La mouette

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Il est quatorze heures, le dimanche 29 mai, lorsque j’entre dans le théâtre de l’Odéon pour la toute première fois. Je suis tout aussi intimidée par le magnifique bâtiment que par ma méconnaissance absolue de la pièce que je suis sur le point de voir. Le peu d’informations dont je dispose me laisse imaginer un texte imperméable, une mise en scène rigide et aseptisée, à l’image de la réputation du théâtre contemporain. A cet instant, j’ignore encore que j’ai tort. La Mouette est une pièce intemporelle, chargée de tellement de thèmes humainement riches qu’il est difficile de la réduire à un seul d’entre eux – famille, amitié, amour, succès, art, jalousie, talent… Tchekhov présente l’histoire d’êtres en perpétuelle fuite vers l’avant, à la recherche d’un idéal qui n’existe pas et qui, par conséquent, condamne chaque personnage au désespoir. Constantin, aspirant à devenir écrivain, aime Nina, qui désire devenir comédienne, quand elle-même s’éprend de Trigorine, l’auteur à succès aimé d’Irina, la mère de Constantin. Autour de ces amoureux trahis gravitent des personnages à la psychologie très travaillée. La mise en scène est effectivement, au premier abord, grise et froide. Cependant elle évolue avec l’intrigue, et s’enrichit au même rythme que les personnages principaux. Thomas Ostermeir propose une vision moderne et puissante d’une pièce mythique, notamment grâce à une nouvelle traduction de l’œuvre.

La Mouette est avant tout une pièce sur l’art, puisqu’il s’agit d’une histoire d’auteurs et de comédiens. Toute la force de cette nouvelle version de l’œuvre de Tchekhov réside dans l’humanité injectée dans chaque mot. Les comédiens s’emparent des micros pour dévier du texte original afin de parler de sujets d’actualité – si les références à la Syrie sont peut-être un peu forcées, les moqueries concernant le théâtre contemporain enchantent la salle. Au fond de la scène, une peintre dessine, petit à petit et à l’aide d’un immense pinceau trempé dans l’encre, un lac surplombé d’une montagne et entouré d’arbres. Quant au décor, aux accessoires, les comédiens s’en chargent eux-mêmes, apportant par-là à la mise en scène un réel effet de sincérité. Du rire au frisson d’horreur, les spectateurs ressentent profondément chaque émotion. L’art est humain, moderne, naturel, et pourtant policé jusqu’à toucher le spectateur en plein cœur.

Le choc des générations est représenté de manière paradoxale, car si les nouveaux artistes ne parviennent pas à convaincre, ils attirent cependant, à l’image de Nina qui fascine Trigorine, le beau-père de Constantin. C’est l’histoire d’êtres qui s’entendent sans s’écouter, et de relations humaines inévitablement vouées à l’implosion chez les jeunes : mariage, solitude, suicide, perte du talent, folie… Macha, Nina, Constantin sont les seuls qui changent au court de la pièce, peut-être parce qu’ils réalisent que l’art, le succès ou la vie ne peuvent pas les rendre heureux. Ils courent après une chimère, retardant ainsi leur mort tout en la programmant, et entraînant dans leur malheur tous ceux qu’ils aiment de manière imparfaite.

Il s’agit d’une pièce de la recherche et de l’espoir déçu. La mise en scène, loin d’être glaciale ou épurée, rend avec exactitude les tourments des relations humaines et de l’art. Loin d’être trop moderne, comme on a pu le lui reprocher, cette nouvelle version de Tchekhov est une véritable ode à la jeunesse, à la créativité et à la puissance d’une génération nouvelle qui ignore sa force.

Charlotte Legouge

 Le théâtre de l’Odéon donne en représentation depuis le 20 mai La Mouette écrite par Anton Tchekov et mise en scène par Thomas Ostermeier. Dans cette pièce l’amour circule : Médevenko (Cédric Eeckhout) aime Macha (Bénédicte Cerutti) qui aime Konstantin (Mathieu Sampeur) qui aime Nina (Mélodie Richard), amoureuse de Trigorine (François Loriquet), qui est l’amant d’Arkadina (Valérie Dréville), la mère de Constantin. L’ambition artistique s’y mèle : Constantin envie la reconnaissance d’écrivain de Trigorine, Nina admire la célébrité d’actrice d’Arkadina.

Dès l’arrivée dans la salle les comédiens sont déjà sur scène. Une scène vide avec en fond une citation de Tchekov et une image du bagne de Stakhaline projetée : « Mon œuvre entière est imprégnée de mon voyage à Stakhaline. Qui est allé en enfer voit le monde d’un autre regard. » ; et les décors empilés à droite. Un couple, Bénédicte Cerutti et Cédric Eeckhout, se dirige vers le micro pour se lancer, après les deux premières répliques de la pièce : « Pourquoi es-tu toujours habillée en noir ? Je suis en deuil… De moi même. », dans une diatribe sur la guerre en Syrie et l’inaction internationale. Bientôt suivi par Mathieu Sampleur qui moque le théâtre actuel, ses modes, manie de la vidéo et des micros, le recyclage d’un répertoire « classique » pour attirer les groupes scolaires, son intervention coupant le texte de la pièce qui pourtant soutient son argumentaire : « On a besoin d’un théâtre nouveau, d’un nouveau théâtre ou alors plutôt de rien ». Pendant ce temps une artiste peint une mouette, qui se transforme en paysage et qui finira en carré noir, aveugle à la fin de la pièce.

C’est donc une version revue et corrigée de La Mouette qui est présentée à l’Odéon. Si les costumes montrent tout en discrétion que le spectacle fait corps avec notre époque les smartphones et ordinateurs portables, le selfie, infligent une actualisation que j’ai trouvé pesante. Plusieurs personnages ont été supprimés, et avec l’absence des serviteurs part la complicité avec leurs maîtres qui distingue Tchekov. Le personnage de Macha est rendu plus mystérieux par l’absence de ses parents, cela renforce son aspect un peu sombre.

Si la pièce s’accommode bien de l’accompagnement guitare/voix, les multiples interruptions peuvent se révéler irritantes. Cependant, sur certaines scènes la magie opère et on redécouvre Tchekov. C’est tout particulièrement prenant sur les scène qui parle d’art, du vivre pour l’art. Sorine (Jean-Pierre Gos) dit que s’il avit été écrivain « … même inconnu, la vie aurait été belle. » pendant que Konstantin affirme qu’ « On ne doit pas représenter la vie telle qu’elle est ou qu’elle devrait être mais telle qu’on a voit en rêve. » La question de l’art vivant posée par Tchekov dans La Mouette imprègne la mise en scène d’Ostermeier.

Enfin, bienheureux en tout cas ceux qui avaient déjà lu La Mouette, les autres ont du se poser bien des questions. Dommage, le théâtre c’est exprimer et être compris de tous.

Céline Teigny

Thomas Ostermeier présente actuellement à l’Odéon une « Mouette »  terriblement actuelle : si le metteur en scène part de l’œuvre de Tchekhov, il le transforme par une mise en scène contemporaine présentant pêle-mêle micros, projecteurs et guitare électrique.

La pièce est sous tendue par deux problématiques qui se croisent : celle de l’art, introduisant alors une mise en abîme – interrogeant le théâtre dans le théâtre, et l’amour. Konstantin cherche à créer un art novateur avec l’aide de Nina et est moqué par Arkadina, sa mère,      actrice, représentant un art officiel et auto satisfait (aussi représenté par Trigorine, écrivain adulé.)  Au problème de l’art, se mêle l’impossibilité d’un amour réciproque : Macha aime Konstantin qui aime Nina qui aime Trigorine. Jamais un couple aimé ne se forme, renvoyant les personnages à leur solitude  et entraînant la folie, comme celle finale de Konstantin et Trigorine.

Si le schème de l’œuvre de Tchekhov reste le même, les modifications du réalisateur sont nombreuses à tel point que le texte original s’efface quelque peu. Ostermeir a demandé une nouvelle traduction à Olivier Cadiot qui s’apparente plus à une réactualisation, introduisant alors des thèmes contemporains (comme l’évocation de la Syrie) Parfois, cependant, cette réactualisation est source de comique, comme c’est le cas lors de la critique sans faille que Konstantin fait du théâtre contemporain. La musique propre à Tchekhov n’apparaît qu’à l’acte III lorsque la pièce balance dans la tragédie, Nina s’offrant indirectement à Trigorine scellant alors le destin de Konstantin ; celui-ci est doublement affecté, en tant qu’amant, et en tant qu’artiste, le vieil art étant préféré au sien. Finalement, l’acte IV présentant la mort de Konstantin et le suicide de Trigorine fait resurgir pleinement la force du théâtre russe, présentation de l’ennui et de la vanité de la vie. Les deux derniers actes permettent ainsi de contrebalancer l’extravagance du texte des deux premiers. Ce qui permet alors à Ostermeir d’établir un véritable jeu d’équilibriste tragi-comique.

La même actualisation se retrouve dans la mise en scène : Ostermeir ajoute des micros, des projecteurs, des costumes – Konstantin porte un survêtement– … parfois de manière purement gratuite comme si Tchekhov avait besoin de prothèses pour rester actuel. Cependant, certaines modifications sont riches : Ostermeir fait  appel à une artiste qui entre chaque acte réalise une toile à l’aide d’une perche sur le mur du fond. A chaque acte, l’œuvre devient de plus en plus foncée, faisant écho au développement tragique de la pièce.  Ce rajout, tout comme les intermèdes musicaux réalisés à l’aide d’une guitare électrique, constituent alors des méta-textes poétiques donnant une interprétation symbolique du livret de Tchekhov.

Si la pièce choque parfois par son actualisation poussée, parfois poussive, la pièce est tout de même sauvée par la performance des acteurs, et principalement des acteurs secondaires. Valérie Dréville jouant Arkadina, a un jeu nuancé : hystérique hilarante, elle peut se faire aussi douce avec son fils, évitant ainsi l’écueil de la caricature. De même, le jeu de l’instituteur, est tout à fait comique. Une nuance peut être établie quant à Mélodie Richard jouant Nina : en jouant la jeune fille fragile, rêveuse, elle tombe parfois dans la caricature.

Thomas Ostermeir présente alors une pièce controversée qui peut déséquilibrer le spectateur surpris par une présentation qui paraît à premier abord si loin de Tchekhov.

Justine Bohbote

À peine assis sous les ors du théâtre de l’Odéon, le regard est captivé par un plateau formidablement dépouillé, trois murs gris, quelques accessoires hétéroclites entassés au pied du mur de droite, et des bancs, où les comédiens patienteront souvent après leur sortie de scène. Une radicalisation du parti-pris novateur d’Anton Tchekhov, d’une entrée en matière en pleine nature, avec la mise en abyme d’une scène de théâtre en plein champ, puisque pendant les premières minutes du spectacle, le paysage lacustre (semble-t-il) où s’inscrit l’action est peint au rouleau, mais de manière suffisamment abstraite pour ressentir un malaise (on peut deviner, à mesure que la fresque avance, la forme d’une mouette abattue, d’une main tendue vers elle). Si l’on sent donc dès les premières minutes que l’abstraction guette la mise en scène, elle a le mérite de faire ressortir l’action dont le foyer très concentré est toujours au centre du regard du spectateur qui suit l’élaboration d’un décor flottant face à lui.

Commençons par les points faibles du spectacle. Thomas Ostermeier manifeste clairement son désir de jeter un regard neuf sur ce classique du théâtre russe, qui représente les relations tendues, tantôt haineuses, tantôt débordant d’amour et de fascination, entre les artistes à succès, établis mais incapables de se renouveler, et les jeunes âmes révoltées en quête de nouvelles formes, et suit particulièrement la dérive de deux jeunes gens, lui écrivain avant-gardiste, elle espoir de la danse, dont les amours sans lendemain s’achèvent de manière tragique. Si le texte, retraduit pour l’occasion, est globalement respecté et adapté (le langage de l’instituteur et d’Irina est bien dépoussiéré) et si l’économie de certains épisodes voire de certains personnages (l’ouvrier, la dame de chambre, le cuisinier, même si le couple des intendants de Sorine manque un peu dans la galerie des configurations conjugales possibles) est justifiée, nombre d’ajouts purs au texte censés l’actualiser sont contestables, sinon navrants. Ainsi ce long passage, tandis que se met en place le décor, où l’instituteur devise des mésaventures d’un chauffeur de taxi syrien parti secourir ses parents (avait-on besoin de cela pour comprendre que la pièce allait évoquer les relations orageuses entre une diva assez superficielle et son fils maussade ?) et quelques traits d’humour facile gratuits (une allusion au 49-3, mais alors pourquoi ne pas engager davantage la pièce de Tchekhov). Idem pour les quelques chansons diffusées ou jouées par les comédiens, assis avec micro au fond de la scène, qui donnent au spectacle une coloration mélodramatique dont il aurait pu se passer. Enfin, en tenant compte de la longueur importante de la pièce, on relève néanmoins quelques longueurs, qui tiennent à un jeu manquant parfois un peu de panache, en particulier durant la scène de la rencontre finale de Kostia et Nina, où l’on pouvait s’attendre à ressentir plus intensément la tension vive entre eux, et particulièrement l’errance psychologique de la jeune femme.

Mais ces remarques ne doivent pas ternir le rendu très convaincant d’une adaptation qui a de nombreuses qualités, au premier rang desquelles, une troupe d’acteurs très talentueux, en qui l’on reconnaît parfaitement l’incarnation des créatures de Tchekhov : l’Irina campée par Valérie Dréville est capricieuse à souhait, la jeune Nina incarnée par Mélodie Richard est bien l’être fragile, naïf de l’original, et Trigorine (François Loriquet) et Konstantin (Matthieu Sampeur) sont bel et bien deux solitaires diamétralement opposés, même si de l’adaptation ne ressort pas assez nettement la crainte, pourtant capitale, exprimée par Konstantin de devenir insensiblement un Trigorine. Le jeu de tous les comédiens ne pêche jamais par la justesse, le diction est pratiquement irréprochable, et l’on regrettera seulement que Sorine ait manqué parfois un peu de coffre, lui qui à plus de 60 ans, désespère de commencer à vivre et s’en prend parfois vivement au blasé Dorn. Enfin, la sensualité des personnages féminins d’artistes, comme l’effacement de Macha, sensualité qui éclate par exemple pour Nina au moment de la représentation de la pièce de Konstantin (remarquablement transposée pour un public du XXIème avec un parti-pris très “gore”) ou dans la scène du bain de soleil de l’acte II pour elle et Irina, sont à l’honneur d’Ostermeier, qui signe donc une création audacieuse et chaudement accueillie.

Martin Chevallier

C’est un dimanche de fin mai, un lendemain de partiel, et c’est sous un ciel gris que je me dirige vers le Théâtre de l’Odéon, pour mon premier spectacle dans le cadre du dispositif culturel de l’Université. Je ne sais pas à quoi m’attendre. Pour ne partir avec aucun a priori, j’ai préféré ne rien lire sur cette pièce, ni même un résumé, voulant, telle une page blanche, la laisser me toucher.

La salle est majestueuse, assez pour que cela mérite d’être souligné. Les acteurs sont déjà en place, aucun rideau ne cachant jalousement la scène avant que la pièce ne commence. Je sens que les comédiens nous scrutent. Le décor est simple, presque trop. Trois murs d’un gris métallique encadrent symétriquement l’espace scénique. Pour nous faire patienter, une citation de Tchekhov, l’auteur de la pièce, est diffusée sur le fronton qui fait face aux spectateurs. Soudain, les lumières s’éteignent, et l’histoire commence : Constantin, qui se rêve en dramaturge, et sa compagne Nina, qui a pour ambition la gloire et le théâtre, se donnent pour mission de réinventer leur passion et se donnent en scène à leur entourage à travers une pièce aussi étrange qu’incompréhensible. Leurs proches semblent d’ailleurs tous aussi dérangés que le jeune couple, chacun à leur manière. La mère de Constantin est restée coincée à l’adolescence. Son compagnon, un écrivain, est rongé par sa passion. Un homme âgé, Conseiller d’État, est perturbé par sa vieillesse. Une autre n’arbore que du noir, car amoureuse de Constantin, mais celui-ci ayant le cœur déjà pris… Par la suite, une succession d’événements rocambolesques conduisent Nina, qui est, à mon sens, le personnage central de la pièce, à délaisser Constantin pour l’écrivain qu’elle adule. Puis, celle-ci, abandonnée par son amant, après la mort prématurée de leur premier enfant, entame lentement une descente aux enfers. Malgré tous les efforts de Constantin pour la ramener à elle, Nina refuse ses avances, étant toujours amoureuse de son écrivain. Désespéré, celui-ci se suicide par une nuit enneigée, après une première tentative, plus tôt dans l’histoire.

L’un des points forts de cette réécriture d’une pièce écrite au XIXème siècle, est qu’elle alterne efficacement entre comédie et drame. En dépit de la trame sombre de l’histoire, certaines piques – notamment lancées à l’encontre du théâtre contemporain – et certains traits comiques des personnages viennent ponctuer, par petites touches, la tragédie de la pièce. La progression de l’action est d’ailleurs assez linéaire, mais marquée par des bouleversements tragiques (comme la tentative de suicide de Constantin) qui marquent un désenchantement progressif dans l’histoire. Le tour de force est réussi car, au début de la pièce, je pensais qu’il s’agissait d’une comédie. En réalité, il n’en est absolument rien. L’autre élément que j’ai beaucoup apprécié est la mise en abyme de la pièce, du fait que Constantin et Nina jouent devant leurs proches. Ce théâtre dans le théâtre est un succès car la scénologie est particulièrement bien travaillée. Une fausse scène en bois surplombe la vraie scène sur laquelle évoluent les comédiens.

Réécriture oblige, les costumes que revêtent les personnages sont actuels et fidèles à la personnalité de chacun d’eux. Constantin porte un jogging, ce qui traduit son caractère investi. Sa mère, volage, porte des robes courtes. L’un de ses amis, conseiller d’État est très habillé, et apparaît même en smoking dans l’une des scènes. Quant à Nina, elle porte des vêtements couleur chair, très transparents, qui soulignent tour à tour son côté séducteur, sensuel et fragile. Les comédiens utilisent tout l’espace que leur procure la scène. Ce qui est tout aussi troublant qu’original, c’est qu’ils restent souvent sur scène, assis sur le côté, certains même devant les spectateurs, alors qu’ils ne jouent pas l’acte qui est en train de se dérouler. Par cette spécificité, la pièce montre qu’elle entend bousculer les règles du théâtre conventionnel, ce que je trouve, pour ma part, toujours très intéressant à explorer.

Le jeu des comédiens est assez exceptionnel. Par sa justesse, d’abord. La gestuelle et le ton de leurs voix est très réaliste. Il n’y a pas de volonté d’exagération, comme c’est souvent (trop ?) le cas au théâtre. Il constitue l’un, si ce n’est le très bon côté que j’ai trouvé à la pièce et à sa mise en scène. Le but premier de « La Mouette » est de sensibiliser les spectateurs au théâtre – en particulier contemporain – et à l’activité artistique en général. Moult arts sont d’ailleurs représentés : l’art dramatique bien sûr, mais aussi la littérature, avec le personnage de l’écrivain, la musique – certains comédiens chantent durant la pièce et leurs chansons servent d’ailleurs de passage d’une scène à l’autre, et même la peinture (une peintre professionnelle intervient tout au long de la représentation, peignant au fur et à mesure, un paysage montagnard). Le rôle qu’endossent les spectateurs est primordial. Ils sont presque des acteurs : parfois complices des personnages, souvent confidents des comédiens. Ces derniers sortent même des coulisses en traversant le parterre et lorsque Nina et Constantin se produisent, leurs proches s’assoient parmi les spectateurs renforçant, par la même occasion, la mise en abyme.

C’est la fin de la pièce. Les spectateurs sont très enthousiastes et rappellent trois fois les comédiens. Des « bravo ! » fusent d’un peu partout. Quant à moi, je suis agréablement surprise par la pièce à laquelle je viens d’assister. Cette représentation, quoiqu’un peu longue (tout de même 2h30 !) est une véritable ode à l’art sous toutes ses formes. Je continue d’applaudir encore et encore. Quel jeu ! Quelle mise en scène ! Quelle pièce !

Sara Lachiheb
Photo : Arno Declair