Je me suis fait prendre par l’orage / Mathilde Flament-Mouflard – Comédie Nation

Jeudi 11 décembre 2018, à 19h, nous avons été accueillis dans la petite salle chaleureuse du Théâtre Comédie Nation pour voir la pièce Je me suis fait prendre par l’orage. Après nous avoir présenté le programme du mois à venir, la directrice du théâtre, Pascaline Garnot, nous a invités à suivre les acteurs dans un voyage entre illusion et réalité.

Je me suis fait prendre par l’orage est la première création de Mathilde Flament-Mouflard en tant qu’autrice et metteuse en scène et ce début se veut prometteur ! Durant soixante-cinq minutes, Mathilde nous fait découvrir Claire ; sa solitude, son rêve d’amour, ses parts d’ombre. Claire n’arrivait plus à penser, n’arrivait plus à bouger. Claire ne pouvait faire face au vide alors Claire est sortie. Elle est sortie et s’est fait prendre par l’orage. On la retrouve à côté d’une boîte à livres. Elle nous lit quelques extraits, chante du Barbara. Au détour d’une page, elle rencontre le Protagoniste. Là arrive les premières interrogations : est-il réel ? Est-il seulement le fruit de son imagination ? Un compagnon imaginaire, une sorte de conscience, de Jiminy Cricket qui l’amènerait à réfléchir sur elle-même, sur son rapport à la vie, à la liberté, à l’amour ? Cette barrière entre illusion et réalité est floue. Le Protagoniste ne cesse de nous faire douter. Le texte est simple mais poétique, touchant et beau. A ce dernier se mêlent quelques extraits d’autres œuvres littéraires : Cyrano de Bergerac, Ivanov, Fantasio, Petit Pays, Les Pas Perdus. Ici encore, la frontière est mince, les différents textes se fondent et ne font qu’un. Ils sont en effet si bien articulés qu’on ne se rend pas toujours compte du changement.
Les interactions entre Claire et le Protagoniste sont interrompues par des chorégraphies de Léa Georges (chorégraphe et interprète) sur des musiques de Vivaldi, de Gaël Faye ou de Grand Corps Malade. Léa danse avec passion, entrainant parfois avec elle les acteurs ou bien Mathilde.

J’ai passé un moment très agréable dans cette petite salle du Théâtre Comédie Nation, néanmoins, certaines petites choses seraient à réajuster (ce qui est normal pour une première fois me direz-vous). Je pense qu’il faudrait rééquilibrer la dynamique entre les acteurs. Le personnage du Protagoniste est très expansif et interprété très justement par Yoann Rollo. Cependant, le jeu de Claire Isirdi, bien que très bon reste un peu en dessous de la performance de Yoann, elle n’exploite pas tout son potentiel, ce qui est un peu dommage (on retiendra cependant son interprétation très juste de Barbara). La mise en scène serait également à revoir en ce qui concerne les chorégraphies. Elles arrivent parfois un peu abruptement, on ne comprend pas toujours le lien entre les différents tableaux et la pièce. Ce sont de beaux moments que j’ai apprécié mais qui sont restés assez flous et que j’aurais aimé comprendre davantage. Une petite variation dans la musique serait également intéressante, les chansons choisies restent globalement dans le même registre, j’aurais aimé avoir un peu plus de variété.

Malgré ces quelques petits points, je recommanderai sans aucun doute cette pièce à ceux voulant effectuer un voyage poétique et couper pendant une heure de leur routine parisienne. Je ne sais toujours pas si cette histoire est vraie et si le Protagoniste existe, peut-être devrais-je attendre de me faire moi-même prendre par un orage pour le découvrir…

Louise Fischer

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J’ai été voir Je me suis fait prendre par l’orage, une pièce de théâtre écrite par Mathilde Flament-Mouflard et jouée dans la petite salle de Comédie Nation. Là, des chaises pliantes sont alignées devant une scène obscure, sur laquelle se tiennent immobiles un banc de bois et un cube transparent contenant quelques livres. Je m’installe au premier rang, les lumières s’éteignent.

Dans la pénombre, les yeux plissés, on aperçoit une jeune femme qui se met à danser. Au bout d’un certain temps, la voix de la metteuse en scène interrompt le mouvement : il y a un problème technique, on va reprendre du début. Mise en abîme, jeu sur le genre ? Du tout, le spectacle reprend effectivement.

S’ensuivent quelques pas d’une danse arabesque qu’interprète la talentueuse Léa Georges, puis la présentation, tour à tour, des deux personnages de la pièce. L’une solitaire qui cherche désespérément une compagnie amoureuse, Claire Isirdi, l’autre excentrique qui prône sa liberté d’individu et méprise ceux qui parlent d’amour, Yoann Rollo. Des caricatures grotesques, qu’on observe débattre comme on pourrait débattre dans un café, enfilant les lieux communs comme des perles sur un fil.

En toile de fond, dans le rôle de la didascalie, Yoann Rollo monologue sur ce que doit le théâtre à la réalité ; nous servant une histoire “parce que vous êtes venus pour ça”, avec un dédain qui mène à penser que, puisqu’on est “venus pour ça”, on ne mérite pas mieux que d’observer une conversation insignifiante entre deux inconnus qui se plaisent et parleraient bien du temps qu’il fait pourvu que l’autre prête attention.

La qualité du spectacle, de la mise en scène, les quelques accidents de langue et l’âge des comédiens font très rapidement penser à un spectacle de fin d’année organisé par des collégiens (auquel on assiste à contrecoeur, par empathie) plutôt qu’à ce que l’on s’était imaginé : un ballet contemporain, où aurait résonné plusieurs voix hors-scène, rythmant le pas des danseurs avec les phrases d’auteurs célèbres, danseurs qui auraient illustré ces citations par quelques ronds de jambe.

Là, les auteurs sont à peine distinguables pour qui ne connaît pas les œuvres sur le bout des doigts, et la danse n’occupe qu’une partie infime de la pièce. On sort déçu d’être venu, déçu d’avoir remarqué le talent si mal exploité de la chorégraphe et des deux comédiens, et déçu, finalement, d’avoir à écrire une critique.

Valentine Lesser

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Dans le petit théâtre du Comédie Nation, je suis reçu chaleureusement, comme par des amis dans cette salle qui se veut proche de ses spectateurs pour le message qu’elle veut lui transmettre : C’est la compagnie « Le fil de la Plume » qui va ce soir être l’ambassadrice du partage, de la création et de la liberté de penser. 

La mise en scène de Mathilde Flament débute dans le noir avec une voix qui nous présente le grand mystère du théâtre, « Contentons-nous de nous dire que le théâtre, comme la vie, est un songe, sans trop se soucier du mensonge. » La citation de Jean-Louis Barrault nous introduit à la vieille question du Theatrum mundi de Calderon. La lumière se fait alors pour voir apparaître une danseuse (Léa Georges) s’élevant et se couchant subrepticement, épousant la musique qui s’élève alors. Les morceaux de musique à paroles, de Gaël Faye à Grand Corps Malade, sont la matière sur laquelle se déploie la danseuse, se voulant métaphore des émotions des protagonistes. 

Le décor de cette pièce estudiantine est simple : un banc et à côté ruche à livre, tout cela s’accordant avec la simplicité de la salle. Le seul accessoire, c’est un parapluie … pour l’orage bien sûr qui est la trame discrète de cette pièce. 

Après un léger problème technique qui plutôt que d’agacer nous fait entrer dans une ambiance familiale. Pourtant la pièce a du mal à se lancer, on sent les personnages hésitant, n’arrivant pas à nous faire croire à leur réalité ou leur illusion… 

Mais après des monologues alternés, Claire Isirdi et Yoan Rollo engagent une discussion où l’un postichant la scène du nez de Cyrano, incarne l’idéal, l’indépendance virile, l’originalité et le panache tandis que l’autre se présente comme son contraire ; l’attachement aimant à l’autre, la tendresse qui s’accommode de l’ordinaire comme de l’aventure pour suivre celui qu’elle aime. Ces deux-là débattent le temps d’une après-midi du sens de la vie, l’une banale, commune et simple l’autre exalté, forte mais solitaire. Et puis, tout prend son sens avec la mort qui n’a pas de sens et qui donne cette intensité à toute chose que nous vivons. Ainsi, ces questions existentielles qui sont la trame de nos passages dans ce monde sont représentées devant nous comme un miroir, théâtre de notre propre vie. Les comédiens nous fixant des yeux nous rappellent bien que c’est de nous qu’il s’agit et tissent alors, plus fort que jamais, le lien entre acteur et spectateur, brisant le quatrième mur. 

Enfin, on ressort léger et profond à la fois, plein de cette intensité qui nous a fait vibrer un instant et qui demeurera, on l’espère, logée dans notre mémoire pour ces moments où le tragique de la vie affleurera de nouveau. 

Raphael Cros

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Photo: Elisa Galliez