The lighthouse

Opéra | Athénée Louis-Jouvet | Learn More


Le vendredi 28 avril 2017 se joue au Théâtre de l’Athénée – Louis Jouvet The Lighthouse, opéra de chambre dont la musique et le livret ont été écrits par le compositeur écossais Peter Maxwell Davies en 1980.

L’intrigue, fondée sur un fait divers réel, se déroule un soir de 1900 au large des Hébrides extérieures, au large de l’Écosse : il s’agit de chercher à savoir ce qu’il est advenu des trois gardiens du phare, disparus sans emporter leurs affaires et jamais revus depuis. Entre suicide collectif, accident et événement surnaturel, les hypothèses ne manquent pas pour tenter d’expliquer le mystère d’une telle évaporation.

Toujours est-il que le spectacle commence dans un cadre exceptionnel, la salle à l’italienne de l’Athénée, classée Monument Historique pour ses boiseries et splendeurs architecturales, aux résonances acoustiques de rêve. Sur la scène, le décor des scénographes Laure Satgé et Valentine de Garidel, baigné par les lumières de Jean-Didier Tiberghien, affiche une sobriété élégante qui préfigure la simplicité resserrée de l’action : autour d’un mât censé évoquer la verticalité du phare se dressent les trois personnages de la pièce, autant de gardiens incarnés par le ténor Christophe Crapez, le baryton Paul-Alexandre Dubois et Nathanaël Kahn, basse. Ce dépouillement annonce en effet la concentration temporelle des événements, reflétée par la durée elle-même brève de l’opéra (une heure dix), autant que le confinement spatial des protagonistes, coincés dans un véritable huis clos infernal qu’impose la permanence d’une tempête au-dehors.

D’abord très statiques, les interprètes, dirigés par le metteur en scène Alain Patiès, investissent rapidement et s’approprient au fur et à mesure l’espace scénique à leur disposition, que ce soit horizontalement ou verticalement, grâce notamment à un escalier en vis permettant l’ascension simultanée à une rotation autour de l’axe par les chanteurs lyriques. C’est alors que s’élève la musique contemporaine de l’ensemble instrumental Ars Nova, mené par Philippe Nahon. Variée, elle emprunte aux chants folkloriques celtes, aux morceaux plus lyriques et aux pièces liturgiques. Les inspirations remontent même aux épisodes vétéro-testamentaires, entraînant leçons bibliques d’iconoclasme, contre récits empreints de romantisme ou glorifications de l’immoralité. Les personnages s’opposent ainsi frontalement, s’érigeant chacun comme le porte-parole des principes d’existence desquels se départissent les deux autres. Ce temps de conflit idéologique, qui s’accompagne de divergences d’ordre purement empirique, coïncide avec la dynamisation de la scène, tandis que le dénouement clôt un apaisement et une inertie retrouvés après les remous de la confrontation.

Que les interprètes soient à l’unisson, sur une harmonie commune, ou au contraire chacun dans son propre registre d’affect, la virtuosité de leur chant transparaît dans tous les cas, sans doute du fait du remarquable travail effectué par le chef de chant Jean-Yves Aizic, mais surtout par le talent de chaque chanteur, aux identités vocales singulières et bien discernables l’une de l’autre. Les accents majestueux de la musique de Peter Maxwell Davies sont parfaitement rendus dans leur diversité par l’identité sonore des trois hommes, de même que les brusques changements de rythme et les ruptures mélodiques ponctuant çà et là la partition. C’est par conséquent un très beau spectacle que cette représentation d’une rencontre de trois êtres humains, que les voix contrastées posent d’emblée comme trois individualités psychologiques fortement différenciées, rencontre de surcroît servie par la combinaison d’une performance scénique, chantée tout autant qu’orchestrale, et en outre capable de susciter émotion musicale profonde et réflexion chez le spectateur sur le rapport à autrui.

Marianne Bouyssarie

Dans quel univers sommes-nous ? Que se passe-t-il ? Mais où sont passés les gardiens de phares ? Suicide ? Accident ? L’impact du surnaturel sur la vie de chacun ? Cet opéra intitulé The Lighthouse, en anglais et surtitré en français, est inspiré d’un fait réel. Il ne faut pas oublier la mort du compositeur Peter Maxwell en mars dernier, à l’âge de 81 ans. Cet opéra nous dresse une satire intéressante de faits qui sont encore d’actualités : les dangers de la mondialisation et le remplacement de l’homme par la machine. Ainsi, nous avons un rapport entre tradition et modernité vis-à-vis du contenu de l’intrigue et dans le traitement musical de l’œuvre. En effet, à travers cet opéra nous pouvons voir le mélange de différents types de musiques, qu’il s’agisse de musique traditionnelle celtique ou de musique contemporaine. Cette œuvre s’inscrit dans une lignée de l’ « étrange » britannique. L’œuvre s’appuie sur les conventions de l’opéra avec une dramaturgie intense, l’ensemble instrumental est de surcroît intégré à l’intrigue. (le cor incarne l’enquêteur dans le prologue), le chant traditionnel nous permet de voir la présentation des trois gardiens alors que la musique contemporaine tend parfois à la figuration. Ainsi, on se trouve dans des univers parallèles,  entre expressionnisme et impressionnisme, onirique et prosaïque, représentation et faux-semblants.

L’inspiration de cette œuvre me vint à la lecture du livre de Craig Mair consacré à la famille Stevenson d’Edimbourg. Cette famille compte parmi ses membres, outre le célèbre écrivain Robert Louis Stevenson, plusieurs générations de gardiens de phare et de dockers. En décembre 1900, le navire ravitailleur “Hesperus”, basé à Stromness, dans les Orcades, fit sa tournée de routine au phare des îles Flannan, dans l’archipel des Hébrides. Le phare était inoccupé.  Les trois lits et la table semblaient avoir été abandonnés à la hâte, et la lampe, quoique éteinte, était en parfait état de marche. Les hommes s’étaient volatilisés dans les airs. Il y a eu de nombreuses spéculations sur le comment et le pourquoi de la disparition des trois gardiens.  Mon opéra ne propose pas de solution à ce mystère, mais montre ce qui peut arriver lorsque trois hommes se trouvent bloqués dans un phare en pleine tempête, longtemps après le moment où ils espéraient être relevés, et que la situation devient tendue.

Si l’acte unique qui constitue le corps de l’opéra s’ouvre sur une scène d’affrontement lyrique digne de Puccini, Peter Maxwell Davies en fait dévier le cours musical et symbolique à travers les trois chansons des gardiens disparus, aux contours instables, véritable patchwork stylistique qui restera l’une des marques du compositeur dans ses opéras ultérieurs tels Mr. Emmet takes a walk (2000) et Kommilitonen ! (2011). Le finale, apothéose furieuse et apocalyptique, voit l’orchestre prendre de plus en plus de place, telle la peur qui vient à bout de la raison des protagonistes.

Franck Calard

Dans un décor original et détaillé la pièce The Lighthouse nous a illuminé au sens littéral et figuré. Un phare, voilà ce qu’essaye d’être cette pièce, une lumière qui essaye d’éclairer le chemin des acteurs et des spectateurs. Le plus marquant de ceci fut le fait qu’égarés, les acteurs éclairaient avec les lanternes les spectateurs. Le phare lui-même nous éblouissait de temps à autre, ce qui d’ailleurs n’était pas nécessairement agréable pour les yeux.

Comédie musicale, The Lighthouse est entièrement en anglais. Nous arrivions à suivre l’histoire grâce aux dispositifs de traduction installés de part et d’autre de la scène. A ce titre, j’ai trouvé que cela était dommage que ce soit en anglais, l’histoire était largement comprise par les gestes des acteurs, mais parfois on pouvait se perdre en essayant de comprendre les paroles à la lecture et perdant alors de vue la scène en tant que telle. En effet, le théâtre est aussi pour beaucoup le fait de regarder une scène, alors que souvent nous lisions les paroles. Si ça avait été un texte récité et un dialogue normal, peut-être la compréhension aurait été plus simple, mais le chant rend souvent la compréhension textuelle plus difficile en raison des obligations rythmiques et rimes sonores. Mis à part cela, beaucoup des propositions scéniques étaient intéressantes.

En effet, j’ai commencé par dire que la pièce nous illuminait. Elle illumine les acteurs car ils sont mis sous notre regard, la lumière éclaire leur scène. Mais paradoxalement, ils se retrouvent à l’intérieur du phare. Ils sont dans la source de lumière, mais ils ne sont pas la lumière. Car le décor le montrait bien, le phare illumine au loin, illumine le dehors, illuminait aussi la salle. Mais cette lumière du phare n’illumine pas l’intérieur, et là résidait l’histoire de la pièce. Ce mystère que les trois marins ne comprennent pas. Où sont passés les trois responsables du phare ? La table était mise, pas de trace, une disparition… Et c’est là aussi où réside le paradoxe, on ne comprend pas toujours, nous spectateurs ce qui s’est produit.

La scène a commencé dans la tempête, les ténèbres donc, l’hallucination. Le bateau et son audacieux voyage sont la métaphore de l’incertitude, de l’incertitude du marin qui ne sait pas où il va, qui attend et regarde au loin voir s’il ne trouve pas enfin la lumière recherche. Mais ce sont aussi les ténèbres de l’homme en général, de chacun de nous à la recherche d’un but, d’une rive sur laquelle reposer. Et la lumière, le phare, sont le symbole de ce graal, de cet objectif que tout homme cherche. On cherche la lumière, on cherche aussi le bout du tunnel. Or, là se renverse la pièce. Ils atteignent la lumière, mais cette lumière est obscurité, mystère, incompréhension. Et le chant se justifie pleinement dans ce récit inhérent à l’histoire racontée, car le chant est presque comme une litanie, un psaume de tout homme à la recherche de l’idéal. De plus, ce qui m’a le plus marqué de la pièce c’est la présence de véritables instrumentistes. C’était la première fois que j’assistais à une pièce où des musiciens jouaient en direct depuis la fosse. Je trouve que cela conféra la valeur de présence. Souvent au théâtre on insiste sur un jeu au présent. D’une représentation l’autre l’esprit de la pièce et les émotions des acteurs peuvent varier. La richesse de l’acteur et son talent, est de savoir aussi utiliser toute son humanité et de rendre présent son personnage à ses propres émotions. Or, le chant, et la musique en direct étaient des facteurs de présence et d’authenticité. La musique off peut aussi enrichir une pièce, mais il est indéniable que cette authenticité donne une part plus importante de vivant à la pièce.

Il n’est d’ailleurs pas étonnant que l’une des scènes raconte l’opposition entre le Dieu auquel le plus jeune des marins croit et l’athéisme des deux autres marins plus âgés. Cette focalisation sur un Dieu, une force surnaturelle et puissante métaphorise quelque part la quête des hommes d’un absolu. Et l’absolu semblerait dans cette pièce n’être pas atteignable. C’est comme si les trois marins arrivaient enfin à la fin de l’arc-en-ciel et qu’il n’y avait pas d’or. Ici ils arrivent au phare, et cela ne les éclaire pas davantage.

En somme, cette pièce m’a semblé une perle de réflexion. La mise en scène, la musique et le jeu d’acteurs ont créé l’atmosphère d’une véritable réflexion. Aussi la qualité artistique et musicienne des acteurs était remarquable et la pièce pouvait être vécue comme un concert en direct. Je retiens surtout une réflexion sur la lumière, indéniable fil conducteur de la pièce dont seul le titre en témoigne d’emblée: The Lighthouse.

Solène Crépin

D’abord la pulsation de la couleur inondait le golfe de bleu ; le cœur se dilatait avec elle et le corps tout entier avait l’impression de nager, pour être, l’instant d’après, arrêté et glacé par la noirceur épineuse des vagues contrariées.

– Virginia Woolf La promenade au phare, extrait du programme

Vendredi dernier je me suis rendue dans ce petit trésor parisien qu’est l’athénée théâtre Louis-Jouvet, pour assister à l’opéra anglais The Lighthouse du compositeur Peter Maxwell Davies.

J’étais très intriguée et impatiente d’assister à la représentation ; sur scène, des éléments de décor rappellent à la fois l’intérieur d’un phare (au second plan) et un tribunal (au premier plan). Dans l’orchestre, quelques instruments sont en train d’être accordés.

Les trois choristes arrivent sur scène, et la salle est doucement plongée dans le noir. Habillés par des uniformes de ce qui semble être la marine, les trois artistes se succèdent à la barre pour déposer ce qui semble être une déposition, ou plutôt comme on se rend compte rapidement, des éléments d’enquête pour résoudre le mystère d’une disparition de trois hommes dans un phare.

Les propos sont confus, quelque chose échappe au spectateur, et il se perd aussi un peu entre le surtitrage et les expressions des artistes.

L’angoisse monte peu à peu. Il est question de brouillard, de mer d’huile, de silence assourdissant, et d’un phare isolé colonisé par les rats.

Soudain la scène bascule. Voilà que nos trois chanteurs passent quasiment dans les coulisses et troquent leur uniforme pour de gros pulls de laine et un bonnet. Trois nouveaux personnages émergent, et s’installe au milieu des éléments qui représentent l’intérieur d’un phare. L’un lit sa bible religieusement, les deux autres jouent, mangent. Une réelle tension palpable règne entre eux trois. On s’attend à les voir exploser, et réaliser l’hypothèse montée par les officiers précédemment.

L’angoisse est de plus en plus perceptible. Sensible au changement d’atmosphère, je me surprends à frissonner et à frotter mes bras pour me réchauffer.

Petit à petit, entre deux prises de bec, soutenu par une musique parfois stridente, l’opéra bascule dans une sorte de surnaturel mystique. Les personnages, après avoir révélé des lambeaux sombres de leur passé, sont harcelés par des hallucinations coriaces. Ils se tordent sur scène et semblent perdre la raison.

Le calme revient, et c’est le retour du premier groupe de personnages, les officiers, qui entrent dans le phare. Tout à coup, les pièces du puzzle se remettent en place. Les éléments se résolvent les uns par rapport aux autres, mais pourtant, un doute plane. Certes les officiers n’ont pas dit toute la vérité à la barre, mais en rentrant dans le phare, il reste des points sombres impossible à éclaircir.

L’opéra, est comme indiqué, « une tension entre un monde nouveau et un monde ancien ». A la fin de l’opéra, il est expliqué que le phare n’a jamais trouvé de relève ; personne ne souhaitait se retrouver dans cette pièce après la disparition. On finit par murer l’étage (« et ses fantômes avec ») et automatiser la lumière du phare.

Et en sortant, on a des milliers de questions qui tournent encore dans la tête.

Pour ce qui est de la musique, elle participe comme je l’ai dit plus haut, à rendre l’ambiance suffisamment oppressante pour coller au texte déclamé. Elle enveloppe littéralement le spectateur parce qu’à certains moments un trompettiste joue … depuis le premier balcon !

J’ai été vraiment touché par cet opéra et par l’ambiance qu’il réussit à dégager. J’étais un peu sceptique quand j’ai compris qu’il s’agissait d’un opéra en anglais (qui est pour moi assez inhabituel), mais au contraire, en comprenant quelques brides, ça permet d’éviter de passer toute la représentation à faire la navette entre les bandeaux de surtitrage et la scène, ce qui a tendance à dénaturer l’œuvre.

L’ambiance, qui tire surtout vers le gothique est exceptionnellement bien rendue aussi par le jeu de scènes des trois chanteurs.

D’après ce que j’ai compris, l’opéra est issu d’une histoire vraie, et j’ai adoré comment le compositeur a expliqué son ressenti des événements : « Mon opéra ne propose pas de solution à ce mystère, mais montre ce qui peut arriver lorsque trois hommes se trouvent bloqués dans un phare en pleine tempête, longtemps après le moment où ils espéraient être relevés, et que la situation devient tendue. »

Camille Gho

Le Théâtre de l’Athénée a accueilli dans sa magnifique salle le metteur en scène Alain Patiès et l’ensemble musical Ars Nova pour un opéra policier : The Lighthouse. Accompagnées par les musiciens, les voix masculines de Christophe Crapez (ténor), Paul-Alexandre Dubois (baryton) et Nathanaël Kahn (basse) nous entraîne dans l’œuvre de Peter-Maxwell Davies, le compositeur et auteur de The Lighthouse.

Inspirée d’un fait divers réel, l’action se déroule en décembre 2000 dans l’archipel des Hébrides. Trois gardiens ont mystérieusement disparu du phare où ils étaient supposés loger pour quelques temps. Trois hommes sont envoyés sur place pour tenter de comprendre ce qu’il s’est passé. Au sol gît une chaise, renversée sur le dos. Une tasse a été brisée. Un plat a été laissé sur la table. Devant ces indices peu significatifs, les gardiens chargés de l’enquête peinent à se mettre d’accord et la tension monte peu à peu. Dehors, la tempête se déchaîne et le jour décline… Les trois hommes n’ont d’autre choix que de rester pour la nuit.

Commence alors pour eux une nuit particulièrement sombre et agitée. « Mon opéra […] montre ce qui peut arriver lorsque trois hommes se trouvent bloqués dans un phare en pleine tempête, longtemps après le moment où ils espéraient être relevés, et que la situation devient tendue » dit Peter Maxwell Davies. Coincés entre les murs du phare, dans ce cadre intimiste, les personnages se dévoilent petit à petit. Ils révèlent leur personnalité, leurs passions, mais aussi leur passé et les démons qui les habitent. Ils racontent des histoires, chantent, jouent aux cartes, prient, blasphèment… jusqu’à se demander si le phare est réellement inhabité. Dans la nuit, les fantômes semblent s’agiter et leur jouer de mauvais tours. Un à un, ils perdent la raison et décident de suivre les appels que leur lancent les morts depuis de le fond de la mer.

Mais alors, qui viendra témoigner ? Qui pourra, après avoir refermé derrière lui la porte grinçante du phare maudit, témoigner de ce qu’il s’y passe ?

Pour cet opéra policier, les scénographes Laure Satgé et Valentine de Garidel ont créé un décor remarquable. La voile accrochée au milieu de la scène au début du spectacle nous plonge immédiatement dans l’ambiance. Les couleurs des objets s’accordent parfaitement entre eux et rappellent les tons gris et bleus des vêtements usés des marins. Le travail de lumière effectué par Jean-Didier Tiberghien est également magnifique. L’éclairage évolue au cours du scénario, au d’autres fois, les plonge dans une ombre ténébreuse. L’esthétique scénique est également marquée par la fumée qui se déploie dans l’espace au moment où la situation devient vraiment inquiétante.

Le Lighthouse est un opéra étonnant et amusant. Les trois interprètes sont attachants et ils tiennent l’intrigue jusqu’au bout. L’ensemble musical qui les accompagne est très présent, sans toutefois nuire au texte. La scénographie, les costumes et le travail de la lumière sont également une belle réussite et ils nous laissent de belles images en mémoire.

Gaëlle Hubert

The Lighthouse est un opéra d’une durée d’une heure et environ quinze minutes qui a été joué au théâtre Louis-Jouvet Athénée de la période du 21 au 28 avril 2017. L’entrée du théâtre se situe cœur de la voie piétonne du square de l’Opéra Louis-Jouvet à l’écart de l’effervescence proche du quartier de l’opéra. Le spectacle s’est déroulé dans la salle Louis Jouvet, une salle à l’italienne édifiée en 1893 qui est l’un des joyaux de l’architecture éclectique de la fin du XIXe siècle. La musique et le livret sont de Peter Maxwell Davies et la direction musicale a été faire par Philipe Nahon. Quant à la mise en scène elle est faite en collaboration entre Alain Patiès et l’Ars Nova ensemble instrumental. Il s’agit d’un opéra en anglais sous-titrée. Trois personnages masculin de marins sont sur scène, avec trois timbres de voix différentes : ténor baryton et basse. L’ensemble instrumental est composé d’instruments à vents : clarinettes, trompettes etc.., de percussions, et d’instruments à cordes : violon, violoncelle etc… La musique varie dans une tension perpétuelle entre un  « monde ancien et un monde nouveau » avec des passages de musique contemporaines qui s’enchâssent avec ceux de musiques celtiques. La variation des répertoires va également dans ce sens puisqu’on retrouve des chants traditionnels d’amours qui se mêlent à la complainte des trois marins. L’intrigue raconte comment un navire ravitailleur Hesperus, basé à Stromness, fait sa tournée dans les phares des iles de l‘archipel des Herbrides. Les trois marins tombent alors sur un phare inoccupé avec trois lits abandonnés et une table renversée avec hâte. L’opéra spécule sur la disparition des trois gardiens, et dans ce phare isolé, les trois hommes se retrouvent alors confrontés à leurs démons intimes. L’auteur parle d’une « tentation en chacun de rompre, certes plus ou moins radicalement avec sa propre civilisation ». Il s’agit alors de voir comment les pulsions humaines « éclatent dans le fracas des vagues, des vents furieux et d’une nature sauvage ».  Le mystère plane ainsi dans cet univers brumeux jusqu’à la fin dont il faut par ailleurs ménager les effets.

Lydia Issad

The Lighthouse est un opéra dont le livret a été composé par l’écossais Peter Maxwell Davies en 1980. Son inspiration viendrait de faits divers réels, ce que l’on ressent dans cet huis-clos où les interprètes sombrent lentement dans la folie. La mise en scène contemporaine a été réalisée par Alain Patiès avec Laura Satgé et Valentine de Garidel à la scénographie. Philippe Nathon est à la direction musicale avec  l’ensemble instrumental de Ars Nova. La représentation se déroule au théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet à Paris et met en scène trois hommes, Christophe Crapez, Paul-Alexandre Dubois et Nathanaël Kahn qui errent dans un phare et tente d’élucider le mystère d’un soir de décembre 1900. En effet, les gardiens du phare semblent avoir disparu soudainement, brutalement même, laissant leurs affaires au sol et leurs objets personnels. Nos trois protagonistes qui sont des marins vont donc faire des hypothèses ; suicide, meurtre, accident, acte surnaturel ? Finalement eux-mêmes deviennent victimes de l’isolement, tandis que les spectateurs cherchent à résoudre l’enquête.

Cet opéra apparait tel une sorte d’ovni, tant la mise en scène est originale. En effet, le spectateur doit être multifonctionnel puisque chacun de ses sens est suscité et secoué ; il doit à la fois écouter un opéra contemporain et en même temps, entrer dans une fiction riche et pleine de rebondissements. Le spectacle débute sur le trio dont chaque membre passe au tribunal, s’adressant à un « sire » fictif afin de raconter successivement ce qui a été  vu dans le phare et ce qui a pu s’y passer.  Puis, la suite de l’intrigue se déroule majoritairement dans l’édifice, sous la forme d’une enquête menée par les protagonistes. Cependant, à l’intérieur de cette fiction se jouent également des récits internes aux personnages, qui racontent notamment des anecdotes afin de passer le temps. Ainsi, le spectateur se trouve dans un vague narrative sans cesse en mouvance et pleine d’humour.

Néanmoins, bien que de nombreux sourires s’esquissent sur les visages des spectateurs, l’effroi et la décontenance sont aussi au rendez-vous. L’effroi car les protagonistes se trouvent être sur une potentielle scène de crime, l’ambiance en est donc lourde et inquiétante. Et la décontenance, car des tensions existent au sein des trois hommes, opposant un grand pieux et un colérique à tendance psychopathe, le troisième homme étant leur médiateur. A plusieurs reprises ils en viennent aux mains et la pression monte en même temps que la frénésie de chacun. Par ailleurs, les historiettes qu’ils content à leur tour sur fond de musique folklore, liturgies ou anciens chants d’amour, ont parfois des propos morbides voire incestueux, ce qui déstabilise le spectateur qui rit jaune la plupart du temps.

Le décor joue pour beaucoup dans cette ambiance mystique. En effet, le phare est représenté par un escalier en colimaçon et les protagonistes circulent sans cesse dedans, de haut en bas, ce qui pourrait donner le mal de mer à un spectateur sensible. De même, la lumière du phare tourne et éblouit d’une lumière blanche le public. D’ailleurs, avant que ne se dévoile le phare, des toiles de bateau nous suggèrent la traversée de la mer avec des lumières sombres de tempête que l’on doit à Jean-Didier Tiberghien.

L’opéra est plus qu’audacieux car porté par des voix d’hommes tandis que les musiciens voyagent parmi des genres totalement différents. Enfin, la musique contemporaine justifie totalement l’ensemble du spectacle à la fois étrange et merveilleux.

Betteline Mimran
Photo : Athénée Louis-Jouvet