Je suis Fassbinder

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Que peut-on encore dire aujourd’hui ? Au théâtre, comme dans la vie ? C’est la question que pose l’ « apolitiquement correct » et si actuel Je suis Fassbinder, pièce mise en scène par Falk Richter, auteur associé à la Schaubühne de Berlin, et Stanislas Nordey au théâtre de la Colline. Cinématographe passionné, Fassbinder a marqué le parcours de Richter. A la question : « Que faire de ce monde ? Comment faire bouger les choses ? » Aucun ne saura répondre. « Ce qu’on est incapable de changer, il faut au moins le décrire » a dit Fassbinder. Pour Richter aussi, il est important de s’emparer de la réalité, de l’histoire, de la politique avec liberté, provocation, radicalité.

Richter choisit l’immédiateté du propos; ce qui ne signifie pas qu’il se jette vers une l’obsolescence totale, non, son théâtre implique d’approcher les évènements différemment, à chaque fois à travers un nouveau prisme. Malgré l’effet d’actualité imminente, il ne se considère pas comme un chroniqueur, car l’universalité de ces sujets traverse le temps et l’espace. Sans tabou, Richter paraphrase Fassbinder, le met en scène lui-même dans une mise en abîme dramatique, pour décrire la situation telle qu’elle est en Allemagne et en France, mais aussi dans toute l’Europe. Une Europe illusoire, écran de fumée, engoncée dans un système qui n’a plus de sens pour personne, divisée par le pouvoir, la haine, la violence. Une désillusion générale qui mène vers l’autodestruction comme ces couples improbables qui, sous nos yeux, se taisent, s’aiment et se déchirent. L’Europe elle aussi incarne un personnage. Multiple et si seule, elle se fustige face public : « Je suis déchirée et tordue » et plaint sa « non-identité ».

Ce que vit ce  monde au grand jour chacun le vit intérieurement, pétri de doutes et de peur. Jusqu’ici, la guerre, nous la voyons lointaine, derrière l’écran protecteur de notre téléviseur, mais ce qui change aujourd’hui, c’est cette sensation que chacun d’entre nous puisse en être la victime. De la même façon, ces personnages anéantis cherchent une solution désespérée au milieu de scènes chaotiques. La communication est impossible. A l’image de la situation ils sont tiraillés, incapables d’entretenir un semblant de relation entre eux et dans la difficulté d’agir. Par le prisme de la caméra et des écrans, miroirs de notre condition, Richter s’autorise l’humour noir, décapant, cynique, allant jusqu’à parodier la scène de Fassbinder et sa mère, tirée de L’Allemagne en automne, mélangeant les genres. Sous la forme d’un plateau de tournage, les acteurs répètent, improvisent, rejouent des tranches de cinéma projetées sur grand écran face public. Avec un texte sur ce sentiment de peur et d’urgence qui prend aux tripes, Richter travaille l’émotion qui se cache derrière toute action ou inaction. Le texte est tranchant, amenant le spectateur tant au rire, qu’à l’effroi, le doute, et la curiosité, l’entraînant à se remettre en question. Quand vient l’idée d’un changement radical, on nous prend à témoin et on n’en sort peu indemne.

Anaïs Chateauraynaud

Au début de la pièce, la lumière s’allume et deux hommes sont assis à une table. Ils se disputent sur mille et un sujets : les étrangers, l’Europe, Merkel, la xénophobie … Stanislas Norday rejoue sur scène le tournage de L’Allemagne en automne du réalisateur Rainer Werner Fassbinder. Nordey joue Fassbinder, dans son travail d’acteur et de réalisateur, face à sa mère joué par Laurent Sauvage. La mise en scène joue constamment sur un va-et-vient entre le tournage, autrement dit le temps du film, et la vie de Fassbinder, hors-champs, toujours entouré par ses acteurs avec qui il vit TOUT.

La mise en abîme est le mot d’ordre de cette pièce. Les comédiens jouent les acteurs des films de Fassbinder. La performance est d’autant plus incroyable que ces mêmes comédiens composent à la fois pour le théâtre et pour le cinéma : une caméra capte le moindre mouvement et le spectateur peut ainsi regarder le théâtre comme il regarde le cinéma. Le jeu est tellement « cinématographique » que sa projection en directe sur les murs du fond laisse entrevoir le début d’un film. Les comédiens jouent comme les acteurs : ils se coupent, nous montrent leur dispute en dehors de la caméra (de la scène ?), leur désaccord avec le texte ainsi qu’avec les improvisations de leurs compères. Ils n’en font qu’à leur tête. Mais c’est exactement ce que veut Stanilas Norday !

Par ces va-et-vient, la mise en scène tend à montrer la liberté des acteurs chez Fassbinder. Cela donne parfois des scènes farfelues où les acteurs s’adonnent à des comportements en dehors de tout tabou : il faut se préparer à voir des corps dépourvus de toute « politesse ». La pièce donne à voir à la fois les films, la vie de Fassbinder mais aussi son processus intellectuel qui sous-tend toute la pièce. Ainsi, les propos, parfois pouvant être qualifiés de « gauchistes», ne sont ni plus ni moins que l’expression de la liberté imposée par Fassbinder : il ne cherche pas à plaire, il veut juste faire naître la vérité, ou plutôt, la réalité. D’ailleurs, il serait idiot de fustiger les acteurs plus à droite, ou même les personnages extrémistes de ses films. Ils sont à entendre comme la disparition d’un fascisme du langage : Fassbinder ne veut pas contrôler ses acteurs qui lui demandent sans cesse « ce qu’ils doivent dire ou faire ». Il ne veut pas être un despote qui contrôlerait « SON ŒUVRE ».

En définitif, cette pièce est faite pour être détestée ou aimée car elle laisse parler des acteurs, des comédiens à partir de leur propre vision du monde ! Qui dit liberté, dit aussi un mélange des genres : le comique et le tragique s’unissent pour pousser le spectateur à repenser ses opinions, ses comportements et les limites de notre société. En effet, Stanislas Nordey n’hésite pas à actualiser les thèmes abordés dans la pièce pour nous faire comprendre l’intemporalité du théâtre.

Bouzid Ameziane

Fassbinder… Si ce nom n’est pas inconnu au premier abord, connaître la filmographie de ce réalisateur n’est pas indispensable pour assister à la pièce.

Stanislas Nordey et Falk Richter, du Théâtre National de Strasbourg, transposent leur dernière création franco-allemande. C’est en se replongeant dans les films, et plus particulièrement dans L’Allemagne en automne (1977), que les auteurs ont perçu un parallèle avec les évènements actuels. Ce film porte à l’écran un huis clos entre l’amant, la mère et le réalisateur, Rainer Werner Fassbinder, cette figure controversée d’une Allemagne pas vraiment dénazifiée des années 1970. Nordey et Richter proposent un état des lieux cinquante ans après, dans un contexte politique édifiant. On est déstabilisé par la mise en scène : tournage d’un film de Fassbinder ou mise en scène de sa propre vie ? Cette hésitation trouve un échec dans la multiplication des écrans – le spectateur est souvent laissé seul devant des images tirées des JT, des visages qui composent l’actualité et qui défilent, sans un son, faisant ressortir l’horreur et l’absurdité. C’est un spectacle sur l’actualité, mettant à distance ce flux continu. Tout y est : la haine de l’autre, le repli identitaire, l’état d’urgence et le FN, les attentats… La virulence est politique, l’Europe et les migrants reviennent comme une hantise. On bute constamment sur les clichés autour des évènements de Cologne. Nordey et Richter questionnent l’identité d’une Europe en train de vaciller. Les évènements sont pris grossièrement, sans analyse ni recul.

La mise en scène est dure : la violence des propos et des gestes alterne avec le ridicule, le prosaïsme laisse place au nu, voire à l’obscénité. Les personnages semblent hésiter constamment face à des directives floues, laissant une large place à l’improvisation. Ils illustrent cette perte de repères, leurs interrogations restent sans réponses et le silence résonne sur les écrans. L’absence de réaction est retentissante sans réaction d’eux-mêmes, mais aussi du public.

Car le spectateur est face à un miroir grossissant, lui renvoyant son inaction à la figure : si l’on rit, souvent, on rit jaune. Cette invective permanente pousse chacun dans ses retranchements, aucune place n’est laissée aux raisonnements simples, à l’image de la mère de Fassbinder – jouée par Laurent Sauvage –pressée par les questions de son fils et qui en vient à assurer que le meilleur, ce serait encore un « gentil dictateur. » Et Fassbinder de retourner le raisonnement au public, le renvoyant à ses propres convictions… ou à ses contradictions ? On pense facilement à une mise en abyme du théâtre, interrogeant son rôle et sa place dans la société d’aujourd’hui, où chacun est constamment sollicité par des images dures, frappantes mais qui ne se concrétisent jamais par de l’action réelle. Quel est le pouvoir effectif du théâtre dans la société actuelle ? Pour les auteurs, les compagnies ne peuvent plus se contenter de mettre en scène le répertoire classique et tourner le dos à une telle actualité. En somme, ce qu’ils proposent, c’est de faire du théâtre, un média comme un autre. Une pièce de théâtre doit nous faire sortir de notre zone de confort, par les invectives d’individus campés ostensiblement devant nous. On en sort interloqués, un peu sonnés, en tout cas pas indemnes.

Marion Bothorel

« Je ne suis pas d’accord. JE NE SUIS PAS D’ACCORD ! », criait un des spectateurs juste après la dernière réplique avant le rideau de fin. Et c’est que, en effet, Je suis Fassbinder (production du Théâtre National de Strasbourg, 2016) ne laisse personne indifférent.

La collaboration du français Stanislas Nordey et de l’allemand Falk Richter – le premier acteur, le deuxième auteur du texte, tous les deux metteurs en scène – vise directement et sans palliatif la conscience des spectateurs. Les différentes crises sociales que traverse l’Europe (crise des réfugiés, montée de la xénophobie, islamophobie, état d’urgence…) sont le fil rouge d’une pièce où tout nous est présenté crûment et sans filtre.

Richter part de l’œuvre du réalisateur allemand Rainer Werner Fassbinder, qui l’a marqué profondément dès son adolescence : « Nous regardions des films de Fassbinder – j’aimerais bien que nous regardions pendant un ou deux jours les films de Fassbinder et qu’ensuite nous montions – improvisions ensemble une scène qui porte en elle l’atmosphère des premiers films de Fassbinder […]. Cette étrangeté d’être tombé du monde. L’anti-bourgeoisie consciemment posée des interviews de Fassbinder – j’aimerais que nous regardions beaucoup d’interviews de Fassbinder et que nous observions sa manière de parler ». Ces interviews sont le point de départ pour analyser la situation actuelle de l’Europe. Ainsi, la première scène de la pièce est une adaptation du dialogue entre le réalisateur et sa mère dans le film L’Allemagne en automne (Allemagne, 1977). Cette fois-ci, néanmoins, ils ne discutent pas sur la situation de l’Allemagne des années 70, mais sur la politique européenne d’aujourd’hui, et plus précisément sur la question des réfugiés après les faits de Cologne. Comme si, en quelque sorte, Fassbinder et sa mère étaient eux-mêmes la synthèse des deux Europe (l’une ouverte et tolérante, l’autre xénophobe et intransigeante) qui, d’après Richter, se confrontent aujourd’hui. Cette scène centrale, l’une des plus puissantes et poignantes de l’œuvre, forge la rythmique du récit jusqu’à sa fin.

Pendant les presque deux heures de spectacle la tension est au plus haut niveau, bien que dans sa dernière partie la pièce perde un peu de force, certains dialogues revenant parfois de façon trop redondante. La représentation, comme on le comprend très tôt, ne suit aucune structure et tourne autour de l’identité de l’Europe de façon presque aléatoire. Par ailleurs, Richter joue également avec le rapport au réel, en nous faisant croire à plusieurs reprises que les acteurs sont en train d’improviser ou en effaçant les limites entre les acteurs et personnages.

La mise en scène est sobre, mais efficace : il se contente de simuler l’atmosphère des films de Fassbinder et se sert à l’occasion de la projection de certaines scènes du réalisateur allemand.

À travers toute la pièce, Richter et Nordey tentent de mettre devant nos yeux les contradictions et l’hypocrisie de notre société actuelle. Et l’objectif est atteint grâce à la force des dialogues interprétés avec maîtrise par des acteurs remarquables. Certaines analyses de l’auteur ou la mise en scène déstabilisante auront agités quelques spectateurs, mais cette agitation marque la réussite de l’éveil des consciences que Fassbinder aura toujours essayé d’atteindre.

Miguel Angel Codes Alberola

Je suis Fassbinder de Falk Richter, traduit de l’allemand par Anne Monford, est une pièce de théâtre mise en scène par Stanislas Nordey et Falk Richter, produite par le TNS de Strasbourg, avec Thomas Gonzalez, Judith Henri, Eloïse Mignon, Stanislas Nordey et Laurent Sauvage. Elle est jouée au Théâtre national de la Colline de Paris du 10 mai au 4 juin 2016.

Véritable théâtre coup de poing, la pièce s’attelle à mettre en scène l’actualité. Le décor est intime et chaleureux. Des tapis moelleux gisent sur le sol, entourés de photographies des films de Fassbinder. Les personnages n’ont de cesse de se balader dans l’espace, ils montent les marches, passent à travers des portes. Ils se font remarquer. C’est dynamique, il devient impossible de s’empêcher de les suivre des yeux et d’écouter ce qu’ils ont à dire. Des discussions éparses, éclatées où ils assument leurs paroles en réaction aux événements qui ont eu lieu ces six derniers mois en Europe (Attentats de Paris, montée de l’extrême droite en Europe, les réfugiés, les agressions sexuelles à Cologne etc.). Pour en parler, Falk Richter est parti de la figure de Fassbinder, le cinéaste allemand. La pièce prend en toile de fond

L’Allemagne en automne, sorti en 1977. Des extraits du film sont projetés en parallèle des scènes jouées, faisant le lien entre passé et présent, entre Fassbinder et Richter. L’ambition des metteurs en scène est d’explorer la peur et la haine de notre époque contemporaine. On se prend en pleine tête tout ce à quoi on pensait tout bas, tout ce à quoi on s’efforçait de ne plus penser ou ce à quoi on ne pensait plus.

Dans l’intimité du théâtre, l’un des comédiens s’adresse parfois à nous, public, avec des questions personnelles. Il nous attrape dans notre propre intimité pour nous plonger au plus près de leur discussion, pour nous étouffer et nous réjouir. Parfois même, il retrouve son simple visage d’acteur, s’énerve car l’autre lui a volé son texte. C’est comme si nous assistions à la pièce en train de se créer. Au-delà des questions politiques, la pièce traite aussi d’un sujet universel : l’amour. D’après Fassbinder, le fascisme est aussi présent dans les relations sentimentales. Le personnage joué par Thomas Gonzalez, en plein chagrin, s’enroule dans son tapis et dévale sur la scène en criant sa douleur, les spectateurs rient mais qui n’a jamais vécu le monde qui s’effondre quand l’autre nous laisse ? La victime face au bourreau, le peuple face au dictateur. Le couple est utilisé comme métaphore des relations entre les nations. L’Europe est mise en forme par une femme déchirée dans son couple, tentant d’aller vers l’autre, sans y arriver.

Oui mais tout ça pour quoi ? Détrompez-vous, le théâtre n’apporte pas de réponse magique à toutes nos questions, il est là pour mettre en scène nos dialogues intérieurs. Il ne cache rien et ose tout dévoiler. En sortant de la pièce, on se retrouve assailli d’un sentiment de mélancolie, de culpabilité, mais aussi d’un profond sentiment de liberté avec la volonté d’améliorer le monde et de sourire à son voisin.

Chacun d’entre nous devrait voir cette pièce, pour se rappeler les choses qui importent, afin de voir le chemin qui reste à parcourir vers une société belle et sereine, et enfin, pour trouver sa place, au milieu de tous ces maux contemporains. Le seul point négatif de la pièce est peut-être la nudité qui finit par débarquer. Elle n’était pas indispensable. Il n’est pas besoin de toujours enlever ses habits lorsque l’on veut choquer. Il faut savoir faire confiance au pouvoir des mots. Mis à part ça, pièce de théâtre formidable. Vivement conseillable.

Mélisande Girard

Il y aurait eu des silhouettes hagardes à croquer au crayon, à la sortie de la représentation de « Je suis Fassbinder », mis en scène par Stanislas Nordey ; fébriles ces quelques hommes et femmes qui rejoignaient le métro, encore tremblants et habités par les images d’acteurs travestis – et comme sortis des pellicules du cinéaste allemand – hantés par les mots de Falk Richter, lesquels font vibrer de longues tirades affolantes et affolées.

J’étais de ceux-là, de ces gens pris dans cette nébuleuse théâtrale un soir de semaine on ne peut plus banal. Nordey aura donc réussi le pari de représenter l’irreprésentable : le monstre du cinéma allemand, l’engagé révolutionnaire, le démon pour quelques politiciens farauds mais surtout le génie cinéaste et dramaturge qu’était tout à la fois R. W. Fassbinder. La mise en scène est aussi fiévreuse que le texte de F. Richter. Dès le début, le spectateur est invité à prendre part à la discussion entre une mère et son fils – ou entre un Laurent Savage et Stanislas Nordey, l’on ne sait jamais vraiment d’où sort la voix sur le plateau – et apparaît tel un invité inconvenant devant ces mines patibulaires qui débattent du sort de l’Europe, et des migrants que certains souhaiteraient voir reconduits chez eux. Le dispositif fonctionne comme une mise en abîme, cette première scène est en même temps retransmise par une caméra qui filme en direct le dialogue, lequel semble s’élaborer de manière improvisée. On retrouvera donc les effets du théâtre d’un Ostermeier (et sa mise en scène des Revenants d’Ibsen) avec cette caméra qui vient se fixer sur les détails a priori insignifiants et qui auraient échapper au spectateur lové dans son fauteuil. Ainsi il est annoncé, d’emblée, que la vision du plateau sera sans cesse diffractée, fragmentée et surtout fragmentaire. A chacun de reconstituer sa propre histoire, d’affirmer son propre slogan. Entre #jesuisCharlie ou #jesuisFassbinder, il n’y a peut-être pas à choisir mais plutôt à inventer ce à quoi nous aspirons intimement.

Du début à la fin de la représentation, les scènes s’enchaînent dans une certaine discontinuité, la pièce entremêlant à la fois ce genre de débats d’actualité et des scènes plus intimes rappelant, sans jamais les copier celles des films de Fassbinder. Rien n’est lisse, tout est cahot et galimatias dans lequel le spectateur réussit cependant à saisir avec une étonnante clairvoyance tout ce qui se joue sur cette scène, et plus largement sur la scène du monde, peut-être un peu plus bancale que les planches du théâtre de la Colline. Rentrer dans le détail du texte serait une gageure à laquelle nous ne nous essaierons pas, nous tenons plutôt à souligner l’incroyable performance des cinq acteurs réunis ce soir-là pour faire frémir les chairs de ceux qui se repaissent de l’énergie déployée par tous. N’ayant jamais l’outrecuidance de s’affirmer comme un pur spectacle politique (pas d’agit-prop ici), l’humour réussit toujours à estomper le sort tragique des personnages s’ébattant sur scènes. Le pathos n’est pas la matière première du spectacle, aussi pourrions-nous voir Je suis Fassbinder comme un laboratoire un peu fou, menant des essais plus improbables les uns que les autres mais toujours, ô combien, vivifiants, novateurs et il faut le dire, remarquables.

Timothée Gaydon
Photo : Jean-Louis Fernandez