques sont savamment choisies.

Et il ne faudrait pas oublier d’évoquer le 8ème danseur de la compagnie, le vidéoprojecteur. Decouflé s’approprie l’objet numérique avec brio, nous faisant oublier quelques instants la technique pour entrer dans le féerique. L’innovation au service du rêve, voilà ce que propose le chorégraphe.

Une danseuse nage, suspendue à un cercle métallique, dans une immense vague bleu. Et nous voudrions que le rêve dure quelques heures encore.

Anahi Amine

Nouvelles pièces courtes est un spectacle de danse monté par Philippe Decouflé avec la Compagnie DCA auquel j’ai assisté le 2mai au théâtre national de Chaillot. Le spectacle, qui dure 1h30, est une succession de saynètes aux ambiances différentes. S’il y a un fil directeur, c’est bien les danseurs qui rendent chaque tableau dynamique et vivant. J’ai apprécié le mélange de genres : danse, chant, théâtre, stand-up comédie, parfois même cirque. Les danseurs sont des artistes complets qui utilisent entièrement leur corps sur scène. La modernité, ça s’applaudit. Entre les rires tout en retenue du début (« chut voyons ! ») et la rigolade décomplexée qui saisit tous les spectateurs à la fin, il n’y a pas à dire, la sauce a pris.

Un trou dans le sol éclairé par un faisceau de lumière graphique. Deux mains qui sortent. C’est timide, ça renifle, ça regarde autour d’elles comme un petit animal farouche. Une tête sort ! Tiens, c’est le danseur barbu du début. Il s’installe confortablement dans son trou, comme une taupe qui sort de prendre le soleil. Soudain, deux jambes de femmes surgissent devant lui. Elles ondulent, elles ont une vie propre, mais elles viennent se rattacher au danseur. Créature mi-homme, mi-femme ou mi-torse, mi-jambes, le décalage entre les deux parties est à la fois étrange et incroyablement comique. Telle une sirène dans une baignoire, elle se prélasse dans son trou et charme le public. Entre deux éclats de rire, on a envie de féliciter la danseuse qui a dû passer dix minutes la tête en bas.

Parlons-en du corps des danseurs. N’étant pas une habituée des spectacles de danse, j’ai passé une bonne partie du spectacle absorbée par un muscle saillant ici, un tendon bien dessiné là ou encore la courbe d’un dos dans lequel les os de la colonne vertébrale paraissent gravés. La lumière se charge de révéler chaque creux, chaque volume de leurs corps à travers des centaines de petites ombres projetées sur eux. Ces dernières dansent sur leur peau et  accompagnent tous leurs mouvements. A la fois légers et puissants, souples et forts, leurs corps s’élancent et rebondissent sur le sol sans difficulté. Et tout un coup, on réalise la maîtrise impressionnante de ces danseurs qui ont réussi à s’affranchir de la gravité. Comme un bonbon, c’est pétillant, coloré et facile à digérer. A la fin du spectacle, que reste-il ? Un gout de bonne humeur et d’énergie retrouvée.

Anaïs Fiault

Vous aimez le classique ? Vous préférer le hip hop ? L’acrobatie ou encore la danse moderne ? Vous êtes plutôt couleur rouge ? Bleue ? Davantage ombre que lumière ou bien êtes-vous plutôt du goût du contraire ? Peu importe, les Nouvelles pièces courtes embrassent si large que vous serez forcément happé par au moins quelques uns des temps de cette heure et demie qui passe vite, au gré de séquences courtes et variées.

Chacune de ces pièces a son style chorégraphique et ses couleurs propres, plongeant le spectateur dans une ambiance au ton toujours singulier.

Si nous avions sincèrement hâte de nous retrouver au Théâtre Chaillot (offrant une vue unique sur la Tour Eiffel) pour ce spectacle semblant joyeux et haut en couleurs, nous avons  parfois trouvé
complexe le passage d’une scène à l’autre aux genres n’ayant rien à voir les uns avec les autres ! Il faut déjà comprendre qu’il n’y a pas de liaison entre les pièces ni de fil conducteur. Il s’agit de déguster des mets étonnant le regard et excitant à leur manière les papilles. Si nous avons eu du mal à “rentrer dedans” et notamment en raison du manque de continuité et de contenu substantiel de ces représentations – voire de l’aspect dissonant de cette juxtaposition de couches artistiques distinctes -, nous ne doutons pas que ce trop plein pour les uns peut néanmoins être un régal pour les autres. Les gourmands ne devraient s’y refuser.

Carla Paquin

Le spectacle Nouvelles Pièces Courtes, programmé au théâtre National de Chaillot (20 avril – 10 mai 2018) est composé de plusieurs pièces dans lesquelles danse, mime, musique, chant et vidéo se mêlent. Le chorégraphe Philippe Decouflé affirme que le format court, pas inhabituel dans la danse moderne, lui permet de rassembler dans un même programme des univers différents avec une écriture plus poétique que narrative.

Dans « Duo », le trio Julien Ferrari, Jules Sadoughi et Violette Wanty dansent, jouent de la musique en direct et ils sont accompagnés d’un piano qui virevolte lui aussi. Cette pièce est sans doute la plus réussite : ces danseurs-acrobates-musiciens aux corps élastiques nous épatent et on gardera longtemps en tête leur souvenir. Autant que la première partie de « Le trou » dans laquelle Julien Ferrari appréhende un corps polymorphe et des jambes de ballerines : on est touché par la manière dont il utilise ses rondeurs et par la force et la grâce qu’il dégage. Puis la danse et la rediffusion sur écran se mêlent ; on utilise ici une nouvelle technique, le looping, avec un résultat très poétique. « Vivaldis » sur musique de Vivaldi est la pièce la moins convaincante avec ses costumes très colorés. Suit le duo aérien « R », mais qui a un goût de déjà-vu. La dernière pièce, « Pièce japonaise » rend hommage à un pays et une culture chères au chorégraphe : les mangas côtoient les passants dans la rue. « Duo » et « Le trou » sont vraiment réussis, et même à spectacle fini on verra encore les voltiges de ces trois danseurs et tout particulièrement de Julien Ferrari qui surprend pour le contraste entre sa silhouette et sa grâce.

Monica Mele

Nouvelles pièces courtes, présenté au Théâtre de Chaillot est la nouvelle œuvre du chorégraphe français Philippe Decouflé.

Comme le titre du spectacle l’indique, le spectacle est composé de différents tableaux, avec à chaque fois de nouveaux thèmes, décors, costumes, musique. Il n’y a donc pas de narration, les tableaux s’enchainent les uns à la suite des autres.

Dans les différents tableaux, l’ouïe a une importance hors norme. Le chorégraphe travaille à partir du son. Les danseurs produisent de la musique : ils chantent et jouent des instruments (cette production d’un son nous rappelle le chorégraphe A. Ekman et son ballet Play). Le spectateur peut avoir l’impression que le danseur improvise, et c’est le cas, car chaque spectacle est différent et ne se ressemble pas.

 L’originalité du spectacle provient de cela : les danseurs ne se réduisent pas qu’à la danse mais puisent dans différents domaines artistiques comme le théâtre (la comédie), ou la poésie. La grande force de Decouflé est de mélanger les styles de danse, de musique sans avoir peur de briser les codes et de surprendre son spectateur. La chorégraphie allie systématiquement modernité et tradition de la danse. Ainsi, Decouflé s’appuie sur une musique classique, ou sur un pas de deux et contraste cela avec des costumes atypiques et complètement anachroniques à la danse ou la musique. De ce fait, sa danse est ludique et surprenante ; le spectateur qui ne s’ennuie jamais.

Dans les différentes pièces, on retiendra le premier chapitre, un pas de trois émouvant et très contemporain, les protagonistes dansent sur une musique baroque et portent des costumes bariolés et qui sont complètement anachroniques avec la musique. Cependant, Decouflé s’inspire aussi de ce qu’il a pu voir, c’est-à-dire par exemple, des ballets de Balanchine. Le célèbre chorégraphe russe veut avant tout mettre en avant la danseuse et en la rendant le plus possible féminine. On retrouve cela chez le chorégraphe du XXIème siècle, la danseuse a une place particulière et est toujours mise en avant soit par son placement, ou par les gestes qu’elles exécutent notamment dans le tableau intitulé « R ». La danseuse tourne dans les airs.

Enfin, le chorégraphe utilise une mise en scène et une scénographie moderne faisant écho au XXIème siècle. En effet, la vidéo est utilisée pour chaque tableau, c’est même grâce à elle que le spectateur sait que la scène change. La vidéo fait entrer la danse dans une nouvelle dimension. Le spectacle prend une dimension numérique, plus moderne et plus accessible à tous.

Le spectacle Nouvelles pièces courtes est un spectacle ludique, très agréable à voir et où de nombreuses surprises attendent le spectateur qui plonge directement dans l’univers passionnant, drôle, créatif et original de Decouflé.

Marie Dupriez
Illustration : Charles Fréger