Habemus Papam

Habemus Papam, film écrit et réalisé par Nanni Moretti, avec Michel Piccoli, Renato Scarpa, Jerzy Stuhr, Margherita Buy, Nanni Moretti, etc. Sortie le 7 septembre 2011.
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Chronique cinématographie de Colin Guérand.

« Habemus Papam » est un film qui, comme son titre le laisse entrevoir, nous entraîne au beau milieu du monde secret des hautes sphères de la religion catholique, et plus précisément d’un conclave. Nous atterrissons donc, dès le début du film, à l’intérieur de la basilique Saint Pierre de Rome, dans une scène baignée de liturgie chrétienne où les cardinaux marchent, à la file, vers la salle des votes, psalmodiant un latin incompréhensible. Le ton est donné : cette scène, diront certains, bien qu’apparemment neutre au point de vue de la réalisation, contient en filigrane, enchevêtré, presque caché au milieu du troupeau latinisant des cardinaux,  le regard moqueur de Moretti vis-à-vis de la religion. D’autres y verront plutôt un avant-goût esthétique des beautés que le film recèle, tant au niveau des costumes et des décors que des portraits vivants faits des sommités de l’Eglise, de leurs visages âpres et sérieux, dont chaque ride semble renfermer un peu de l’auguste vieillesse propre à ces hommes de pouvoir. D’autres encore, un peu moins enthousiastes, y verront la première des longueurs de cette histoire à la trame simple quoique très intéressante, et dont le rythme, il est vrai, est loin d’être celui d’un Woody Allen.

On reconnaît cependant une certaine ressemblance avec le réalisateur New-Yorkais, notamment concernant la confrontation entre religion et psychanalyse, qui vient par moments pimenter d’une légère comédie la mélancolie dominante du film. Comique, et audacieux, aussi, Moretti ne l’est pas moins qu’Allen, n’hésitant pas à faire jouer ses cardinaux au volley-ball au sein même de la basilique, sous le regard du garde suisse engagé pour se faire passer pour le pape priant dans ses appartements, alors-même que celui-ci, fort de ses quatre-vingts ans, et pour la première fois de sa vie, a fugué.
Toutefois, l’on ne saurait dire que « Habemus Papam » est une comédie : certaines situations font rire, certes, mais le cœur du film se trouve dans la réflexion menée sur la mélancolie, la solitude d’un pape, et la peur d’un homme, cardinal venu de nulle part et propulsé Souverain Pontife alors que son seul rêve, son rêve d’enfant était d’être acteur, et de pouvoir déclamer Tchékhov sur les planches, rien de moins, rien de plus.

Ce film est donc déconcertant : tout à la fois touchant et amusant, léger et porteur de lourdes réflexions. Il désarçonnera les adeptes des œuvres bien rangées, et plaira à qui se laisse aisément bercer par les méandres d’une narration visuelle souvent discrète, parfois insaisissable, mais toujours fine.

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