La Tetralogie, Théâtre à Châtillon

La Tétralogie d'Euripide, mise en scène Christian Esnay au Théâtre de Châtillon.

« Alors, le théâtre, plus c’est long, plus c’est bon ? » Voilà la question qui effleure les lèvres de tous mes amis quand je leur dis que j’ai passé sept heures de mon dimanche au théâtre de Châtillon devant la Tétralogie sur les retours de Troie. Quatre pièces du plus baroque des grands Tragiques, Euripide, jouées par la compagnie des Géotrupes et mises en scène par Christian Esnay… à la suite. Mais alors ? Pourquoi risquer l’indigestion théâtrale me demanderez-vous.

L’objectif  des Géotrupes, compagnie qui cherche l’accessibilité au théâtre pour le plus grand nombre – intrigant d’ailleurs quand l’on sait qu’elle a fait d’Euripide, Racine et Shakespeare le cœur de son répertoire – est de (re)créer une expérience théâtrale pour le spectateur. (Re)créer, oui, car le spectateur assiste et à une tétralogie dans la droite ligne de celles auxquelles les vieux Grecs se rendaient pour se divertir, selon le contrat de trois tragédies dont les histoires sont liées suivies d’une farce, plus courte, un drame « satyrique » sensé alléger les cœurs, et à une mise en scène pour le moins originale où le grivois de la dernière pièce se transforme en étalage pervers, où le baroque d’Euripide donne lieu à de ridicules décalages sous couvert de « démocratisation du théâtre ». A moins que ce ne soit l’humour grec…

L’intérêt des pièces est donc inégal et réside avant tout dans le défi pour le spectateur de pouvoir tenir sur la durée plutôt que dans les pièces elles-mêmes.
Le premier volet de cette tétralogie, centré sur Hécube, donne à voir la vieille reine de Troie dans le dénuement de la tristesse. Le sang, les morts, les ennemis accablent une reine déchue, une mère privée de ses enfants, Polyxène et Polydore, sacrifiés sur l’autel de la folie humaine. Comme par l’effet d’un miroir aux images sans fond, la folie s’empare de la vieille Hécube qui ébranle sur scène jusqu’à la raison du spectateur.
Le second volet est lui consacré à Hélène. Euripide, pour laisser libre cours à sa créativité imagine le scénario selon lequel Hélène n’aurait jamais été à Troie. Enlevée à Ménélas par Hermès avant la guerre de Troie, elle aurait été remplacée par un clone livré à Pâris. Renversement de la Guerre de Troie en une duperie sinistre, Hélène la putain devient Hélène la fidèle qui se jette passionnément dans les bras de son amour de toujours à son arrivée en Egypte. Une réécriture de l’histoire intéressante.
La troisième pièce met Oreste en lumière, qui venge son père Agamemnon en commettant avec sa sœur Electre le matricide, source des foudres du peuple qui les condamne à la lapidation. Hélène et Hermione sont alors les otages de bourreaux et victimes qui semblent crier sur scène « la seule richesse, c’est la vie ! ».
La dernière pièce, enfin, rappelle l’histoire connue de tous d’Ulysse accostant chez le cyclope Polyphème, demi-dieu mangeur d’hommes et sa rencontre avec les satyres. Décalage grossier, hommage à Dionysos imprégné des vapeurs de l’alcool que « Personne » fait boire au géant, l’humour ne prend pas. Loin d’alléger le cœur du spectateur gros de toutes les passions humaines les plus dévastatrices accumulées lors des trois premières pièces, elle laisse un goût amer à la sortie…

J’aurais été Grec, peut-être aurais-je pu rentrer dans la postérité avec cet adage : « ce n’est pas la longueur qui compte mais ce qu’on en fait ! » – Quentin Grand

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