Y olé !

Danse | Théâtre national de Chaillot | Learn More


Y Olé ! est un spectacle de danse présenté au théâtre national de la danse de Chaillot. Il mélange des styles de danse très éclectiques qui forment cependant un ensemble harmonieux, dont les performances physiques sont à saluer.

Le chorégraphe est José Montalvo, dont les spectacles ont déjà été salués par la critique auparavant.

Seize danseurs se partagent l’espace scénique, en y mêlant styles différents. Il paraît intéressant de souligner leur diversité, très loin de l’uniformité classique. Les danseurs paraissent fonctionner par couple, avec des costumes simples aux couleurs correspondantes deux à deux (rouge, jaune, beige …). Contre toute attente les couples de danseurs ne fonctionnent pas par couleur, mais changent au fur et à mesure des tableaux.

Le thème est celui de la parade amoureuse. Le chorégraphe à voulu retourner la symbolique relativement péjorative du sacre du printemps, dont l’intrigue est beaucoup plus violente que les tableaux qui se sont déroulés sous nos yeux. A Stravinski succède Boccherini puis Los ojos verdes et enfin un compositeur japonais Takashi. Cela compose le premier tableau dont la consonance est nettement plus classique, même si c’est plutôt le flamenco qui se place comme étant le genre le plus représenté. Une véritable coupure s’opère entre les deux tableaux : il y a un noir scénique qui déclenche les applaudissements de la salle.

Le deuxième tableau a pour fond musical des chansons qui ont bercé l’enfance de José Montalvo, pour la plupart des rengaines espagnoles qui sont chantées par les danseurs eux-mêmes. L’ensemble est plutôt impressionnant, puisque cela signifie que la chorégraphie tient en partie sur la justesse et la coordination du chant et de la danse.

Cependant même si les performances sont à applaudir, la cohérence de l’œuvre complète est un peu difficile a comprendre. Les liens entre les deux tableaux et un fil rouge de l’histoire semblent difficiles à saisir.

On ressort de ce spectacle émerveillés par les performances physiques, mais avec beaucoup de questionnement quant aux choix des musiques et de la cohérence du spectacle dans son ensemble.

Camille Gho

Qui eut cru que flamenco, danse hip-hop et danse contemporaine faisaient si bon ménage ? C’est pourtant ce qu’a prouvé avec succès José Montalvo dans son dernier spectacle Y-olé ! Le spectacle est composé de deux parties : la première est une réinterprétation du Sacre du Printemps de Stravinsky et la deuxième, une série de chansons chorégraphiées, si l’on peut dire.

Le choix du Sacre du Printemps est intéressant : l’œuvre a en permanence porté des innovations chorégraphiques géniales. Comment dès lors proposer une nouvelle idée, qui soit à la fois originale sans être hors sujet ? José Montalvo, tout en rendant hommage à certaines versions ultérieures, livre une interprétation complètement neuve : c’est un sacre joyeux, loin du sacrifice terrible, plus proche de la célébration, de la fête. Dans des costumes colorés, presque Jacques Demyesques, les danseurs et danseuses dansent leur joie, tout sourire. L’élue demande « encore ! encore ! ». Ce n’est pas un corps de ballet, chaque interprète est un individu, rares sont les moments où deux danseurs font les mêmes mouvements. On retrouve bien sûr cette diversité grâce aux différents styles de danse, mais loin de donner un effet décousu, l’expérience aboutit à une réelle symbiose : chacun-e apporte sa pierre à l’édifice.

Paradoxalement, la chorégraphie nous semble très fidèle à l’œuvre de Stravinsky : si le côté populaire et traditionnel peut se trouver dans le flamenco, les danseuses accentuent également le côté rythmique de l’œuvre, puisqu’elles y ajoutent finalement des percussions. Voire le passage époustouflant lors duquel les danseuses de flamenco jouent seules, rien qu’en frappant des pieds et des mains : on reconnaît parfaitement la version « instrumentale » d’origine ! Le Sacre est comme un mythe : son destin n’est probablement pas de rester figé, on peut finalement penser que la version du 21e siècle de José Montalvo est une version, elle dégage certains aspects du mythe et choisit de les accentuer.

La deuxième partie, plus intimiste, nous fait penser à une explication du travail des danseurs. Construite à partir d’une suite de chansons, elle semble presque improvisée. On y voit bien la volonté d’exprimer une histoire ou un sentiment : celui que la musique inspire au chorégraphe et aux danseurs et danseuses. Sur des musiques très éclectiques : chants traditionnels andalous, classiques nord-américains… Petit à petit, des duos se font, C’est là que se croisent de nouveaux hip-hop et flamenco : on assiste à des sortes de « battle » entre danseurs, sans compétition bien sûr, mais comme si chacun et chacune voulait montrer ses capacités, impressionner, mais également admirer ce que l’autre lui propose de contempler…

C’est un triomphe bien mérité, on voudrait que ça ne s’arrête pas.

Sarah Müller

Quand le cœur de la danse vibre au son du flamenco

Le spectacle Y Olé! de José Montalvo présenté au Théâtre National de la Danse de Chaillot le 14 janvier propose une expérience de métissage des cultures, des corps et des sons en se servant de la danse flamenco en guise de fil d’Ariane.

L’expérience dépaysante commence à l’entrée de Chaillot à l’architecture austère et grandiose qui semble nous projeter dans une dystopie ou dans un décor de cinéma. Des fresques de Maurice Denis jalonnent notre descente dans les entrailles du théâtre pour accéder à la salle.

Le spectacle est en réalité composé de deux variations très distinctes. Dans une première composition le chorégraphe propose une réécriture du Sacre du Printemps où la musique de Stravinsky est scandée par les pas de flamenco. Puis, les autres variations font voguer le spectateur sur un océan tantôt calme tantôt tumultueux de souvenirs rythmés par les chants andalous.

La version de Montalvo du Sacre du Printemps met toute la fougue, la sensualité et la violence contenues dans le flamenco au service de ce ballet. Aucune vierge n’est sacrifiée. Montalvo dépeint ici une ode à la féminité tout en la tintant d’une touche menaçante. C’est la femme qui appelle l’homme, qui l’invite dans son intimité, lui offre une renaissance

Les souvenirs d’enfance de Montalvo sont brillamment mis en valeur par les installations de projections d’images numériques représentant un arbre à l’envers dont les racines tentent tant bien que mal de s’épanouir dans un ciel inquiétant. Les souvenirs suivent une logique décousue et parfois cocasse. Ils sont l’expression des mécanismes tortueux de la mémoire, juxtaposant souvenirs heureux et douloureux. C’est la danse qui célèbre les individus, les influences, les paysages de l’enfance de Montalvo.

Montalvo a habilement réussi à jouer avec les codes du flamenco. On retrouve l’image d’Epinal, presque exotique, que le flamenco véhicule dans l’imaginaire collectif tout en lui offrant de nouvelles perspectives. Le hip-hop, la danse classique, le swing mais aussi le mime viennent se greffer aux rythmes andalous. Les battles de hip-hop se mêlent aux sévillanes improvisées sans jurer. Même si une partie de la troupe est d’origine espagnole, les cultures des danseurs viennent s’approprier ce patrimoine culturel. C’est alors que le véritable métissage s’opère et que la danse déploie son pouvoir universalisant.

Montalvo transcende ses souvenirs pour s’inscrire dans le monde actuel. Son expérience de fils d’immigrant andalou dans le sud de la France résonne au-delà des frontières quand, sur une embarcation de fortune, la danseuse se met à chanter l’amour du pays abandonné.

Le spectacle terminé, les corps des danseurs nous laissent voir l’effort physique mais aussi l’instrument qui a permis de traduire l’immatérialité d’un souvenir par l’intensité de la danse.

Et le public a été touché. C’est à son tour de sentir la force du flamenco s’emparer de leurs pieds et de frapper le parquet pour montrer leur adhésion.

Victoria Robert

Le 14 janvier je me suis rendue au Théâtre National de Chaillot chorégraphiée par José Montalvo, un chorégraphe français d’origine andalouse. Une chorégraphie en deux temps avec dans une première partie Le Sacre du Printemps de Stravinsky et une deuxième partie composée de chansons populaires espagnoles le tout mêlant danses classiques et contemporaines ainsi que du hip hop et du flamenco.

Y Olé ! commence sur une explosion de couleurs sur le Sacre du Printemps de Stravinsky avec les costumes des danseuses et des danseurs faisant penser à des fleurs, le mélange des différentes danses et les zapateados, les frappes au sol des chaussures de flamencos battant le rythme, offrent un résultat très impressionnant. Le mélange de la musique slave et des rythmes très nerveux du flamenco. Un grand écran derrière la scène montrant deux personnes battant des pieds sur une terre aride ce qui fait pousser un cerisier à l’envers.

Dans le second tableau, l’ambiance change. Ça commence par une danseuse chantant Dream a little dream of me d’Aretha Francklin, puis un bateau sur une plage en hiver apparaît. Ici les danseurs évoluent au rythmes de chansons populaires espagnoles parlant d’amitié, de famille et finissent sur une magnifique ode au retour vers les terres natales.

Les projections me semble superflues et ne me paraissent pas ajouter quoi que ce soir à la représentation. Cela pourrait même dévier le regard du spectateur de ce qui se passe sur scène.

En entrant dans la salle, avant le spectacle, j’ai entendu une dame répondre « Je ne sais pas trop. » à sa fille lui demandant ce qu’elles allaient voir ce soir. En sortant de ce spectacle je ne saurais toujours pas définir exactement ce que j’ai vu si ce n’est que le moment partagé a été apaisant même s’il ne m’a pas fait ressentir la chaleur habituelle liée aux spectacles de flamenco.

Céline Teigny-Cerneaux
Photo : Patrick Berger