Les femmes savantes / Molière – Les livreurs, lecteurs sonores / Théâtre de Nesle

Les femmes savantes est une pièce de théâtre écrite par Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière en 1672. Elle a été jouée pour une représentation le 24 janvier 2019, au théâtre de Nesles (Paris, 6 e ). Elle est présentée par « Solo Théâtre », une création de l’association les Livreurs, Lecteurs Sonores. Le concept est simple : il s’agit de la lecture en une heure d’une œuvre littéraire par un interprète. L’idée est de donner par la lecture, et surtout par l’interprétation du texte, faite par le comédien, l’impression que l’on assiste à une réelle pièce de théâtre, avec des comédiens, des costumes, une mise en scène, et permet de développer tout un registre d’images, d’émotions, etc.

Cette pièce, relevant de la comédie des mœurs, est ici très particulièrement représentée. Ainsi, comme expliqué plus haut, il s’agit d’une lecture sonore. Visuellement, aucune mise en scène, aucune scénographie, aucun décor ou costume. L’interprète, vêtu de ses habits contemporains, se situe au centre de la scène, seul, debout, face à un pupitre sur lequel est disposé le texte original, sur lequel il s’appuie (car cela reste une lecture). Et c’est là toute la magie et le grandiose de ce format de lecture sonore. L’interprète ne joue pas sans texte, mais il ne le lit pas non plus ; il interprète le texte. Par sa voix, et rien que sa voix, il anime les différents personnages, leur donne leur propre ton, leur propre manière de parler, sans se détacher du texte pour autant. L’interprétation est telle qu’au bout de quelques minutes seulement, le spectateur ne voit plus le comédien. Non, à sa place, sur scène, se dessinent les différents personnages de la pièce les femmes savantes, Clitandre, Henriette, Aristide… On les imagine vêtus de costumes du XVIIs, se déplaçant sur scène. Et l’histoire en reste parfaitement compréhensible. Le spectateur se retrouve ainsi plongé dans la pièce, ressentant de vives émotions (le rire, l’effroi…) que provoque le texte les femmes savantes, exactement comme s’il assistait à une représentation de la pièce faite par une troupe de comédiens, où chacun y aurait son rôle. L’interprétation est donc brillante et vraiment impressionnante. Et c’est une sensation assez unique.

Cela permet donc de découvrir le texte théâtral dans une toute nouvelle dimension. L’association Les Livreurs propose d’ailleurs chaque jeudi dans différentes salles de Paris ce genre de lectures, avec notamment des interprétations de Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, La station Champbaudet d’Eugène Labiche ou encore Le chien des Baskerville de Conan Doyle.

Mathilde Fondaneche

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Solo théâtre et Molière font la paire

Quel étrange concept que celui du solo théâtre : je suis arrivé perplexe, je suis reparti conquis.

Ma première fois a eu lieu le 24 janvier au théâtre de Nesle : j’y ai écouté les femmes savantes de Molière. Oui, écouté, car avec les Livreurs Sonores, pas de décors, pas de costumes, une seule personne, debout sur scène, dans un cadre intimiste, interprète tous les personnages. Je salue d’ailleurs le talent de l’interprète qui, grâce à ses voix, ses postures, ses expressions faciales, allant de pair avec le phrasé et le vocabulaire des personnages, ne laissait aucun doute subsister sur leurs identités, leurs caractères, leurs modes de pensée et les archétypes qu’ils incarnaient.

Encore plus étrange –on nous avait pourtant prévenus-, on voit progressivement apparaitre les costumes, les décors, la mise en scène … et la pièce se joue devant nos yeux. Ce type d’exercice est parfaitement adapté à l’universalité des pièces de Molière : bien que datant du XVIIe siècle, la vision rétrograde et datée des femmes, leur rôle dans la société, plutôt futures mères rêvant désespérément d’un époux que travailleuse ou pire, intellectuelles ou scientifiques, ne pouvant survivre qu’en paire avec un mari dominant et souverain, font échos à certains discours contemporains.

A mi-chemin entre la lecture et les arts du spectacle, le solo théâtre fait appel à notre imagination et permet de retrouver le plaisir de la découverte quasi-neutre d’un texte, à peine influencée par l’interprète. Ce jour-là, l’expérience s’est prolongée à la sortie de la salle, lorsque mon ami et moi-même avons questionné et comparé nos mises en scène et nos castings, nos décors, nos costumes, mais aussi analysé les préjugés et les lieux-communs qui en découlent.

Wafid Smati

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