Singin’ in the rain

Comédie musicale | Théâtre du Châtelet | Learn More


Regarder «Chantons sous la pluie» chez soi avec un plaid et une tasse de thé c’est bien. C’est même, à mon sens, une activité incontournable de l’hiver. Mais, aller le voir revivre sur la scène du magnifique théâtre du Châtelet avec orchestre et interprètes bien réels c’est mieux. Cela fait maintenant quelques années que les productions musicales du Châtelet se sont distinguées par leur qualité et leur professionnalisme digne des shows de Broadway et, une fois encore, la barre a été placée très haut. Le défi était pourtant de taille: marcher sur les pas de l’inimitable Gene Kelly en adaptant sur scène une œuvre cinématographique mythique qui n’était pas conçue pour être un spectacle vivant… Et l’on peut dire que le pari est réussi !

Au delà de la performance scénique impeccable de la troupe dont la précision frôle la perfection, la production a su traiter avec fidélité une des dimensions majeures du film que l’on aurait pourtant eu grand mal à imaginer sortir un jour de l’écran. Rappelons en effet que toute la trame du film de Donen et Kelly s’organise autour du grand chamboulement que fut le passage du muet au parlant pour l’industrie du film. Ainsi sommes-nous transportés à Hollywood où deux stars du muet Don Lockwood et Lina Lemont voient leur carrière bouleversée par le succès inattendu du premier film parlant « Le chanteur de Jazz ». Pour sauver leurs carrières, ils n’ont alors pas d’autre choix que de s’adapter mais c’est sans compter la ridicule voix de crécelle de Lina qui risque fort d’enlever au film en préparation toute sa crédibilité. À travers les péripéties des personnages c’est donc l’évolution de toute une industrie que choisit de nous montrer le film avec un humour décalé et mordant. Et c’est bien là la réussite la plus impressionnante de « Singing in the rain » : nous transporter près d’un siècle en arrière le temps d’une soirée en réussissant à recréer l’esthétique des films muets en noir et blanc avec des acteurs bien réels.

Mais le tour de force ne s’arrête pas là: le show nous maintient en permanence dans une position intermédiaire entre étonnement et distance critique vis-à-vis d’une technologie désuète mais attachante qui fait parfois sourire. Le public embarque ainsi, dès le lever de rideau, pour un voyage dans le temps qui nous ramène des années en arrière pour assister à première du dernier film muet de Lockwood et Lemont dont la projection est accompagnée comme à l’époque, précision oblige, d’un orchestre – celui du Châtelet. On ne peut pas non plus ne pas saluer le travail incroyable des costumiers qui ont décliné un ensemble tenues plus étonnantes et réalistes les unes que les autres dans toute une palette de nuances de gris qui restituent encore et toujours le rendu d’un film muet, ou encore le génie que révèle la conception d’un décor assez élaboré pour évoluer tout au long de la représentation en toute discrétion et supporter les trombes d’eau auxquelles s’expose gaiement Don Lockwood lors de la fameuse scène de la danse sous la pluie.

Seul bémol peut-être, le manque d’épaisseur des personnages principaux qui disparaissent quelque peu derrière le charisme de seconds rôles plus pétillants. Le résultat n’en est pas moins saisissant: un spectacle tout simplement magique devant lequel on s’émerveille comme un enfant. On ressort de là le sourire aux lèvres et l’on se surprend, sur le chemin du retour, à fredonner les titres qui ont marqué des générations de spectateurs. J’en prends à témoin mon voisin durant le spectacle que j’ai vu effectuer une petite pirouette en riant au sortir du théâtre. Sur ce je vous laisse, j’ai une dose de bonne humeur en dvd qui m’attend sur mon canapé juste à côté de mon plaid et de ma tasse de thé…

Julie Sané-Pezet

Cette comédie musicale est une adaptation plus que réussie du film. En effet, c’est un vrai plaisir que ce soit pour les yeux, les oreilles ou le moral. Tout d’abord, le théâtre du Châtelet représente un cadre somptueux pour une comédie musicale. De plus, chorégraphies, chansons, dialogues, costumes et décors, c’est un spectacle haut en couleurs que l’on nous donne à voir.

L’intrigue se déroule à Hollywood à la fin des années 1920. En plus d’être une histoire d’amour, ce spectacle raconte la révolution cinématographique qu’engendrent les films parlants. L’insertion de séquences filmées en noir et blanc est d’ailleurs une idée remarquable qui plonge les spectateurs dans l’intrigue. Mais il ne faut pas oublier le travail du décorateur Tim Hatley, du costumier Anthony Powell et du metteur en scène Robert Carsen qui nous transporte à Hollywood. En effet, le travail visuel autour de cette comédie est exceptionnel et la chanson mythique du film est majestueusement mise en scène avec l’utilisation de vraie pluie.

Les dialogues de Ian Burton sont pleins d’humour et s’articule très bien aux chansons brillamment interprétées. Les chorégraphies de Stephen Mear sont également excellentes et très impressionnantes, en particulier les deux chorégraphies finales qui mettent en scène plus d’une vingtaine de danseurs. Les acteurs sont d’un talent exceptionnel, le duo Don Lockwood (Dan Burton)/ Kathy Selden (Clare Halse) fonctionne très bien, tout comme le duo Don Lockwood/Cosmo Brown (Daniel Crossley) qui amène une atmosphère de bonne camaraderie à la pièce. Quant à Emma Kate Nelson, elle reprend le rôle de Lina Lamont avec brio.

C’est donc un sans faute pour cette adaptation qui ravira les experts comme les novices des comédies musicales.

Solène Bernard