Le Huron

Le Huron, opéra-comique de Grétry et Marmontrel par la compagnie de Quat’sous
– au Théâtre Adyar, Paris 7e
– au Théâtre Jacques Brel, Champs-sur-marne (77)

Le Huron est un opéra – comique de Grétry et Marmontel d’après L’Ingénu de Voltaire. La représentation a eu lieu le dimanche 6 novembre 2011 à 16H au théâtre Jacques Brel à Champs sur Marne. Cette représentation a duré environ une heure et demie.
Le Huron a été représenté par la Compagnie de quat’ sous et le Concert latin. Les acteurs principaux sont Carl Ghazarossian pour le Huron, Sandra Collet pour Mademoiselle de Saint Yves et Anthony Lo Papa pour Gilotin. La trame de l’histoire est simple : un Huron venu du Canada débarque en Bretagne ; il parvient à obtenir la main de Mademoiselle de Saint Yves auparavant promise à Gilotin.

En ce qui concerne le décor, il y a peu d’éléments : une table, quelques chaises, un lustre sur le sol, une porte en arrière – plan, un vase contenant des tulipes jaunes. Les costumes sont assez classiques pour la plupart des acteurs excepté pour Le Huron ayant gardé ses vêtements d’origines d’un Indien d’Amérique.
L’espace de la scène est utilisée en totalité. Les acteurs ne sont pas très nombreux : au maximum au nombre de sept mais leurs mouvements sont nombreux. Le Huron et Mademoiselle de Saint Yves entrent même dans la deuxième partie de la représentation sur scène par la salle et non par les coulisses.
Il s’agit d’un opéra – comique donc le but principal de cette représentation est de divertir. Néanmoins, nous assistons à une représentation rendant compte de la société d’Ancien Régime. Ceci se voit particulièrement dans l’importance du père de Mademoiselle de Saint Yves qui lui a promis Gilotin en mari sans se soucier de l’avis de sa fille.

Cette représentation est très bien interprétée, les musiciens accompagnent la pièce merveilleusement bien. Les différents mouvements des acteurs font qu’il n’y a pas de longueurs. Cependant, on ne sent pas assez, selon moi, l’influence de Voltaire, auteur avant tout satirique. Cette pièce a le mérite de mettre en avant le poids de la société patriarcale. Les acteurs sont très bons autant en tant que comédiens que chanteurs. – Maxime Chevalier


C’est dans la petite salle Adyar, située à deux pas de la Tour Eiffel, qu’était joué ce 2 novembre 2011 l’opéra comique Le Huron, mis en vers et en musique en 1768 par le musicien Grétry et le poète et encyclopédiste Marmontel, à la demande de Voltaire en personne qui souhaitait voir son conte philosophique L’Ingénu (1767) porté à la scène lyrique. Deux petits actes forment la pièce d’une durée d’environ 1h30. C’est un beau projet que celui de la Compagnie de Quat’sous et du Concert Latin de vouloir recréer en France cette pièce alternant parties parlées et parties chantées, dont la partition est rarement entendue et qui fut pourtant le premier grand succès de Grétry lors de sa création à Paris en 1768.

La petite salle imposait ainsi d’emblée une ambiance intimiste, et la réduction de l’orchestre à un petit ensemble de chambre de sept musiciens appuyait ce point, tout comme la disposition de la scène : étaient posées pour décor quelques chaises et tapisseries de style ancien régime, qui laissaient présager une mise en scène classique. Quelle n’est donc pas la surprise quand on voit entrer sur scène Mlle de Kerkabon (Séverine Maquaire), titubante en peignoir, lunettes de soleil destinées à masquer la gueule de bois et bouteille à la main afin de soigner celle-ci. Car ce n’est pas en 1690 mais en plein mai 68 que le récit est transposé ; quelques indices habilement parsemés ci et là nous le confirment (un journal, un impressionnant CRS…). Sans en faire trop, la réussite de la mise en scène tient dans cette transposition au XXe siècle ; et au spectateur amusé de constater que l’Ancien Régime et la France gaulliste sont effectivement fort semblables… et de se poser la question si le quinquennat de Sarkozy n’est pas également visé, notamment lorsque tout le monde se réjouit de l’attribution de l’identité française à notre Huron (l’excellent Carl Ghazarossian), brandissant fièrement sa nouvelle carte d’identité sur un fond lumineux bleu, blanc, rouge. Comment ? Ce que Voltaire reprochait aux rois, on le rencontre encore dans la France d’aujourd’hui ? Il semblerait que le philosophe avait touché juste, et la mise en scène démontre bien l’universalité de l’ironie de celui-ci. Et c’est ici d’« Huronie » qu’il est question, amplifiée avec justesse par le metteur en scène Henri Dalem : l’alcoolisme de Mlle de Kerkabon, l’air de jeune militant UMP de Gilotin (Anthony Lo Papa), maladroit dans son costume bien taillé et ses bottes de chasse, qui voit le Huron séduire par les lois de l’amour celle (Mlle de Saint-Yves, jouée par Sandra Collet) que les lois du mariage arrangé lui prédestinaient, … tout est savamment mis en scène pour faire rire, et réfléchir (l’objectif de Voltaire, bien entendu). Le tout sur une musique au savoir-faire irréprochable.

Grétry est alors un jeune compositeur de 27 ans originaire de Liège et fraîchement débarqué d’Italie, où il a fait ses classes, séjour alors indispensable pour tout compositeur souhaitant affiner son art de la mélodie. C’est donc une partition qui concède au goût de l’époque par son italianisme que celle de cet opéra comique, mais qui n’est pas sans cacher quelques charmes. Peu d’audace dans le contenu musical certes, mais Grétry a su y insuffler un charme et une beauté qui peuvent réellement toucher, notamment dans le magnifique duo d’amour entre le Huron et Mlle de Saint-Yves au second acte. Le charme de cette musique, qui tient dans sa (toute relative) simplicité, n’est d’ailleurs pas si évidente à interpréter, et si les jeunes musiciens ont joué la partition avec énergie et enthousiasme, ils ont parfois pêché dans la justesse et l’expression. Rien qui n’empêchait d’apprécier à sa juste valeur le spectacle proposé par la Compagnie de Quat’sous et le Concert Latin, tant la mise en scène astucieuse d’Henri Dalem, le jeu de ses chanteurs-acteurs et la précision des musiciens ont convergé vers un divertissement de grande qualité, qui souligne bien l’intemporalité du propos de Voltaire. – Maxence Déon


Le Huron est un opéra-comique en deux actes de Grétry et Marmontel (1768) d’après L’Ingénu de Voltaire : recréation en France par la compagnie de Quat’Sous et Le Concert Latin. Le Théâtre Aydar a ouvert ses portes cette semaine pour présenter une rare production  qu’est ce petit joyau d’opéra-comique. Cette œuvre, peu connue, vaut à chaque instant de la découverte. Dans cette salle spacieuse au décor élégant, l’ambiance de l’époque a été d’emblée merveilleusement reconstituée par la formidable présence de l’orchestre de chambre baroque. Dirigé par Julien Dubruque au clavecin, l’ensemble (comprenant violoncelle, deux violons, hautbois baroque et cor de chasse) a préparé le terrain pour l’action à suivre par une ouverture étincelante en trois mouvements : vivace, adagio, et presto.
Notre histoire, située à l’origine dans la France de l’époque de Louis XIV mais ingénieusement transposée ici dans le contexte de la révolution de mai 1968, décrit comment l’arrivée impromptue d’un amérindien dans une famille bourgeoise va tout bouleverser. Dès lors, le Huron est reconnu comme leur neveu, et il ne tarde pas à entamer une aventure amoureuse clandestine avec la fille de la famille, la jeune Mlle de Saint-Yves (Sandra Collet) : bien malgré le projet de mariage pour cette dernière arrangé par ses parents, ou encore leurs menaces de l’envoyer dans un couvent ! Tout cela se déroule dans le salon de la famille qui est aveugle à l’agitation politique qui se passe à l’extérieur, dont nous les spectateurs sommes rappelés dès le commencement de l’action par les bruits de la foule qui s’entendent dehors.

« Il est français, il est bien né ! »

D’apparence légère, cette comédie est en fait satirique et incisive. A l’instar du texte de Voltaire, elle aborde avec humour des thèmes assez complexes et qui ont autant de pertinence aujourd’hui qu’en 1768 : le pouvoir ; le patriotisme ; qu’est-ce que c’est d’être français (ou bien de n’importe quel nationalité !) ; les origines ; les mœurs ; les liens de famille ; le rôle des femmes ; l’appartenance et l’altérité. Nous rencontrons des personnages qui donnent souvent l’impression d’être désespérés, parfois consommés par leurs propres idées et incompatibles entre eux. L’effet humoristique est renforcé par les chutes du sublime au ridicule qui abondent dans le dialogue.
On trouve parmi les aspects les plus beaux de cette production, l’excellent rapport entre les chanteurs et l’orchestre, mis d’autant plus en évidence par l’effet sublime des lignes mélodiques vocales qui sont ensuite reprises par les instruments. Le rôle principal  a été magnifiquement chanté par Carl Ghazarossian ; avec énergie et confiance, sa voix baryton riche incarne le personnage du Huron à la perfection. Egalement, le personnage drôle de Mlle de Kerkabon, si bien interprété par Séverine Maquaire, a captivé les spectateurs dès le début. Tous se réunissent au dénouement final, dans un tutti des chanteurs et de l’orchestre qui a été chaleureusement accueilli et a terminé la soirée en laissant la salle enchantée. – Delphine Evans


« Mais où est donc la Huronie ? En Turquie ? En Laponie ? En Arabie ?
Et qu’y fait-on ? Y boit-on du vin ? Y fait-on l’amour ? Y parle-t-on le bas breton ? »

En sortant du théâtre Adyar, le spectateur n’a pas vraiment de réponses à apporter à ces questions, pas plus que le lecteur de l’Ingénu de Voltaire n’en a en refermant le livre dont est inspirée l’histoire de cette recréation de l’opéra comique écrit par Grétry et Marmontel en 1768. Et tant mieux ! L’histoire n’est ici que le canevas de la musique et de la voix, de cette rencontre heureuse entre le Concert Latin et l’Opéra de Quat’sous. Ce sont une troupe et un orchestre jeunes qui nous font successivement rire et frissonner en renversant la morale bien pensante d’Ancien Régime, faite de privilèges et de mariages arrangés.
C’est l’arrivée impromptue d’un « huron » aux mœurs sauvages chez la famille bourgeoise de Kerkabon qui l’accueille et se découvre plus tard des liens de parenté avec ce chasseur va nu-pieds, qui va bouleverser leur vision de l’amour et des stratégies matrimoniales. Certaines scènes croustillantes dues au fossé culturel entre les personnages le sont encore davantage en chansons. Carl Ghazarossian (dans le rôle du Huron) chantant torse nu et révolté, debout sur une table, qu’il ne comprend pas qu’on ne lui ait pas laissé profiter sexuellement de sa promise dès le consentement donné par le père de la demoiselle déclenche les rires du public. Public porté par une musique légère et entraînante qui n’est pas dénuée, elle aussi, d’un certain sens comique.

Henri Dalem nous propose une mise en scène audacieuse mêlant modernité technique avec un jeu de lumière et d’effets spéciaux surprenant (la salle se retrouve enfumée quand le peuple gronde après le Huron à la porte de la demeure de la famille de Kerkabon) et classicisme par un décor à la limite du kitsch et l’organisation de l’espace avec l’orchestre situé sur l’extrémité gauche de la scène. Le stroboscope côtoie les chandeliers et napperons de dentelle, étrange ! Mais ce n’est pas tout, la prise de risque se fait également sur les costumes : Mlle de Kerkabon, la tante frigide, qui se transforme en femme aguicheuse sous son corset satiné noir, le Huron qui apparaît et chante en sous-vêtements, l’officier qui joue casque sur la tête et matraque en main sont autant de partis pris certainement contestables mais qui apportent de la fraicheur au jeu des acteurs.

La taille humaine de la salle est appréciable, le spectateur rentre directement dans le jeu et se laisse naturellement emporter par la voix soprano de Sandra Collet (Mademoiselle de Saint-Yves, amante du Huron). Comme pour mieux signifier cette proximité entre les chanteurs / acteurs et le public, à plusieurs reprises certains d’entre eux n’hésitent pas à descendre de la scène pour traverser les rangées de sièges de la salle. On se laisse prendre au jeu et à la chanson comme Mademoiselle de Saint-Yves se laisse envahir par sa passion pour ce bel indigène.
Un opéra divertissant et singulier par ses paris risqués en terme de mise en scène qui lui permettent de signifier sur tous les plans la lutte immuable de tout ce qui est neuf contre ce qui est ancien. Voltaire aurait apprécié. – Quentin Grand


Tout commence dans la petite salle intime du théâtre Adyar dans le 7ème arrondissement de Paris, novembre 2011. L’opéra-comique, Le Huron, de Gréty et Marmontel, inspiré de L’Ingénu de Voltaire, est mis en scène par Henri Daleur, la direction musicale revient à Julien Dubrucque.

Le Huron, arrivé en France il y a peu, doit s’adapter au cadre civilisé dans lequel il se trouve. Il s’éprend de Mademoiselle Hortense et est prêt à tout pour la conquérir, faisant fi du protocole. Il découvre entre temps qu’il est français, né en Huronie du frère de celui qui l’a recueilli, il est baptisé Hercule de Kergabon. Paré de ce patronyme prometteur, il repousse l’attaque des anglais afin d’attirer l’attention du père et ainsi pouvoir épouser la candide Hortense. Entrainés par des thèmes baroques, les scènes de chants et de dialogues s’enchainent au rythme du lustre du temps tombé au sol qui s’allume et s’éteint au gré de l’évolution de l’intrigue.
La mise en scène a choisi de mettre l’accent sur l’intrigue lyrique de la pièce, mais la satire de Voltaire n’est jamais loin et a toujours sa place à jouer dans notre société. On assiste à la lutte pour la survie du Huron dans un monde codé qui lui est hostile parce que l’honnêteté et la pureté de son cœur sont rejetées face à l’influence et la richesse d’un autre prétendant. Le contraste entre le naturel du Huron et la complexité excessive des européens éprouve les deux amoureux qui se trouvent seuls contre tous, comme le seraient les héros shakespeariens. Le décor soutient la pièce sans pour autant la sublimer, comme si la forme n’avait que peu d’importance et que l’essentiel de l’histoire se trouvait dans la pureté des voix qui s’entremêlent d’une octave sur l’autre.
Quand deux toiles grises viennent assombrir le fond de la scène, l’entrée du père d’Hortense est dramatique, va-t-il réellement enfermer sa fille au couvent ? Après maintes conversations et persuasions, il consentira à accorder la main de sa fille au Huron. Comme quoi peut jaillir la lumière même quand l’issu parait sombre.

Ne vous y méprenez pas, malgré l’humour qui vous fait sourire tout au long de la pièce, le Huron est très sérieux, réaliste quant au cœur de l’homme, libre de tout conditionnement. Pour emprunter ses mots, « soyons ce que nous sommes. » – Apolline Hamy


Si l’on trouve, embusquée dans une impasse le long de l’avenue Rapp, la petite salle Adyar, on peut y voir, en ce début de novembre, un Huron. Le Huron, c’est le premier titre de L’Ingénu, fameux conte philosophique de Voltaire, mais aussi celui de l’adaptation en opéra-comique qu’en firent André Grétry et Jean-François Marmontel, amis et protégés du philosophe. C’est donc d’une pièce chantée qu’il s’agissait, ce mercredi 2 novembre à Adyar.
Entassé dans le petit hall, le public, rassemblant plus de classes d’âge qu’on ne pourrait s’y attendre pour un spectacle de ce genre, accueille avec joie l’ouverture des portes et viens remplir aux trois quarts les quelques 300 places de la petite salle et de son balcon. D’abord l’orchestre s’installe. Clavecin, cordes, cuivres, ce n’est pas moins de sept musiciens du Concert Latin qui se partagent un coin de la scène pour profiter, avec les chanteurs, de l’excellente acoustique de la salle.

Puis le spectacle commence. Ecrite à l’époque des Lumières pour questionner la société française sur ses mœurs et ses lois à travers le point de vue extérieur d’un indien d’Amérique du Nord, le fameux Huron, selon un procédé bien connu depuis Montesquieu, la pièce s’enrichit, entre les mains de la Compagnie de Quat’sous, d’un écho plus contemporain. En effet, jouant sur un hasard de la chronologie, le metteur en scène Henri Dalem a superposé aux évènements de la pièce datant de 1768, ceux de mai 1968. Ainsi les costumes, le décor et le jeu des acteurs entretiennent-ils un anachronisme savant, parfois éclairant et parfois absurde vis à vis du texte, mais qui permet mille petites inventions comiques qui font qu’un spectacle écrit il y a plus de deux siècle reste vivant.
Sur scène, une nappe à chinoiseries accueille bouteille de bourbon et projecteur de diapositive,  le Huron est tour à tour hippie aux cheveux long au milieu des cols roulés de la noblesse bretonne et C.R.S. sous sa pèlerine de «soldat du Roy». Le jeu des comédiens est ici à saluer, dont la maîtrise et l’enthousiasme communicatif assurent une cohérence à cet hybride, et sans rien sacrifier à la qualité du chant. Une mention spéciale également pour les lumières qui, pleines d’invention, offrent un supplément de rythme et de variété.

Quelques réserves néanmoins, sans quoi la critique ne serait pas juste. On peut déplorer que l’intrigue, menée tambour battant, suivent des schémas que l’opéra-bouffe et le vaudeville ont achevé d’éculer au XIXe siècle. On ne peut pas en blâmer Marmontel, mais le spectateur, surtout s’il a déjà lu l’Ingénu goûte peu le suspense des rebondissements. Une oreille plus exercée que la mienne pourra peut-être aussi trouver à redire à la musique de Grétry ou à son interprétation.Mais il faut se rappeler que ce sont là les inconvénients communs des opéra-comiques, et que ceux-ci sont fait d’abord, pour divertir sans abrutir. En ce sens, Le Huron m’a semblé remplir son objectif de charmer sans perdre le propos de Voltaire. Le questionnement de l’ordre établi, l’exigence de liberté, le rapport à l’étranger ne sont pas éludés, et les mots des Lumières ricochent sur les évènements de 68 pour parvenir à nos oreilles, qui entendent de nouveau parler de révolution. Si je devais reprocher quelque chose à ce spectacle, c’est peut-être de n’avoir qu’esquissé ce parallèle avec aujourd’hui. En dehors de cela, j’ai passé un très bon moment. – Barthélémy Lagneau


C’est au théâtre Adyar à l’atmosphère très intime et conviviale que je me suis rendue pour assister à une représentation de l’opéra-comique Le Huron. Après un longue introduction musicale réalisée par un petit orchestre de chambre accompagnant l’opéra, je fut plongée dans les aventures d’ un Huron ( homme issu des premières populations du Canada) qui arrive en France et regarde la vie française avec candeur. L’histoire d’amour dans laquelle il va s’engager et les actions qu’il devra accomplir pour gagner le cœur de sa belle vont mettre en lumière les aberrations de la société de l’ancien régime.
Cette adaptation de Grétry et Marmontel (1768) de l’ Ingénu de Voltaire relève donc de la tradition philosophique des lumières. On pourra d’ailleurs retrouver dans le texte, la plume acérée et l’humour incisif du grand penseur éclairé. Mais en ce qui concerne le jeu des acteurs, toute dimension comique et satirique semble être restée dans les coulisses. On peut noter tout de même quelques jeux comiques autour de l’alcool, de la séduction, mais qui apportent peu au sens du texte.

N’oublions pas que Le Huron est un opéra-comique. Aussi, si l’humour potache semble inadapté à la subtilité satirique de Voltaire et laisse donc au spectateur un sentiment d’insatisfaction, les acteurs n’ont pas hésiter à insister sur l’aspect lyrique de la pièce. Si bien que lorsqu’un comédien chante, voila son entière attention portée sur sa performance lyrique. Son jeu s’appauvrit irrémédiablement et toute tension dramatique est relâchée. Les chants apparaissent comme des moments de flottement où le jeu théâtrale est soudain évacué. Les comédiens en chantant perdent les caractéristiques de leur personnages et utilisent peu, ou de manière superficielle les possibilités dramatiques que leur proposent le textes, les autres comédiens ainsi que le décor.

Ce dernier, par ailleurs très présent sur la scène, est peu ou mal utilisé. Composé d’objets issus d’époques différentes, comme un lustre rococo, ou une affiche photographique des manifestations de mai 1968, il ancre la pièce dans plusieurs époques et lui donne une portée universelle. Cet effet est d’ailleurs un des éléments les plus réussi de la pièce. La volonté de retranscrire cette intrigue du XVIII ième siècle dans la France gaulliste, beaucoup plus proche de notre époque empreinte d’indignation, permet en effet une lecture actualisée de l’œuvre de Voltaire. Mais le peu d’interaction provoqué entre les comédiens et ce décors chargé d’histoire est frustrant. Par ailleurs, lorsque des éléments du décors entrent en jeu, -on peut penser au lustre posé à terre qui s’illumine d’une lumière rouge, ou un rideau de tulle noir qui se déplie à la fin de la pièce- ces utilisations relèvent d’une symbolique ordinaire, peu consistante, et ont peu d’intérêt esthétique. Dans l’ensemble le Huron est une pièce décevante, et son interprétation se révèle ne pas être à la hauteur de la satire Voltairienne. – Alix Weidner