Indian Palace

Concert | Théâtre du Châtelet | En savoir plus


Quand l’Orient et l’Occident se rencontrent…

Le premier jour d’hiver a commencé d’une manière tout à fait exotique. Dimanche le 1 décembre nous avons eu la chance d’assister à la rencontre inouïe et extraordinaire d’un orchestre symphonique avec la musique indienne. C’est au théâtre du Châtelet qu’on a écouté l’Orchestre National d’Ile-de-France qui nous a fait plonger dans un univers miraculeux et toujours imprévu de la musique classique. Pendant ce concert, intitulé Indian Palace, les musiciens ont joué les œuvres de Mozart, Haydn pour se livrer ensuite, en présence du maître indien Amjad Ali Khan à la synthèse et à la fantaisie orientale.

Au fait, la soirée a procédé d’une thématique strictement définie à la limite entre la culture orientale et occidentale. Les musiciens ont commencé la première partie du concert par l’ouverture sur l’orientalisme à l’époque classique avec des interprétations de L’Enlèvement au serial de Mozart, une oeuvre courte (elle dure 5 mn) d’une énergie inouïe, en continuant par la Symphonie n° 100 en sol majeur de Haydn. D’ailleurs, il est bien possible que les oeuvres de grands classiques aient servi de transition, pour cette soirée, pour entrer dans une atmosphère exotique de la musique orientale. C’est ainsi que Mozart, en réfléchissant sur l’époque de la seconde siège de Vienne par les Turcs (en 1683), s’est mis à pasticher la musique par des fanfares des janissaires pour stimuler les soldats. Alors, on sent bien toute la série des appels énergiques musicaux aux composantes de la “musique turque” (grand tambour, cymbales et triangle) où la stylisation de la Turquie s’évoque encore plus à l’aide du piccolo. La Symphonie dite “Militaire” de Haydn donne l’impression de la bataille en cours avec des mouvements triomphants, et un rythme toujours très dynamique.

Cette ouverture à l’Orient par l’Occident fut suivie, dans la deuxième partie du concert, par la performance tout à fait authentique de Samaagan, un concerto pour le sarod (un instrument musical à corde, à la modèle du luth) composé et interprété par Amjad Ali Khan. Ce compositeur, issu d’une famille de musiciens, est un maître de la musique hindoustanie. En langue sanscrite, le mot “samaagan” signifie, littéralement, “couler ensemble”. C’est bien ce qui se sentait tout au long de cette oeuvre: si on ferme les yeux et que l’on oublie pendant trois quarts d’heure le bruit de la vie urbaine insomniaque et son rythme insatiable, on s’imaginera tout de suite les étendues steppiques et immobiles de l’Inde. On percevra l’harmonie intérieure à travers les sons tranquilles et peu pressés des rythmes orientaux. Du coup, les mouvements indiens se succèdent en se mélangeant avec les interventions de l’orchestre et à chaque instant de l’apparition du sarod, cette limite imaginaire entre l’Orient et l’Occident devient de plus en plus invisible jusqu’au moment de sa disparition définitive. Il semble que tout le public de cette soirée se soit réuni juste pour couler ensemble. Ce qui compte finalement est que les mouvements de cette oeuvre nous nous plongent dans un état tout pur de la méditation prolongée, qui est toujours aussi difficile à atteindre dans une ville urbaine.

Sofya Efimova