Grande

Théâtre | Théâtre de la Ville (Centquatre-Paris) | En savoir plus


Le collectif Ivan Mosjoukine présente son nouveau spectacle au 104, appelé Grande, « l’histoire inachevée d’un spectacle à compléter soi-même par sa vie de spectateur en quittant la salle ». Les artistes Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel proposent en effet un dialogue émouvant et captivant avec leurs spectateurs.
Lorsque le public s’installe dans la salle le plateau est déjà devant eux, sans rideau pour le cacher et il en sera ainsi même entre chaque montage et démontage. Ce décor est fait d’une sorte de bric-à-brac d’objets du quotidien mélangés à des appareils à la fois futuristes et rétro, une table de mixage et des micros. Après la fin d’un compte à rebours, les « revues », s’enchaînent comme des fragments à reconstituer dans l’ordre par le spectateur.

La première revue met en scène les talents de Vimala Pons qui se montre ici artiste de cirque mais également actrice, chanteuse, clown et musicienne. Elle s’élance avec un mannequin de femme en équilibre sur la tête dans une sorte de strip-tease passant en revue toutes les tenues, modes et uniformes oppressant la femme par des stéréotypes : elle est tour à tour nonne, mariée, voilée, veuve, pute, pom-pom girl, en habit folklorique, en tailleur bourgeois et talons, en tenue d’Eve, s’enlevant des bandes de cire épilatoire et enfin nue, dansant devant nous et lâchant le mannequin qui se démembre. Je ne suis d’habitude pas une fan de la nudité dans les spectacles contemporains qui semble se présenter uniquement comme une mode. Mais ici la façon dont Vimala Pons se libère et danse devant nous crée un lien entre elle et le public et rend la nudité parfaitement naturelle, lui enlève toute étrangeté et la met en valeur comme un lien entre nous tous.

La seconde revue s’ouvre et le public comprend par « extraits » que tout le spectacle se base sur l’histoire d’un couple. En réalité le spectacle ne présente pas une histoire en particulier mais plutôt tous les liens sociaux et les émotions humaines avec beaucoup d’humour et on rit avec les artistes de nous-mêmes. Ils traitent ainsi subtilement d’autres problématiques actuelles : la société de consommation, le sexisme, les préjugés et d’autres qui ont toujours été là : la peur de la mort, la peur d’être abandonné. Ainsi Vimala Pons se lance dans une performance impressionnante de comédienne à travers une nouvelle sorte d’art de clown où elle présente tour à tour et à la suite des dizaines d’émotions et de phrases « déjà entendues » « encore et encore ». Tsirihaka Harrivel s’accroche lui à toutes sortes d’objets et se fait hisser jusqu’en haut d’une sorte de tremplin/toboggan de 6m pour « tout laisser tomber » et glisser le long de ce tremplin d’acier.

Il est très difficile de décrire précisément ces scènes tant elles sont faites de multiples objets, musiques et performances qui se croisent pour captiver le spectateur. Mais je ne peux que conseiller vivement à tous d’aller voir ce fabuleux spectacle. C’était un moment incroyable, je n’ai jamais vu des artistes avoir un tel contact avec leur public, c’était à la fois très émouvant et fascinant. Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel  ont un immense talent et ils nous le montrent à travers tous les détails du spectacle qu’ils ont conçu.

Chloé Bories

Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel nous montrent la vie, la petite vie, celle des instants qui ne se remarquent même pas. Une porte qui claque, de la vaisselle qu’on range, un vêtement qu’on choisit… Ils prennent tous ces instants et les mettent en scène à travers 8 revues. Le spectacle commence par la fin, mais finalement cela n’a pas d’importance : les revues sont plus thématiques que chronologiques. Le temps du spectacle file aussi vite qu’une minute et 50 secondes, on ne se lasse pas des anecdotes drôles et touchantes que nous montrent Vimala et Tsirihaka. Les deux circassiens « passent en revue », à un rythme effréné, toute la diversité humaine, tous les effets provoqués par la pression sociale, l’image que l’on a de soi, l’amour…
Tout cela, Vimala et Tsirihaka le font avec un style unique. Ils inversent le processus de la métaphore, et illustrent concrètement une expression au figuré. Tout au long du spectacle, Vimala en a plein la tête et surtout elle en a par-dessus la tête : posés sur son crâne en équilibre, elle porte un mannequin, une machine à laver, une colonne…. Absurde ? Pas du tout, tout est dans le mille. Rien n’est hasardeux. Chaque chose est choisie, créée pour illustrer une idée, une émotion. Le tout montre le fourmillement, la galère quotidienne de la vie, toujours avec justesse, pertinence et humour. En sortant de Grande, on se sent rassuré, qu’effectivement les petits soucis quotidiens ne sont vraiment pas graves, comment a-t-on pu se stresser pour si peu ?

Nora Calderon

Grande c’est du grandiose, de la vitesse, de la surprise pendant presque deux heures ! À peine entré dans le théâtre du Cent-Quatre, on est subjugué par une scène truffée de décors, d’objets extravagants. Deux comédiens occupent les lieux, accaparés par les dernières finitions. Un décompte retentit, retranscrit sur des pancartes, donnant une nouvelle intensité au spectacle, encore en chantier. Et le rythme ne ralentira pas, une séries de saynètes s’enchaînent, comme des tranches de vie. D’ailleurs, chaque spectateur a reçu en début de spectacle une carte du monde réorganisée : chaque épisode de la pièce correspond à un continent.  On est alors très intrigué et on tente de se repérer dans ce tumulte.

L’expérience est totale : maniant et mêlant avec talent différents genres artistiques, les comédiens (Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel) sont à tour de rôle musiciens, danseurs, acrobates. Tout ce qu’ils racontent n’a ni queue ni tête, mais on prend plaisir à se plonger dans leur monde fou, parce qu’au fond, on se reconnaît un peu en eux. Chaque épisode traite de manière détournée, incomplète ou à compléter, de nos vies, de ce qui nous obsède quotidiennement.
Pratiquant les arts du cirque,  ils donnent une vivacité nouvelle à leurs actions. Tout ce qu’ils essayent de nous dire est décalé par l’incongruité de leurs faits et gestes. Vimal Pons se plaît à porter en équilibre des objets des plus absurdes sur sa tête donnant un nouveau sens à ses paroles. On reste bouche bée par sa performance physique exceptionnelle qui porte tout et n’importe quoi (mannequin,escabeau…).

Dans le même temps, on pleure de rire tant ce qu’elle dit est amplifié par les objets qui l’encombrent. On se souvient de cette scène hilarante où Vimala se transforme en stéréotype de l’infirmière déprimée : elle se métamorphose par sa tenue de travail et sa perruque. Récitant son discours de départ, pleine de rancœur et de sanglots, elle file la métaphore de l’écrasement due à ses tâches, renforcée par cette énorme machine à laver en équilibre sur sa tête (oui vous avez bien entendu) !
Tsirihaka Harrivel  nous émerveille quant à lui par ses qualités d’acrobate : il se suspend, s’accroche partout et à tout et n’hésite pas à se laisser glisser le long d’une gigantesque rampe sous nos exclamations de peur et de surprise. En somme, ils nous renvoient une image de nous, de nos mœurs sous un prisme déjanté. Tout devient symbole de quelque chose, tout ce qu’on connaît perd son sens et s’en voit doté d’un nouveau. Grande est une invitation rocambolesque faite au spectateur de devenir acteur de ce qu’il voit se dérouler devant lui : libre à nous de trouver du sens à cette représentation farfelue.
Et le public se fait entendre, il est présent par ses rires, ses cris. Un drapeau américain surgit et on entend une dame qui le hue, « de quoi, j’ai le droit non ? » et un autre qui répond « oh oui bien sûr, nous sommes au théâtre ! ». Par chance, un groupe de collégiens assiste au spectacle et apporte un regard neuf et innocent à la représentation : Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel se retrouvent, tour à tour, nus sur scène et cela suscite des réactions ô combien différentes de la part de nos collégiens. Le corps d’une femme dénudé semble moins choquer qu’un corps masculin, qui fit résonner de nombreux petits rires gênés !

Ce spectacle vertigineux, grandiloquent est on ne peut plus humain, les deux grands comédiens manient avec brio leur jeu d’acteur montrant les aléas de nos comportements parfois insensés, nos manies, nos rêves, nos espoirs.

Amandine Cheval

Grande, de Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons, est un spectacle que je qualifierais d’inqualifiable. Dans cette  « revue », comme l’appellent les deux protagonistes du spectacle, on y trouve du cirque, du théâtre, de la danse, de la performance et de la musique en direct ! Nous le savons dès le début, le spectacle commence par la fin, le spectateur comprend donc qu’il aura affaire à une inversion des codes , un micmac sens dessus dessous, et la seule solution est de se laisser emporter dans l’imaginaire des deux artistes.
Ces derniers font ainsi la revue de nos vies, de nos quotidiens, de nos relations, de nos humeurs, le tout par le biais d’acrobaties et d’équilibrisme. Tous les objets de notre quotidien sont posés sur scène et utilisés un à un par les artistes, on s’y accroche en l’air, on les pose sur notre tête, on tape dessus, on les casse. Les objets sont finalement détournés de leur utilisation première pour acquérir un nouvel usage qui en dit beaucoup sur chacun de nous. Quand Vimala tient en équilibre sur son crâne une poutre en bois tandis que Tsirihaka lance des couteaux dessus, elle reçoit chaque couteau comme de violents propos qui blessent son être, comme lorsque quelqu’un à qui l’on tient se met à énumérer nos défauts et nos travers.

Dans ce spectacle le duo rejoue nos relations sociales en transfigurant les objets qui nous entourent. Les disputes, la mort, le mariage, les ruptures, la nostalgie, la colère, la solitude, tout y passe. Quand Tsirihaka est accroché à une petite chaise d’enfant à 8 mètres du sol et qu’il la lâche pour tomber et glisser le long d’une grande rampe en métal, il « retombe en enfance ». De même que « Prendre la porte » n’a plus le même sens après ce spectacle. Et ce sont toutes ces combinaisons métaphoriques qui en font un spectacle grandement poétique.
Le rapport qu’entretiennent les deux artistes avec les objets et les vêtements découlent du mouvement surréaliste. Ils nous représentent nos vies avec beaucoup de recul, de cynisme et nous font voir toutes nos pérégrinations quotidiennes avec beaucoup d’humour. En l’espace de deux heures ils parviennent à représenter sur scène un concentré de nos vies. Un spectacle qui fait le plus grand bien à voir car c’est là que le phénomène de catharsis, propre au théâtre, prend toute son ampleur.

Flora Courouge

Quand le public entre dans la salle du Centquatre pour assister au spectacle Grande, Vimala Pons et Tsirihaka Harrivelsont sont déjà affairés sur une scène chargée. Des objets, meubles divers, instruments de musique, tissus… Une classe de 6e qui assiste au spectacle s’assied et discute de ce qui se passe sur le plateau : « On dirait un laboratoire ! » s’exclame l’un des élèves. Peut-être est-ce ces grandes tables qui forment comme des couloirs qui lui rappelle les salles de SVT ? Ou le fait que les artistes courent d’un endroit à un autre, d’un bout à l’autre du spectacle, comme si une potion sur le feu ne devait pas bouillir plus de deux secondes. Ça fourmille de partout, et ce sera le cas pendant tout le spectacle : les artistes sont essoufflés, en nage, ils doivent courir, un décompte précède généralement les différentes « revues ».

Celles-ci se succèdent « en désordre » selon les artistes : « le spectacle commence par la fin ». Au premier tableau, Vimala Pons porte un mannequin qui a la tête en bas en équilibre sur sa tête. Elle commence alors un « abominable striptease » comme l’aurait probablement nommé Serge Gainsbourg : elle enlève une robe qui en cache une autre et ainsi de suite. Se succèdent nombreuses robes, dont le style suit un ordre chronologique, dont l’artiste cherche à se dépêtrer. Elle finit complètement nue, non sans avoir rappelé par un arrachage de bande de cire que cette nudité féminine est elle-même un vêtement, non naturel.

La suite du spectacle est une série de revues. Les deux artistes s’accompagnent musicalement. Ils ont tous deux leur spécialité : tandis qu’elle porte de lourds poids sur sa tête, il s’élève grâce à un crochet avant de se laisser tomber sur une espèce de toboggan en pente raide (nous n’allons pas analyser cette triste distribution…). Les revues mettent en scène des couples, dans des situations quotidiennes banales ou plutôt bêtes et tristes. Les clichés y sont usés et rarement dénoncés, et si la volonté de faire d’une scène de ménage quelque chose de poétique n’est pas atteinte, c’est tout de même souvent drôle, voire un peu pathétique. Catalogues d’humeurs aussi, lancers de couteaux… Le spectacle est plutôt décousu finalement. On pense un peu à Rebotier et ses essais d’insolitude, mais c’est bien moins touchant. « Spectacle inachevé », précisait le court texte de présentation du programme. Inachevé mais très répétitif, brouillon mais pas si poétique…

Sarah Müller

Au Centquatre se déroule Grande, la pièce également pluridisciplinaire de Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel. Avant même d’entrer dans la salle, une voix nous avertit du « début de la revue dans 10 minutes ». Cette voix, un peu robotique et sur un fond sonore un peu étrange, nous met d’ores et déjà dans l’atmosphère de ce qui va suivre. On nous distribue aussi une sorte de plan du spectacle, avec une liste des « revues ». En voyant leurs titres, on pourrait supposer qu’elles seront des portraits de la vie quotidienne : Revue d’habits, Revue ménagère, Revue d’histoire, Revue d’amour…
En arrivant dans la salle, on est déjà frappé par la mise en scène : l’espace (il n’y a pas de scène à proprement parler, les artistes performeront sur le sol vert foncé de la salle) est recouvert d’objets divers et variés et dans un désordre complet mais qui semble aussi organisé. Devant, il y a une table où sont installés divers claviers et micros, avec deux places face à face. Derrière celle-ci, cinq longues tables parallèles, jonchées de tissus, de contenants, et de toutes choses plus ou moins identifiables forment des allées, dans lesquelles évoluent des personnages en blouse, tels des scientifiques, semblant effectuer les dernières mises au point. Le compte à rebours est affiché sur un grand panneau recouvert de draps sur lequel chaque chiffre est inscrit. Il y a aussi un étrange fond sonore, une espèce de battement qui pourrait ressembler à un battement cardiaque, ponctué d’autres percussions en synchronisation avec la lumière orange d’un spot clignotant dans un coin de la salle. A moins une minute du début du spectacle, la voix robotique annonce que le spectacle commencera avec la revue numéro 8, « Revue d’habits ». C’est parti.

Une femme (Vimala Pons) entre et avance dans une des rangées, d’une démarche un peu encombrée. Elle est vêtue d’une longue robe de mariée blanche à cerceaux, à la mode d’un siècle assez lointain. Elle saisit un mannequin en plastique grandeur nature reposant nu sur le sol, et le pose en équilibre sur sa tête, leurs deux têtes comme attachées par on ne sait quelle force d’une autre gravité. Faisant de petits pas d’un côté et de l’autre pour garder son équilibre, elle commence à se déshabiller. Elle enlève sa robe, et en dessous nous pouvons en découvrir une autre. Puis une autre, puis un costume de nonne, un tailleur, une minijupe… Ainsi, c’est cela la « revue d’habits », un strip-tease très spécial nous exposant les stades du vêtement de la femme au fil des ans (pour cause de limite physique cependant, la liste n’est pas exhaustive). Pendant ce temps, son compagnon (Tsirihaka Harrivel) s’occupe de la musique ; il a lancé une musique de fond et joue de la guitare électrique par-dessus. Sous les rires des spectateurs, la jeune femme finit complètement nue. Elle court vers un clavier et se met à en jouer et à taper avec des baguettes sur une percussion au-dessus d’elle, faisant un bruit sourd. Leur musique, lancinante et entraînante, continue jusqu’à ce que l’homme couvre la femme d’un peignoir et qu’ils annoncent la « fin de la revue ». Le temps de se changer et de ranger le sol couvert de vêtements, et ça repart.

Une des nombreuses particularités de ce spectacle est que Vimala Pons porte, au sens propre du terme, tout sur elle. A l’instar du mannequin dans la première revue, elle porte aussi une poutre (sur laquelle Harrivel lance des couteaux), une machine à laver, et d’autres objets illustrant les différents thèmes des revues, et son propos. Un geste hautement symbolique, et qui a le don d’impressionner le spectateur à chaque fois, les objets devenant de plus en plus imposants. Cela souligne aussi une certaine dimension du spectacle référant à l’art du cirque. Dans cette même optique, la spécialité de Harrivel est de s’accrocher à différents objets soulevés du sol par une installation électrique manipulée via des boutons par sa partenaire, et, à la fin de ce trajet aérien, de se laisser glisser sur ce qui ressemble à une rampe de skateboard à la pente vertigineuse. A chaque fois, le public retient son souffle, mais il se réceptionne toujours avec grâce, pour généralement effectuer une action en rapport avec le thème de la revue : enlacer sa partenaire, renverser une table garnie d’un gâteau d’anniversaire, ou parler dans un micro qui nous transmettra en décalé, quelques secondes plus tard, ce qu’il a chuchoté.

La Revue extraite est celle que j’ai le plus appréciée. On découvre l’incroyable talent d’actrice de Vimala Pons au travers de cette peinture théâtrale des différentes humeurs de l’être humain. Calme forcé, stress, tristesse et pleurs bruyants, rires tonitruants, la comédienne passe d’un état à l’autre en une fraction de seconde, avec une virtuosité presque déstabilisante. Elle finit même par se casser des assiettes sur la tête, et change de personnage à chaque assiette ; l’effet en est encore plus frappant.

On sort de ce spectacle réjoui par tant d’énergie, mais aussi avec des interrogations dans la tête et le conseil de la part des interprètes de continuer la pièce en sortant, dans notre vie réelle, car, « le thème du spectacle, c’est ce qui nous échappe et ce qu’on raconte malgré nous.

Lola Niedermayer

Grande est une création des artistes Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons, deux figures du Cirque d’aujourd’hui qui travaillent ensemble depuis 2005. Le spectacle est composé de cinq « reprises » et raconte l’histoire d’amour des deux protagonistes, relation qui chancelle entre la sensualité et la haine, la séparation et la reprise, la lenteur et la rapidité, la profusion d’émotions et le recul. En fait, l’histoire racontée est très saccadée ; le fait que Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons annoncent leur spectacle avec les mots « On commence par la fin » illustre que les différentes « reprises » ne suivent pas un ordre chronologique ou logique, mais un rythme particulier aux deux artistes. Ainsi, c’est au spectateur de compléter les lacunes entre les scènes, et d’identifier l’histoire sous-jacente qui, dans la multitude d’images, semble parfois se brouiller.

Ce qui étonne le plus en regardant le spectacle, c’est l’utilisation des décors, la scénographie en général qui absorbe le spectateur : la rapidité avec laquelle les artistes changent d’accessoires pour illustrer leur propos capte l’attention du spectateur et crée un effet d’ambiguïté entre le rire, l’étonnement sur l’acrobatie et la profonde tristesse qui marque l’histoire de la séparation et des échecs.

Le choix intentionnel des costumes est illustré dès le début du spectacle. Puisque l’aspect vestimentaire joue un rôle important dans l’histoire d’amour, Vimala Pons paraît dans la première reprise dans une robe de mariée qu’elle enlève et sous laquelle elle porte une robe tzigane, qu’elle enlève de nouveau, etc. Sous la robe de mariée, de multiples identités identifiables grâce aux habits (robe d’une religieuse, burqa, tablier d’une femme à ménage, slip d’une strip-teaseuse…) jusqu’à la nudité, qui ne semble d’ailleurs pas être un choc pour le public, car celui-ci l’a attendu à cause du mannequin nu que Pons balance dès le début du spectacle sur sa tête, acrobatie remarquable, tout en se déshabillant.

Un deuxième aspect de la scénographie est l’utilisation des techniques et médias qui donnent l’impression de la multiplication des identités des deux acteurs, qui, accompagnés du rythme haletant d’une batterie, accomplissent tous les actes eux-mêmes. Ainsi, les acteurs ont recours au retardement sonore : si un acte d’acrobatie au deuxième plan de la scène suit à une phrase prononcée dans un microphone au premier plan, le microphone est, au moment où ils prononcent leur phrase, sourd ; et quand l’artiste a atteint sa position pour l’acrobatie, la voix recordée est jouée et ajoutée par les mots de l’acteur sans microphone. Ceci crée un effet de multiplication et superposition d’identités, car le décalage temporel et le mélange avec le live mêle le passé au présent, ce qui souligne l’aspect de la mémoire et de l’écho des paroles dans la relation homme-femme.

Un troisième aspect qui contribue au rythme trépident de la représentation est l’utilisation de l’espace, et le choix des actes d’acrobatie par Harrivel et Pons. Le fait que les deux acteurs remplissent toute la scène par leur mouvement (qui semble parfois gratuit, comme les acteurs courent au mur de l’arrière-plan juste pour le toucher et pour retourner au milieu de la scène) influence la perception de la relation amour/haine du couple : la chasse du moment, l’absorption dans des efforts infructueux et la grossièreté dans le contact avec le partenaire dans une sorte de danse grotesque brise la relation.
Tandis que Pons montre d’excellents actes d’acrobatie, balançant de divers objets (un mannequin, une échelle, un lave-linge, une barre en bois sur laquelle Harrivel jette des couteaux) sur la tête, Harrivel brille par l’acrobatie dans l’air : à de multiples reprises, il s’accroche à des objets divers (une chaise, une porte, un microphone) et est enlevé dans l’air par un crochet et tombe d’une hauteur d’environ cinq mètres sur un toboggan en chute libre sur terre. L’effet de surprise sur l’aisance physique des acteurs, et le rire sur le choix des accessoires utilisés donne portant un effet tragique qui est inhérent à la relation brisée et reprise à maintes fois sans succès des deux protagonistes.

Andrea Possmayer
Photo : Pons/Harrivel