Les Justes / Albert Camus (texte), Abd Al Malik (mise en scène) / Théâtre du Châtelet / Octobre 2019

Image d’entête : Galerie du Théâtre du Châtelet

Théâtre du Châtelet, 20h05. Les lumières s’éteignent et laissent place à une version « rap-ée » et slammée des Justes de Camus : commence alors une « tragédie musicale ». Dans le Moscou de 1905, enneigé et embrumé, un groupe de jeunes socialistes se prépare à assassiner le Grand-duc Serge. Dans un décor maison de poupée – qui sera celui des trois premiers actes, les Justes s’agitent et doutent, pris entre leur désir d’obéir aux ordres de l’Organisation et la peur de tuer. C’est l’histoire d’un dilemme : que choisir entre la dévotion à une cause politique, et l’amour de la « créature » ? La représentation est portée par un casting de choix, en témoignent Marc Zinga et Sabrina Ouazini dans les rôles de Yanek et Dora. Mais ce qui fait la particularité de ce spectacle, c’est l’orchestre de musiciens qui, dans la fosse, jouent en temps réel les morceaux accompagnant les déclamations des acteurs.

C’est donc la musique qui se retrouve au cœur de la tragédie camusienne. On aurait pu croire qu’elle détournerait l’attention du spectateur, prévalant sur le texte – mais c’est tout le contraire. La musique devient un porte-voix. Tantôt légère et mondaine, tantôt épique ou inquiétante, elle accompagne chaque personnage, chaque déclamation et rythme les répliques. Si la musique gagne en intensité, la voix s’élève également ; si le tempo s’accélère, l’élocution suit le même mouvement. Les leitmotivs entraînent le spectateur dans la spirale infernale de ces hommes et ces femmes révoltés. Le délire de Dora, la passion, la haine obsessionnelle de l’injustice contre laquelle ils combattent tous avec ferveur, la vie dans la crainte : tout est pris en charge par la musique.

Abd Al Malik a pris la liberté d’ajouter des personnages à la pièce. Il y a l’âme russe, jouée par Camille Jouannest, qui a la fâcheuse manie d’interrompre le spectacle dans ses moments forts par ses chants en yiddish – pourquoi donc ? – faisant se figer les acteurs de manière assez artificielle. Et puis, il y a le chœur, interprété par de jeunes comédiens amateurs d’Aulnay-sous-Bois. Ces pièces ajoutées sont le symbole de la dimension universelle du texte camusien ; mais justement, Stepan, Dora, Yanek et les autres ne sont-ils pas les seuls capables de la prendre en charge, cette dimension universelle ? Intégrer un chœur dans une « tragédie musicale » pouvait sembler, à première vue, une bonne idée – on se souvient alors du chœur des tragédies antiques qui chantait, lui aussi. Mais les répliques de ces jeunes, qui crient leur révolte contre le patriarcat, la crise climatique, le lobbyisme, les privilégiés, bref, contre leur propre « Grand-duc », semblent artificielles et maladroites et surtout, ne s’intègrent pas bien au mouvement général de la pièce.

La musique est habile et efficace. Dommage qu’on ne puisse pas en dire autant des libertés qu’Abd Al Malik a prises avec le texte.

— Alexia REVERCHON

Avec sa tragédie musicale Les Justes, Abd Al Malik tente de réaliser une collaboration posthume avec Albert Camus – tâche bien ardue que de s’élever au niveau d’un tel penseur. A partir du texte de Camus, le rappeur donne une dimension philosophique surprenante à sa pièce. Celle-ci met en scène, dans une sorte de huis-clos constitué d’un unique espace de débat, des socialistes révolutionnaires russes cherchant à renverser la tyrannie qui asservit le peuple de l’URSS. 

Autour de ces personnages, extérieurement enjoués et déterminés à l’idée de s’opposer à un système répressif par le biais de la violence ; intérieurement perdus et déboussolés à l’idée de tuer un homme, des réflexions politiques et existentielles se posent : l’abolition de l’asservissement justifie-t-elle d’ôter la vie ? Que vaut la vie d’un homme à l’échelle du bien commun ? La violence peut-elle répondre à la violence ? Y a-t-il des morts “utiles” ? L’homme peut-il tuer au nom de la justice ? A-t-il le droit de s’élever au rang de Dieu ? Camus questionne la légitimité de l’Homme et sa capacité à rendre justement la justice. Le philosophe interroge le statut du révolutionnaire, et la possibilité d’agir sans devenir soi-même tyrannique. Sans jamais prendre explicitement parti, le dramaturge présente les variables envisageables : le poète conquis par l’idéal que représente l’Idée, l’homme d’action prêt à tout pour éradiquer l’oppression — quitte à la rétablir lui-même, le chef si raisonné qu’il en devient couard, la femme sensible, rendue froide et distante par sa participation au mouvement contestataire. En proposant de multiples postures face à la révolution, Camus laisse le soin au spectateur de déterminer la meilleure attitude à adopter – si tant est qu’il en existe une. Autrement dit, l’écrivain étant attaché à manifester l’absurdité de l’existence humaine et l’impasse dans laquelle nous plongent de tels choix – inévitablement contestables, la pièce place le spectateur dans une temporalité distendue, ralentie et réflexive. 

Amélie Kiritzé-Topor offre par ailleurs un décor époustouflant : elle conçoit un immeuble en coupe, déployant ainsi nombre d’espaces aménagés, ce qui est impressionnant et rare au théâtre. Au moins cinq pièces sont découvertes : un boudoir dépouillé, liant l’intérieur à l’extérieur (et inversement), une salle de bain ancienne, une terrasse, lieu d’intimité à la fois étoilé et source d’angoisse, un bureau, refuge isolé de toute indiscrétion, et enfin le salon, centre névralgique du débat. Cela, sans compter le sous-sol qui deviendra une prison ainsi que la rue enneigée qui fait office de chœur. Dire que tout l’espace scénique est ingénieusement mobilisé est un euphémisme. 

Jusque là, c’est donc une réussite. 

Les choses se compliquent dès lors qu’Abd Al Malik ajoute de petites touches personnelles. L’addition d’un chœur, maladroite, tend à donner une dimension actuelle à la pièce du XXème siècle, en insérant par exemple des revendications écologiques et politiques – énonciation d’axiomes banals reposant sur des préjugés irréfléchis, ou bien sur des idées bienséantes. Volonté, sans doute, d’exprimer à quel point il est difficile de mesurer l’ampleur et les enjeux d’un questionnement philosophique qui nous dépasse. Il n’en reste pas moins que la finesse du texte, exquise chez Camus, est inexistante chez Abd Al Malik. Le recours à des acteurs amateurs est regrettable en ce qu’il est trop visible. Cette absence d’expérience aurait pu être source d’authenticité, laquelle aurait été partagée avec le spectateur : ici, elle n’est qu’une absence de performance. Les voix ne portent pas, ne sont pas assurées. La diction est rapide, souvent inintelligible, parfois embrouillée. 

Enfin, la mise en scène est, malheureusement, malavisée : Abd Al Malik joint constamment une musique de fond au spectacle. En dehors de l’avantage qu’elle présente de mettre en évidence les silences, la stupéfaction et l’embarras des personnages lorsqu’elle s’arrête, celle-ci vient seulement brouiller l’énonciation et parasiter la dimension tragique de certaines scènes. Le décalage entre le ton des paroles, la tension dramatique et la musique de genre est inapproprié. Les jeux de lumière, vifs et agressifs à la fin, censés exalter la furie violente de la femme désemparée par la perte de son amant, et donc provoquer l’émotion chez le spectateur, le laissent finalement de marbre. 

Afin de dédouaner Abd Al Malik de cet effet désastreux, mettons cela sur le dos du théâtre, dont la superficie est trop grande pour restituer l’intimité d’une pièce qui cherche à révéler les questionnements intérieurs de personnages paradoxaux. Du reste, saluons sa malhabile tentative d’adapter une pièce de l’ampleur de celle des Justes

— Clara LUCAS

Le Jeudi 17 Octobre 2019, à 20h, eut lieu la représentation théâtrale Les Justes dans le magnifique Théâtre du Châtelet. J’ai eu la chance d’y assister. Cette tragédie se base sur l’œuvre originale du même nom, écrite en 1949 par Albert Camus. Le texte a été totalement respecté, il y a simplement eu quelques ajouts contemporains entre chaque acte. Il y a cinq actes au total. Plus précisément, concernant le contexte : la pièce se déroule dans une période révolutionnaire à Moscou, au début du XXème siècle, et se base sur des faits réels. L’histoire se focalise sur plusieurs personnages, tous issus d’un groupe de terroristes socialistes qui préparent un attentat pour assassiner le gouverneur despote de la ville, le  dénommé Grand Duc. Ainsi, nous sommes plongés dans cette pièce à travers le regard et les choix du metteur en scène – qui n’est autre que le rappeur Abd Al Malik. Cette tragédie musicale prend son essence notamment dans l’accompagnement d’un chœur, la présence de musiciens mais aussi dans ses acteurs : dont S. Ouazani dans le rôle de Dora, M. Zinga dans le rôle d’Ivan, L. Salem dans le rôle de Stephan… 

Dans les prémisses du spectacle, nous assistons à plusieurs coupures intrigantes. Il y a par exemple des scènes de films historiques en noir et blanc, projetées en guise de fond de décor – nous installant clairement en Russie – et appuyées par un soldat scandant un discours au centre de la scène. Ce soldat se tient de façon militaire, droit, et parle d’une voix puissante. Il se trouve dans un puit de lumière. Des taches blanches tombent du haut de ce puit jusqu’à lui. Il s’agit vraisemblablement de boules de neige. Nous sommes bien en Russie. Il répète des phrases courtes. On le retrouvera à la toute fin du spectacle où ce même texte, une nouvelle fois scandé, prendra un nouveau sens (après, donc, avoir traversé cette tragédie). Le soldat lance et ferme la pièce, en quelque sorte. L’effet visuel de son apparition est très travaillé et très efficace pour nous installer dans le contexte (je me questionne néanmoins encore sur le sens du texte qu’il nous partage). Il y a aussi une chanteuse qui monte sur scène de temps en temps, au début de la pièce. Les acteurs se figent comme des statues à sa venue. Les images en noir et blanc défilent. On pense qu’elle chante en Russe. Elle a des allures de fantôme. Je n’ai pas encore compris la signification de son rôle. Peut-être symbolise-t-elle le peuple russe qui souffre, ou peut-être vient-elle nous délivrer un message pour comprendre la scène. Ces coupures nous rappellent la base historique de la pièce. Néanmoins, il est difficile de se plonger dans l’histoire – malgré le jeu expressif des acteurs, car ces coupures ajoutées à la musique, pesante et répétitive, font que je ne parviens pas à rentrer dans l’histoire. Etait-ce voulu par le metteur en scène ? Favorise-t-il délibérément la forme musicale et contextuelle (nous sommes plongés en Russie) au détriment du texte ? Bien sûr, cela ne concerne que les premiers actes. A la fin, l’accompagnement musical, en évolution avec les personnages, ne me dérangeait plus. 

Cela dit, il est vrai que la musique prend une place majeure dans cette pièce. Même si son aspect redondant fait qu’elle pourrait s’apparenter à une musique de fond, elle s’invite finalement au premier plan. Son intérêt se dévoile lors des rares moments où elle s’arrête, puisque les mots sont alors  doublement mis en valeur. Mais elle reste beaucoup trop lourde sur la longueur, on ne tient plus… 

Pour ce qui est du texte, je trouve qu’il y a une belle opposition entre deux échelles : l’échelle humaine, le sensible, l’émotionnel – et l’échelle de l’idée, du politique. La pièce nous questionne véritablement sur nos systèmes de valeurs, sur le sens que nous donnons à l’injustice/la justice. Les personnages brisent parfois le quatrième mur. Par exemple, Yanek coupe le discours de Stephan en disant « Mesdames et Messieurs, quand je sortirai du théâtre, je me jetterai sous les chevaux » . Il s’adresse à nous et parle du théâtre dans lequel nous nous trouvons (sinon quel autre théâtre ? Celui du lieu de rassemblement de l’Organisation terroriste ?). On sent que le personnage nous pique, il pourrait tout autant dire Mesdames et messieurs rendez-vous compte de ce que je m’apprête à faire. Une autre fois, les jeunes de l’intermède arrivent en ligne et font marcher à reculons le « coupable » Yanek avant de le faire disparaître dans les coulisses. Ce mouvement, porteur de sens, sonne très symbolique à un moment où Yanek apparaît faible et où les jeunes semblent plus qu’engagés et déterminés à contre-courant (c’est à dire dans la non-violence). 

La pièce questionne également sur la manière dont nos choix individuels peuvent déterminer qui nous sommes mais aussi impacter ceux qui nous entourent. Dora, par exemple, semble sombrer dans la folie lors de son discours final. Lorsqu’elle apprend la mort de son amour Yanek, elle fait un long discours qui m’a beaucoup touché. Le mélange de tristesse, de force, de folie et de détermination effraie, donne de la peine. Que va-t’il se passer, désormais ? Que faire ? On assiste à la chute d’un personnage qui perd pied face à la mort, et qui sombre dans un élan morbide, celui de perpétuer le terrorisme. L’entassement des coupables et des victimes donne une raison supplémentaire au groupe terroriste de perpétuer ce même type d’actes en l’honneur de l’Idée. Comment peut-on tuer et mourir pour une idée ? Voilà comment la violence engendre la violence. 

La place délivrée aux jeunes acteurs, qui font l’intermède entre les actes évoqués plus haut, approfondit encore davantage ce questionnement. Chacun d’entre eux, par des phrases simples, donne son opinion sur ce thème. Ils ont l’air de s’exprimer davantage avec leurs instincts humains, avec l’innocence propre à la jeunesse plus qu’avec un raisonnement basé sur de longues recherches. Représentent-ils le germe des révolutions ? La jeunesse s’indigne, a des souhaits concernant ce qui devrait être juste dans la société. Le message porté est que nous devons écouter la jeunesse afin d’éviter de se diriger vers des événements violents, car c’est elle qui s’indigne bien qu’elle ne sache pas comment faire. Il faut donc lui expliquer, lui donner de l’importance dans les décisions sociétales. Cette hypothèse est l’une des interprétations possibles. 

J’ai beaucoup aimé les décors, qui permettaient l’enchaînement rapide des plans entre les scènes – avec l’appui des lumières. Ces croisements de vues horizontales et verticales ont contribué à créer une véritable dynamique, comme dans la vie réelle où il se passe toujours plusieurs choses en même temps. Si le décor était très détaillé et riche (vestibules, cage d’escaliers, balcon – ainsi qu’une multitude d’autres lieux), les costumes permettaient également de caractériser l’époque et correspondaient aux différents lieux. En somme, ce lieu donnait parfaitement l’illusion du réel. J’ai beaucoup apprécié le décor, mais surtout ma place dans celui-ci (estrade du haut). J’ai regardé la pièce comme si j’espionnais les voisins depuis mon balcon. La mise en scène a su exploiter la diversité de placement au sein du public (placé en hauteur ou en face). Par exemple, il arrivait que les acteurs nous regardent, nous montrent du doigt en nous appelant les dieux, ou les cieux (les dieux m’en sont témoins, les cieux nous regardent). Plus tard, Dora change de posture et continue son discours en s’adressant au public en face d’elle ; à un autre moment, un des acteurs prend un micro et slamme pour nous. En outre, lors d’une des dernières scènes, on imagine les cachots au rez-de-chaussée de la maison. Etant assise en haut, je ne voyais que les pieds des gardes et ceux d’autres personnages cachés par le sol du premier étage et le reste de la maison. J’ai trouvé cette vue particulièrement adaptée à la situation, comme si j’espionnais du haut d’une prison imaginaire la scène, devinant qui était qui par la gestuelle, le placement et la parole. 

Si l’événement central de la pièce est dramatique (l’attentat), l’Humanité gagne pour ainsi dire, au fur et à mesure de la pièce. Les personnages sont complexes et on s’éloigne du dogme manichéen – ce qui est également intéressant puisqu’on rend leur caractère humain aux terroristes. 

Pour conclure, j’ai beaucoup aimé ce spectacle malgré une légère gêne due à l’omniprésence de la musique sur les premiers actes. En effet, j’ai pu profondément réfléchir aux thématiques mises en jeu, mais aussi me remettre en question vis à vis de mes propres engagements et de la manière dont je m’y prenais pour essayer de changer les choses. De plus, j’ai été très touchée par la scène de souffrance de Dora qui, par son jeu d’actrice, m’a fait oublier la comédienne au profit du personnage.

— Maryline DESMEULES

Quand la culture hip hop se mêle au théâtre

Le rappeur et metteur en scène Abd Al Malik brise les codes du théâtre traditionnel avec sa réinterprétation bouleversante des Justes d’Albert Camus, sur la prestigieuse scène du Théâtre du Châtelet. Un pari réussi.

On a tous chez soi un ou deux bouquins de Camus, qu’on a étudiés au lycée. L’Étranger, La Peste ou bien La Chute… Récemment, je suis tombée sur Les Justes au fond de mon armoire, recouvert de poussière. Je l’ai (re)lu. En 1905 à Moscou, des jeunes socialistes préparent un attentat contre le Grand duc, pour combattre l’injustice. Ce qui m’a saisie le plus, comme à chaque ouvrage de Camus, c’est l’efficacité de l’écriture. Une écriture sincère, honnête, sans fioriture. Une écriture qui s’adapte parfaitement au rap et au slam, donc. C’est bien sûr le texte et son interprétation qui font toute la force de la tragédie musicale proposée par Abd Al Malik. Dora, Yanek, Stephan, Boris, Alexis déclament leurs tirades accompagnés de musiciens, avec l’intime conviction de sauver le monde.

Plus encore, les thèmes intrinsèques à la pièce de Camus rendent possible l’adaptation hip hop. La révolte. La justice. La souffrance. Au prisme des enjeux contemporains, le texte de Camus s’actualise quand la question d’un monde plus juste est posée. Ne rêve-t-on jamais d’idéalisme politique ? Occupant l’espace intérieur d’un immeuble en coupe, les protagonistes semblent reliés au monde extérieur : leur histoire dépend du dehors, de la société. Il faut agir sur elle pour exister.

Ce qui rend la pièce actuelle et profondément humaine, c’est le mélange des cultures, des religions, des origines. Oui, les comédiens sont Noirs. Oui, les comédiens sont Arabes. Oui, les comédiens sont Blancs. Adieu l’élite. Place au théâtre du XXIème siècle. 

Zoom sur les chœurs 

« S’il doit y avoir une révolution, il faut qu’elle soit juste », « Je vis avec des privilèges, mais ailleurs, des gens souffrent », « Il est impensable de ne pas être féministe à notre époque », « La terre brûle, et les politiques ne font rien »… Comme un cri d’espoir tourné vers l’humanité, le chœur est un élément nouveau qu’a choisi d’intégrer Abd Al Malik à l’œuvre de Camus. Composé de jeunes comédiens amateurs d’Aulnay-sous-Bois, le chœur nous représente. Nous, citoyen.ne.s, femmes, hommes, Noirs, Blancs, gros, petits.

En ligne, chaque membre du chœur est tour à tour coryphée, s’avançant d’un pas assuré au devant de la scène. Comme une entité unique, ces jeunes comédiens font résonner d’une voix puissante des bribes de phrases en écho aux scènes de la pièce… et en écho à notre société actuelle.

A l’origine, le chœur porte la parole de la population dans le théâtre de la Grèce antique. Avec intensité, Abd Al Malik renouvelle le genre pour toucher le public, mais aussi le/la citoyen.ne que nous sommes. Quelles décisions suis-je prête à prendre pour rendre le monde plus juste ? Comment faire bouger les lignes ? Suis-je capable de faire des sacrifices pour d’autres ? « Ai-je la foi ? ». Telles sont les questions que je me suis posée sur le chemin du retour, agrippée à la barre du métro.

Haut lieu de la culture, le théâtre se trouve ici investi par un corps étranger : le hip hop. Aucun signe de rejet de la part de l’organisme. Adb Al Malik redonne un souffle nouveau à l’institution ainsi qu’au texte de Camus, incarnant des valeurs humaines, artistiques, philosophiques et démocratiques.

— Laura Barbaray