Motian in Motion

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Rythmes endiablés, mélodies multiples et improvisations à la volée, voilà le Soléart fest’ lancé par le « Jean-Marc Padovani quintet ». L’idée est de Padovani, tout comme celle du festival : réarranger en hommage au batteur Paul Motian ses compositions. Pour ce faire, le quintet s’inspire de l’univers propre au batteur, jusqu’à ses origines natales, l’Arménie, grâce au doudouk, instrument typique du pays que joue Didier Malherbe. S’il vaut mieux être initié à ce style de jazz pour ne pas s’y perdre, les musiciens eux ont le tempo dans la peau, les yeux et oreilles grand ouverts, prêts à en découdre au signal du saxophoniste. L’écoute reste primordiale, et la limite est mince entre une pseudo harmonie interne et la cacophonie générale. En effet, avec un jeu de questions-réponses entre le saxophone et la contrebasse, cinq mélodies aux notes déferlantes et aux variations à l’infini, des impros qui s’entremêlent et s’enchaînent, les cris d’un batteur déchaîne, il est difficile de trouver un point d’ancrage. Heureusement pour nous, la reprise cyclique d’un premier mouvement après le climax musical donne un retour au calme suffisant pour soulager nos oreilles, et l’on parvient même à trouver une pulsation. Padovani va jusqu’à nous accorder un morceau moins frénétique, « Arabesque », avec sa base claire donnée par le contrebassiste Claude Tchamitchian. La créativité du musicien ne s’en verra pas atténuée, au regard de sa sublime improvisation finale et à l’incroyable voyage sensoriel et imaginaire qu’elle génère.

Une grande liberté transparaît au travers des membres du quintet et rejaillit sur le public pour inviter, sinon à la création artistique, du moins au plaisir et transport auditif.

Climène Perrin

Au milieu d’une rue animée donnant sur la Bastille, dans le jazz-bar de la Chapelle des Lombards, le saxophoniste Jean-Marc Padovani a décidé de nous interpréter en cette soirée de 21 octobre son œuvre “Motian in Motion“. Celle-ci rend hommage à l’œuvre “Monk in Motion” de feu Paul Motian, son ami batteur avec qui il a joué pendant quelques années dans un quartet.

D’après son ancien acolyte, Paul Motian a marqué l’histoire du jazz, ayant été un grand compositeur et un des protagonistes du trio de Bill Evans avec Scott Lafaro. Accompagné par Paul Brousseau au piano, Claude Tchamitchian à la contrebasse, Ramon Lobez à la batterie & Didier Malherbe au doudouk (flûte arménienne), Jean-Marc Padovani supervise son petit orchestre musical, le regard bienveillant. Le doudouk, instrument ancestral, représente ici les racines arméniennes de Paul Motian, très attaché à cette culture.

C’est donc dans un lieu plutôt intimiste à l’esprit jazz-bar, sur fond de Bossa Nova & d’Avishai Cohen que l’on s’installe sur de grandes banquettes en cuir. A ma plus grande surprise je découvre, en parlant à mon voisin de table, une vieille branche baba cool, chapeau vissé sur la tête et foulard rouge, qu’il est Didier Malherbe, le joueur de doudouk du groupe. Celui-ci a eu la gentillesse de m’accorder une petite interview.

Le sourire aux lèvres et le verre à la main, l’on découvre un groupe aux accents divers et variés, mêlant le jazz classique, la musique arménienne et l’improvisation. Je me laisse envoûter par ces notes qui deviennent un véritable voyage sur des airs à la fois traditionnels et contemporains. La technique utilisée ici est la “rapsodie”, c’est-à-dire la “couture” d’éléments musicaux disparates, dans le but d’ouvrir vers de nouvelles formes musicales. Eparpillés sur la scène, sous une lumière tamisée, les musiciens réinterprètent la pièce de Paul Motion dans un jazz rempli d’émotions.

Sous nos regards perplexes, les rires, blagues et commentaires fusent sur scène entre les mélomanes, comme si nous étions invisibles. Le batteur, dans l’hilarité générale, a même déclamé un “Si tu me fais pas de signes, moi je pars tout seul et j’te fais un slow”. En effet, dans leurs vestes et chemises simples, ces jazzmen, très détendus imposent l’esprit de la soirée: on se relaxe et on s’éclate. Un seul et même but pour les artistes: on développe et on échange ensemble en respectant les références et les envies de tous.

On se souviendra du doux Birds song ou encore d’Arabesque, leur petite fierté. Par It is, petit set composé de deux pièces arméniennes très rythmées, le concert se termine. Et oui, déjà. Mais rassurez-vous, Jean-Marc Padovani sera bientôt à la 16e édition du festival des villes des Musiques du Monde, en automne 2015, avec pour bagage son œuvre Bab Cartilenes.

Élodie de Freitas

C’est dans le cadre intimiste de la Chapelle des Lombards, dans le 11e arrondissement de Paris, que Jean-Marc Padovani a lancé avec son quintet son nouvel album Motian in Motion le 20 octobre dernier.

Dans ce nouveau disque, et dans les trois concerts de présentation (les 20, 21 et 22 octobre) qui accompagnent son lancement, le groupe rend hommage à Paul Motian, batteur arménien récemment disparu, en reprenant certaines de ses compositions avec l’arrangement de Jean-Marc Padovani (qui l’a rencontré et a joué avec lui au Festival de Nîmes en 1997).

Sous l’influence du musicien arménien se retrouve dans le quintet un duduk, joué par Didier Malherbe, avec une composition jazz plus classique constituée de Jean-Marc Padovani au saxophone, Paul Brousseau au piano, Claude Tchamitchian à la contrebasse et Ramon Lopez à la batterie. À 20h, début du concert : les musiciens arrivent sur la petite scène du bar, devant une salle quasi-remplie plongée dans la pénombre.

Dès le premier morceau, la virtuosité enflammée du batteur et du groupe ne manquera pas de se faire remarquer. Une batterie très présente, un jeu débridé : l’écoute pourra être difficile pour des amateurs non-éclairés. Toutefois, après une entrée matière prenante, la deuxième partie du morceau fera entrevoir les douceurs du duduk et la finesse des mélanges avec le saxophone et les autres instruments, davantage dans l’accompagnement.

Si la rencontre entre le jazz et le duduk arménien pourra surprendre au premier abord, on pourra vite se raccrocher au style très jazz de certains passages entre piano, basse et batterie. Ou à quelques très belles envolées rythmiques et mélodiques au piano, à un solo de basse phénoménal dans l’avant-dernier morceau, à une batterie très — parfois trop — dynamique, et à la grande musicalité de Didier Malherbe et de Jean-Marc Padovani (duduk et saxophone). On pourra juste parfois regretter l’absence de pulsation ou de mélodie auxquelles se raccrocher.

Au fil du concert, Paul Motian se fera rappeler à travers son univers musical marqué par des dissonances et des progressions harmoniques surprenantes, dans une originalité autant déconcertante que fascinante. Certains thèmes amèneront une sonorité orientale, avec de merveilleuses échappées belles du duduk, accompagné par une basse posée et un piano subtil. Tandis que d’autres se prêteront davantage à des improvisations aux accents très improvisation-jazz, dans lesquels le duduk aura plus ou moins de facilité à trouver sa place, au profit de la batterie, du saxophone et de la basse.

Arabesque et Suite arménienne resteront probablement les deux thèmes qui font le mieux le pont entre le jazz et la musique traditionnelle arménienne. S’y exprimeront à la fois l’énergie créative de l’improvisation-jazz et la douceur mélancolique du duduk, dans une alternance entre passages rythmés passionnés et passages mélodiques (voire lyriques). On y retrouvera des boucles rythmiques envoûtantes au piano et à la basse, une grande finesse de jeu au duduk, des duos à la tierce très harmonieux avec le saxophone, de beaux jeux à l’unisson avec la basse (à l’archet), et une batterie plus en arrière-plan que dans les autres thèmes.

En somme, à travers Motion in Motian, Jean-Marc Padovani et son quintet font se rencontrer deux univers qui parfois résonnent, et parfois s’entrechoquent. Si l’amateur pourra vite se lasser de certaines improvisations jazz et de la batterie très présente, il pourra aussi se laisser envoûter par la subtilité du duduk et des mélanges proposés entre jazz et musique arménienne. Le duduk apportera de la fraîcheur autant dans ses passages mélodiques que dans l’accompagnement de thèmes jazz. Et les arrangements de Jean-Marc Padovani sauront mettre en valeur le reste du quintet au fil des morceaux. Le tout apportant un souffle original et singulier aux compositions de Paul Motian.

Philippe Boisvieux
Photo : Padovania, via Wikimedia Commons