Retour à Berratham

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Mardi 20 Octobre se tenait au Théâtre National de Chaillot une représentation de la nouvelle création originale d’Angelin Preljocaj, chorégraphe contemporain, intitulée Retour à Berratham. Il s’agit avant tout d’une commande passée à l’écrivain Laurent de Mauvigner, auteur du poignant Ce que j’appelle oubli, texte qui avait servi une première collaboration entre les deux artistes en 2012. Sur scène, 3 comédiens déclament et 14 danseurs dansent cette « tragédie épique », dans laquelle un jeune homme revient à Berratham, ville qu’il avait quittée avant la guerre laissant la femme qu’il aimait derrière lui, Katja. Il vient donc la retrouver mais il se retrouve dans un endroit qu’il ne reconnait plus, dévasté, désaffecté, où ceux qui ont survécu ne sont plus que des âmes brisées par la guerre tentant de continuer à vivre.

La représentation connaît de vives réactions tant de la part du public « consterné » qui s’est mis à huer la première dans la cour d’honneur du palais des papes à Avignon, que de la presse écrite qui parle d’un échec pour le chorégraphe.

Certes, la connexion entre la danse et le jeu ne se fait pas toujours de manière fluide et le système de symétrie ou de prolongation du texte par la danse, peut ne pas fonctionner à certains moments ; ce qui, vraisemblablement, déroute le spectateur qui ne sait pas s’il doit regarder la danse ou écouter les comédiens. Peut-être parfois, le texte est-il un peu long parfois, relâchant notre attention l’espace de quelques secondes.

Mais toujours est-il que ce texte résonne solennellement à l’instar du chœur des tragédies grecques antiques. S’attendre à voir un ballet serait une erreur, car nous sommes bien face à plusieurs arts qui s’interpénètrent, davantage proches de la performance théâtrale que de la simple présentation chorégraphique : les comédiens se mettent à danser, les danseurs jouent la comédie, la musique raisonne violemment et la scénographie, certes un peu « convenue », nous offre des tableaux élégants, aussi sobres que glaçants. Et tout de même, la danse reste impeccable avec des pics sublimes comme la scène du mariage.

Ces petites « maladresses » donc, ne sont sûrement qu’une question d’ajustements et de maturation d’un travail inédit qui pourrait peut-être aller plus loin dans la violence, dans la dureté, dans le tragique.

Ce qui compte alors, c’est bien cette prise de risques, cette tentative de faire évoluer la danse d’une part et de « réactiver l’écriture » de l’autre. Se poser la question : est-ce qu’une forme hybride peut naître ou comme le dit Angelin Preljocaj lui-même, « frotter la danse et la contaminer par d’autres arts » pour aller plus loin ? Abandonner les conventions, c’est exactement ce qui se joue (et qui se danse) à cet instant précis.

Alice Mursial

Créé en 2015 à l’occasion du Festival d’Avignon, Retour à Berratham réunit pour la deuxième fois le chorégraphe Angelin Preljocaj et l’écrivain Laurent Mauvignier autour d’une création mêlant théâtre et danse. Déjà en 2012, Prejlocaj illustrait en danse le récit de l’écrivain, Ce que j’appelle oubli.
Laurent Mauvignier écrit que l’histoire Retour à Berratham « débute là où une pièce de guerre se terminerait » Effectivement, le spectateur suit le retour d’un jeune homme dans sa ville natale métamorphosée par des années de guerre.

Retour à Berratham traite avant tout de la violence faite aux corps et aux esprits des civils en temps de guerre. La danse de Preljocaj, qui tourne autour d’une série de confrontations physiques et explosives où les corps s’affrontent, illustre bien les mots de Mauvignier. Mêlant sur scène acteurs et danseurs, Angelin Preljocaj a fait le choix de faire dire le texte par trois personnages a priori en dehors de l’intrigue (bien qu’ils y prennent parfois part). Ce texte est illustré à travers un jeu d’échos par la troupe de danseurs. La chorégraphie précise et millimétrée reflète subtilement les mots de Mauvignier par un effet de miroir. Certains gestes du groupe de danseuses au début de la pièce prennent ainsi sens grâce au texte, bien que cela ne soit pas systématique.

Le mélange de théâtre et de danse crée un ensemble étonnant et d’autant plus puissant. On sort du théâtre avec l’impression d’avoir nous-même participé à la course folle des acteurs, et de porter leur fardeau. Si une scène comme celle du mariage est très efficace et bouleversante par son utilisation de la mise en scène (du plasticien Adel Abdessemed), des costumes (la robe de la mariée est composée de manteaux que les danseurs retirent afin de s’en vêtir) et d’une chorégraphie qui mêle célébration et violence, on se sent trop oppressé par l’horreur de la scène du viol de Katja par son mari. Le texte dur et froid est accentué par une musique tonitruante et une chorégraphie où les femmes sont piégées sur un rideau de fer, chassées par des danseurs arachnéens.

Lola Remy

Retour à Berratham est un spectacle qui ne laisse pas indemne. La chorégraphie d’Angelin Preljocaj se mêle parfaitement au texte de Laurent Mauvigner, les voix et les gestes se répondent. La parole peut tout d’abord déranger le spectateur, mais très vite elle se fond dans la danse et l’inconfort se dissipe. La représentation s’étend sur près de deux heures. Cependant, le rythme est tel que le rideau se baisse sans que l’envie de regarder l’heure ne se fasse sentir.

Ce récit chorégraphié met en scène un jeune homme à la recherche de son amour de jeunesse. Cette quête le mène jusqu’au village où il a grandi. A son arrivée il ne reconnaît plus les lieux, frappés par une guerre qui semble avoir également marqué les esprits.

Une large grille entoure la scène, elle met en lumière l’enfermement dans lequel demeurent les habitants d’un village détruit, envahi par la pauvreté et la misère. Plusieurs cellules grillagées se déplacent au cours du spectacle. Elles segmentent à la fois l’histoire et l’espace de danse. Le ton est donné, l’atmosphère lourde est celle d’un village où les vivants et les morts cohabitent, prisonniers des souvenirs laissés par la guerre. Cette création met en scène la guerre, la douleur, la cruauté, mais aussi une certaine résignation. Elle laisse à voir des scènes très difficiles. La nudité s’invite également sur scène à l’occasion d’un solo où Katja, l’un des personnages principaux, exprime sa détresse face à un mariage qui, elle le sait ne fera pas son bonheur. La colère se fond dans le mouvement et on oublie que l’interprète est entièrement nue. D’une manière générale, les costumes se laissent oublier permettant au spectateur de focaliser son attention sur les voix et les gestes qui illustrent ce triste récit.

Impossible cependant de ne pas prêter attention à l’immense étoile lumineuse qui trône sur le côté droit de la scène. Une enseigne à l’abandon ? Une lueur d’espoir ? Difficile à dire. Difficile également de penser que cette création n’a d’autre but que de susciter la gêne et la tristesse. En effet, le récit laisse également place à des moments dansés dont le ton est plus léger. La danse d’Angelin Preljocaj vient apaiser la noirceur du récit. Elle n’efface pas la douleur mais elle lui apporte une certaine rondeur et laisse s’exprimer les souvenirs.

Léa Bahr

« Retour à Berratham » narre le retour d’un jeune homme – fuyant pendant la guerre – dans sa ville d’origine (et fictive) : Berratham. À son retour, il recherche Katja, femme dont il est amoureux, et qu’il a laissé après son départ. Cherchant cette femme, il trouve une ville dévastée, meurtrie, où règne la criminalité et les gangs de voyou.

La spécificité de cette pièce, réside dans le fait qu’elle n’en est pas une, ou du moins pas uniquement. Les collaborateurs explorent en effet des espaces interstitiels, mettant en exergue la porosité factuelle entre théâtre, danse, et littérature. Onze danseurs et trois comédiens se donnent ainsi à nous, corps et âme, pendant 1h35min. Cette collaboration a pour ambition de « faire danser les mots » : le texte accompagne les danseurs, il est un rythme, une musique ; la danse achève les phrases des acteurs – les gorge de vie, leur donnant une tonalité et une intensité bouleversantes.
« Retour à Berratham » se caractérise à nos yeux par son éclectisme ; s’inspirant de la littérature antique (l’Illiade) et moderne (La Violence et le Sacré de René Girard), de la danse classique, contemporaine et de salon, il nous semble difficile de la classifier. Disons que « Retour à Berratham » est une « tragédie épique moderne ». Traitant de l’après-guerre, elle rend visible ce qui ne l’est pas : les violences faites aux femmes, les douleurs enfouies, les hontes non avouées, les séquelles psychiques, etc., Le corps rend visible ; l’expressivité des danseurs est déchirante. Quand bien même c’est un corps torturé, souillé, jeté à terre dans un son affreusement creux, qui se donne à notre yeux choqués, c’est également un corps d’une beauté constante et d’une grâce proprement humaine qui se déploie face à nous.

Une atmosphère sombre et pesante émane des décors: voiture brûlée, sacs d’ordure par dizaines, grilles, cages… Une étoile aux contours bleus fluorescents illumine faiblement la scène, symbolisant (peut-être) un léger espoir, un espoir de surface. Les grillages font songer aux barbelés, mais c’est davantage la peur et les souvenirs traumatisants de la guerre, enchaînant les individus dans un passé mortifère, qu’ils tendent à signifier. Bien que le conflit soit fini, les séquelles sont éternelles. L’on comprend ainsi la dernière phrase prononcée par un des personnages omniscients : « Où qu’il aille, il sait qu’il n’en partira jamais. » En évoquant cette omniscience, nous pensons toucher une dimension centrale dans cette pièce, à savoir la distinction entre les morts et les vivants. En effet, la pièce débute en marquant clairement la différence, par l’entremise d’une représentation spatiale ; les vivants étant sur la scène, et les morts siégeant en haut des grilles. Le déploiement de la trame va induire une intervention des morts sur la scène, interagissant directement avec les vivants, et dansant avec eux. Parmi ces trois personnages, deux hommes restent inconnus du public durant toute la pièce, ils ne se présentent pas et aucun indice ne nous semble avoir été donné sur leur identité. La femme est, quant à elle, la mère, décédée pendant la guerre, de Katja.
Cette distinction mort/vivant nous amène à un point plus général, à savoir une juxtaposition des temporalités. Sans cesse, cette pièce nous fait osciller entre présent et passé (les flash back sont évoqués majoritairement par le texte), vie et mort (notamment dans la disposition spatiale des acteurs), guerre et « paix ». Aucune vie paisible ne sera désormais possible à Berratham.

Pour terminer sur une critique plus personnelle, la danse et le théâtre me paraissent en certains moments diminués. Un manque de crédit est donné au texte seul – parfois prononcé de manière machinale ou trop théâtrale – et à la danse seule. Comme si, dépouillés d’une partie d’eux-mêmes, il ne parviendrait pas à nous émouvoir l’un sans l’autre. Si l’interaction est en de nombreux endroits extrêmement féconde parce qu’incroyablement poignante, d’autres passages de la pièce gagnent à justifier davantage la juxtaposition de ces deux modes scéniques, afin que nous puissions percevoir avec plus d’acuité la valeur ajoutée d’une telle collaboration.

Léna Delugin

Ce mardi 20 Octobre Angelin Prejlocaj, le célèbre chorégraphe et metteur en scène, était à l’honneur au théâtre national de Chaillot. Selon l’auteur et le chorégraphe metteur en scène, Retour à Berratham est une « tragédie épique », une œuvre « lyrique » mais aussi une œuvre « violente ». En effet, ce spectacle apparaît comme la représentation d’une guerre ou plutôt d’un après-guerre qui porte en lui tous les traumatismes et les blessures d’un monde instable et menaçant. C’est aussi l’histoire d’un jeune homme de retour dans son pays natal. Un retour motivé par la recherche de Katja, la femme qu’il aime et à qui il a fait la promesse de la retrouver.

En faisant le choix d’alterner ou parfois de superposer les prises de parole et la danse, Angelin Prejlocaj insuffle un rythme binaire très contrasté à son œuvre. Il est vrai que les moments consacrés à la voix constituent une sorte d’accalmie parfois virulente mais une brève parenthèse pendant laquelle le spectateur reprend son souffle. Vient ensuite le moment de la danse qui se manifeste comme une véritable explosion et qui vous paralyse littéralement par sa puissance. Ce sentiment atteint son paroxysme au moment où la soliste Katya danse complètement nue et entre dans une sorte de transe. En outre, on se rend compte progressivement que cette tragédie tend vers une extinction pour laisser place au néant ou à ce qui précèderait le néant. En effet, Retour à Berratham se présente dans sa construction comme un continuum avec un début et une fin entre lesquelles une narration semble nous amener petit à petit vers un dénouement funeste.

Sur scène, c’est un décor très modeste et morbide qui fait office d’ornement. On trouve une carcasse de voiture, des sacs poubelles ou encore des barricades en fer sur lesquelles les danseurs grimpent et se déplacent. En ce qui concerne les éclairages, il semblerait que Cécile Giovansili-Vissière choisisse le dénuement avec un simple et grand néon en forme d’étoile en arrière-scène.

C’est dans cette piètre atmosphère que nos 14 danseurs se meuvent dans l’espace avec toujours ce souci harmonieux de la géométrie des corps à tel point que l’ensemble donne parfois l’illusion d’un ordre cosmique parfaitement réglé.

Il va également sans dire que le niveau, la technique et l’interprétation des danseurs est irréprochable avec notamment une Katya extraordinaire. On ne peut qu’être sensible et étonné d’un tel travail des appuis des danseurs, d’une telle dextérité dans la répétition d’enchainements extrêmement rapides et d’une telle fluidité dans le mouvement, comme s’ils fendaient l’air. Bref, Retour à Berratham est un très beau spectacle qui vous remplit d’émotions et peut vous paralyser.

Marie-Leïla Marchi

Angelin Preljocaj est un des grands noms de la danse contemporaine alors quand son dernier spectacle, créé pour le Festival d’Avignon, vient se montrer à Paris, on y court. Nous y suivons l’errance d’un jeune homme qui, après avoir fui la guerre avec son grand frère, revient à Berratham, sur les lieux de son enfance. Il revient y chercher Katja, jeune femme qu’il a aimée si fort qu’il revient la chercher. Mais ce n’est pas si facile quand on a quitté ce pays il y a des années, quand on ne sait pas ce que veut dire la guerre.

Ce spectacle unique mêlant danse et théâtre mêle trois comédiens à onze danseurs. Les comédiens restent en hauteur, sur les grillages qui encadrent le plateau, observant les danseurs qui évoluent plus bas. Quelle est cette trinité qui elle-seule à le droit de parler, de raconter ce qui s’est passé ? Des dieux ? Non, des morts. Car à Berratham, la douleur a privé les survivants de la parole et n’ont plus que leurs corps pour parler. Leurs corps se délient pour nous et, aidés par les voix, ils parlent. Ils racontent l’horreur de la guerre, la peur, la mort, les soldats, la violence, la difficulté d’aller au-delà, de continuer à vivre. Mais les rôles ne sont pas fixes, les acteurs dansent, les danseurs jouent. Ils évoluent ensemble et geste par geste, mot par mot, ils tracent l’histoire sur le plateau.

La chorégraphie est impressionnante de beauté et de grâce, les corps sont fluides et synchronisés. Le chorégraphe aime ainsi créer des tableaux où ses danseurs évoluent en parfaite harmonie, parfois séparés en plusieurs groupes mais même dans ces décalages, Preljocaj invente des canons où les même gestes se répètent… Les solos sont assez rares, on trouve des pas de deux – comme celui, sublime et tragique du jeune homme et de Katja – ou encore des chorégraphies à trois, à quatorze…

Preljocaj puisse ses inspirations dans différents courants : on reconnaît ici un pas de classique, là un déhanché de salsa ou encore des sauts dignes du rock. Sa danse est multiple, plurielle, mélange d’érotisme et de violence. Elle est servie par une scénographie impeccable : grillages, voitures et sac poubelles dressent une ville en ruine alors qu’au loin, une étoile brille. La lumière se fait chaud puis froide, douce et crue, elle n’éclaire pas seulement le plateau, elle le révèle. Quant à la musique, elle accompagne si bien les mots et les gestes qu’elle devient comme un troisième moyen d’expression.

C’est donc un spectacle léché, résultat du travail d’un perfectionniste mais qui pour autant n’est pas dénué d’âme. Au contraire même, il est difficile de rester insensible devant ce qui se joue sur le plateau : destin tragique d’une femme dans une société patriarcale, horreur de la guerre et de la survie… Tant de thèmes qui trouvent écho en nous, car Berratham c’est la Syrie, l’Irak ou la Libye. Ce sont tous les pays en feu que l’on regarde sans les voir et c’est par le voyage du jeune homme que nos yeux s’ouvrent. Mais une fois ce retour effectué, on garde tous en nous quelque chose du désert de Berratham.

Mathilde Fandre

Retour à Berratham a pour toile de fond la guerre, ou plutôt l’après-guerre. L’histoire, écrite par Laurent Mauvignier sur une commande d’Angelin Preljocaj, est simple. Un Jeune-Homme (Aurélien Charrier) qui a réussi à s’enfuir avant les événements avec son frère revient à Berratham pour chercher la femme qu’il aime (Katja). Autour de lui, il ne rencontre que tristesse et désolation. La ville est un champ de ruines où rôdent des rescapés, silhouettes louches, nerfs à vif, plus rien à perdre. Seul le cimetière s’est terriblement étendu. Les immeubles éventrés sont occupés par d’autres. On ne reconnaît ni les lieux, ni les visages d’avant. L’humain est partout bafoué, ravalé, liquidé. Les survivants sont devenus soit des bourreaux, soit les chefs d’un nouveau régime qui n’annonce rien de bon.

Cette guerre rappelée par Laurent Mauvignier n’appartient pas plus au passé qu’au présent ou au futur. On en frémit. Ce dont il est question c’est la violence extrême, à tous les niveaux de l’humain. Le drame absolu. C’est ici que la pièce rejoint la tragédie.

Les acteurs portent le texte sans endosser un rôle précis, mise à part la mère de Katja. Le texte devient donc matière sonore qui déroule une histoire dont le temps se télescope. Ils la disent plutôt simplement.

Hélas, Angelin Preljocaj, tout à son travail sur les mots, en vient à délaisser la danse : une triplette de trios, un choeur de femmes. On retrouve par intermittence sa signature, comme ce travail du bassin en avant ou ces bras d’équerre. Le résultat est surtout frustrant : dès que la chorégraphie prend de l’ampleur, le texte vient lui voler la vedette. Comme une respiration irrégulière. Preljocaj, qui n’aime rien tant que « faire » danser, fait volte-face. On suit de loin en loin le parcours du « jeune homme », sa rencontre avec Whisky, la brute qui s’en prend à Katja et la viole. La démultiplication des acteurs ne facilite pas la concentration du public, qui plus d’une fois se perd dans la fable apocalyptique de Mauvignier.

« Retour à Berratham » glace plus qu’il ne transporte au final. Angelin Preljocaj affirme qu’il a voulu « cicatriser les blessures de la conscience et des esprits » à travers les corps. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on a connu sa gestuelle plus habitée. L’espace même de la Cour d’honneur écrase le dispositif, la danse paraît s’y diluer au fur et à mesure. Resserré sur un plateau de théâtre, avec quelques coupes, « Berratham » finira peut-être par toucher au cœur. Afin que Katja, la femme blessée s’imprime dans nos mémoires.

Samuel Lepoil
Photo : Jean-Claude Carbonne