On purge bébé

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On purge bébé est une comédie de Feydeau avec sept personnages : trois femmes, trois hommes et un enfant. Mais Félix Libris, connu dans le monde de la lecture à voix haute, est capable de les interpréter tous, à lui seul, avec un talent tel qu’on oublie qu’il n’y a qu’un seul comédien sur scène.

Telle est la formule « un interprète, une pièce, une heure » proposée au théâtre Les Déchargeurs. Dans une cave toute simple, dans une atmosphère intime, un comédien entreprend de lire, aux pieds d’une petite vingtaine de personnes (au plus) serrées les unes contre les autres, un texte du répertoire théâtral classique.

Décors, costumes : je vous assure que tout cela est superflu, on finit même pas se demander pourquoi certaines mises en scène s’encombrent d’une troupe nombreuse et de meubles souvent bien lourds. Réflexion pour le moins naïve qui permet toutefois deux constats : quelle réussite, cette lecture ! d’une part ; d’autre part : à force d’être submergé d’images en permanence, on en oublie le pouvoir fantastique, presque incantatoire, des mots. Car à écouter Félix Libris, on imagine tout, on voit les personnages se lever, s’agiter, se lancer des regards suspects, réprobateurs, complices ou ironiques, on voit même les pots de chambre de porcelaine se briser en mille morceaux. Tout se passe à travers la voix, les intonations, la maîtrise des expressions du visage : chaque caractère, chaque émotion circule avec une virtuosité remarquable dans les traits qui se tendent et les mots qui se dressent. Le résultat est absolument hilarant.

Il faut dire que la pièce est drôle, quoique cruelle. On rappelle l’intrigue en quelques mots : Toto, 7 ans, est constipé depuis le matin. Rien de grave, mais sa mère s’inquiète, et malheureusement, ce n’est pas le jour. Le père, M. Fallavoine, porcelainier, reçoit M. Chouilloux, membre du ministère de la guerre à qui il veut vendre ses pots de chambre militaires en porcelaine incassable. S’en suit une série de malheureux malentendus et maladresses qui ruinent non seulement les affaires de Fallavoine, mais également son couple (il faut dire que Julie n’a pas un caractère facile), et enfin le mariage de M. Chouilloux. Seul compte le caprice de Toto : il ne veut pas prendre sa purge, il ne la prendra pas, quitte à semer la pagaille entre les adultes et leurs manipulations hypocrites, et Toto, sachez-le, y parvient.

Justine Leret
Photo : Les Livreurs