Les géants de la montagne

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Un bout d’île déserté. Une villa délabrée au bord d’une falaise. Des comédiens errants et des « poissards » asociaux. Voilà à peu près l’atmosphère de ces Géants de la montagne, pièce inachevée de Luigi Pirandello et mise en scène par Stéphane Braunschweig au théâtre national de La Colline. Une ambiance de fin de monde. Et c’est franchement peu enthousiasmant : on s’attend à une pièce de trois heures bien sombre, bien triste doublée d’une réflexion métaphysique sur le théâtre, mise en abyme de la vie et consorts. Les Géants de la montagne c’est le chef-d’oeuvre de Pirandello, qu’il a écrite pendant huit ans (1928 – 1936) sans réussir à la terminer, c’est le « mythe » (c’est ainsi que la pièce est sous-titrée), l’œuvre somme qui veut tout dire et tout montrer dans une Italie fasciste et une Europe au bord de la guerre. C’est donc assez colossal et si l’on tente de résumer la pièce cela pourrait donner quelque chose comme cela : la troupe de théâtre de la Comtesse, en vagabondage après l’échec de La Fable de l’enfant échangé, pièce maudite, échoue dans la villa de Cotrone et de ses collègues souffreteux, des originaux qui vivent retirés du monde. Cotrone va accueillir ces acteurs arrivés au bout d’eux-mêmes et les faire pénétrer dans le monde des rêves, bien plus enchanteur et vrai que la réalité même. Tout un programme. Mais Braunschweig ne s’arrête pas là. Non seulement il a traduit lui-même la pièce de l’italien mais en plus il y a ajouté le texte et la mise en scène de la pièce citée dans Les Géants de la montagne : La Fable de l’enfant échangé, véritable pièce écrite par Pirandello lui-même en 1932, simultanément aux Géants de la montagne donc. Vertigineux.

Et pourtant, de façon assez surprenante et magistrale, la magie opère et le miracle advient. Tout d’abord, la scénographie est telle que le lieu semble avoir été construit pour ces Géants : le théâtre de la Colline, à la limite de la salle de cinéma, d’un bloc, est immense et contribue ainsi à la démesure du texte, d’autant plus que le public est souvent intégré à la pièce, toute lumière sur lui. La scène accueille avec largesse l’imposante villa qui tourne et vire et les quatorze acteurs dansant, gesticulant, courant, virevoltant. Les jeux de lumières et de sons, notamment les images de pantins géants projetées sur scène et l’écho des voix dans la maison, ne sont pas – et ce n’est pas négligeable – gratuits : la mise en scène est au service de la pièce, qui la rend plus monstrueuse, plus grinçante et en même temps plus grandiose et plus sublime. Les acteurs nous proposent une interprétation à jeu égal et la comédienne de La Sgricia, la mystique, joue même en italien : merci ! C’est à la fois harmonieux et dissonant, beau et laid. Oui, les dialogues sont souvent abscons mais cela est annulé par le grotesque et le féérique du jeu des acteurs et de la mise en scène époustouflante. Oui, la pièce est lente mais il n’y a jamais de longueurs (et non elle ne dure pas trois longues heures mais seulement une heure quarante-cinq). La scénographie est à ce point totale que le public même est incorporé à la pièce par des jeux de lumières : les géants de la montagne c’est un peu nous,
masse de spectateurs silencieux.

La pièce est tellement riche que l’on se demande parfois ce « que l’auteur veut dire ». Or, il semble bien que la pièce veuille faire exploser cette attente d’un message direct, presque simpliste : par leur « théâtre dans le théâtre », les Géants dénoncent le superflu de nos existences et promeuvent une pureté de la vie et de la création à tout prix (venez vous réfugier dans ce « no man’s land » pour vivre de littérature et de brise marine). Message déjoué par la nécessité criante pour une œuvre d’être représentée pour exister, pour des êtres de jouer pour subsister. Où œuvre de création et vie sociale sont inextricablement liées. Les questions
restent en suspens et la pièce inachevée d’où l’amère mélancolie qui s’empare du spectateur en sortant de la salle : on reste sans réponse mais avec la douce certitude d’avoir vu du théâtre, du vrai.

Mais apparemment cela n’a pas été du goût de tout le monde. En effet, si personne n’a quitté la salle pendant la pièce, mes voisins se sont endormis et de nombreux spectateurs sont partis pendant le salut des acteurs ou se sont abstenus d’applaudir. Cette dissension, ce désaccord flagrants entre les spectateurs soulignent à quel point la pièce et sa mise en scène sont engagées dans une démarche de théâtre total : quelque chose se passe, c’est indéniable.

Claire Saumande

La pièce s’ouvre sur une scène de panique : « Ils arrivent ». Les costumes sont loufoques, les personnages courent partout. On a dès le début l’impression d’un lieu étrange, coupé du reste du monde, où la réalité n’est plus la même. Ce sentiment est vite confirmé : on y voit un magicien, une miraculée qui pourrait être folle, ou l’inverse, une troupe de comédiens ruinés, obsédés par la dernière pièce d’un dramaturge suicidé. Et les géants de la montagne, ceux du titre, on n’en entend que le bruit.

La scène est presque vide d’accessoires, sinon cette structure de verre et de tissu qui représente la villa. Les personnages évoluent alternativement juste devant les spectateurs ou enfermés dans des pièces de verre, comme dans leurs rêves. La pièce parle de réalité et de rêves, mais aussi, de manière émouvante, du théâtre. Peut-on jouer une pièce pour le pur plaisir des comédiens eux-mêmes, ou le théâtre doit-il être amené au public, même s’il s’agit de ces être mystérieux que sont les géants de la montagne ?

C’est la dernière œuvre de Pirandello, écrite vers 1936, que nous voyons ici, une œuvre qu’il n’a jamais finie. On y retrouve, comme dans Six personnages en quête d’auteur, la mise en abyme, les questionnements sur le théâtre, mais aussi la folie, la cruauté du monde extérieur, l’essentiel et le superflu. Stéphane Braunschweig en rend toute la singularité, par une mise en scène mélangeant sobriété et extravagance, pour raconter une histoire qui tient autant du conte, de la fable que du théâtre.

Ce n’est pas une pièce facile. Les références sont nombreuses, les mots et les phrases semblent voyager jusqu’à se perdre, les couleurs sont de petites touches dans un univers noir et blanc. Les personnages sont quatorze, et souvent tous en même temps sur la scène. Dominique Reymond et Claude Duparfait, qui ont les plus grands rôles, sont superbes dans des registres très différents : elle, celui d’une actrice devenue comtesse, exaltée et fébrile, lui dans celui d’un vieil homme retiré du monde, serein, lointain et pourtant bien au premier plan.

On en sort avec un sentiment d’étrangeté. C’est sans doute un effet secondaire nécessaire de la mise en scène d’une pièce restée inachevée, mais c’est aussi ce jeu entre les rêves, la réalité et le théâtre qui nous perd et nous rattrape tout au long de la pièce. C’est d’ailleurs sur la pièce de théâtre, fil conducteur tout au long, que cette mise en scène s’achève. La pièce de Pirandello s’arrêtait, elle, sur ce « J’ai peur » alors que les géants se font entendre. Mais Braunschweig a choisi d’y ajouter cette Fable de l’enfant échangé, cette pièce qui obsède les personnages et qui avait été écrite à part. Cela donne à l’ensemble une sorte d’unité dans le discontinu, qui nous fait nous demander sans cesse : dans tout cela, qu’est-ce qui est vrai ? Les personnages sont-ils, comme ils se soupçonnent entre eux, toujours en train de jouer ? Ou peut-être rêvent-ils tout ce temps, dans un lieu imaginaire, tantôt rempli de marionnettes, tantôt baigné de flammes ? Et nous, qui regardons, que sommes-nous dans cette pièce qui nous entraîne ? « On ne dit jamais mieux la vérité que quand on l’invente », dit Cotrone le magicien. Et là est toute la magie.

Flore Picard

Rejetée des hommes, la « comtesse » Isle (Dominique Reymond) part dans les montagnes, accompagnée de sa troupe d’acteurs, maigres et harassés, pour jouer partout où elle le peut encore la Fable de l’enfant échangé. Cette œuvre est celle d’un poète qui s’est tué par amour pour elle ; Isle porte, depuis, ce fardeau sur ses faibles épaules. La troupe arrive à la villa du « magicien » Cotrone (Claude Dupafait), où il vit avec sa bande de « poissards » en costumes bariolés et, aussi, des esprits… Cette villa est comme un autre monde, comme le note le metteur en scène : les fantômes, les chimères, les apparitions et les créations de l’esprit régissent le lieu, offrant tout ce dont on a besoin pour vivre : du superflu, rien que du superflu. C’est dans ce théâtre hanté que Cotrone propose à Isle de faire escale, pour y jouer sa pièce pour l’éternité, avec un public assuré, celui des songes… Mais implacablement résignée à faire connaître la Fable parmi les hommes, la comtesse se tourne du côté des Géants de la Montagne, peuple se livrant à de gigantesques travaux, dans une relation cultuelle au collectif et au sacré.

Pirandello est la référence majeure du théâtre dans le théâtre, faisant valser les mondes réel, scénique, imaginaire ; la mise en scène de S. Braunschweig ne semble pas vouloir signifier autre chose quand, sur la scène, un seul élément est présent, occupant toute la place : la villa, en forme de maison certes, mais aussi de petit théâtre. Une fois les deux troupes en présence, polarisées respectivement autour de Cotrone et d’Ilse, le voyage commence dans un monde tremblotant, fait d’apparitions, de magie (la maison prend feu en un seul cri lancé vers le ciel..), où la comtesse confronte son attachement au monde des hommes, sa propre identité (est-elle Isle ou cette femme dont parle la Fable?) en même temps que ses compagnons.

Aussi l’utilisation des hologrammes, dont ces terrifiants pantins de bois, fantomatiques, projetés sur le verre, les jeux monochromatiques encore (l’angoissante lumière rouge durant la nuit à la villa) procèdent-ils d’une mise en scène moderne d’une fable atemporelle. Ce sont des acteurs qui jouent aux acteurs qui nous sont donnés à voir et à entendre ; aussi le jeu des masques est-il lui aussi récurrent, jusqu’à défigurer les acteurs, les perdre, aussi, dans ces méandres de songe et de réalité. L’un devient travesti dans son sommeil ; un autre revient en soubrette, un dernier en sultan. Un autre meurt – mais en songe !… sur un écran.

Et c’est dans cet univers en perpétuelle tension (Isle et Cotrone jouant à deux atomes qui se rapprochent puis s’éloignent) que les couleurs, les acteurs pas toujours eux-mêmes, disparaissant et réapparaissant dans l’arrière de cette villa qui tourne sur elle-même pour nous offrir son intérieur, que le texte de Pirandello – qui a écrit la Fable de l’enfant échangé!- résonne dans toutes ses dimensions : poétique, méta-poétique, mythologique, politique.

C’est là le talent de S. Braunschweig que d’avoir réussi à mêler ces fils divers qui forment l’œuvre incroyablement dense de Pirandello. La représentation fait entendre le talent du poète ; et donne à vivre, en riant, ou en tremblant, un spectacle qui salue tous les spectacles, célèbre la beauté de l’écriture, la nécessité de la poésie, la liberté de l’artiste.

Louis Tisserand

Les Géants de la Montagne s’est donné au théâtre national de la Colline le dimanche 4 octobre à 15h30. La pièce a duré 1h50.
La pièce raconte l’histoire d’une troupe de théâtre qui essaye de jouer une pièce écrite par un de leur membres, décédé ; mais partout où ils la jouent ils se font siffler. Ils se rendent alors dans les montagnes et rencontrent des personnes assez étranges, notamment un magicien, qui habitent un endroit où la frontière entre l’imaginaire des rêves et le réel n’existe pas, comme dit le magicien : “On invente la vérité”.

La mise en scène est innovante par les techniques utilisées. En effet, certains personnages (les matelots par exemple) sont des animations et les décors ne sont pas changés à chaque fin d’acte. D’ailleurs il n’y que la villa qui fait office de décors et c’est l’unique lieu où se déroule l’action. Le rythme est assez lent, il ne se passe presque rien pendant la pièce, tout est dans les dialogues. Il n’y a pas de bouleversement et le seul élément qui rythme la pièce est le passage du réel aux rêves. L’histoire se passe en temps réel et la pièce utilise le procédé du théâtre dans le théâtre. L’action est linéaire.

Le décor est assez simple car il ne se compose que d’une maison au milieu de la scène. Alors qu’au début de la pièce on ne voit que la surface de cette dernière, au milieu la maison tourne sur elle-même grâce à un système de roulette et on peut apercevoir l’intérieur. A l’intérieur on ne voit qu’une pièce qui n’a aucun élément de décor sauf pendant les rêves des personnages, un écran affiche une forêt envahie par la brume. Toujours par le biais d’une animation des fantômes apparaissent. De plus, on a droit à un jeu de lumière : lorsque les personnages de l’histoire rêvent une lumière rouge et angoissante apparaît. La peau des protagonistes prend donc une teinte rouge. Une lumière bleue foncée fait son apparition pour représenter la nuit. Mais pourquoi ne pas ajouter des décors réels mais affichés sur un écran? Peut-être pour rappeler aux spectateurs justement que ces paysages viennent tout droit des rêves des personnages et pour rester dans le thème de la pièce qui est l’affrontement du réel et de l’imaginaire. Il en est de même avec les fantômes : des comédiens auraient facilement pu se glisser dans ces rôles mais toujours pour maintenir l’illusion le metteur en scène a préféré les représenter à travers des animations. Ainsi les spectateurs ne se perdent pas et suivent facilement le fil de l’histoire.

Quant aux costumes, ils sont complètement décalés ce qui ajoute un côté absurde à la pièce. Un homme est vêtu d’une robe de mariée, un autre est habillé en fille de joie, un autre porte un fez, etc. Ici, on retrouve une mise en abyme du théâtre. Effectivement, les personnages sont habillés avec des costumes, ils se déguisent et rentrent dans des rôles qui n’ont aucun rapport avec le thème de la pièce. Mais ils ne sont vêtus de ces costumes “absurdes” qu’à partir du moment où ils entrent dans la maison du magicien, avant cela les costumes sont simples et en lien avec la mise en scène (la troupe de théâtre est habillée en haillons car elle vient de faire un long voyage dans la montagne).

Les comédiens ne sont pas beaucoup maquillés. Les éclairages, comme dit plus haut, servent à différencier le réel de l’imaginaire mais aussi à mettre en valeur les personnages qui parlent : à la fin de la pièce Les Géants de la Montagne, la troupe de théâtre décide de jouer leur pièce de L’enfant échangé et la mise en scène est totalement différente : certains comédiens assis jouent le rôle des spectateurs et parfois se lèvent pour jouer un personnage (suppression du quatrième mur) et lorsqu’ils commencent à parler ils sont éclairés d’un éclairage normal, sans couleur, laissant les autres comédiens dans le noir.

Tout l’espace de la scène est utilisé notamment celui derrière la maison, que nous spectateurs ne voyons pas mais devinons. En effet, c’est par là que la troupe de théâtre arrive jusqu’à la maison. L’espace du public est utilisé aussi car il représente la montagne où se trouvent les géants. Les comédiens sont assez nombreux et utilisent la scène de long en large bien qu’ils soient plus concentrés autour de la maison. Quant à la gestuelle des acteurs, elle est assez exagérée.

Les acteurs ont tendance à crier tout le long de la pièce. En effet plusieurs situations les apeurent. Leur diction est bonne, ils sont en tout cas tous compréhensibles ; la gestuelle du comédien jouant le magicien est plutôt exagérée et parfois agaçante car il bouge ses bras dans tous les sens. Quant à celle des autres acteurs, elle est plutôt naturelle bien qu’ils s’agitent sans cesse.

Je pense que le but de la représentation est de faire réfléchir les spectateurs à l’importance du rêve et de l’imaginaire dans la vie. De plus, l’imaginaire est beaucoup utilisé dans le monde du théâtre, notamment dans les pièces absurdes comme celles de Beckett (notamment Fin de Partie). Tout dans Les Géants de la Montagne fait référence au théâtre, d’ailleurs on retrouve le théâtre dans le théâtre : les protagonistes sont pour la plupart des comédiens et la fin de la pièce est une représentation d’une autre pièce, celle de L’enfant échangé. On remarquera aussi qu’au début de la pièce lorsque la troupe de théâtre dirigée par Isle pense faire une représentation au village, le magicien les arrête immédiatement en disant que le théâtre est fermé et que seul les rats y habitent et que, de plus, il sera sûrement remplacé par un cinéma. A ce moment on en déduit qu’il y a une critique envers le cinéma qui est plus important que le théâtre (beaucoup plus de gens vont au cinéma qu’au théâtre). Il y a aussi une réflexion sur le quatrième mur qui est un mur fictif séparant la scène des spectateurs. Plusieurs fois ce quatrième mur est « supprimé ». D’ailleurs il s’efface simplement lorsque les personnages se tournent vers nous et nous voit, nous regarde droit dans les yeux. On fait partie de la pièce, les spectateurs sont les montagnes voire les géants. Dans ce cas peut-être que les géants de la montagne désigneraient les spectateurs. Dans le sens de la critique du cinéma, ‘histoire nous montre que malgré son thème fictif la pièce est beaucoup plus réel qu’un film ; en effet, les acteurs se trouvent devant nous et on pourrait les toucher, ce qui ne peut pas se faire dans un film. C’est ce que semble vouloir montrer cette pièce, et là encore on retrouve une mise en abyme : au début les gens habitant dans la maison dans la montagne se retrouve face à face avec les comédiens. Isle, une des comédiennes commence à délirer et les habitants de la montagne pensent qu’elle joue un rôle : nous, spectateurs, ne pouvons discerner si la comédienne joue ou si elle est réellement folle. De plus lorsqu’ils sont face à face les deux groupes sont apeurés par les personnes en face d’eux et représentent d’un côté l’imaginaire et de l’autre le réel. Donc nous avons d’un côté le réel et de l’autre l’imaginaire. A la fin ils finissent par se mélanger de la même façon que le public se mélange à la pièce. Le spectateur est donc directement concerné.

Pour conclure, je dirais que c’est une bonne pièce, bien jouée, avec des axes de réflexion intéressants et une mise en scène et des dialogues intelligents (j’ai beaucoup aimé l’utilisation du procédé du théâtre dans le théâtre et les costumes décalés) mais qui n’a pas su capter totalement mon attention à cause de sa lenteur et du trop-plein de dialogues. En effet, je me suis ennuyée à certains moments. De plus, certains passages m’ont mis mal à l’aise ce qui, pour moi, a gâché la pièce. Et puis, certaines scènes partent dans tous les sens, j’étais un peu perdue.

Mathilde Rogé
Photo : Elisabtech Carrecchio