Ma chère Lise, Vincent Almendros

Ma chère Lise écrit par Vincent Almendros et publié aux éditions de Minuit.

Chronique littéraire de Clément Bénech.

Soyons un peu novateurs et commençons par les défauts de ce premier roman, étape qui ne devrait pas durer longtemps vu sa facture. Le narrateur, un jeune homme de 25 ans lettré issu d’un milieu modeste, donne des cours du soir à une nymphette lycéenne. Puisque les parents de Lise ne semblent y voir aucun inconvénient, il passe maintenant la plupart de ses week-ends chez eux à la campagne, dans leur grande maison. Car chez Lise, on a de l’argent : le père a découvert le principe du film plastique et vit là-dessus depuis quelques temps, occupant ses journées à scruter les oiseaux avec ses jumelles ou à perfectionner son grec et son latin.

Des défauts, donc, puisqu’il en faut. Ma chère Lise est un titre assez peu inspiré pour ce roman qui l’est beaucoup plus. On aurait imaginé un titre un peu plus Minuit, du style Enseigner ou un jeu de mots (celui qui clôt le roman est d’ailleurs magnifique, mais chut, ici c’est le paragraphe péjoratif). Difficile de reprocher autre chose à ce roman sans lui nier sa raison d’être : certes, la légèreté de l’intrigue peut agacer, mais elle respecte d’un bout à l’autre son contrat et on ne saurait lui enlever cette prérogative. Quant à la langue, si elle pèche, c’est par manque d’initiatives un peu bancales, on aurait voulu peut-être un peu de prise de risque.

Ma chère Lise est un roman qui se lit d’une traite, comme un roman d’aventures ou une lettre d’amour – ce qu’il est, finalement. Et nous sommes passés aux qualités : jamais il n’ennuie le lecteur, sauf à ce qu’on lise des livres pour vivre des péripéties rocambolesques. L’humour cocasse et fin est présent à chaque page et l’intrigue nous fait tourner les pages : le narrateur finira-t-il par conclure avec cette jeune fille qui n’a de cesse de l’aguicher ? Elle est tout en petites allusions et en gamineries, lui engoncé dans son comportement raisonnable d’homme plus mûr. Les personnages, attachants, sont dépeints en deux coups de pinceaux.

Pour son premier roman, Vincent Almendros réussit une difficile synthèse entre l’acuité de l’écriture, pesant les beaux mots et les mots usuels avec un grand doigté, et la finesse de l’univers qu’elle tente de circonscrire. Sa narration réussit sur tous les tableaux.

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