Iphigénie en Tauride

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Il est 20h lorsque je monte les marches de l’opéra Garnier le jeudi 15 Décembre pour assister à la représentation d’Iphigénie en Tauride. Cet opéra, composé par Gluck et mis en scène par Krzysztof Warlikowski, raconte l’histoire inspirée de la tragédie d’Euripide : Iphigénie, pour accomplir les paroles d’un oracle, doit tuer tout étranger arrivant en Tauride. L’enjeu dramatique est de savoir si Iphigénie va tuer son frère Oreste qui arrive en Tauride après avoir tué leur mère Clytemnestre. La salle est magnifique et la place dans les loges permet d’apprécier les détails du lustre.

Après avoir admiré la beauté de la salle, on finit par regarder la scène et on remarque un miroir en verre derrière lequel les acteurs sont figés et ont l’air d’attendre les spectateurs, de sorte qu’on ne sait pas si le spectacle a déjà commencé ou pas. Une fois l’orchestre accordé, le spectacle commence.  La pièce commence par Iphigénie, vieille, qui se lamente, à moitié allongée sur un lit d’hôpital, et qui dit avoir revu son père Agamemnon.
Les sous titres sont affichés au dessus de la scène en anglais et en français.

Même si la place dans les loges de côté ne permettait pas de voir le côté cour de la scène, on pouvait facilement s’apercevoir qu’il s’agissait d’une mise en scène était en tension entre tradition et modernité. Certains éléments, imposés par la nature même de la tragédie, étaient forcément classiques mais il était clair que le metteur en scène a voulu prendre des libertés.  Comme par exemple lors du dernier acte, Oreste et Pylade sont au milieu du public ou encore lorsqu’un chanteur performe aussi depuis une loge ou enfin au milieu de l’acte 2, lorsqu’ Oreste apparaît nu sur scène. Notons également qu’Iphigénie est incarnée par Véronique Gens mais aussi par Renate Jett, qui est plus âgée. Cette double représentation inscrit le personnage d’Iphigénie dans une ambivalence qui cristallise la tension entre tradition et modernité.

De façon générale, les costumes étaient très sobres même s’ils surprenaient parfois par leur modernité. Au début de l’opéra, des figurantes défilent telles des mannequins, vêtues d’imperméables noirs et de lunettes de soleil. Beaucoup de figurants étaient sur scène, composant ainsi de véritables tableaux vivants. Tous ces éléments étaient parfois difficiles à analyser et l’intention du metteur en scène ne me paraissait pas toujours très claire. Même si j’étais davantage attentive à la forme qu’au fond, il me semble néanmoins que le but de la représentation était de mettre en scène le tragique selon des axes à mon sens plus contemporains et d’éviter de tomber dans une mise en scène trop classique en tombant dans les lieux communs dictés par le genre. Il me semble que ce défi a été relevé avec brio. Les performances des chanteurs étaient toutes bouleversantes et chaque ipséité vocalique apportait une puissance esthétique remarquable. La soprano qui jouait Iphigénie laissait sans voix (sans mauvais jeu de mots!) et était particulièrement touchante tant on sentait la générosité de la chanteuse. Il me semble également nécessaire de saluer la performance magnifique de l’orchestre. Les instrumentistes et les chanteurs formaient une alliance particulièrement harmonieuse, réjouissant les sens et permettant se délecter de l’art et de s’en émouvoir. Quant à savoir si ce sentiment était partagé, l’ovation interminable à la fin de la représentation ne laissait aucun doute.

Linda Beddiar

Iphigénie en Tauride est un opéra joué au Palais Garnier du 02 au 25 décembre 2016, c’est une tragédie lyrique en quatre actes daté originellement de 1779.

La musique est une composition de Christoph Willibald Gluck , l’opéra , que j’ai donc eu le plaisir d’aller voir à Garnier est une mise en scène de Krzysztof Warlikowski qui a choisis les talentueux Véronique Gens et Étienne Dupuis pour interpréter les rôles de Iphigénie et d’Oreste.

” Le calme reparaît, mais au fond de mon cœur, Hélas ! L’orage habite encore. “

C’est l’une des belles citations extraite de l’opéra que l’on peut retrouvé ci et là qui illustre bel et bien l’état d’esprit général de l’opéra qui nous compte l’histoire pour le moins fatale d’Iphigénie qui, pour honorer la prédiction d’un oracle, doit tuer tout étranger qui s’échouerai sur les rivages de Tauride. Mais c’est un jour son frère Oreste qui accoste, l’assassin de leur mère Clytemnestre, qu’il a tuée pour venger le meurtre de leur père Agamemnon.

Leur famille par question d pouvoir d’obligation et de devoir c’est entre déchirée et c’est devant un dilemme impossible que notre personnage éponyme se retrouve alors.

On se pose alors la question, a savoir si ces crimes familiaux héréditaires, cette chaine qui apparait sans fin, passera donc par Iphigénie ou réussira-t-elle a échapper au destin qui semble enclaver sa famille ?

L’Opéra nous a offert une lecture du mythe pour le moins contemporaine par ses costumes et ses décors. Les acteurs, vêtis de vêtement simple au début de l’opéra où la majeure partie des personnages sont vêtus de vêtements de nuits par exemple.

Le décors était quand a lui relativement simple , un changement est effectuer au niveau de l’entracte , et on y retrouve toujours une sorte de clôture de verre positionnée au centre de la scène dans toute sa longueur et qui servait parfois de passage d’un espace a l’autre, d’une barrière invisible séparant des personnages, ou alors pourrai un effet esthétiques extrêmement intéressant, lors d’une scène très peu éclairée par exemple, Oreste et son ami sont assis devant ce mur de verre qui est alors presque comme de la glace puisqu’il projette alors le reflet des deux personnages, ce qui a alors procuré un effet de dédoublement presque mystique.

Les voix quand à elles si je peux en parler étaient à couper le souffle, et c’est depuis notre petite loge que mon amie et moi avons pu aborder pour la première fois la scène de l’opéra Garnier dans les conditions les plus idéales qui soit et assister à une pièce de pure qualité qui, a bien des moment m’a secoué par la portée de la voix des acteurs et de l’emballement de l’orchestre qui fût aussi extraordinaire.

Cette mise en scène nous un livrée un portrait psychologique extrêmement émouvant et fort d’Iphigénie, soeur qui refuse de se livrer au meurtre de son frère et nous crie son désespoir, d’Oreste et Pylade , qui refuse de céder a l’autre le plaisir de pouvoir mourir pour sauver l’autre.

Diane Brugiere

Iphigénie qui devait être immolée par son père Agamemnon pour permettre l’expédition contre Troie, a été sauvée et transportée par Diane en Tauride où elle est devenue prêtresse de la déesse. Son frère Oreste, qu’elle croit mort, arrive par hasard en Tauride, accompagné de son ami Pylade. Condamné pour avoir tué sa mère Clytemnestre à mourir immolé par la prêtresse, Oreste est reconnu in extremis par sa soeur. Diane se laisse fléchir. Oreste pourra regagner Mycènes avec Iphigénie pour y régner.

Au Palais Garnier, le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski présente l’opéra Iphigénie en Tauride, de Gluck, dix ans après l’avoir monté sur la même scène. Le temps a passé, et il a fait oublier qu’en 2006, le même spectacle s’était vu accuser d’indécence et de manque de respect à l’oeuvre originale. À l’époque, Warlikowski est inconnu du public français du lyrique. Cette fois il revient avec une représentation original et moderne mettant en scène Véronique Gens et Étienne Dupuis. Il fait une mise en scène jouant sur la lumière et la transparence avec différents rideaux qui pose le décor de façon imposantes et qui fascine, on ressens le drame et la tragédie de cet oeuvre grâce au décor. Les costumes et le jeu d’acteur sont tout à fait moderne quoi qu’un peu osé selon certaines personnes puisque à un moment il s’agit d’une scène de nu, un jeu d’acteur qui à certains moments devaient être difficile pour les chanteur qui étaient carrément couchés. J’ai trouvé cette représentation très intéressante mais légèrement décevante selon moi dans le sens où tout les choristes ne se trouvaient pas sur la scène, cela donnait un vide sur scène qui m’a dérangé pendant la représentation. Les chanteurs et l’orchestre étaient quand à eux remarquables et émouvants.

Adélaïde Fourcade

Dix ans après sa première représentation de l’opéra Iphigénie en Tauride de Gluck, le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski présente le retour de cette tragédie lyrique en quatre actes inspirée de l’œuvre d’Euripide sur les planches de l’Opéra Garnier. En 1779, Gluck déployait, par cette œuvre, l’ambition de réactualiser la puissance émotive de la tragédie grecque. A son tour, Warlikowski la réinterprète et la ravive pour donner à voir un opéra articulant modernité et enjeux immémoriaux.

En rêve, Iphigénie voit se produire une série de massacres : Oreste tue leur mère Clytemnestre, elle-même meurtrière de leur père Agamemnon. Cette sinistre vision illustre hélas le tragique destin auquel est vouée la lignée des Atrices, condamnée à se démanteler par le crime parricide. La suite des événements semble malheureusement confirmer ce présage : prêtresse de la déesse Diane en Tauride, l’héroïne doit offrir un étranger en sacrifice. Hélas, c’est son frère Oreste qui, aux côtés de son ami Pylade, accoste en tant que prisonnier. Par lui, Iphigénie apprend la véracité de sa vision nocturne. Finalement, Iphigénie et Oreste échapperont à un avenir funeste en fuyant Thoas et le sacrifice pour regagner Mycènes.

Inspirée d’Euripide, cette tragédie mêle donc des réflexions topiques sur la temporalité humaine, aux prises avec le destin du mortel : prémonition, souvenir et temps présent s’entremêlent jusqu’à frapper d’incertitude les événements de la narration. De fait, Warlikowski construit toute sa mise en scène de sorte à exhiber la vieillesse d’Iphigénie et les potentielles vacillations de la mémoire qu’il implique. Dès lors, le choix de faire incarner Iphigénie par deux chanteuses peut être interprété comme une tentative de mettre en lumière cette dichotomie entre aliénation et réalité.

C’est non sans humour que se trouve mise en évidence la déliquescence des esprits et des corps livrés au temps qui passe : la scène devient maison de retraite, régulièrement arpentée par d’élégantes vieilles femmes, le tyran Thoas couvert de tatouages évolue sur scène en déambulateur… En contrepoint de quoi Oreste dévoile, sous son masque de prisonnier, des allures de hippie. Au-delà de l’évidente perspective d’actualisation, cette réinterprétation des personnages permet de donner corps à des problématiques universelles.

La scénographie tend à inscrire cette dualité au cœur de la mise en scène. Avant même que ne débute la représentation, un gigantesque miroir se dresse sur scène, à la verticale, et laisse voir en transparence des acteurs statufiés. Ce miroir deviendra le point nodal de la scénographie autour duquel graviteront les personnages, et fendra la scène de sorte à illustrer, peut-être, la scission entre projection fantasmée et réalité. La chronologie linéaire de la narration se trouve elle-même doublée tandis que les acteurs se succèdent, derrière le miroir, parallèlement au jeu des chanteurs en premier plan. La richesse et le foisonnement de l’action sur scène donne ainsi corps et profondeur et la narration, magnifiant la détresse et les méditations de l’héroïne.

Marina Gesrel

Iphigénie en Tauride, est un opéra présenté a l’Opéra Garnier. Créée dans les années 1780 par Guymond de La Touche, elle fut reprise par Christoph Willibald Gluck en 2006.Son directeur musical est Bertrand de Billy. Si Iphigénie en Tauride est la représentation d’un mythe antique, on a retrouvé ici une représentation contemporaine par Krzysztof Warlikowski qui réinvente cet opéra.

Iphigénie en Tauride : Iphigénie (Véronique Gens) après avoir été sacrifié et transformer en biche par Diane, s’exile en Tauride. Elle deviendra un oracle, et se retrouvera à guider son frère Oreste ( Etienne Dupuis)  quant à son avenir.

Iphigénie est un opéra plutôt calme, avec parfois quelques moments forts. On nous présente dans un premier temps Iphigénie, dans une maison de retraite, puis nous avons le passé d’Iphigénie étant plus jeune. Nous avons à la fois une version jeune et une version plus âgée d’Iphigénie qui influe la mise en scène. Des panneaux en verres séparent les deux générations. Au devant de la scène jouait la version jeune d’Iphigénie, et au second plan, les acteurs plus âgées interprétaient celle du premier plan.

L’espace se confine sur une petite scène délimité par ses panneaux en verres. L’espace de la scène est très mal utilisé car les acteurs principaux se retrouvent sur le devant de la scène. L’arrière de cette scène est peu/pas utilisé. Les décors sont contemporains, on y retrouve une maison de retraite, quant aux costumes Iphigénie est en tenue de soirée.

L’opéra se veut dramatique. Les personnages sont tristes et agonisent. Les comédiens monotonisent le texte, les rôles ne sont pas exagérer. Ils semblent représenter cet opéra simplement, sans chercher à produire une quelconque émotion.

Le but de la représentation était de montrer qu’on pouvait donner une version contemporaine à un opéra qui date, qui représente lui même un épisode de la mythologie grecque. C’était, selon moi, un défi pour le metteur en scène. Néanmoins le but de cette représentation était de divertir le public, et de mettre au gout du jour et pourquoi pas de faire découvrir ou redécouvrir ce mythe.

Camille Joly

Krzysztof Warlikowski signe son retour à l’Opéra de Paris pour la saison 2016-2017 avec sa mise en scène surprenante de Iphigénie en Tauride. Cette tragédie lyrique en quatre actes de Christoph Willibald Gluck créée en 1779 est mise en scène par le polonais Warlikowski la première fois en 2006 et retrouve aujourd’hui le public parisien. C’est dans le luxueux palais Garnier, maison mère de l’Opéra de Paris datant du XIXe siècle, enrichi d’un plafond de Chagall que le rideau de scène, miroir sans tain, reflète la salle, ses ors, ses couleurs, ses lumières et son public.

Les comédiens sont déjà présents sur la scène avant le début de la représentation, comme figés dans

le temps. L’argument du livret de Nicolas-François Guillard s’inspire de la tragédie d’Euripide, en effet Gluck a choisi de se laisser inspirer par le mythe de la funeste famille des Atrides pour livrer une partition aussi théâtrale que lyrique. Commençons par un petit rappel, Iphigénie est promise au sacrifice par son père Agamemnon (le héros de la guerre de Troie) afin d’obtenir des vents favorables pour mener ses navires jusqu’à Troie. Lors du sacrifice Iphigénie est sauvée par la déesse Diane qui la remplace au dernier moment par une biche. En retour Iphigénie est vouée à devenir une de ses prêtresse en Tauride. L’argument de cette tragédie lyrique s’appuie sur ce qu’il se passe une fois que Iphigénie est en Tauride, ainsi elle doit honorer la prédiction de l’oracle de Delphes qui lui confie la tache de tuer tous les étrangers qui échouent en Tauride. Mais voilà que son frère Oreste accompagné de son ami Pylade finissent par échouer sur l’île. Oreste qui rappelons-le a tué sa mère Clytemnestre pour venger son père Agamemnon assassiné par sa femme Clytemnestre pour venger le sacrifice de sa fille Iphigénie. Funeste famille que celle des Atrides !

Iphigénie ne reconnaît pas directement son frère et c’est là que l’argument de l’oeuvre débute.

Attachons-nous maintenant au parti pris du metteur en scène. Ainsi Warlikowski nous livre une interprétation de cette Iphigénie en Tauride comme celle d’une Iphigénie qui se souvient. En effet, il nous propose de transposer cette tragédie antique dans une maison de repos contemporaine pour personne âgées fortunées. Deux Iphigénie se confrontent alors sur scène, une vieille dame parée d’un tailleur couleur or qui est présente sur scène observant les souvenirs d’une vie passé et une seconde Iphigénie jeune et séduisante aux allures de Pin Up rétro. Si la première Iphigénie est un rôle muet, la deuxième est brillamment interprétée par la soprano Véronique Gens. Cette belle Iphigénie est convoitée par le roi barbare Thoas ici en chaise roulante, interprété ce soir par le baryton allemand Thomas Johannes Mayer. La particularité de la mise en scène de Warlikowski c’est le fait que tous les rôles sont dédoublés par des rôles muets mais pas inactifs pour évoquer le souvenir à la manière d’un cauchemar retranscrit en même temps que le récit fait par les personnages principaux non muets. La scène du souvenir du meurtre de Clytemnestre en est un parfait exemple, une scène qui mêle danse et jeux de lumières. La lumière à une importance considérable dans cette mise en scène foisonnante. Les textes des grands airs sont retranscrits sur la scène à la manière d’un générique de film. Comme au début de la représentation où l’ont voit projeté  un « A Marie-Antoinette » sur la scène tel un hommage fait par un réalisateur au cinéma.

Si Warlikowski est connu au théâtre pour livrer des mises en scène qui bousculent, il n’y fait pas exception avec la musique de Gluck.

C’est une lecture intéressante de l’œuvre que nous livre ici Warlikowski à  la manière du compositeur qui a réformé l’art lyrique, le metteur en scène nous offre une vision inattendue et plus que actuelle de ce mythe antique. L’orchestre ce soir est remarquablement conduit par Bertrand de Billy, deux personnages chantés se trouvent même dans la fosse de l’orchestre !

Mention spéciale pour le sublime duo que forment Oreste et Pylade chacun interprété par Étienne Dupuis et Stanislas de Barbeyrac.

Bahia Megdoud

La trame d’Iphigénie en Tauride, opéra de Christoph Willibald Gluck joué tout d’abord en 1779, est héritée d’une tradition poétique qui remonte à Euripide. Reprise au théâtre dans la tragédie de Claude Guimont de La Touche en 1723, Nicolas-François Guillard s’inspire de cette dernière pièce pour écrire son livret d’opéra, que Gluck commence à mettre en musique en 1778. Elle est mise en scène par Krzysztof Warlikowski et a été jouée au Palais Garnier de Paris du 2 au 25 décembre 2016.

Que raconte cette tragédie fameuse depuis l’Antiquité ? Iphigénie relate son cauchemar dans lequel elle a vu son père Agamemnon assassiné par sa mère Clytemnestre, et tuer elle-même son frère Oreste. Le roi des Scythes, Thoas, ordonne que toute personne qui poserait le pied en Tauride soit mise à mort, dans la crainte de l’oracle qui lui a prédit qu’il serait tué par un étranger. Deux étrangers rejetés par la tempête abordent alors en Tauride, et sont aussitôt condamnés à mort : il s’agit d’Oreste et de Pylade. Les Euménides entourent Oreste et révèlent qu’il a tué sa mère Clytemnestre. Faits prisonniers, Iphigénie vient à leur rencontre, et déclare qu’elle peut sauver l’un des deux. Elle désigne Pylade, pour qu’il puisse porter un message à sa sœur Electre, mais celui-ci choisit de rester, et implore les dieux de l’aider à sauver Oreste. Au moment où Iphigénie va sacrifier Oreste, elle reconnaît son frère, et le prend dans ses bras. Pylade, qui s’était enfui, revient à la tête d’une troupe de Grecs pour mettre à mort Thoas. La déesse Diane pardonne à Oreste le meurtre de sa mère et l’invite à retourner à Mycènes pour prendre la place d’Agamemnon sur le trône.

Nous ne parlerons pas de la musique de Gluck – qui n’était pas là ce soir de toute façon – mais celle que nous pouvons entendre paraît sans fulgurance, sans force émotionnelle notoire, malgré l’éloge répétée que les critiques font de cet opéra depuis sa création. Et si nous parlons des « grands airs » qui font le succès et la notoriété de la pièce, ils ne sont pas frappants car ils se démarquent finalement peu : est-ce à Gluck qu’il faut le reprocher, ou au metteur en scène de ce spectacle ? Les interprètes donnent une performance sans accrocs, bien que les voix n’aient aucune originalité de timbre (rien qui caractérise les personnages tant les voix d’hommes et de femmes se ressemblent entre elles). Nous mentionnerons en particulier Thoas, assis sur le trône que représente son fauteuil roulant, qui fait impression en dépit de cela par une voix épaisse et puissante. Il n’apparaît pas plus de deux fois, mais sa présence grave et sinistre en fait des moments d’attention soutenue : on l’écoute parler en l’entendant chanter. C’est paradoxalement le personnage qui effectue le plus de mouvements en commandant son fauteuil, tandis qu’on attendrait plutôt une présence immobile pour mieux asseoir son aplomb.

Portons un regard sur l’apparence de la scène, dans l’invention de ses décors. La posture est originale pour le cade principal : un hangar en briques, coloré d’un graffiti, qui abrite un semblant d’hôpital ou de maison de retraite, lequel est envahi de lits où se prélassent les vieilles Euménides (les déesses infernales). Mais le grand défi de cette mise en scène tient certainement à l’immense cage de verre (ou de plexiglas) – tellement grande que ses parois vibrent en agitant les reflets de la lumière – qui sépare l’hôpital de l’avant de la scène, et qui sert de prison à Oreste et Pylade. Sa transparence vient ajouter à son esthétique une consistance figurative saisissante, car elle laisse voir dans une semi-obscurité le monde du mouroir hanté par les Euménides, qui circulent en continu derrière Oreste et Pylade, en représentant l’enfer comme un reflet menaçant de leur malheur. C’est aussi l’espace de la Tauride, le royaume où ils ont abordé, qui s’étend au-delà de leur prison, et d’où arrive Iphigénie lorsqu’elle traverse la cage pour visiter les prisonniers.

Cependant, malgré les atours grandioses de l’opéra de Gluck, avant tout par les enjeux élevés que pose la tragédie, nous ne pouvons apprécier le parti pris de la mise en scène sans un peu de déprime. Bien sûr, la tragédie est sinistre, affreuse dans ses fondements, mais ce n’est pas aux ressorts tragiques que renvoie cette mise en scène, c’est à une sombre et triste déréliction. C’est surtout le cas dans la première partie de l’opéra, qui se déroule dans le hangar, avec les lits d’hôpital occupés par des vieillardes, qui déambulent sans but et sans chanter dans l’espace du mouroir. Une dizaine de ventilateurs descendant du plafond amènent, par un mouvement lent et continu des hélices, un sentiment de langueur, ainsi qu’une saturation visuelle qui peut devenir irritante car elle obsède l’œil du spectateur. L’espace de la grande cage de verre, à partir de l’acte II, est mieux pensé. Inondé d’une lumière chaude, parfois rouge, il plus dynamique malgré sa froideur car il se déconstruit et se reconstruit selon le besoin des scènes, en déplaçant avec lui les emplacements des entrées, car les parois mobiles ont des portes. Mais l’ensemble de la mise en scène se montre très avare de lumière, et donne à l’opéra une pâleur et une obscurité très oppressantes. Le cadre ouvert des rivages de la Tauride et du bois sacré, proposés par la tragédie initiale, finit par nous manquer.

Nous ajouterons enfin que cette mise en scène a le défaut d’être très statique. En effet, le texte n’invite pas spécialement à un mouvement des acteurs quand il s’agit de soliloques ou encore d’implorations aux dieux. Mais le regard du spectateur est pris d’un ennui croissant à voir les personnages tomber à genoux, puis sur le ventre, puis de nouveau à genoux, sans espoir de se relever avant de sortir de scène. Plus que les décors, qui ancrent en eux-mêmes l’opéra dans une immobilité affirmée à cause du hangar rempli de malades alités, c’est l’espace de la scène qui invite à l’occuper, il appelle à la « présence lyrique » : face à une scène aussi gigantesque, le spectateur attend que l’opéra remplisse l’espace de la tragédie. Mais autant dans la prison, plutôt spacieuse, que dans le hangar presque vide en dehors des lits et d’un lavabo, les personnages ne font que s’immobiliser dans le coin qui leur est alloué pour débiter leur morceau jusqu’à la scène suivante.

Le succès souvent confirmé de l’opéra de Gluck ne garantit donc pas la réussite de ses mises en scène. Celle que nous offre Krzysztof Warlikowski a droit d’être saluée, car le choix de représenter la Tauride dans une bâtisse nue qui contient un monde en dépérissement est une ambition légitime. Mais il semble que la réalisation de cette esthétique donne la pauvreté et la mollesse comme leitmotives de l’interprétation, ce qui tend à stupéfier les personnages, à la fois dans leur présence scénique, mais aussi dans l’intensité de leur performance vocale, qui coupe l’élan de l’émotion, dont est pourtant bien capable l’œuvre de Gluck.

Le trailer du spectacle donne un petit éventail d’extraits qui, d’après nous, peut très bien rendre compte des quelques éléments que nous avons exposés ici.

Alexandre Michaud

Tout le monde connaît l’histoire d’Iphigénie tout en l’ayant oubliée. Rappelez-vous : lors de la guerre de Troie, Agamemnon, chef des Grecs, demande à l’oracle comment apaiser la colère des Dieux qui les empêchent de naviguer en déchaînant les mers. La réponse : sacrifier sa fille, Iphigénie. Sous la pression, Agamemnon accepte. Mais au dernier moment, Artémis remplace Iphigénie par une biche et fait d’elle la prêtresse de son temple en Tauride. Iphigénie a alors pour devoir de sacrifier tous les étrangers qui y abordent. Un jour, c’est cependant Oreste qui accoste, après avoir tué leur mère Clytemnestre pour venger le meurtre de leur père Agamemnon, lui-même assassiné par Clytemnestre pour venger le sacrifice d’Iphigénie. Tout semble alors prédestiner cette dernière à devoir tuer tragiquement son frère à son tour…

Voici l’histoire tragique au cœur de l’opéra Iphigénie en Tauride de Christoph Willibald Gluck, en représentation du 2 au 25 décembre 2016 à l’Opéra de Paris, au Palais Garnier. Bertrand de Billy Warlikowski est à la direction musicale, tandis que Krzysztof Warlikowski signe la mise en scène.

Cette dernière avait d’ailleurs fait grand bruit il y a dix ans auparavant et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle est en effet étonnante. Dès le début, nous sommes littéralement mis face à un immense miroir sans tain (qui permet donc de voir sans être vu), qui servira, comme nous le comprendrons rapidement, de rideau comme de décor. Lorsqu’il se lève, nous est alors dévoilé le plateau, un décor de maison de retraite, mi-luxueux avec ses rangées de lits et de lavabos, mi-entrepôt par ses rideaux de fer et ses hélices tournoyant au plafond. Mais ce qui clouera le spectateur à son siège, c’est effectivement ce choix assez audacieux de montrer le meurtre de certains personnages, exploitant ingénieusement vidéos diffusées sur écran comme apparition au balcon.

Cette mise en scène n’aurait cependant pas la même intensité sans la performance de ses chanteurs comme celle de ses acteurs. Véronique Gens, dans le rôle d’Iphigénie, est vraiment époustouflante dans ses tourments, tandis qu’Étienne Dupuis (Oreste) et Stanislas de Barbeyrac (Pylade, l’ami d’Oreste qui échoue avec lui sur l’île de Tauride) montrent toute l’étendue de leur dilemme face à la seule solution que peut leur proposer Iphigénie : pour survivre, l’un d’eux devra forcément mourir. L’orchestre et les chœurs étaient également excellents, redoublant de talent pour rendre la violence d’une dispute ou la tristesse d’adieux.

On regrettera seulement que la première partie soit un peu longue à installer les différents enjeux et à déployer ses personnages. Mais tragédie oblige, c’est bien évidemment pour accentuer l’effet de son dénouement, et lorsque le miroir/rideau tombe, on se rend compte que c’est réussi.

Tiffany Moua

Iphigénie en Tauride est probablement un des opéras les plus représentatifs du classicisme et un des plus célèbres du compositeur allemand Christoph Willibald Gluck. D’après un libretto du dramaturge français Nicolas-François Guillard, il sera mis en scène pour la première fois le 18 mai 1779 à Paris, la même année de la première parution de la pièce homonyme de Johann Wolfgang von Goethe.  L’histoire se déroule quelques années après la Guerre de Troie dans la ville de Tauride, le roi Thoas vient d’être annoncé par l’oracle qu’il sera tué par un étranger et il ordonne faire sacrifier toute personne non-autochtone qui entrera dans la ville. Deux mycéniens, Oreste et Pylade, arrivent à Tauride cherchant refuge, le premier vient de venger l’assassinat de son père Agamemnon tuant sa mère Clytemnestre, les deux seront condamnés à mort à leur arrivée. Iphigénie, sœur d’Oreste (même si elle le reconnaît pas dans un début) et prêtresse de Diane à Tauride, affligé après avoir appris par un cauchemar la mort de son père et de sa mère et le chagrin de sa sœur Electre essayera sauver un des deux étrangers, en l’envoyant chercher celle-ci à Mycènes. L’Opéra National de Paris accueille cette production du metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski dans le Palais Garnier avec les voix Véronique Gens, Étienne Dupuis et Stanislas de Barbeyrac accompagnés par le Chœur et L’Orchestre de l’Opéra National sous la direction de Bertrand de Billy.

Warlikowski va mettre en scène ce spectacle dans un espace postindustriel contemporain, l’ensemble de la représentation se déroule dans cet espace, respectant une certaine unité dans la norme aristotélicienne. Cependant, cette apparence classique va rapidement être cassée par le metteur en scène polonais ; au style sévère et symétrique initial il va opposer une conception pathétique et très baroquisée de l’œuvre qui va imprégner cette vision décadente très caractéristique de Krzysztof Warlikowski.

Par ailleurs, les décors et les costumes portés par les personnages sont enveloppés par une esthétique kitsch, ceci lié à une illumination très colorée contribue de forme magistrale à renforcer cette idée de sénescence et de chute de l’idéal de civilisation. L’incorporation de miroirs orientés vers le publique, est un des éléments symboliquement les plus remarquables de cette production, le metteur en scène veut interpeller le spectateur, il veut qu’il se voit reflété dans ce tableau plein de tourments, de faiblesses et de vices.

Warlikowski va mettre en scène des personnages tourmentés par le pouvoir, par les remords, par l’approche de la mort (mise en évidence par une présence énorme de figurantes vieux) et par le manque de repères. Ces émotions vont être transmises d’une forme géniale à travers une gestualité hyperbolique, pathétique qui soulignera les différentes expressions d’effroi, d’amour, de chagrin et parfois même de convoitise. Comme dans sa trajectoire antérieure Krzysztof Warlikowski va reprendre cette idée shakespearienne de théâtre comme miroir dans lequel on se voit reflété et va essayer (situant l’opéra dans notre époque) de nous donner des outils pour réfléchir sur notre condition et notre place dans la société dans un moment de décadence et de perte de repères.

Antonio Rodriquez Cruz
Photo : Guergana Damianova