L’art du rire / Jos Houben / La Scala / Février 2020

Image d’entête : galerie de la Scala, (c) Giovanni Cittadini Cesi

Homo risibilis

L’humoriste Jos Houben nous entraîne dans un périple à la destination pétillante. Sur les traces de nos ancêtres, il nous invite à parcourir la fresque de notre évolution pour restituer l’honneur de l’homo risibilis. Quand bien même l’homo erectus s’en irriterait au nom de sa verticalité, de sa fierté et de sa dignité – sainte trinité -, l’homo risibilis, lui, sait bien que le ridicule ne tue pas.

Avec beaucoup de légèreté, un air s’envole, une note s’échappe. Une secousse imprévisible ébranle notre orgueilleuse pétulance et nous entraîne irrésistiblement dans une chute délicieuse. Démuni, damné parce qu’il a ri, chacun s’abandonne à cette douce violence qui étreint et libère à la fois. Que la société l’étouffe, le bride et le bâillonne, le corps est inaliénable et reprend toujours ses droits. Le rire, cascade d’émotions, lui rendra sa voix.

L’acteur peint une kyrielle de personnages dans laquelle chacun se reconnaît, si tant est qu’il ne soit pas de mauvaise foi. La salle se fait alors palette de cadences et d’harmonies, et les rires, tantôt saccadés, crescendo, déstructurés ou discontinus, parcourent une gamme de tonalités aussi riches et variées qu’il y a d’individus.

Cette aventure humaine est un réel partage qui s’achève en point d’orgue : impossible de détendre l’élastique qui tire, de tout mon être, un sourire.

— Ambre MANNU

L’Art du rire, spectacle interprété par Jos Houben sur la scène de la Scala, parvient à conquérir grâce à un humour simple mais efficace.

Dès le début, le comédien seul sur scène réussit à embarquer le public par son énergie positive et sa bonne humeur. Ses talents d’interprète se révèlent incontestables, comme en témoigne sa palette de jeu très variée : du nourrisson apprenant à marcher à la démarche de la poule, ou encore aux différentes variétés de fromages, il semblerait que le comédien sache interpréter tous les rôles !  Il nous emmène ainsi sur un terrain de plus en plus loufoque au fur et à mesure de l’avancée du spectacle, jusqu’à mimer avec une incroyable ressemblance la texture d’un camembert…

La force de Jos Houben réside également dans la justesse de ses représentations de comportements humains, du langage du corps et de son rapport à l’espace. Le spectateur se reconnaît forcément dans ces situations de la vie courante mises en scène avec brio : une façon de marcher, une chute embarrassante en public… Le tout est parfaitement calibré, de la maîtrise de ses fausses chutes à ses lancers de chaussures, nous sommes sans cesse surpris – et n’en rions que davantage.

Un petit bémol à ce tableau, je m’attendais à plus de réflexion autour des mécanismes du rire, au vu de l’affiche qui promettait « une masterclass d’un genre particulier, entre philosophie et anthropologie ».  Si le spectacle n’est pas totalement dépourvu d’une dimension analytique, il ne décortique pas vraiment le mécanisme du rire mais donne plutôt l’impression qu’il s’agit d’un prétexte pour passer en revue tout un ensemble d’attitudes qui provoquent ce rire. Finalement, le but est davantage de faire rire plutôt que de chercher à savoir pourquoi on rit.

— Marie PINOT

L’homme est un animal ridicule

[…] Cette performance est un curieux et surprenant mélange des formes expressives et communicatives : en partant d’un monologue qui se transforme en un appel direct au public, en passant par une conférence ironique et une analyse presque philosophique, le spectateur fatigué et épuisé se plonge dans un monde de rires spontanés et naturels, provoqués par des réflexions sur le rire lui-même. A travers une mimique éloquente et très expressive, l’acteur présente sur la scène d’hilarantes similitudes entre hommes et animaux, stéréotypes de différents peuples et courts sketchs de vie quotidienne – où la dignité sociale, toujours recherchée par l’être humain, perd sa crédibilité.

L’exagération des mouvements physiques et de la gestuelle élémentaire, typiquement humaine et dans laquelle le spectateur se reconnait tout de suite, a la capacité de provoquer le rire immédiat dans la salle – même si, parfois, cette technique est à la limite de devenir un peu répétitive. Cependant, cette performance amène le public à réfléchir sur la simplicité et la spontanéité du rire, et à constater combien l’aspect comique de la vie représente une grosse partie des actions de tous les jours… même si la plupart du temps, on n’arrive pas à s’en rendre compte.

— Cecilia Maria FRANCO

Seul en scène, Jos Houben anime une masterclass sur l’art de faire rire, entre philosophie et anthropologie. Il y dissèque les mécanismes du rire, en analyse leurs causes et leurs effets. Ce séminaire est une vraie leçon de théâtre, un exposé sur le « savoir faire-rire ». Tous les types de rire sont étudiés : le fou, le nerveux, le railleur, le gras, le moqueur, le méchant, le rire gentil, le rire de surprise, le rire de bon rieur, etc.

Quant à sa mise en œuvre, le comique offre deux manières de faire rire au comique apprenti : le comique corporel et l’imitation des animaux et inanimés. Proposer une anatomie humaine, matériau premier du comédien comique. Mimer les démarches et les postures humaines : de l’italien à l’anglais, à l’enfant et à l’adolescent. Mimer une chute et en donner la recette infaillible pour déclencher le rire de son public. Imiter la poule, le chien. Ou plus innovant, imiter le camembert et autres fromages.

Le comique nous offre une conférence humoristique, politique, anatomique, anthropologique, zoologique, sociologique. On rit de bon cœur de la bêtise humaine ou des farces animales. C’est un séminaire farfelu sur l’humain.

Une heure de pur rire.

— Maéva GRECO

Durant son spectacle, Jos Houben, professeur de théâtre en Belgique, apprend non plus à ses élèves interprètes à jouer la comédie mais à son public à faire rire. Tel un excellent maître d’école, il élabore des théories, les présente aux spectateurs sous forme d’exemples et de démonstrations pratiques, convaincu et convainquant.

Houben décortique les mécanismes du rire si finement qu’il contamine inévitablement le public, emporté dans une douce joie, voire une profonde hilarité.

L’auteur-interprète parsème la pièce d’observations mordantes et malicieuses, de mises en scène astucieuses et burlesques, d’exposés ironiques et inattendus, enfin de discours subtils et percutants.

Autant d’adjectifs qui définissent le talent avec lequel Houben passe d’un registre à l’autre, pour le plus grand plaisir du spectateur, constamment surpris.

Grâce à une hypothèse selon laquelle la dignité de l’homme va de pair avec sa verticalité (conjecture fort bien démontrée par ailleurs), d’où le ridicule provoqué par la chute et l’éclat de rire de l’observateur moqueur qui s’ensuit (l’auteur, discrètement, sans prétention aucune, se permet-il ici un petit clin d’œil à Bergson ?), Houben parvient à transmettre le fil conducteur du spectacle au public – fil grâce auquel la connivence sera établie, et consommée.

Parce qu’il est lui-même ironique vis-à-vis des admirateurs qui vantent ses performances gestuelles, je me contenterai de dire que l’usage de son propre corps comme vecteur du rire est remarquable. Son humilité, si appréciable, l’est encore plus !

Profondément humaniste, le but de Houben est de nous rappeler que nous sommes tous des êtres humains, également faits de chair et de sang, similaires dans notre espèce et uniques dans nos différences. Il rappelle la légèreté, la simplicité de la vie, et en cela son essence et sa valeur.

Savamment pensée, dignement représentée et admirablement aboutie, cette comédie du rire est une pépite, délicate et authentique, qui nous réconcilie avec notre humanité. À ne manquer sous aucun prétexte !

— Clara LUCAS

Categories: La Scala, Théâtre