Gala

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En 2015 Jérôme BEL signe un nouveau spectacle, après Disabled Theater : Gala au Théâtre de la Ville. Il décide de mettre sur scène au même titre que des professionnels, des amateurs de danse. C’est ainsi que la magie s’opère.

Tout commence par un diaporama de cinq minutes sur différentes scènes. Tantôt des scènes de grands théâtres, imposantes et officielles, tantôt des créations de scènes sur un terrain vague avec quelques. Le monde devient alors un théâtre, le spectacle auquel on assiste sur la scène du théâtre de la Ville peut aussi bien se produire dans le quotidien ou sur des scènes amateurs. Ce n’est pas la scène qui fait le spectacle mais son contenu et l’interaction entre un public et des artistes. Ici, les artistes, amateurs et professionnels ont un objectif précis : partager avec nous l’expérience d’une activité qu’ils aiment et qui leur procure du plaisir. C’est moins la chorégraphie que la passion et la sincérité avec laquelle elle est effectuée qui nous touche.

Le spectacle se déroule en deux parties. Les danseurs commencent par effectuer, un par un, un exercice de danse : la pirouette, le saut, la valse puis le salut. Chacun fait son pas du mieux qu’il puisse, de façon sincère et appliquée quand bien même il ne serait pas parfaitement exécuté. Les accoutrements sont souvent ridicules, et les danseurs jouent avec ce décalage. D’une telle manière que se substitue à la tentation du rire moqueur ou de l’offuscation, une complicité émouvante et drôle entre le public et les artistes. Puis arrive la seconde partie, beaucoup plus personnelle introduite par une séance de « trois minutes d’improvisation, en silence, tous ». Les danseurs disposés sur la scène se laissent aller aux gestes qui leurs plaisent et nous offre une image éclectique dans laquelle le spectateur peut lui-même se retrouver. Enfin les danseurs s’illustrent dans différents numéros personnalisés, tel que le pas de Mickael Jackson, un solo, un chant de Dalida. C’est une évolution partant de la danse classique conventionnel à l’expression personnelle de celle-ci : chaque danseur effectue sa chorégraphie sur du hard rock, du classique ou de la pop, et la compagnie suit. Ils partagent entre eux autant qu’ils partagent avec le public et créent ainsi un lien fort au sein du théâtre.

La danse, ici, apparaît donc comme une expérience personnelle ouverte à tous, qui révèle à soi-même et aux autres, ses faiblesses comme ses forces. Le spectateur s’imprègne plus du plaisir qui émane de la danse que de son esthétisme. Gala est un spectacle qui fait du bien du fait de sa spontanéité et sa sincérité qui redéfinit les dogmes de la danse sur scène et qui permet au public de s’en détacher. Ce spectacle nous apparaît comme une réalisation artistique et psychologique qui rappelle nous que l’art, pratiqué à n’importe quel niveau mais avec amour nous permet de nous révéler et nous élever, et finalement, nous émeut.

Clotilde Parlos

Gala selon le dictionnaire du Larousse est un spectacle exceptionnel donné au profit d’une œuvre ou en hommage à quelqu’un.
Dans ce spectacle les acteurs rendent hommage à la danse, sous toutes ses formes. De l’exceptionnel, Gala en est imprégné de par ses costumes, son répertoire musical, sa mise en scène, ses supports d’expressions… autant d’élément qui font de ce spectacle un événement unique.

Le spectacle s’ouvre sur un long diaporama (8 min environ). Des lieux de représentations défilent sous nos yeux, à travers différents pays, de la plus belle salle d’opéra à l’estrade du marché, du spectacle de marionnette au majestueux ballet.
Ces huit minutes, interminables, exaspérantes pour le spectateur en disent pourtant long sur ce spectacle qui utilise la diversité pour créer une harmonie parfaite.

Puis sur une scène vide, avec pour seul décor un panneau indiquant la danse qui va suivre (ballet, valse, moonwalk…), défilent les danseurs, un à un, mêlant les styles vestimentaires, les âges ou encore les modes d’expressions. Ces prestations individuelles font rires, touchent, nous renvoient à notre propre expression corporelle et notre amour pour la danse. Que les danseurs soient brillants ou qu’ils tentent maladroitement de réaliser des figures célèbres de la danse, une véritable complicité se crée avec les spectateurs. Et c’est dans cette joyeuse atmosphère que les danseurs se retrouvent ensemble sur scène pour la deuxième partie du spectacle. Ils ont échangés leur costume, et tentent de suivre les pas d’un des acteurs sur des musiques à la fois variées et entraînantes.

Dans ce spectacle authentique, attachant et humain, Jérôme Bel nous propose une réflexion sur les codes de représentations traditionnels : qui peut monter sur scène ? L’amour de l’art et la volonté de le communiquer ne sont-ils pas suffisant ? Si l’art, et en particulier la musique et la danse, se décline sous des formes multiples, n’en demeure-t-il pas moins source d’unité et un mode d’expression idéal ?
Quoiqu’il en soit la danse doit être célébrée et fêtée, ce que le metteur en scène nous invite à faire avec brio au cours ce spectacle !

Fabiola Le Tournoulx

“Alors que le rideau s’abaisse soudain sur scène, je reste saisie de colère, muette au milieu des applaudissements déchaînés de la salle du Théâtre de la ville, pleine à craquer. Rarement un spectacle ne m’a autant affligée… Gala n’est qu’une succession de tableaux thématiques, fruit d’ateliers de danse menés par des amateurs en Seine-Saint-Denis et le chorégraphe Jérôme Bel, dans un optique humaniste et universalisant. Et pourtant, au cours de cette longue heure, je n’ai ressenti qu’un profond malaise teinté de pitié pour cette vingtaine de danseurs amateurs et professionnels, coincés dans les engrenages grinçants d’un spectacle malsain.

Première scène : les corps se succèdent, s’élancent maladroitement un à un, s’efforçant avec difficultés, d’imiter entrechats, sauts, saluts. On retrouve des jeunes enfants, hommes, femmes, handicapés, personnes transgenres, âgées ou en surpoids, et puis, une poignée de danseurs professionnels. « Ballet », « Valse », « Mickaël Jackson », tout au long de ces différents tableaux, le spectacle se résumera à la mise en scène des difficultés de ces corps bruts. Mouvements inachevés, précipitations, chutes, et cela jusqu’au tomber du rideau.

Je voudrais dire à M. Jérôme Bel que le travail d’amateur n’a rien à voir avec la médiocrité, mais avec l’envie, le plaisir, l’enjeu du surpassement de soi. Ai-je vu de la joie sur les visages fermés, timorés, de ces hommes et femmes à qui l’on demande ce qu’ils ne savent pas faire, et cela, sur une scène, devant des centaines de spectateurs qui ne parviennent pas à retenir leurs éclats de rire : les deux femmes âgées ne peuvent se baisser ou se mettre au sol, encore moins sauter, un petit garçon se prend un bâton de majorette dans l’œil et se met à pleurer… Cette situation est belle et bien ridicule, et ils en sont conscients. Sourires gênés. Le chorégraphe prétend intégrer des corps qui sont d’ordinaire rejetés dans le monde de la danse. Or, il me semble qu’au contraire, avec beaucoup de cynisme, il a refusé d’approfondir le moindre travail chorégraphique, comme pour mieux mettre en évidence les difficultés rencontrées par ces corps. De la même façon, la présence de rares danseurs professionnels au sein du groupe souligne encore davantage cette maladresse, car, contrairement aux dires de Jérôme Bel, la comparaison s’impose, et au détriment des amateurs, bien sûr.

Par ailleurs, pense-t-il véritablement être révolutionnaire en convoquant sur scène des ébauches maladroites et stéréotypées de danses populaires ? Peut-être ce chorégraphe a-t-il raté quelques dizaines d’années de revalorisation de danses traditionnelles ou populaires. Loin d’être novateur, Jérôme Bel est la triste incarnation d’une génération de chorégraphes tournés vers le passé, malgré ses revendications avant-gardistes.”

Lili Aymonino

Avec Gala, pièce créée pour le Festival d’Automne à Paris en 2015, Jérôme Bel questionne notre conception de la danse et du spectacle en général. Il y fait danser une troupe de danseurs amateurs ou professionnels de tout âge et surprend les attentes du public, habitué à la danse plus institutionnelle du Théâtre de la Ville.

Le spectacle est divisé en plusieurs sections : « ballet », « salut », « Michael Jackson » et « compagnie compagnie », parmi les plus marquantes. Dans chacune de ces sections, comme leur nom l’indique, chaque danseur nous présente sa version du « ballet » classique ou bien du « moonwalk » de Michael Jackson. Les danseurs défilent ainsi un à un sur la scène vide avec une musique en continue, et effectuent leur mouvement tiré de la danse classique. Ici on perd toute hiérarchie entre danseurs professionnels et amateurs, que Bel contraint au même espace, à la même musique et la même durée. Si l’on est ébahi par la grâce des danseurs classiques, on est également fasciné par l’enthousiasme des amateurs ou bien touché par leurs maladresses. Car en effet, on est parfois gênés par leur fragilité. Ils ne maîtrisent pas tous les codes de la danse institutionnelle et nous forcent ainsi à déshabituer notre regard. En effet, parmi les danseurs se trouve une femme handicapée, qui danse depuis son fauteuil roulant, imitant les pirouettes et les sauts de ses compagnons. Si on se trouve gêné au début par ce décalage, on est également profondément touché par sa grâce fragile. Cette gêne ressentie par le public se transforme donc vite en exaltation. On se réjouit avec les danseurs de leur plaisir à être sur scène.

Dans la section « compagnie compagnie », chaque danseur se place devant le groupe et présente sa propre chorégraphie, que tous les autres suivent tant bien que mal. Ici chaque danseur a la liberté de présenter son propre univers : un hard rock décoiffant, un zouk sensuel, un lip synch endiablé ou encore une danse sautillante. Ici Bel nous offre la possibilité d’entrer dans l’univers du danseur, comme le font ses compagnons. Il souligne la multiplicité des styles et les met tous sur un pied d’égalité. Cela renvoie d’ailleurs à l’ouverture du spectacle, où est projeté un diaporama de photographies de différentes scènes de théâtre à travers le monde, d’Epidaure à l’Opéra Garnier en passant par les théâtres de marionnettes. Ce prologue, qui surprend a priori, prend sens au fur et à mesure du spectacle. Toutes ces scènes sont le miroir des danseurs. Le message de Jérôme Bel est le suivant: il n’y a pas un mais des théâtres, pas une mais des danses, qui ont toutes une valeur égale et qu’il présente de la sorte.

Lola Rémy

« Une célébration collective non professionnelle, sapant l’autorité du « bien danser » au profit du pur plaisir de se produire » Florian Gaité.

Dans le spectacle de danse de Jérôme Bel, Gala, produit en 2015, on assiste, comme son nom l’indique à un gala, qui présente en cette fin d’année les incroyables talents du club de danse et des enfants de l’école. Cette forme qui appartient à la culture populaire et non pas au théâtre officiel, est pourtant représentée au Théâtre de la ville, institution par excellence. Ceci questionne le spectateur : qu’est ce que la (bonne) culture ? Interrogation mise en abyme au début de le représentation par la projection, un peu longue, de photographies de différents lieux de spectacle, sans hiérarchie sociale ou culturelle : théâtre chinois, estrade de la place du village, salle à l’italienne avec ses dorures et ses rideaux rouges ou scène du Moyen Orient encadré de vert. Une joyeuse diversité, mais la scène et les sièges du public restent vides. C’est cette absence que le reste du spectacle va combler, à travers différentes séquences de danse sans préférence générique: le ballet, la pirouette, le moonwalk de Mickael Jackson… autant de mini spectacles où chaque danseur à tour de rôle s’essaient à une nouvelle performance. Certains sont des professionnels, d’autres pas : ce n’est pas un théâtre social qui exhiberait l’amateurisme sur la scène officielle, ce qui rendrait le clivage encore plus fort. C’est plutôt un rappel du bonheur de la danse, bonheur que tous peuvent connaître, le professionnels comme les amateurs mais aussi les enfants, les personnes âgées, les hommes et les femmes, les handicapés. Ainsi, si nous rions de la maladresse de certains, c’est toujours avec beaucoup de tendresse. On ne se moque jamais car ce qui nous est communiqué c’est la joie et l’amour de la danse. La scène entièrement vide à l’éclairage sobre permet un investissement complet de l’espace par ces corps disparates aux costumes bariolés et pailletés. Cette esthétique du fragment, avec l’hétérogénéité des talents et des couleurs, et même celle des corps, est non seulement une ode à ce qui nous rassemble ; faire ce que l’on aime, le communiquer, mais aussi un espace vraiment démocratique. Chacun des danseurs est en effet libre de s’exprimer, notamment dans le passage final, où, comme au jeu du chef d’orchestre, tout le groupe suit la proposition d’un seul, sur la musique qu’il a choisit. A un moment, une chanson de Nina Simone , c’est la chorégraphie d’une danseuse en fauteuil roulant : grâce absolue. Célébrer l’amour de la danse en liberté et faire de la scène une grande fête – sans exclusion et sans jugement, c’est ce que Jérôme Bel réalise avec brio dans Gala.

Marie Gué

Qu’importe la différence, la haine, la mort, puisque nous sommes vivants ?

Voilà comment nous pourrions résumer l’émotion incroyable qui s’empare de nous devant l’enthousiasme des danseurs qui sont de tout horizon, milieu social, de tout âge et qui s’expriment intimement dans Gala. Émotion, qui va en crescendo, au fur et à mesure que les différents portraits s’enchaînent et se mêlent. Une quinzaine de personnes évoluent sur scène, une à une, puis en une communauté joyeuse derrière l’écriteau « compagnie, compagnie » qui emporte le public avec elle. Gala porte bien son nom, car ce spectacle est une invitation à danser pour tous. La mise en scène de Jérôme Bel rend compte d’un pari : faire monter sur une scène du cœur parisien amateurs et professionnels, avec leurs atouts et leurs imperfections, ce qui nous permet aussi de sourire. Jérôme Bel crée une atmosphère où l’individu est la seule focale qui importe : il n’est pas question de qui l’on est, de notre apparence, de notre technique artistique, ce qui compte c’est ce que l’on fait et l’émotion que l’on veut faire ressentir. Le théâtre de la ville, sur la place du Châtelet, accueille ici une des rares expressions de théâtre démocratique, où l’on retrouve de façon presque incongrue des personnes jeunes, voire très jeunes, danser aux côtés de personnes de couleur, ou de quinquagénaires que l’on pourrait croiser demain au détour d’une rue. Des individus au corps non athlétique, des habits étranges, à paillettes ou à motifs géométriques, c’est un véritable mélange de genres, une explosion de couleurs qui ravi le public. Si le début du spectacle peut sembler lent avec beaucoup d’apparitions solitaires, il permet néanmoins de dresser le portrait de chaque artiste et, en l’espace de seulement une heure et demie, de s’y attacher. Chacun danse avec son corps, avec ses tripes, et chante même parfois, emporté dans son élan de vie. Puis quand ils se rassemblent pour danser tous ensemble, notamment dans la dernière partie de la représentation, en suivant les pas d’un meneur, ils échangent leurs vêtements et leur souffle se synchronise, leurs sourires s’irradient et rebondissent sur le front de chaque spectateur. Si au début, le public a tendance à saluer les prestations les plus techniques, au fur et à mesure, l’assistance prend plaisir à toutes les performances, du moment qu’elles sont vivantes. Chaque corps reprend alors sa place dans cet espace privilégié qui est la scène, et c’est cette confiance qui est contagieuse. Au fil des panneaux qui annoncent les thèmes, des portraits originaux de personnes ordinaires sont érigés sans parole, sans discours. Et nous voilà dans un monde où monter sur scène ne rime pas avec privilège.

Avez-vous déjà vu une petite fille danser la valse avec une sexagénaire en combinaison moulante ? Avez-vous déjà vu un danseur professionnel classique danser le moonwalk en pantalon rose à paillettes ? Avez-vous déjà vu une personne en fauteuil roulant faire un grand jeté ? Avez-vous déjà vu un homme en robe balancer sa tête violemment sur du hard rock ? Avez-vous déjà vu une vague mouvante et hétérogène se balancer dans des mouvements de danse contemporaine ? Avez-vous déjà vu une femme chanter Dalida sur scène grâce à son portable ? Avez-vous déjà vu une petite fille de 4 ans diriger une bande d’adultes sur fond de musique de film du studio Ghibli ? Avez-vous déjà vu un homme déguisé en marabout faire du twirling bâton ?

Moi, je l’ai vu. Et c’était magnifique.

Victoria Brun
Photo : Véronique Ellena