Ozoon

Danse | Théâtre Jean Vilar (Vitry-sur-Seine) | Learn More


OZOON! Est-ce le cri de ralliement d’écologistes souffrant d’un coup de soleil? Est-ce une exclamation marquant le mécontentement dans la tribu Caduveo au Brésil? Ou est-ce le nom d’un nouveau forfait de la RATP? Ozoon, d’après ce que nous savons, est plutôt un spectacle inédit du danseur et chorégraphe Josef Nadj, donné au Théâtre Jean-Vilar à Vitry-sur-Seine. Commandée pour l’ouverture de la 17e Biennale de la danse en Val de Marne, la création Ozoon incarne ses deux thèmes : bestiaire et fantasmagories. Josef Nadj s’est inspiré du travail de Charles Fréger, photographe itinérant, qui a capturé l’image d’étranges créatures dans de mystérieux paysages, à savoir les « Wilde Männer » (« hommes sauvages »), des paysans qui se déguisent en bêtes pour célébrer le printemps.

Sur la scène circulaire, cernée par les spectateurs (effet Colisée miniature assuré), deux musiciens qui se font face touchent un peu à tous les instruments qui les environnent : des tambours, un xylophone, un violoncelle mal dégrossi, des clochettes, un saxophone basse… Après quelques minutes de ce jeu-là, trois énormes créatures enchapeautées armées de violons, sorte de bibendum Michelin se préparant pour un concerto, entrent sur scène en roulant sur eux-mêmes puis, une fois fermes sur leurs pattes, tirent un brillant stridentum de leurs instruments…
L’introduction ne manque pas de panache ! Elle a de quoi surprendre. On ne nous la fait pas : ceci est de l’art éthéré, de l’esthétique moderniste, de l’avant-garde outrancière ! Peut-être Josef « nagje » en plein délire. Il faut lire le programme pour en être assuré : la scène devient un « cercle déambulatoire et expiatoire », les cinq figurants sont les « boucs émissaires de nos petits arrangements humains ». On a plutôt l’impression que les spectateurs sont les boucs émissaires d’une expérimentation parfaitement vaine. Encore vaillant après les stridences du violon, le spectateur commence à pâlir lorsque les danseurs soufflent de toutes leurs forces dans des cornes de brume, puis vacille sous le ridicule quand il les voit, pieds nus et vêtus de noir, mâchonner tranquillement une brindille sur scène.

Ce n’est pas tant le côté expérimental qui est gênant, mais plutôt l’impression que tout est laissé au hasard. À côté des musiciens à l’aise et en symbiose dans la partition rythmique, les danseurs semblent improviser leurs mouvements. Les effets de beau ou de sublime, à notre sens l’essentiel d’un spectacle et de l’art, ne peuvent pas être provoqués par l’incertitude et la complaisance des interprètes. De plus, sur la scène étriquée déjà envahie par tout l’attirail instrumental, la danse n’est que l’ébauche d’un geste. Une rencontre avec l’homme de la soirée était organisée à l’issue du spectacle. Un public déboussolé tentait des interprétations raisonnables. Très peu concerné, l’artiste mystérieux répondait par monosyllabes.

anonyme

Dans le cadre de la 17ème Biennale de Danse du Val-de-Marne, Josef Nadj présente Ozoon pour une soirée exceptionnelle en présence d’Irène Filiberti. La soirée se déroule au Théâtre Jean Vilar de Virty-sur-Seine, le 13 avril 2013. Ozoon est une commande sur le thème « Bestiaire & Fantasmagories ». Un motif cher, à Josef Nadj, présent dans un grand nombre de ses créations. En 2010, au Festival d’Avignon In il avait joué sa pièce Les Corbeaux accompagnée d’une exposition de ses dessins sur le même sujet. Pour ainsi dire, avec le thème choisi cette année, Josef Nadj est dans son élément de prédilection. Cette nouvelle création est également inspirée d’une exposition de photographies intitulée Wilder Mann de Charles Fréger au Musée d’art contemporain du Val-de-Marne.
Pour ce spectacle, la configuration de la scène est peu habituelle. La plateau est rond. Une scène en forme de globe. Sur les côtés ouest et est de la scène sont installés des percussions pour deux musiciens dont le compositeur Akosh Szelevényi et Gildas Etevenard. Pour lancer le spectacle, les trois comédiens-danseurs dont le chorégraphe du spectacle Josef Nadj, puis Ivan Fatjo et Eric Fessenmeyer, empruntent la même entrée que le public. Ce qui leur donne une dimension d’une autre sorte comme s’il s’agissait de visiteurs étranges venus bousculer les habitudes du public. L’entrée de ses êtres peu communs est très réussie car il est impossible de deviner la suite de leurs actions et ce sentiment perdure tout au long du spectacle. Ils tiennent le public en haleine du début à la fin du spectacle, sans jamais baisser l’attention de celui-ci.

En ce qui concerne Ozoon, l’expression comédiens-danseurs est plus adéquate que le simple terme danseur. Ce trio est bien plus que des simples danseurs, qui exécutent des mouvements de manière rythmique et esthétique. Ils habitent chaque geste avec une intensité, qui rend chaque mouvement unique. Et, même lorsque le mouvement se répète avec une légère variante, tout évolue sans fin. Il n’y a rien d’étonnant en cela puisque Josef Nadj est avant tout un mime. Il a été formé aux meilleurs écoles de cet Art, d’abord chez Étienne Decroux, le maître incontesté du mime au vingtième siècle puis chez Marcel Marceau. Josef Nadj se situe dans la lignée de ses deux grands mimes et il le prouve bien ce soir avec sa création Ozoon. Mais il y a aussi quelque chose de Grotowski dans l’aspect rituel et la manière dont le comédien se donne comme en sacrifice. ..
En respect du thème, il ne tombe pas dans l’imitation pure mais au contraire ils évoquent les animaux. Les instruments de musique excellent en cela donnant l’impression d’être en pleine savane entre lions et éléphants. En reprenant les gestes de l’animalité de l’homme, qu’ils explorent, l’homme et l’animal se confondent. Ces trois créatures se présentent d’abord devant le public portant une combinaison noire très ample et rembourrée d’épaisses couches de tissues comme une protection contre les menaces de ce monde. Leur manière d’explorer l’espace peut entrainer le public de voir en eux, l’apparition des trois derniers survivants après une catastrophe nucléaire. A la découverte de ce nouveau monde, ils cherchent à rejoindre la terre promise, qui a connu les plus beaux animaux.

Une série d’objets viennent agrémenter leurs mouvements. Il existe un jeu avec la vertical et l’horizontal extrêmement bien évoqué par une tige puis des sortes de tronc d’arbres crus, qui servent pour le scène finale. Ceux-ci se transforment en arc de noé puis en sorte de canoé mais ils n’atteignent pas la terre promise de l’extrême austral de l’Afrique, où se trouve une multitude d’animaux. En court de route en plein mer, ils se trouvent arrêtés dans leur périple. Après cette pétrification des corps, ce qui suit est la descente d’un aquarium rond ; illuminé et comprenant un mimi-terrain de jeux, peuplé par les souris blanches. Est-ce le reflet de l’homme qui nous est projeté ou sommes nous que des joueurs sur ce globe terrestre, s’il en existe encore un….
Dans Ozoon, un élément venu de l’est se fait ressentir dans ce spectacle. L’atmosphère bestiaire renvoie au roman de Kafka, Métamorphoses. Et, Josef Nadj aime aussi montrer des êtres tourmentés, qui se tordent le corps, tout de noir vêtus. Avec cette forme d’expression, il plonge le public dans les années soixante-dix, avant son départ pour la France, dans un pays de l’est au temps de la guerre froide. Josef Nadj n’a jamais réellement quitté sa Serbie natale et la ville de ses études , Budapest. L’univers de cette époque resurgit dans l’ensemble de ses créations…

Bernadette Plageman

Le samedi 14 avril, à l’occasion de l’ouverture de la Briqueterie et dans le cadre de la 17ème biennale de danse du Val de Marne, le Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine accueillait une représentation du chorégraphe serbe Joseph Nadj, Ozoon. Lorsque le public entre dans la salle, il est surpris de voir deux musiciens sur la scène entourés de toutes sortes d’instruments venus d’Europe (des cloches de Bulgarie) ou d’Afrique. Durant toute la représentation, ils ont une manière bien originale d’utiliser leurs instruments (par exemple en faisait glisser leur archet de violon sur des cymbales ou de souffler de manière discontinue dans un saxophone) et de provoquer ainsi des sons tout droits sortis du monde animalier. Car c’est bien là le cœur de l’œuvre créée par Josef Nadj, de retrouver l’animalité qui nous habite. La représentation rassemble ainsi un ensemble de rites : tout d’abord ce sont trois gros hommes masqués (dont Josef Nadj lui-même) qui entrent sur scène faisant comme un clin d’œil aux obèses contemporains. Puis se délivrant de leur surcharge, ils se laissent chacun aller à leur devenir animal en tournant sur cette scène que le chorégraphe a conçue comme un immense tambour, un cercle de 8 mètres de diamètre, lieu de tous les rites.

La représentation se conclut sur l’image de souris présentes dans une cage suspendue au milieu de la scène. Après le spectacle, dans le cadre d’une rencontre avec le metteur en scène, Josepf Nadj a justifié ce choix en expliquant que les souris étaient très réceptives à la musique qui les entouraient et participaient elles-mêmes à la danse contrairement aux rats par exemple qui d’après ses essais, restaient immobiles par peur ou par paresse.
Cette représentation, à laquelle a assisté la Ministre de la Culture, était ma première expérience de danse contemporaine et si j’ai pu être fort surpris par les poses originales des corps dans les danses rituelles et les sons inhabituels des instruments, je dois dire que cette recherche d’animalité a provoqué chez moi un certain rejet, peut-être dû à mon manque de raffinement pour goûter une telle œuvre, ou peut-être car la sensibilité de l’auteur dans son œuvre m’était étrangère.

Jérémie Viel