Le misanthrope

Théâtre | Comédie-Française | En savoir plus


Le 18 janvier, j’ai assisté, dans la salle Richelieu de  la Comédie Française, à une représentation d’une des « grandes comédies » de Molière : Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux, œuvre mise en scène par Clément Hervieu-Léger avec Loïc Corbery dans le rôle-titre.

Le « Misanthrope », Alceste, est, comme son nom l’indique, celui qui « déteste le genre humain » et l’hypocrisie de la société – ce qui ne l’a pas empêché de tomber amoureux de la coquette Célimène qu’il querelle sans cesse sur sa frivolité. Il perd un procès que lui avait intenté un poète médiocre envers lequel il avait été trop franc et, en outre, se rend compte que Célimène se joue de tous ses prétendants : désespéré, il projette de se retirer pour mener une vie érémitique loin des bassesses de la société. La pièce se clôt sur une incertitude : son ami Philinte (Éric Génovèse), qui au contraire d’Alceste reste tolérant et philanthrope en dépit de sa lucidité, laisse entendre qu’il va tout tenter pour le dissuader de ce projet, sans qu’on sache quel est le sort final du Misanthrope.

Le décor est étonnant au premier abord : la scène ne comporte pas moins de quatre escaliers, qui seront en fait très utiles, en particulier pour les jeux de scène exprimant la prise de distance ou le rapprochement des divers personnages. Les costumes sont intemporels – veste et cravate pour les hommes, robe pour Célimène, un tailleur pantalon pour la fausse prude Arsinoé : il est difficile de les rattacher à une époque vraiment précise. En tout cas, ils ont pour effet d’ancrer les personnages dans la modernité et dans la réalité. Un lustre posé par terre, des fauteuils renversés ou placés sous une housse : tout évoque un lieu ambivalent qui sera tantôt un lieu de réception, tantôt une salle à manger (le lustre est alors remonté et une table installée par des soubrettes). La lumière, au début, est froide et bleutée, pour devenir plus vive lors du dîner où brille Célimène, avant d’être à nouveau tamisée lors de la scène finale où se révèle la trahison de Célimène et la perte du procès d’Alceste : les différents effets de lumière  aident le spectateur à ressentir l’ambiance morale de chaque scène. Le piano qui se trouve sur la scène est lui aussi bien mis à profit, puisqu’il permet à Alceste des jeux de scène extériorisant son état d’âme lors de ses crises de mélancolie ou de fureur rentrée : quelques notes hésitantes pour exprimer l’ennui ou l’indécision, des mélodies arpégées pour exprimer sa morosité ou son renfermement. En revanche, les chants d’oiseaux que l’on peut entendre lors de certaines scènes m’ont semblé un peu inutiles et factices.

La mise en scène est moderne, mais elle met bien en valeur l’ambiguïté générique de l’œuvre de Molière : s’agit-il d’une comédie ou d’une tragédie ?  La fin peut même sembler tragique et sans issue pour Alceste, qui, après tous ses malheurs, n’a comme désespérante satisfaction que celle de voir ses théories pessimistes concrétisées. Les fréquentes explosions de violence d’Alceste, ses disputes, son instabilité, son procès perdu, son amour bafoué, son désespoir enfin, ne sont pas en soi des éléments de comédie ; ils nous montrent cependant un Misanthrope qui fait rire par ses extravagances son ami Philinte, et par la même occasion les spectateurs. Parfois même le Misanthrope rit nerveusement de lui-même : un Alceste violent et instable se dévoile – n’est-ce pas l’idée même de Molière, qui donnait comme sous-titre à sa pièce : L’Atrabilaire amoureux ?

Claire de Mareschal

Sur les planches de la salle Richelieu depuis le 21 décembre et jusqu’ au 26 mars, la troupe de la Comédie Française remet au goût du jour la fameuse comédie de Molière, Le Misanthrope, selon la mise en scène de Clément Hervieu-Léger. C’est ainsi avec plaisir que nous retrouvons Alceste (Loïc Corbery) en voulant à la terre entière pour son hypocrisie et déchaînant sa rage (démesurée?) que son ami Philinte tente de modérer (Eric Génovèse). Mais le mensonge, et la fourberie, trop imprégnés dans la société, viendront finalement à bout du misanthrope, trahi par celle qu’il aimait : la belle et tant convoitée Célimène (Adeline Hermy).

C’est ainsi sur la scène ce merveilleux théâtre, dans un décors entre grandeur et minimalisme, qu’évoluent  les personnages dont le caractère a été parfaitement saisi par les comédiens. La pièce de 1666 s’intègre complètement dans notre siècle, et conserve toute son ampleur, sans rien enlever au message d’origine. C’est donc un défi relevé pour le metteur en scène qui affirmait : « J’appartiens à un théâtre de répertoire, et je me dis que si l’on ne pose pas un regard neuf sur les œuvres, alors ce théâtre de répertoire n’a plus lieu d’être ». Mais le vrai n’est-il pas éternel ? Lorsqu’une œuvre parvient à saisir la nature humaine, il semblerait qu’elle ne puisse pas vieillir, qu’elle soit toujours d’actualité. C’est alors sur les détails qu’il faut se concentrer, ce qu’à magnifiquement fait  Clément Hervieu-Léger : la pièce est rythmée, bien organisée et c’est ainsi que la classe de lycée qui se trouvait à mes côtés ce soir-là, appréhendant les trois heures à être assis dans un fauteuil, a semblé ne pas s’ennuyer une seule minute.

Néanmoins, et c’est bien la dernière chose que je croyais pouvoir reprocher à une troupe aussi talentueuse, la diction n’était pas exceptionnelle. Si actualiser une pièce est un réel travail pour le metteur en scène, intégrer l’alexandrin à l’époque contemporaine est une tâche des plus ardues ! Parfois prononcées trop rapidement pour être bien comprises, parfois sur un ton trop monotone, certaines répliques auraient mérité d’être mieux travaillées par les comédiens, peut-être trop habitués à jouer de manière classique et déstabilisés par cette mise en scène. Mais ce détail, infime, ne gâche en rien le plaisir que l’on éprouve à aller voir cette superbe création de la Comédie Française et ne permet pas le moins du monde d’entacher le génie de Molière !

Félix Reigner

Le spectacle auquel j’ai assisté le 18 janvier 2017 est une représentation en costumes d’aujourd’hui de la pièce de théâtre de Molière Le Misanthrope, pièce qui a été représentée pour la première fois le 4 juin 1666 sur la scène du Palais-Royal à Paris. Le spectacle a eu lieu à 20h30 dans la salle Richelieu de la Comédie française, une institution culturelle qui jouit d’une grande réputation en raison des grands dramaturges français qui y ont produit leurs pièces et de l’excellence de sa troupe de comédiens à chaque génération. Le spectacle a duré trois heures, entracte compris.

Le Misanthrope est une comédie en cinq actes qui montre l’hypocrisie parmi les courtisans et critique cette société de nobles soumise au pouvoir monarchique. Le héros principal, Alceste, est un jeune homme différent des autres qui demande aux gens d’être honnêtes et sincères. Sa maîtresse, Célimène, est au contraire une jeune femme éprise de liberté qui, après son récent veuvage, dirige elle-même son salon. Hanté par un procès, Alceste va chez Célimène avec son ami Philinte auquel il reproche ses complaisances vis-à-vis de la société. Il souhaite que sa maîtresse se déclare publiquement en sa faveur. Mais c’est sans compter sur l’arrivée impromptue d’un gentilhomme poète venu faire entendre ses vers, de deux marquis intronisés à la cour, d’Éliante, la cousine de Célimène, qui a emménagé au-dessus de chez elle, et d’Arsinoé qui vient la mettre en garde contre des rumeurs circulant à son propos.

La pièce est mise en scène par Clément Hervieu-Léger, comédien et metteur en scène pour le théâtre et l’opéra. La pièce respecte la règle des trois unités : unité de lieu, unité de temps et unité d’action. Celle-ci se déroule dans le salon de Célimène où se trouvent un piano, une lampe en cristal ainsi que quelques chaises, salon percé de grandes fenêtres et desservi par des escaliers. Les décors ne sont pas fastueux mais renvoient une image modernisée d’un salon de l’époque de Molière. Les costumes des comédiens sont eux aussi modernes mais plutôt élégants. Chaque costume correspond à la personnalité des personnages. Alceste, par exemple, qui est radical et prêt à renoncer à toute forme de mondanité, porte des vêtements qui sont négligés par rapport à ceux des autres personnages. Célimène, au contraire, porte des robes très soignées qui la mettent bien en valeur et la rendent charmante. De même, les amants de Célimène portent pantalons et costumes-cravates assortis. Les grandes différences de costumes et de coiffures entre les personnages montrent que leurs idées, leur personnalité et la place hiérarchique qu’ils occupent dans la société sont différentes. En ce qui concerne l’éclairage, celui-ci varie au fil des situations : lumière douce et scène bien éclairée au début et pendant le repas de Célimène avec ses amis ; lumière de plus en plus froide lorsqu’Alceste perd son procès. À la fin de la pièce, lorsqu’il ne reste qu’Alceste et Célimène sur scène, la lumière devient rare et se concentre sur ces deux personnages. Au cours de la pièce, des morceaux de musique et de piano créent une atmosphère qui met en valeur les dialogues.

La salle Richelieu de la Comédie française est une salle de théâtre à l’italienne qui n’est pas très grande, construite par l’architecte Victor Louis. Elle peut recevoir jusqu’à 862 spectateurs et était pleine ce soir-là. Les spectateurs se sentent donc très proches des comédiens. Ils étaient attentifs et silencieux pendant le spectacle. Des rires se sont faits entendre de temps en temps, produits des dialogues de la pièce et du jeu des comédiens. Le premier but de la représentation a donc été atteint : divertir le public. Mais au-delà du rire, les spectateurs ont été émus et ont réfléchi. L’autre grand objectif de la pièce – sensibiliser le public à la franchise et à la sincérité – a donc lui aussi été atteint.

Ce qui m’a le plus touchée, c’est l’évolution des sentiments du comédien qui joue Alceste. Il crie, rit et pleure. Il est dans son rôle et interprète bien la personnalité du personnage. Quand Alceste dit à haute voix, les bras au ciel, « Être franc et sincère, c’est mon talent », je peux sentir sa passion et son désespoir.

J’ai donc beaucoup apprécié cette représentation en raison non seulement du texte même de la pièce et de la poésie de la langue de Molière, mais aussi et surtout du talent des comédiens de la Comédie française qui savent nous faire passer par toutes les nuances de la palette des émotions.

Yali Tang

Le 18 janvier 2017, à 20h30, je suis allée voir Le Misanthrope de Molière à la Comédie Française. Pièce classique et mise en scène de nombreuses fois, la Comédie Française choisit aujourd’hui une mise en scène contemporaine efficace. Mis en scène par Clément Hervieu-Léger, le spectateur se trouve face à la scène de la Salle Richelieu aménagée en palier d’un hôtel particulier en cours aménagement. Tout au long du spectacle, le décor va évoluer grâce aux acteurs eux-mêmes. Clément Hervieu-Léger entre dans la troupe de la Comédie Française en 2005. Il est à la fois comédien et metteur en scène. Cette saison, dans la Salle Richelieu, il présente également Le Petit-Maître corrigé de Marivaux.

Le Misanthrope est une pièce écrite par Molière et présentée pour la première fois sur la scène du Palais-Royal en 1666. C’est une comédie en cinq actes, en vers. Son personnage principal est Alceste. Il est à la fois amoureux de la jeune Célimène et déteste l’humanité toute entière. Célimène, elle,  à l’inverse, est consciente de la superficialité de son entourage, et elle clairvoyante par rapport à ce dernier. Par le biais de cette pièce, Molière va critiquer la cour et l’hypocrisie qui règne dans la société.

Dans cette mise en scène contemporaine, c’est Loïc Corbery qui incarne Alceste. Son personnage est viral et montre sans se cacher son dégout des humains. Loïc Corbery est sociétaire de la Comédie Française. Le rôle de Célimène est incarné par Georgia Scalliet. Elle incarne une Célimène joyeuse et pimpante. Dans ce décor en constante évolution, on reconnait le rôle des acteurs qui sont eux-mêmes

Les acteurs portent des costumes qui rappellent les années 70, ce qui entre en concordance avec le décor qui ne semble pas fini. On entre rapidement dans le cœur de la pièce grâce au jeu efficace et juste des acteurs. De plus, le texte de Molière datant pourtant du XVIIe siècle est encore très actuel.

Pour ceux qui souhaiteraient visionner la pièce mais qui ne peuvent pas se rendre à la Comédie Française, à partir du 9 février, une version numérique sera diffusée dans les cinémas Gaumont Pathé. Pour ma part, il s’agissait d’une première fois à la Comédie Française, je ne suis pas très habituée au théâtre. Pourtant, il s’agissait d’une pièce parfaite pour commencer. J’aimerais déjà me rendre une nouvelle fois à la Comédie Française, idéalement pour y voir Cyrano de Bergerac.

Manon Vauthier
Photo : Comédie Française