Le sens du rythme

Concert | Amphithéâtre Richelieu | En savoir plus


L’auteur-compositeur et pianiste André Manoukian était l’invité de Studio Philo ce mardi 16 janvier. La rencontre a pris place dans l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne et visait à éclaircir un fait musical, – inné ou acquis selon les convictions de chacun – à savoir « le sens du rythme ». Pour mener à bien cette réflexion, Ollivier Pourriol, le créateur des conférences Studio Philo, a proposé une alternance entre discussions théoriques de Manoukian, projections audiovisuelles (films, clips,…), et mises en pratique avec le public. Cette démarche didactique a contribué à soutenir le rythme de la soirée et à prévenir tout égarement ou perte de dynamisme.

Cette organisation bien ficelée s’accordait assez mal avec le caractère d’André Manoukian qui, dans la vie, comme dans la musique, témoigne d’un goût prononcé pour l’improvisation. Cela le poussa parfois dans des digressions divertissantes mais difficiles à recadrer pour l’organisateur. Dans sa structure globale cependant, la conférence a été une réussite : le public, de tous horizons (des scolaires jusqu’aux mélomanes avertis), fut très réceptif.

En remontant aux origines du jazz, Manoukian nous a montré comment l’afterbeat, le contre-temps qui donne à la mesure « classique » à quatre temps ce balancement si particulier que l’on appelle « le swing », est chargé d’un message provocateur, identitaire et presque irrévérencieux. Ce swing a pris la forme d’une revendication qui a bouleversé le cadre de pensée classique. Il a crée une brèche dans la conception musicale, introduisant un nouveau rapport au corps et à la nature même.

A partir de ce système rythmique, Manoukian a envisagé les nombreuses conséquences philosophiques, sociales, politiques et culturelles en découlant. Toutefois, si ces réflexions étaient séduisantes, pour un public féru d’anecdotes, certaines semblaient schématiques, simplificatrices voire dogmatiques et souvent dépréciatives à l’encontre de la musique dites « classique ». Il m’est apparu que Manoukian creusait un peu plus le fossé entre une musique jazz « révolutionnaire » et une musique classique cloisonnée et rétrograde. Associer la musique classique au binaire, à une « marche militaire », « aliénante », dépourvue de vie, pour envisager un ternaire – associé ici au swing et donc au jazz – « libérateur » est très contestable. Un ternaire peut être plus morne qu’un binaire : tout repose sur l’interprétation, l’accentuation, le phrasé et finalement sur ce qui se passe entre les temps… Les rapprochements étaient donc un peu faciles, mais le format de la conférence ne permettait pas d’être plus précis. Souvent Manoukian utilisait le vocabulaire axiologique de l’affect en parlant d’histoire musicale, ce qui n’est pas dérangeant si l’on sait garder une certaine distance critique, mais qui le devient si l’on pense à la représentation qu’en auront les publics scolaires tout particulièrement…

Cette conférence était donc à la fois divertissante et instructive si l’on veille bien à restituer ces réflexions à la subjectivité et la sensibilité particulière de son locuteur. L’aspect provocateur de certaines de ses pensées sont à rendre au personnage Manoukian, somme toute très sympathique et désopilant.

Léo Guillou-Keredan

Le grand amphithéâtre de la Sorbonne était rempli, bruyant et joyeux ce mardi 16 janvier 2018, à 18h30.

Ollivier Pourriol monte sur scène, prend le micro pour saluer le public et lui présenter le thème de la piano-conférence du jour : « le sens du rythme ». André Manoukian ne tarde pas à rejoindre le philosophe avant de s’installer derrière le clavier, à côté de la petite caméra qui surplombe ce dernier, et nous embarquons pour un voyage musical d’une heure et demie.

Drôle de voyage : amusant, amusé, musical et musicien ! Il débute par la distinction entre la bourrée, qu’on marque par l’appui sur les premier et troisième temps d’une mesure, et l’afterbeat, dont les temps forts sont au contraire le deuxième et le quatrième. Du blues des champs de coton au chanteur Rag’n’Bone Man en passant par le rock libérateur d’Elvis et le quadrille du XIXe siècle qui conduira au cakewalk, le tempo nous est conté « comme le battement d’un cœur » selon les mots du pianiste. Le cinéma y a par ailleurs toute sa place, en témoignent les extraits de Whiplash, de La Ligne Verte ou de Full Metal Jacket qui illustrent les développements intelligents et rêveurs d’André Manoukian. Ollivier Pourriol le coupe élégamment, rebondit sur ses anecdotes ou lui suggère de nouvelles perspectives qui nous emmènent plus loin que nous ne le pensions. Deleuze surgit au détour des Beatles pour nous éclairer par son Abécédaire, avant de revenir à un voyage en Afrique du Sud avec Tété et aux communautés animistes rencontrées.

C’est aussi l’occasion de tenter de parler de la musique, plutôt que de la jouer, de comprendre que sa linéarité n’existe plus à l’ère d’Internet. Le musicien ou l’artiste devient capteur de son époque, préfigure la suivante et sans en être conscient, il participe à cette abolition du temps.

Je voudrais mentionner le court-métrage Les Indes Galantes de Clément Cogitore que l’on peut facilement retrouver sur YouTube, et qui nous a été projeté. Cet étrange alliage du krump et d’un extrait de l’œuvre de Rameau donne à penser sur l’universalité de la musique, évidemment, mais aussi sur les rythmes communs et les décalages apparents qui laissent place à une nouvelle symbiose des genres.

Cette piano-conférence s’est terminée par de chaleureux applaudissements, après qu’André Manoukian nous a montré une dernière fois que nous étions devenus les rois de l’afterbeat, et nous a joué un morceau composé à la mémoire de ses ancêtres arméniens. Merci encore pour cette virée joviale, simple, bienveillante et musicale.

Bertille Rouillon

     Studio Philo, groupe événementiel ayant pour but d’expliquer le cinéma à travers des concepts philosophiques, a décidé d’inviter André Manoukian pour une conférence dont le titre est « Le sens du rythme » à la Sorbonne. Pourquoi André Manoukian ? Tout simplement parce que ce dernier est un pianiste, auteur et compositeur mais surtout un grand ami d’Ollivier Pourriol, organisateur et présentateur de l’évènement ainsi qu’agrégé de philosophie et écrivain.

En effet, on apprend que cette idée vient d’une conversation entre les deux hommes sur l’origine des notes et sur le rythme de manière large. Qu’est-ce que le rythme concrètement ? Comment peut-on « avoir le sens du rythme » ?

C’est sur ces questions que commence la conférence. André Manoukian va alors tout au long de cette heure et demie nous raconter l’origine du rythme, la différence entre « l’afterbeat » qui consiste à marquer le second temps et le quatrième temps et la « bourrée » qui consiste à marquer les temps forts, c’est-à-dire le premier et le troisième. Du premier, on obtient le « swing » qui puise son origine des camps de prisonniers afro-américains. Du second, on obtient les marches militaires que l’on retrouve à l’époque napoléonienne. Nous revenons alors à l’origine du blues, son influence sur le rock … Chaque propos est entrecoupé de visionnages de vidéos, extraits de film ou expériences. C’est comme cela que l’on voit physiquement ce qu’est le rythme dans une expérience, soit une vibration tout simplement. Le rythme est aussi lié à la danse et on admirera le court-métrage de Clément Cogitorre sur le krump, style de danse consistant à libérer toutes ses émotions par des gestes saccadés et exagérés répondant au rythme de la musique. Des Beatles à Mozart, tout le répertoire musical est passé au peigne fin pour montrer ce qui fait l’essence du rythme. André Manoukian joue aussi du piano pour appuyer ses propos et montrer par exemple la différence dans la pulsation entre « ternaire » et « binaire ».

Pour conclure, Le sens du rythme fut une conférence très enrichissante sur l’histoire de la musique et permet au néophyte de s’accaparer le rythme en ayant une vision moins vague de sa définition. Cependant, on aurait pu attendre plus de liens entre le rythme et la philosophie, l’évènement étant porté par le Studio Philo. Des allusions légères ont pu être dites à propos de la thèse d’Attali, développé dans son ouvrage Bruits, sur le rapport entre la musique et la société. La musique permettrait d’anticiper le devenir des sociétés. Malheureusement, ces apartés n’ont été que trop rares à mon goût. Cela n’a cependant pas empêché le public d’en ressortir enchanté, notamment la classe de 4ème présente et tous les autres enfants présents !

Eva Josselin

C’est autour d’un piano qu’André Manoukian et Ollivier Pourriol nous livrent une conférence sur le rythme et son histoire. Quelque peu désordonné, le propos est difficile à résumer. Toutefois, cela n’empêche en rien le contenu d’être approfondi mais accessible, varié et pédagogique.

André Manoukian enchaine les anecdotes comme l’on raconte une histoire, les illustrant de vidéos actuelles ou plus anciennes. Il discute avec son public qu’il fait parler par la mise en pratique des théories rythmiques. Alors que les spectateurs sont invités à frapper d’une certaine manière dans leurs mains, le pianiste improvise sur cette pulsation. Un véritable lien musical se crée entre les intervenants et le public, entre la théorie et la pratique, entre le rythme et la musique.

Que l’on soit initié ou débutant, cet événement ne peut qu’être enrichissant. Le tout se termine sur un morceau aux rythmes arméniens, nous transportant dans un ultime voyage musical. En sortant du bel et mythique amphithéâtre Richelieu de La Sorbonne, on ne peut que se demander quand est-ce qu’une nouvelle piano-conférence nous emportera vers un autre refrain.

Alice Clabaut

Sous le sage et effrayant regard du Stagirite, au sein de l’amphithéâtre Richelieu, la pédagogie se transforme. Conférence atypique, balade digressive, l’université s’attaque à la question du rythme sans nous assommer au tempo ennuyeux des cours magistraux. Moins de rigueur mais plus d’attrait : on se perd dans les délices de la musique et dans les paroles vagabondes d’André Manoukian. Au gré de ses souvenirs, de ses voyages, de ses apprentissages, de ses lectures, nous voyageons au sein d’un véritable roman sur le rythme et la musique où apparaissent et défilent des images perdues : un loup qui marque son territoire par son cri, l’invention du quadrille aux jardins des Tuileries, le A de Gilles Deleuze, les esclaves et les bagnards afro-américains, les crocodiles du bayou, la musique médiévale de Liverpool… La musique passe et repasse, dans tous les lieux et tous les temps. On comprend son histoire, sa physique, sa nature, sa puissance. On partage l’âme d’un musicien sincère, authentique et vrai, qui ne s’attache pas au strict discours corseté et académique de l’universitaire. Aidé de son piano, d’extraits choisis de films et de clips vidéo, guidé dans son sinueux vagabondage par la parole d’Ollivier Pourriol, André Manoukian nous montre ce qu’est le rythme et nous apprend à le saisir, parfois même à l’aide d’exercices pratiques. Un seul regret peut-être : malgré le jeu virtuose d’André Manoukian, le piano reste trop peu souvent entendu. Il était tant silencieux que je crus le voir pleurer. Toutefois, à la fin, lorsque les propos doivent s’achever, le musicien joue, pour notre plus grand plaisir : le rythme s’expose par sa présence même. Et alors, le piano rit et la musique exulte.

Anne Fenoy

Mardi 16 janvier avait lieu dans l’amphithéâtre Richelieu une conférence musicale ayant pour titre « Le sens du rythme », animée par André Manoukian, célèbre pianiste jazz et chroniqueur musical sur France Inter, avec l’aide d’Ollivier Pourriol, écrivain et philosophe. Cette conférence s’inscrivait dans le cadre des 10 ans du « Studio Philo » association de réflexion philosophique animée par Ollivier Pourriol. Qu’est-ce que le rythme ? quelle est sa signification ? Que nous apporte-t-il ? C’est avec ces questionnements qu’André Manoukian nous emmène dans sa perception propre, et riche de références, de la musique. Avec un certain talent de pédagogue, le pianiste, par l’approche de différentes cultures musicales (surtout américaine comme celle du blues, jazz, etc…), nous initie à sa philosophie musicale tout d’abord avec une notion très simple de rythme : « l’Afterbeat », c’est-à-dire, les appuis sur le 2e et le 4e temps dans une mesure à 4 temps. Un rythme très typique du blues et du jazz, et peu inscrit dans notre culture musicale puisque dans la musique française nous nous sommes habitués culturellement à appuyer sur le 1er et le 3e temps (un rythme de bourrée comme dirait Manoukian). Un-DEUX-trois-QUATRE, un-DEUX-trois-QUATRE … Ollivier Pourriol fait battre par le public les temps pairs et André Manoukian improvise une joyeuse mélodie et nous montre ainsi l’importance du rythme. C’est dans cette ambiance chaleureuse et ludique que la conférence se déroulera. Tout au long des explications, des extraits de films présentés par O. Pourriol viennent illustrer les explications d’André Manoukian, ainsi que l’histoire de l’utilisation des rythmes, comme par exemple l’utilisation de l’afterbeat par les esclaves aux États-Unis dans le film Du Mali au Mississippi de Martin Scorcese. André Manoukian nous a emmené, dans un flot de paroles et de références, dans des philosophies de la musique. Il nous a fait réfléchir sur le sens de la musique, sur l’inspiration des artistes… et, là où Manoukian nous a fait encore plus voyager et réfléchir, c’est lorsqu’il nous parla du rapport entre la musique et la société, de son rôle social jusqu’à son rôle politique. Bien que, parfois, nous nous sommes un peu désaxés de la problématique de la conférence (« Le sens du rythme ») André Manoukian a fait transporter dans le monde musical un public qui ne connaissait pas forcément cette douce contrée.

Louis Sardina

Pour un nouvel épisode des dialogues entre philosophie et cinéma menés par Ollivier Pourriol, ce dernier a convié le musicien, chroniqueur et homme de télévision André Manoukian, bien connu de la génération qui a grandi avec la Nouvelle Star (si tant est que cette émission fasse grandir). La conférence, intitulée Le sens du rythme, a eu lieu dans l’amphithéâtre Richelieu en présence d’un public varié, constitué notamment d’une classe de collégiens.

La conférence était ponctuée d’extraits de films très variés et majoritairement américains, et a commencé par un extrait de l’excellent film de Damien Chazelle, Whiplash. Nous avons pu ensuite écouter les joyeuses démonstrations d’André Manoukian. Son discours était intéressant et clair sans que j’aie jugé nécessaire de prendre des notes : Manoukian n’a pas l’ambition de donner à son auditoire des vérités définitives et des raisonnements implacables. C’est un homme de digressions, toutes justifiés et passionnantes, sur ce qu’il connaît le mieux, des origines du blues aux chants traditionnels arméniens. Installé au piano, une caméra pointée sur ses mains projetées sur l’écran, il a un discours imagé et se sert de la pratique pour illustrer son propos et inclure l’auditoire. En effet, le public de collégiens s’est révélé particulièrement réceptif et heureux de frapper dans ses mains en rythme pour sentir physiquement les différences de mesure.

La présence d’adolescents a toutefois modifié ce qu’aurait pu être la conférence : A. Manoukian a largement adapté son propos à cette petite partie du public qui lui faisait face. Son propos était donc très simplifié et n’a peut-être pas tout à fait convaincu ceux du public qui avaient un minimum de culture musicale. J’attendais plus de « contenu » même si, pour être tout à fait honnête, j’étais avant tout là pour entendre « en vrai » les fameuses punchlines d’André (« Je transpire de la moustache » en tête). J’aurais aimé avoir plus de clefs sur le rythme et ses implications philosophiques, sortir de l’amphi avec des textes à lire et des philosophes à découvrir. Ollivier Pourriol aurait ainsi tenu son rôle de professeur de philosophie et meneur de la discussion : face au charisme d’un Manoukian très à l’aise, rompu aux concerts et aux apparitions médiatiques, il a eu du mal à trouver sa place et à s’y retrouver dans les digressions de son interlocuteur. Il s’est contenté de « caser » les extraits de films qu’il avait préparés (faute de textes, c’est ma liste de films à voir qui s’allonge). Nous avons eu la chance de voir un court-métrage de Clément Cogitore en intégralité, Les Indes galantes, et il vaut vraiment le détour.

Mathilde Gie

« Le sens du rythme », ou le studio philo d’André Manoukian, présenté par Ollivier Pourriol, a eu lieu mardi 16 janvier dernier, à 18 heures trente, à la Sorbonne. Dans l’amphithéâtre Richelieu bondé, étaient visibles sur scène le célèbre musicien et son ami philosophe (inter alia), ainsi qu’un jeune technicien. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en me dirigeant vers le 15, rue de la Sorbonne ce soir-là. Loin de la pluie qui ruisselait au dehors, les personnes sur scène nous ont délivré un savoir unique, particulier, sur le rythme et son histoire, qui a évolué entre les camps militaires, les chain gangs et les esclaves afro-américains. Des extraits de films historiques et/ou musicaux étaient projetés à l’écran, pour apporter des exemples aux réflexions initiées par O. Pourriel et A. Manoukian. Les doigts de ce dernier, pianotant, faisaient résonner de la musique jazz dans toute la salle, sous les applaudissements rythmés du public, qui quitta l’amphithéâtre Richelieu en (quasi) maître de l’afterbeat.

Rita El Hajjouji
Photo : D.R.
Categories: Archives, Concert, Sorbonne