La Vie invisible d’Eurídice Gusmão de Karim Aïnouz / Forum des Images / le 15 novembre 2019

Image d’entête: “La Vie invisible d’Eurídice Gusmão”© RT Features – Pola Pandora – Sony Pictures – Canal Brasil 2029

La vie d’Euridice Gusmao  ou un portrait féministe du Brésil des années 1950

Projeté pour la 2ème fois en France au Forum des images à l’occasion de la soirée d’ouverture du Festival Un état du monde, La vie invisible d’Euridice Gusmao est un grand film. Comme la distributrice du film se plaît à dire : « si Wong Kar-Wai et Pedro Almodovar avait eu un fils, cela aurait donné le cinéma de Karim Aïnouz ». Dans un mélodrame aux couleurs parfois exubérantes, le brillant cinéaste brésilien livre un chef d’œuvre juste et puissant, récompensé par le prix Un certain regard, amplement mérité, à Cannes en 2019.

A Rio de Janeiro, au début des années 1950, Guida et Euridice, deux sœurs d’âme et de cœur, vivent dans la même chambre chez leurs parents. Guida rêve d’aventures tandis qu’Euridice voudrait intégrer le Conservatoire à Vienne et devenir une grande pianiste. Par un concours de circonstances, elles sont séparées, sans nouvelles l’une de l’autre, mais finissent par vivre dans la même ville sans le savoir. Elles traversent ainsi la vie, persuadées que leur moitié s’épanouit, sans elle, à l’autre bout du monde. Portrait d’une époque aux résonances tristement actuelles, le spectateur assiste, impuissant, à cette impossible émancipation des femmes brésiliennes dans les années 1950.

Ce scénario peu banal permet au cinéaste de dépeindre le quotidien des classes moyennes et pauvres de Rio. Toujours abordés avec un regard juste et réaliste, les sujets de la pauvreté, de la difficulté d’être une femme amènent à réfléchir à l’époque, mais également au présent. Ces pères et ces maris qui, sans caricature, souhaitent que leurs épouses, leurs restent à la maison à faire la cuisine, sont-ils la fin de tout ? N’existe-t-il aucune autre voie ? La volonté de suivre son rêve, de casser les codes ou simplement de survivre, même si elle ne suffit pas toujours apparaît comme une lueur d’espoir. Bien que bousculées, parfois humiliées par la vie et les êtres qui les entourent, Guida et Euridice ne baissent pas les bras et continuent de rêver !

Un chef d’œuvre cinématographique à ne surtout pas manquer, en salles à partir du 11 décembre.

— Charlotte GEOFFRAY

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