Rétrospective Trisha Brown

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Sur scène deux danseurs portant des justaucorps rouges, sont dos au public. Un troisième danseur cours mécaniquement. D’autres danseurs apparaissent et s’intègrent au tableau. On entend des bruits de trafic, un accordage de piano, une boîte en fer-blanc qui roule dans une rue. L’accompagnement classique de la musique manque mais les danseurs parviennent à suivre un rythme en groupe et à construire une entité. La chorégraphie, la scénographie et les costumes sont créés par Trisha Brown. Cette première partie montre pendant une trentaine de minutes des mouvements inspirés directement de la vie quotidienne.

Dans Homemade (1966) une seule danseuse (Vicky Shick) porte sur elle un appareil bizarre comme un sac à dos. Après un court instant de confusion, le public réalise qu’il s’agit d’un vidéoprojecteur. La projection répète la danse comme un miroir, qui se trouve tour à tour dépassée par son original. La danseuse paraît venir d’un monde vide et froid. Ce vide est accentué par l’absence de musique – excepté le grésillement de l’appareil. La vidéo aussi vient d’un autre temps, à savoir 1966. Elle a été enregistrée avec Babette Mangolte  d’après un film de Trisha Brown et Robert Whitman.
La troisième partie présente un jeu de couleurs. Vêtus de justaucorps gris, deux danseurs bougent respectivement sur un bruit dérangeant, devant un fond de scène aux couleurs vives, oscillant de bleu à jaune à vert. Les déplacements de l’ensemble des danseurs, qui évolue en quinconce, demeurent difficilement prévisibles. La danse est vive et dynamique, chaque petit geste du quotidien gagne de l’importance.

Les chorégraphies utilisent tout l’espace de la scène. Chaque coin a son importance. Le public pourrait être tenté de ne regarder qu’une partie de la danse puisque les danseurs vont et viennent de chaque côté de la scène. La frontière entre scène et salle est brisée dans la pièce Homemade, quand la projection de la vidéo éblouit l’audience. Le spectateur lui-même se retrouve sous les projecteurs et ne peut plus se cacher dans l’obscurité.Chaque partie possède son propre suspens, qui se construit dans l’alternance du nombre de danseurs et dans le rythme de la chorégraphie. En outre, quelques fois la danse est doublée par un danseur qui se démarque.  A aucun moment, le spectateur n’est tenté de regarder sa montre. Il ne faut pas s’attendre ici à un spectacle classique de danse, sous peine d’être déçu. La Trisha Brown Dance Company va vers autre chose : tranquillement,  tel un exercice – avec beaucoup de répétitions, de bruits et de mouvements – la danse ne s’impose pas.  Au lieu de cela, elle donne au spectateur la possibilité d’observer la vie quotidienne à travers l‘art.

Marie Baron

Indiscutablement, le spectacle de Trisha Brown est déroutant. Déroutant par ce qu’il nous fait voir et ce qu’il nous laisse seulement entrevoir, déroutant par ses choix peu habituels, la déconstruction de ses chorégraphies, la gestuelle singulière des danseurs, par sa structure elle-même, et plus généralement, par le vaste bouleversement esthétique qu’il opère. L’incipit du spectacle à lui seul ne peut que susciter l’incompréhension des spectateurs : un danseur cours sur la scène, en long, en large et en travers, définissant des espaces vides, et circulant autour de deux autres danseurs immobiles, dos au public. On imagine aisément que ce parti pris, à l’image de tant d’autres, fût longuement réfléchi, et est sans doute chargé de sens ; la difficulté est de savoir de quel «sens» il s’agit. Le problème de l’art contemporain en général, et de la danse en particulier, c’est que, pour nous autres incultes, il nous manque très souvent certaines clefs de compréhension nécessaires à l’appréhension d’une oeuvre dans son entière dimension. Et c’est le cas pour le spectacle de Trisha Brown, dont l’explication de la démarche artistique est à peine esquissée dans le programme distribué à l’entrée de la salle.

La danse contemporaine serait elle donc réservée aux avertis ? Pas si l’on se donne la peine d’y réfléchir un tant soit peu. Par ailleurs, on peut toujours se limiter à admirer la beauté des corps et des chorégraphies, même si l’on passe ainsi à côté de l’essentiel de la réflexion que propose le spectacle. Car c’est bien une réflexion que mène ici la chorégraphe, une réflexion sur la danse, sur le mouvement. Trisha Brown nous propose une méditation sur le mouvement pur : son oeuvre dénudée, sans décors ni costumes, agrémentée d’un fond sonore qu’on peine à qualifier de musique, donne toute sa place à l’expression des corps. Le silence fréquent, la sobriété de la scénographie, ne sont là que pour magnifier le geste, au centre de tout. La démarche de Trisha Brown est originale : son spectacle, découpé en trois partie, en étonnera plus d’un. Les choix chorégraphiques eux-mêmes sont inhabituels : ici, les hommes se font porter par les femmes, on n’hésite pas à jouer de la dissymétrie, les gestes sont souvent à peine esquissés.

La deuxième partie met en scène une danseuse soliste, au dos de laquelle est fixé un vidéoprojecteur qui projette des images de sa propre chorégraphie. Déroutant ? Oui. Original ? Certainement. Dans la troisième partie, des panneaux de couleurs immenses servent à la fois d’écran et de fonds colorés, cloisonnant l’espace et dissimulant les danseurs qui disparaissent et ressurgissent sans cesse. Dans cette même partie, deux duos magnifiques donnent les quelques instants de sensualité tactile qui manquait au spectacle, tandis qu’une note sourde continue, régulièrement coupée brutalement, fait office de musique. Étrange ? On ne peut plus. Des bruits de rue, quelques rares mélodies au piano, et surtout le silence. Et le mouvement.

Gauthier Boivineau

Le programme de Trisha Brown présenté au Théâtre de la Ville est composé de trois parties :M.G.: The Movie, Homemade and Newark (Niweweorce). Il s’agit d’une danse contemporaine, moderne et athlétique. L’atmosphère qui s’en dégage est  impénétrable, énigmatique et mystérieuse. La première partie,  For M.G.: The Movie, est dansée par sept danseurs (hommes et femmes). La chorégraphie, scénographie et les costumes sont réalisés par Trisha Brown. La musique d’Alvin Curran, «One Step Too», soutient  l’atmosphère mystérieuse. Le «M. G.» dans le titre se réfère à Michel Guy qui a commandé le spectacle. L’autre partie du titre est «The Movie». La scène est souvent utilisée comme une caméra. Aux limites de la scène, on aperçoit parfois seulement certaines parties du corps des danseurs, comme dans les films où la caméra montre seulement un extrait de la scène. Les costumes, des justaucorps rouges, figurant une silhouette audacieuse, accentuent les gestes et mouvements très précis. Au début deux danseurs, une femme et un homme, sont debout et tournent le dos au public. Ils paraissent anonymes et neutres. L’homme en particulier reste dans cette position pendant presque toute la chorégraphie. Son identité n’est donc pas évidente, il pourrait s’agir de n’importe qui. Le passage du temps est l’un des motifs principaux du spectacle.
Parfois il y a beaucoup de mouvements sur scène et, à d’autres moments, c’est très calme et lent.

La deuxième partie est le solo Homemade, dansé par Vicky Shick. Il n’y a pas de musique. C’est une danse qui me parait impalpable et insondable. Sur le dos de la danseuse est projetée une séquence filmée de sa danse.  On voit la danse en temps réel et en même temps une vidéo de la même danse. Quand la danseuse bouge, la vidéo est projetée sur l’un ou l’autre face ou vers l’audience. La troisième partie s’appelle Newark (Niweweorce). Elle est dansée par sept danseurs, tout comme la première partie. La chorégraphie est de Trisha Brown, la scénographie et le concept sonore de Donald Judd et l’orchestration sonore et la réalisation de Peter Zummo avec Donald Judd. Les danseurs portent des justaucorps gris. Le décor de théâtre est composé de rideaux de différentes couleurs fortes, qui s’abaissent ou remontent. La musique est une alternance entre silence et tonalités, mais l’effet produit est incommode et contrariant. Danse et musique paraissent comme deux entités séparées.

En conclusion on peut dire que ce spectacle est très moderne, intéressant et attachant. Les danseurs jouent avec le temps et l’espace. Grâce aux costumes, on voit très clairement les mouvements. La musique est inhabituelle et moderne. Les deux premières parties, en particulier, concordent bien parce que la première s’appelle The Movie se présente comme un film, que l’on retrouve dans la deuxième partie.  Il s’agit d’un programme très remarquable, en particulier pour ceux qui sont intéressés par la danse moderne et contemporaine.

Laura Engelhardt

Pour la 42ème édition du Festival d’Automne à Paris, le Théâtre de la Ville accueillait encore une fois la Trisha Brown Dance Company. J’ai pu assister au premier programme lors d’une soirée mémorable. Mémorable pour les initiés de la Compagny mais surtout pour les spectateurs ordinaires. Car s’approcher de la danse postmoderne n’est pas toujours aisé la première fois. Un regard habitué aux canons académiques de la danse où l’aura, la beauté est souvent à toucher du doigt peut se sentir heurté, telle une écorce qu’on arrache, avant de voir le plaisir s’installer peu à peu. Plaisir et non émotion. Celle-ci, est ailleurs. Il faut aller la chercher. Elle ne s’impose pas d’elle-même. En effet, l’une des caractéristiques de la Trisha Brown Dance Company est de vous transporter intellectuellement et non émotionnellement. Elle vous invite à vous poser des questions, à interroger chaque chorégraphie où le jeu se porte sur la réflexion et non sur l’émotion.

Les scénographies de la Trisha Brown Dance Comapny, surtout celles auxquelles j’ai pu assister dans ce premier programme sont somptueuses, avec des jeux d’ombre et de lumière. Mais, la musique métallique qui agrandit ou réduit l’espace selon l’évolution des danseurs peut parfois être dysphorique. Cependant, elle participe à l’accomplissement de l’ensemble et est complémentaire des mouvements. Mouvement, c’est de cela qu’il s’agit surtout. Trisha Brown le dit pur. Parce qu’il est d’abord libre. For M.G : The Movie (1991), la chorégraphie d’ouverture, fut pour moi assez déconcertante, abstraite. Pourtant, d’après Diane Madden, danseuse et directrice artistique, c’est le plus beau solo de Trisha Brown où elle fait apparaître des schèmes de fuite, d’infinitudes, réitérées tout au long de la scénographie. Le premier danseur s’élance en silence, revient sur son angle de départ comme s’il voulait tater les dimensions de la scène, en saisir les extrémités, puis revient comme pour comprendre l’étendue de ses limites, chercher une possibilité d’ouverture, puis insufle aux autres danseur le désir et l’énergie. Mais où est la limite quand chaque mouvement semble symboliser l’infini ?

Homemade, avec un film en abyme, rejoint For MG dans le jeu sur la réflexion et la déconstruction de l’art. Newark (1987) est bouleversant de fluidité, de force et de synthèse : à nous d’inventer la parole. Faire naître une narration. Car les danseurs en appellent fortement à l’intensité de la participation du spectateur. Devant ce faisceau de mouvements, cette frénésie de torsions du corps, de cadences, on est certes dans l’émerveillement mais surtout dans la réflexion car tout est intellectualisé et le spectateur est invité à une communion de pensée. L’art est à penser. Il faut aller chercher en soi quelque chose qui soit à la hauteur d’un tel phénomène. Je fus heureuse à la fin du spectacle de voir tant des visages extasiés, et dans quelques regards, quelques touches d’enchantement estampillées. Je me dis alors que je venais d’assister à un grand bonheur que je n’arrivais pas encore à me représenter tout à fait.

Marlène Lafond

Je suis là où tu ne m’attends pas. C’est, je crois, ce qu’aurait pu dire Trisha Brown à propos de sa façon de chorégraphier. La Trisha Brown Compagny est une compagnie de danse contemporaine née en 1970, désormais dirigée par deux directrices artistiques choisies par Trisha Brown elle-même, Diane Madden et Carolyn Lucas. Trois chorégraphies ont été présentées ce soir-là. Il est compréhensible que les spectateurs peu avertis aient été très surpris par ces danses hors du temps ; derrière le terme de « danse contemporaine » se cache bien de multiples définitions… probablement autant que le nombre de chorégraphes !

La première pièce s’intitulait For M.G : The Movie (1991). Que les amateurs de l’esthétisme, du raffinement et de l’élégance du ballet classique prennent sur eux. Ici, rien de tout cela. Le rideau s’ouvre sur une scène sans décors. Seul deux danseurs, immobiles, vêtus de justaucorps qui couvrent toutes leur peau, sont présents. Un troisième arrive et court. Il court de manière circulaire, avec quelques variantes parfois… pour se remettre à nouveau dans son cercle qui, rapidement, nous étourdi. Je me demande alors pourquoi. Pourquoi nous, spectateurs, regardons cet homme au justaucorps brun, décrire des cercles en courant, le tout sur un fond de bruits étranges et familiers, comme une porte qui claque ou le lointain fredonnement d’une discussion en cours ? Il est évident qu’à côté d’un ballet classique dans lequel défilent de belles princesses en tutu et de charmants princes aux cheveux gominés, l’intention du chorégraphe est de loin différente. Mais en est-elle moins poétique pour autant ? Finalement, en se laissant porter par ce jeune homme qui court, accompagné par la suite d’autres danseurs qui se mettent à décrire des formes géométriques, on finit par ressentir un sens à cette chorégraphie. A la fin de la représentation, j’ai entendu un spectateur derrière moi : il disait avoir eu la sensation de voir des personnes en prison. J’ai trouvé que c’était une belle interprétation. Dans cet univers mathématique décrit, Trisha Brown nous propose une vision de la réalité qu’elle nous fait partager. Et cette réalité n’a pas toujours à être belle ou agréable à regarder. C’est ainsi qu’elle perçoit le monde, du moins, dans cette pièce.  A chacun de se laisser prendre au jeu sur les sensations qu’il reçoit par cette proposition.

Homemade (1996) fut la seconde chorégraphie présentée. Une jeune femme, seule sur scène, sans musique. Dans son dos, un étrange sac-à-dos : c’est un petit vidéoprojecteur qui nous invite à regarder par le biais de l’image la même chorégraphie qui se déroule sous nos yeux. Toutefois, ce visionnage est mis à mal : comme elle porte l’appareil sur son dos, l’image se déplace autant que la danseuse se meut. Au bout de quelques minutes, je me dis que, décidément, tout est vraiment possible ! Quelle idée géniale ! De plus, je m’interroge sur la portée de ces mouvements effectués sans musique. En effet, qu’est-ce qui distingue le geste mécanique du corps et le mouvement effectué par le danseur ? La réponse me vient rapidement en observant cet étrange personnage : toute la différence réside dans l’âme que donne le danseur au déplacement de son corps. C’est incroyable comme une si courte chorégraphie peut autant questionner sur le sens que l’on donne au monde et à l’homme.
Enfin, je ne dirai que quelques mots sur la dernière pièce : Newark (Niweweorce) (1987). Si le décor ne se résume qu’à une succession de toiles, colorées de manière vives et descendues à différentes avancées de la scène tout au long de la chorégraphie, la performance des danseurs est splendide. Jusqu’à ce stade du spectacle, je n’avais pas ressenti de véritable élan me porter. Il aura fallu attendre les dernières minutes pour que cela se réalise. Sur scène, deux couples de danseurs, toujours en long justaucorps. Il se produit alors une incroyable alchimie ; chacun des deux danseurs qui forment un couple effectue les mêmes pas de danses, mais chacun des deux couples a une chorégraphie différente. Toutefois, ils entrent en interaction les uns envers les autres par leurs déplacements dans l’espace qui sans cesse les met tous en relation. A nouveau, Trisha Brown évoque un beau sujet qu’est l’être humain, dans sa relation à lui-même, à l’autre, au groupe. C’est sur cette très belle note que le spectacle s’achève ; chargée de toutes ces questions posées par Trisha Brown, je regagne dans la nuit les rues de Paris.

Diane Loichot

La relève de Trisha Brown a vu le jour ou plutôt la nuit pour la deuxième fois sur la scène parisienne. Sous la direction de deux femmes, étroitement liées à la Trisha Brown Dance Company, car elles-mêmes danseuses dans cet ensemble artistique. Il s’agit de Diane Madden, directrice des répétitions à partir de 1984 et de Carolyn Lucas qui se dit sidérée par la danse de Trisha Brown depuis l’âge de 19 ans. Le spectacle est divisé en trois parties : la première intitulée For M.G. : The Movie , créée en 1991, dure une quarantaine de minutes. En revanche, la partie intermédiaire, portant le nom d’Homemade et qui date de 1966 ne comporte que 5 minutes. Le final avec le titre Newark est d’après moi la partie la plus réussie, avait presque la même longueur que le début. Le spectacle commence par le mouvement d’un homme qui court sans cesse sur les tréteaux  en demi-cercles, ce qui pourrait représenter le symbole de l’infini. Ces signes géométriques et abstraits sont d’ailleurs présents tout au long de spectacle, avec pour but, d’après moi, d’agir sur les sentiments existentiels de l’homme et d’évoquer en lui des questions métaphysiques du type : Quel est le sens de l’être humain dans le monde ? Qu’est-ce que les gens font dans le monde ? Pourquoi sont-ils toujours si pressés ?

D’autres idées me sont venues à l’esprit en regardant cet artiste en train de courir d’autant plus que la musique qui l’accompagnait n’était souvent rien du plus que le bruit de voitures dans la rue. A la différence de ce coureur si énergique, de l’autre côté de la scène, nous avons pu remarquer deux personnes debout pendant très longtemps, ayant l’air de ne pas être concernées par cette hâte incessante et insensée.Dans un moment particulier, du coup, tout s’est arrêté à cause d’une sonnerie très intensive qui a percée la salle, évoquant un accident mortel dans la rue. Cet ébranlement n’a duré que quelques brefs instants, et puis tout est rentré sans problème dans l’ordre oubliant immédiatement la tragédie. Cette attitude me rappelle vivement le monde contemporain qui est basé avant tout sur l’individualisme, le pragmatisme et l’égoïsme. Ceux qui sont concernés par une tragédie en resteront marqués toute leur vie, d’autres, par contre, souvent essaient de fermer les yeux, de boucher les oreilles et d’en sortir le plus vite possible. La société d’aujourd’hui manque beaucoup de compassion et de compréhension entre les individus.

En ce qui concerne la partie intermédiaire, je ne l’ai pas trouvée très intéressante. Une femme qui danse avec un film projeté sur son dos, c’est peut-être une manifestation de l’art conceptuel mais je n’en ai pas très bien compris le sens. La projection de soi même dans les yeux d’autrui est la seule explication qui m’est arrivée à l’esprit. Dans la dernière phase participent sept danseurs, le même nombre que dans la première. Cette partie a certains traits en commun avec le début, mais le spectateur peut également remarquer quelques spécificités qui sont, de mon point de vue, très intéressantes et particulièrement réussies. La coopération entre les couples qui exécutent des figures gymnastiques, voire acrobatiques sans la moindre faute, est impressionnante. J’ai beaucoup apprécié la capacité des danseurs à travailler l’élasticité des corps, pour réussir à ne faire plus qu’un.  Il s’agit de la manifestation de la nécessité de l’homme d’être entouré et en contact avec d’autres hommes qui justifient ainsi son existence. Ce final est accompagné de bruits bizarres et de chutes de  rideaux dont la superposition réduit progressivement l’espace d’évolution des danseurs.

Pour conclure, ce spectacle m’a fait découvrir un domaine nouveau et a réussi à susciter ma réflexion, ce qui semble en être le but principal. Cependant, je l’ai trouvé un peu ennuyeux et je n’ai pas l’impression d’avoir réellement compris le message transmis par cette danse. De plus, il m’a semblé que les danseurs n’étaient pas des danseurs mais plutôt des athlètes en train de s’entraîner, du fait de la typologie de la chorégraphie et des costumes si modestes. La prochaine fois, je pense que je m’orienterais vers un répertoire plus traditionnel.

Klara Nemeckova

Théâtre de la Ville, mercredi 23 Octobre, 20h30. Le rideau se lève sur un homme et une femme tournant le dos à des spectateurs  concentrés. C’est à une première chorégraphie hautement intellectuelle qu’ils sont venus assister – en tout cas pour les plus avertis d’entre eux. Un troisième danseur entre en scène : par ses gestes quasi athlétiques voire anatomiques, il entre dans un mouvement répétitif et mesuré. S’installe alors un climat d’attente et de lenteur, propice à l’arrivée des autres danseurs, tous vêtus de la même combinaison orange donnant à voir chaque atome de mouvement.
La deuxième chorégraphie, menée par une femme seule sur scène – ou plutôt accompagnée de son double –, semble encore plus conceptuelle : la danseuse reproduit à l’infini les pas de son propre reflet filmé au préalable et diffusé par un rétroprojecteur enfilé comme un sac à dos ! Mais cette complexité n’en demeure pas moins intéressante, elle semble vouloir jouer avec le public. Les concordances et les décalages entre la danseuse et son double filmique, le fait que l’image disparaisse et réapparaisse au fil des pas réellement tracés devant nous, entrant parfois à proprement parler à notre contact, donne à cette création une originalité certaine.

Entracte. Les réactions semblent partagées. Danse exagérément « intello » ou subtilement géniale ? Et la sensualité dans tout ça ? Une chose est sure : Trisha Brown ne laisse personne indifférent.
La troisième et dernière chorégraphie réunira peut-être les avis divergents : à la fois charnelle et cérébrale, lisse et vallonnée, simple et infiniment complexe, elle exhibe avant tout le mouvement lui-même. On ne peut rien ignorer des gestes à fleur de peau de ces hommes et ces femmes en combinaisons moulantes, qui se mêlent, répondent aux chocs par des chocs, au contact par des sauts et des portés rondement menés. Les tableaux de couleurs qui tombent successivement  et viennent réduire l’espace de danse ponctuent les pas des danseurs et viennent souligner, en guidant le regard, l’adresse des pieds nus sur la scène.  Un spectacle de qualité qui donne à réfléchir !

Maëvane Royer
Photo : Samantha Siegel