Kaiju

Danse | Centre National de la Danse | En savoir plus


L’imagerie de ces ombres japonaises qui vous envahissent et vous font frémir de peur faisait qu’enfant vous vous cachiez les yeux. Aujourd’hui vous les regardez avec un certain plaisir s’emparer du corps d’un danseur, de la tête d’un informaticien et des yeux d’un plasticien.

Des méandres surgissent l’Art de la danse, de l’esthétique et de la technique. Les corps s’ondulent, s’entrechoquent devant des images projetées à toute vitesse. Mais celles-ci ne sont qu’éphémères, tout comme les tourments qu’elles font endurer, et petit à petit elles finissent par être piétinées.

Ombres, lumières et danses se dissipent et vous laisse émerveillé ; danseur , plasticien, et informaticien ont parfaitement su narrer l’envers du décor d’un monde imagé.

Salomé Teisseire

   Les 4, 5 et 6 décembre, Eric Minh Cuong Castaing a présenté au Centre National de la Danse son spectacle Kaiju, qui dévoile les relations entre trois interprètes et les différentes images de héros de fiction ; et cela par le prisme du “kaiju”, la bête étrange” ou “mystérieuse” en japonais.

    La représentation commence dans un décor, presque vide et blanc, qui ne sera habillé plus tard qu’avec des jeux de lumières et d’images numériques. Un premier danseur entre en scène il porte une doudoune avec laquelle il va se débattre dans des mouvements et des cris bestiaux. Cette première scène démarre l’ambiance générale du spectacle qui est celle du combat. On retrouve cela notamment lorsque le danseur lutte avec une ombre, projetée sur le sol, qui revêt tantôt la forme de monstres tantôt la forme de tâche dont l’effet esthétique rendu est assez impressionnant ; ou encore quand les deux danseurs se placent de part et d’autre d’un écran mobile, sur lequel sont projetés des noms de différents personnages, une lutte commence alors entre ces deux danseurs et ce mur contre lequel ils se jettent dans un vacarme assourdissant. Le spectacle se termine ensuite avec ces deux interprètes qui dansent, mais chacun avec une chorégraphie et ses mouvements : alors que l’un fait des mouvements de torsions l’autre fait des mouvements mécaniques.

   Le choix d’un travail avec un danseur de hip-hop était très judicieux et rend bien compte de l’effet des images et des sons dans lesquels notre société nous plonge. En effet l’alternance des mouvements lents puis rapides, avec des effets mécaniques montre que nous sommes en partie dominés par ces images qui nous transforment en robots humains.

   Avec ces deux danseurs, un troisième interprète est présent sur scène : après sa première apparition, habillé, il sera nu jusqu’à la fin du spectacle et fera circuler un projecteur sur scène, créant de beaux de jeux de lumière. Cette nudité,  une fois passés les rires des enfants et le contraste qu’elle provoque par rapport aux danseurs et aux monstres qu’ils combattent, m’a laissé un peu perplexe.

  Finalement ce spectacle est très intelligemment construit, parfois même impressionnant par rapport aux différentes techniques visuelles et graphiques employées ; mais il n’a dégagé, pour ma part, aucune émotion particulière. Une fois sortie de la salle je n’ai eu ni engouement ni déception, mais ce spectacle m’a toutefois fait réfléchir sur le statut de spectateur, non pas au théâtre mais dans la vie quotidienne. Faut-il combattre ces images avant qu’elles nous possèdent totalement ?  C’est la question que je me suis posée depuis et c’est peut-être une interrogation qu’Eric Minh Cuong Castaing voulait provoquer chez ses spectateurs.

Tatiana Bray