L’Or du Rhin

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L’Or du Rhin, musique et livret de Richard Wagner sous le direction musicale de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris (Bastille).

C’est à l’occasion de l’année du « Ring » que l’Opéra de Paris présente pour la première fois depuis plus de 60 ans les quatre parties de la tétralogie de Richard Wagner : L’Anneau du Nibelung (nain dans la mythologie germanique), sous la direction de Philippe Jordan, son directeur musical. Œuvre titanesque, représentant plus de 15 heures de musique entamée au milieu du XIXe siècle, elle a été le travail de presque trois décennies.

L’Or du Rhin représente la première partie ou encore le prologue de ce cycle. Inspiré des mythologies germanique et nordique, mêlant dieux, nains et géants, il raconte en quatre scènes les origines du drame ; comment le nain Alberich vole l’or aux filles du Rhin, gardiennes du métal précieux et s’en servira pour forger un anneau lui octroyant richesse et pouvoir illimités.
De l’autre côté, Wotan, dieu tout puissant, est en dette avec les géants qui lui ont construit un nouveau château. Ne voulant pas leur livrer la déesse Freia (sa belle-sœur qui était le salaire convenu au départ), il leur propose à la place de leur offrir l’or dérobé par Alberich. S’ensuit alors la quête de Wotan en compagnie de Loge, dieu du feu et son fidèle conseiller.

En terme de mise en scène, Günter Krämer a résolument voulu bousculer les traditions en choisissant la modernité. L’ouverture nous surprend déjà avec les trois filles du Rhin s’élançant sur des balançoires. Viennent ensuite leurs costumes suggestifs tout comme le faux torse de Wotan puis les décors notamment la mappemonde semi fluorescente servant de demeure aux dieux.
Côté lumière, Diego Leetz nous “plonge dans les ténèbres”, contrastant avec l’énorme boule dorée (symbolisant l’or du Rhin), omniprésente durant toute l’histoire.
Seulement voilà, nous tombons dans le trop original et cette mise en scène est en total décalage avec ce drame résolument mythologique. L’allemand étant plus difficile à digérer que l’italien des opéras “buffa” de Mozart, cela nous donne une impression générale de lourdeur qui a du mal à passer et, même si les prestations des chanteurs lyrique sont exceptionnelles, elles peinent à rattraper le tout. – Marie-Nour Belouneh


Magnifique spectacle que ce Rheingold wagnérien. Déjà excellent dans son orchestration de Carmen en décembre 2012, Philippe Jordan confirme sa maestria mais dans une oeuvre très différente, une musique qui pour Nietzsche s’oppose en tous termes à celle de Bizet. Cette fois, c’est un opéra époustouflant qui s’offre à la fois à l’oeil et à l’oreille du spectateur.

Avant toute apparition scénique, l’orchestre interprète avec majesté la monumentale ouverture de L’Or du Rhin, de quoi introduire immédiatement le spectateur dans l’univers imposant et grave de la musique de Wagner. Une pure montée en puissance brillamment rendue par les musiciens, et tout particulièrement les cuivres. Or cet avant-goût prometteur cède progressivement le pas, voire laisse place au visuel et aux voix, comme cela se remarque dans tout l’oeuvre du compositeur. En effet, l’on peut déplorer l’emprise qu’ont le théâtral et le récitatif sur la musique pure mais le talent n’en est pas moindre pour autant : mise en scène spectaculaire par un grandiose déploiement de moyens, jeu convaincant et voix magnifiques des chanteurs, il n’en faut pas davantage pour servir avec brio la partition et le livret d’origine à un public enthousiaste.

Ce qui frappe surtout est l’ampleur des techniques mises en oeuvre par l’opéra, dont celui-ci en a parfois l’habitude, pour rester fidèle et au plus près de l’esprit de l’oeuvre. Car L’Or du Rhin est fortement empreint de sa dimension mythique et requiert ainsi à soi seul tous ces efforts pour être retranscrit dans sa force initiale. De là aussi les prouesses vocales des interprètes, dont la fabuleuse performance de Samuel Youn en Donner et de Peter Sidhom (Alberich), ce qui n’amoindrit en rien le rôle de Wotan interprété cette fois par Egils Silins (en alternance avec Thomas Johannes Mayer).

En définitive, l’opéra Bastille a réellement brillé et résonné de l’univers wagnérien : on retient surtout les effets impressionnants suscités par les ondes des mains de danseurs, les éléments d’architecture colossale sans que Günter Krämer n’ait pourtant renoncé à tourner en dérision la tendance titanesque de sa propre mise en scène : sirènes impudiques et imitation des revendications militantes, tout comme si l’on avait cherché, à rebours de la perfection du chant lyrique et de l’accompagnement orchestral, à faire transparaître la bassesse de ce monde a priori divin. Voilà donc l’extraordinaire de cette représentation, acclamée de tous, qui, en même temps de donner à voir la substance de l’épopée écrite par Wagner grâce aux inventions théâtrales, lui rend toute sa virtuosité musicale et son imposante envergure par une interprétation de haut vol de la part de tous les chanteurs. – Marianne Bouyssarie


Pour le bicentenaire de la naissance de Richard Wagner (ou les 130 ans de sa mort), l’Opéra de Paris donne le festival scénique de L’Anneau du Nibelungen dont le prologue, L’Or du Rhin, a été brillamment interprété le 7 février 3013 à l’Opéra Bastille.
L’Or du Rhin, pour ceux qui ne connaissent pas, et c’était mon cas le 7 février (grâce te soit rendue, ô action culturelle!), est une formidable reprise de la mythologie germanique. Wagner, compositeur et auteur, raconte l’histoire de dieux, de héros, de femmes guerrières, de géants et de nains, mais surtout, à travers ça, il dépeint des avares, des rusés, des ambitieux, des mesquins et des corrompus. Il résume en quelque sorte le genre humain.

Alors résumons d’abord ce résumé. Le nain Alberich vole l’or du Rhin avec lequel il forge un anneau qui donne à son détenteur le statut très convoité de maître du monde. D’autre part, le dieu des dieux Wotan ne peut payer les constructeurs de sa demeure céleste, les géants Fasolt et Fafner. Aidé du rusé Loge, Wotan contraint le nain Alberich à lui donner son or et l’anneau. Alberich, dépossédé, maudit l’anneau. Wotan paye les services des géants en donnant tout ce qu’il a pris à Alberich. Aussitôt payés, les géants se disputent au sujet de l’anneau et Fafner tue Fasolt. Impressionné par la malédiction de l’anneau, Wotan ne prend pas moins possession de sa nouvelle maison : le Walhalla!

L’effet produit par une telle histoire, soutenue qu’elle est par le continuum musical, est proche de la fascination. On trouve dans chaque phrase du livret et dans chaque thème musical une évidence et un mystère. On reconnaît l’humain, souvent dans sa bassesse dans L’Or du Rhin, mais l’homme que suggère le personnage reste une énigme. Et, de ce point de vue, cette représentation était wagnérienne, walhallalesque, en un mot – et mauvais jeu de mot, c’était de l’or 36 carats du Rhin!

Malgré des choix de mise en scène parfois étranges, Günther Krämer était en grande partie l’architecte de cette réussite. Louis II de Bavière a donné tout son argent à Wagner, Krämer lui a donné toute sa scène! Formidable écho à la majesté de la musique, tout l’espace scénique était investi : aux variations nuancées de la musique répondait la fluidité des changements de décor, les tensions dramatiques étaient parfaitement illustrées par des rapports de force visuels, on constatait partout une impeccable harmonie. Dans la scène 2, dans le Nibelheim, lorsqu’une foule de danseurs travaillent au rythme d’un énorme pendule ou, à la toute fin, lorsqu’un changement d’éclairage métamorphose un malingre échafaudage en escalier pharaonique et que les dieux gravissent dignement les degrés du Walhalla, on reste, spectateur béat, électrique sur sa chaise.

Abstraction faite d’un couac des cors dans les premières secondes du spectacle (dans ce moment fragile où la confiance s’instaure peu à peu entre public et interprètes, un tel écart était assez angoissant), tout le monde, dans l’orchestre et parmi les chanteurs, participaient à cette harmonie. Egils Silins, qui jouait Wotan, celui à qui incombe le plus de responsabilité, n’était peut-être pas tout à fait à la hauteur. Un peu comme dans l’histoire, Sophie Koch, qui jouait sa femme Fricka, était là pour lui remonter un peu les bretelles avec sa belle voix puissante.
Ce fut donc un spectacle magnifique, pour lequel on ne pourra pas critiquer les proportions de l’Opéra Bastille et son acoustique ondulatoire – raison souvent avancée en cas d’échec – car tout était parfait. Enfin, assez parfait pour aller ensuite se précipiter à la première de La Walkyrie.  – Eric Debacq


L’Or du Rhin est le premier opéra du cycle « l’Anneau des Nibelung » de Richard Wagner et le plus court de ces quatre opéras ; il ne dure que deux heures et demie.

La mise en scène (Günter Krämer), le décor (Jürgen Bäckmann) et les costumes (Falk Bauer) de l’opéra Bastille étaient plutôt modernes. Grosso modo, j’avais une impression négative des décors, surtout de ceux de la deuxième scène qui commençait avec les dieux endormis devant leur nouveau château : un hémisphère rayé des lampes à LED, qui émettaient une lumière turquoise, et encadraient des étendards blancs avec l’inscription « Germania » dans un blanc un peu plus foncé pour ne pas avoir à fournir d’efforts pour déchiffrer les lettres. À mon avis, ces étendards-ci réduisaient inutilement l’espace sur scène et donnaient l’impression qu’ils disaient : n’oubliez pas que Wagner était allemand !, n’oubliez pas que c’est un cycle épique nordique ! L’entrée des géants – déguisés en partisans – mettait une fin aux étendards (ils les arrachaient) et la « Germania » n’est apparue qu’à la fin quand les dieux, accompagnés par des géants qui portés des lettres (« G », « E », « R », etc.), sont entrés dans leur nouveau château, Walhalla. Cependant, les mines à Nibelheim étaient bien conçues : une atmosphère sombre créée par des lumières vertes et par un grand pendule qui rayait la boule de l’or du Rhin d’un mouvement menaçant. Malheureusement, le nain Mime (Wolfgang Ablinger-Sperrhacke) avait forgé un Tarnhelm (un heaume qui rendait invisible son porteur) pour son frère Alberich (Peter Sidhom) et le metteur en scène semblait avoir décidé qu’un chiffon de mailles pouvait ressembler à un heaume. Le seul accessoire encore plus ridicule était le marteau de Donner (Samuel Youn), le dieu de tonnerre, qui ne mesurait pas plus de dix centimètres et qui ressemblait à un jouet d’enfant.

De plus, les paroles des chanteurs étaient peu intelligibles. J’avoue que j’ai toujours du mal à comprendre les paroles dans les opéras mais si moi – qui suis locutrice native de la langue allemande – je n’ai pas compris environ 80% de ce qui était chanté, j’ose faire l’hypothèse que la prononciation des chanteurs était mauvaise. Le nain Alberich qui occupait un rôle important dans le spectacle me permettait de comprendre peut-être deux ou trois phrases de son discours ; la déesse de la terre, Erda (Qui Lin Zhang) m’obligeait à me confier entièrement au surtitrage français et anglais ; Wotan (Egil Silnins), le maître des dieux, ainsi que les ondines (Wogline, Caroline Stein ; Wellgunde, Louise Callinan ; Flosshilde, Wiebke Lehmkuhl) alternaient entre intelligible et inintelligible ; c’était seulement quand Loge (Kim Begley) chantait que mon regard pouvait suivre tranquillement les mouvements sur scène.

En fin de compte, je peux dire que la musique (direction musicale, Philippe Jordan) était bonne comme toujours quand j’allais à l’opéra Bastille mais que mes pensées en sortant de la Bastille étaient occupées par une seule réflexion : j’étais au moins contente ne pas avoir fait la queue pour les places debout comme d’habitude. – Verena Dobretsberger


Ce jeudi 7 février était présenté à l’Opéra Bastille L’Or du Rhin de Wagner, prologue en quatres scènes à la tétralogie Der Ring des Nibelungen. Une aventure de 2h30 dans un cadre somptueux pendant laquelle le spectateur assiste à une lutte sans merci pour le contrôle de l’Or, et donc, du monde.

Du haut du deuxième balcon, une gigantesque boîte à musique se met en route en contrebas, remplaçant le silence de la salle, prenant les spectateurs au ventre. Puis, le rideau s’ouvre. Ambiance merveilleuse : trois naïades dans leurs robes de sirènes flottent dans l’air. S’ajoutent alors au son des instruments les Voix d’opéra, puissantes, harmonieuses. Les trois sœurs protègent un trésor : l’Or du Rhin qui donnera toute puissance à celui qui renoncera à l’amour et pourra alors forger l’anneau (Tolkien n’a rien inventé). Le trésor est manifestement bien gardé, car qui en effet pourrait renoncer à l’amour ? Les dieux le répètent à l’envie tout au long de l’opéra, la beauté de la femme est « le prix le plus précieux des hommes ».
Mais un nain, Alberich, succombe à la beauté des trois sœurs et tente de les séduire, en vain. Elles le tournent en dérision, l’humilient. Le rejet du nain est amplifié par une mise en scène spectaculaire : une forêt de gants rouges l’agrippe et le malmène. Les acteurs, en noir, restent invisibles aux yeux des spectateurs : magie garantie. Le nain est exclu de l’amour, il y renonce donc et se tourne vers l’Or du Rhin (gigantesque globe doré) pour le voler.

Les trois nymphes, prises de panique, s’en vont dans les cieux retrouver les dieux. On assiste alors à un changement de décor : le Rhin et son Or laisse place à la terre représentée de l’espace. Un autre problème intervient alors : l’un des dieux a fait construire son palais par les Géant qui réclament en échange et enlèvent la belle Freia, l’une des trois nymphes. Une seule solution pourrait garantir le retour de la belle : récupérer le trésor du Rhin et s’en servir de monnaie d’échange contre Freia. C’est sans compter le nain qui a maintenant dressé et asservit une armée. L’on assiste alors à une nouvelle prouesse scénique : l’armée est divisée en deux sur la scène, le nain et l’Or se trouvent au centre aux côtés d’un marteau qui imprime un mouvement de balancier.
Les acteurs, à genoux, approchent et éloignent successivement leurs bustes, faisant corps avec le mouvement de balancier du marteau. Par un effet de lumières, l’armée apparaît verte, donnant encore ici un caractère surréaliste à l’ensemble. Arrive une série de scènes pendant lesquelles les dieux et les Géants tentent de s’emparer de l’Or du Rhin et de contrôler le monde.
Finalement, l’or est récupéré et l’infâme punit. Au prix de longues hésitations, le roi des Géants rend la belle Freia et accepte l’or. Encore une fois, femme et or sont au centre de toutes les passions, à l’origine de tous les maux. L’on assiste finalement à un conte très contemporain.

Lorsque le rideau tombe, les applaudissements et « bravo ! » nourrissent largement la salle et les rôles sont inversés : après plus de 2h30 de spectacle, ce sont aux musiciens et aux chanteurs de profiter de la clameur et du spectacle offerts par les quelques 2700 spectateurs applaudissants à tout rompre.
On ressort de l’opéra transcendé, époustoufflé. Un dernier regard balaye l’immense salle et il est l’heure de retourner dans le métro. Décalage pour le moins brutal… – Marion Haumesser


Créé par Richard Wagner – grand musicien, poète et penseur – Das Rheingold (L’or du Rhin) constitue le prologue des trois Bühenfestspiel (Festival scénique) – Der Ring des Nibelungen (L’Anneau du Nibelung) sur lesquels le musicien a travaillé durant 26 ans. Cet ouvrage, qui puise ses sources dans les mythologies norvégiennes et islandaises, est vite devenu une source d’inspiration pour des écrivains qui ont créé à leur tour des héros, des créatures légendaires et des mondes dirigés par des Dieux – « The Lord of the Rings » (Seigneur des anneaux) de Tolkien, par exemple.

A l’Opéra Bastille, L’Or du Rhin a été présenté à partir de l’impressionnante mise en scène de Günter Krämer, avec l’orchestre de l’opéra dirigée par Philippe Jordan et avec les voix de Peter Sidhom, Bernard Richter, Sophie Koch, Qiu Lin Zhang, Caroline Stein, Kim Begley etc.

Pour cette première venue à l’opéra, je suis positivement impressionnée en commençant par la grande salle et l’atmosphère vibrante de l’Opéra  Bastille et jusqu’au symbolisme du spectacle présenté sur scène (que j’ai mieux compris après des petites recherches sur le sujet). Avec une bonne vue et une bonne sonorité grâce à des places privilégiées, j’ai rapidement été prise dans l’histoire. Ce que j’ai trouvé magnifique c’était d’une part le décor comme par exemple : la forteresse des Dieux – Walhalla – positionnée sur un globe terrestre, montrant leur pouvoir ; l’or en train d’être modelé par une grande équipe de laborieux ; le Palais de Dieux où ils entrent à la fin.

L’atmosphère créée par la musique en complémentarité avec les évènements de l’histoire, les décors et les costumes donne l’impression qu’on vit tous l’action, on est attrapé par le spectacle, ce qui fait qu’on réalise l’effort réalisé par cette grande équipe, bien organisée, un ensemble d’artistes qui nous font vibrer, dans un suspens entretenu, vivre les moments mis en scène par une bonne coordination de chaque petite partie qui participe à la réalisation d’un spectacle assez complexe. – Bérengère Villemagne