Mechanical esctasy

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J’ai eu la chance récemment de me rendre au théâtre de Chaillot pour un spectacle de danse contemporaine. En tout cas, c’est l’information que j’avais. Le matin de la représentation je vais me renseigner sur le site du théâtre pour avoir quelques informations supplémentaires sur cette troupe néerlandaise qui vient nous proposer un divertissement. Grosse surprise quand je tombe sur des images qui pourraient être celles d’un club underground berlinois très avant-gardiste …

À mon entrée à Chaillot, je commence à comprendre un peu mieux. Deux scènes se font fasse, encadrant le public, et sur l’un des côtés de ce rectangle, un espace prévu pour les DJs. Au centre, le public, sous des lumières stroboscopiques et dans lequel se mélangent d’étranges personnages, tantôt drag queen, tantôt anges déguisés avec de grandes ailes, distributions de bracelets lumineux … Bref, une ambiance de boîte de nuit. Et effectivement, le spectacle commence, dans un théâtre de Chaillot à mi-chemin entre le Rocky horror picture show et un club berlinois très électro trash.

Pour vous donner une idée de ce qu’il s’est passé sous nos yeux , sur chaque scène , des danseurs se relayaient sur des chorégraphies très modernes , sur les sons très modernes des Dj , ainsi que sur les textes de poésie un peu étranges , scandés par une femme habillée en générale russe ou presque !

Le but est pour les danseurs /acteurs, de faire bouger le public autant qu’eux ! Problème, autour de moi, il y a des jeunes évidemment, mais aussi des gens plus âgées, retraités habitués aux programmations très chouettes de Chaillot, et particulièrement mal à l’aise devant ce spectacle étrange.

Une heure de spectacle de 22h à 23h, puis à 23h une heure de danse intense pour le public, vraie transformation en boîte de nuit pour le coup !

Un spectacle très intéressant et à vrai dire, surtout très surprenant !

À conseiller à tous ceux qui veulent se défouler dans un cadre étrange !

Camille Adéjès

La représentation de Mechanical Ecstasy se déroule au théâtre national de Chaillot. Il est difficile de qualifier cette « performance » – je suis d’ailleurs prévenue dès mon arrivée que ce n’est pas un spectacle. Le qualifier de spectacle de danse serait comme négliger les musiciens Jan-Bas Bollen et Thijs de Vlieger (membre du groupe NOISIA), éléments essentiels et indispensables. C’est une œuvre d’art, une performance atypique et déjantée. Les artistes de Club Guy & Rony nous proposent un spectacle haut en couleur et surprenant.

Les spectateurs sont accueillis dans une salle ressemblant à une boite de nuit, lumière pulsée et musique rythmée de beats. Les artistes, vêtus de manière loufoque, à hauts talons, grimés ou travestis, déambulent. Ensuite, des musiciens s’installent et jouent en accompagnant la musique électronique. Une femme prend la parole et scande, murmure, hurle parfois, d’une voix pressante ces mots inquiétants, effrayants, sorte de poésie étrange « You are the machine ! ». Les artistes gesticulent, leur danse saccadée, violente, puissante correspond à l’atmosphère oppressante et à la voix légèrement métallique de la femme. Ils ne se contentent pas de danser : ils sont la musique, traduisant avec leurs corps ce que nous ressentons tous –un sentiment d’urgence, d’angoisse – face à ces sons électroniques et à cette femme qui nous compare à des robots, qui remet en cause la nature humaine. Ils sont sur deux scènes différentes, de chaque côté de la salle et les danses alternent, obligeant le public à se retourner fréquemment. Le spectateur n’est pas passif, il fait partie intégrante du spectacle, il est invité à danser. L’ambiance est légèrement hystérique, nous ressentons un sentiment d’urgence, amplifié par les paroles oppressantes que scande la femme, encouragée par les cris des artistes qui, entre chaque danse, se mêlent au public. La lumière accompagne la danse saccadée et contribue à amplifier la fébrilité ambiante. Elle peut être tamisée, vive voire parfois éblouissante.

La performance qui nous est proposée est aussi une performance subversive. Tout d’abord par sa nature : une ode aux rave parties ; mais aussi car elle critique les stéréotypes de genre. En effet, des hommes qu’on pourrait qualifier de virils sont travestis en femme, et même la danse renverse les valeurs habituelles : ils peuvent être portés par leurs partenaires féminines. Mechanical Ecstasy n’est donc pas simplement un spectacle loufoque et divertissant : c’est une œuvre subversive, qui cherche à interroger la nature humaine tout en offrant un spectacle visuellement très agréable.

Anna Bellot

On cherche toujours à comprendre les spectacles à coup d’analyses très poussées qui décortiquent chaque geste, chaque parole prononcée. Pourtant, pour Mecanical Ecstasy, l’essentiel de la performance est probablement contenu dans le titre.

Pour vous remettre dans le contexte, il s’agit du fruit de la collaboration entre Club Gay & Slagwerk Den Haag un groupe de percussionnistes hollandais. Perdu dans la fosse, entouré de trois scènes, on ne sait tout d’abord pas où regarder, où se placer. Face aux musiciens ? Où vers l’une des estrades encore vides ? Finalement il n’y aura pas à choisir, car les danseurs de Mechanical Ecstasy sont partout à la fois, occupant les scènes, la fosse, disparaissant pour mieux réapparaitre. Il faut alors accepter de ne pas tout voir, se détendre et apprécier le moment. C’est l’utilisation espace qui donne véritablement tout son sens à la représentation car ce que fait Mechanical Ecstasy c’est monter le club sur scène, glorifier les soirées en tout genre. Alors qu’ils auraient pu se contenter d’une scène, de quelques danseurs et d’une bonne playlist, Club Gay & Slagwerk Den Haag poussent leur idée jusqu’au bout pour un résultat jouissif.

Les danseurs débordent d’énergies, circulent de scènes en scènes sans jamais oublier de chauffer le public pour l’inciter à danser. On est réellement dans un spectacle participatif, les plus motivés avaient mêmes pu apprendre la chorégraphie de l’after-party. Les danseurs incarnent plusieurs personnages, différents tableaux se succèdent. On ne comprend pas toujours tout mais on sent qu’il s’agit de sujets universels, que ce sont la liberté de s’amuser et l’indépendance qui sont revendiquées. S’il fallait ne citer qu’un moment ce serait le match de catch, magnifiquement chorégraphié qui met en échec l’image de l’homme puissant et viril. Pour accompagner les danseurs, un texte en anglais immédiatement traduit sur les écrans presque slamé par un personnage indéfini, tout de noir vêtu. Là encore, il est question de liberté, d’insoumission mais surtout de lâcher prise. Il faut apprendre à profiter pleinement du moment présent.

Si vous voulez tout oublier, vous amuser, admirer des danseurs d’exception… en résumé un bon coup de booste pour finir votre semaine, foncez. Un petit conseil cependant. Si comme moi vous dépassez difficilement le mètre 60 prévoyez des amis aux épaules solides où vous ne verrez que les pieds des danseurs ce qui, avouons-le, serait fort dommage.

Héloïse Dung

Notre corps s’exprime, déconnecté de la raison, il s’exprime avec instinct et raison.

Notre instinct est mis en avant, la musique nous entraine, sa valeur : le lâcher prise. Les mélodies sont multiples.

Le concept est “border line” et cela se voit par les multiples horizons qu’incarne leur performance. Un pied dans toutes les disciplines : les genres se mélanges, le transgenre s’affirme, toutes les nationalités sont représentées ainsi que la folie, la provocation sexuelle, sensorielle, comique de l’absurde et des perruques de Marie Antoinette parmi d’autres surprises loufoques. Un décalage avec tout ce qu’on connait de déjà normé permet de donner un nouveau souffle et laisse place à une très grande liberté, une forte créativité et une légèreté qui nous happe. Il y a les strasses des soirs de fête. Il y a des jeux de lumières, des chorégraphies à droite, à gauche puis on glisse vers une lumière stroboscopique et « on est la machine », on est un, on est tous et on danse avec les danseurs, entrainé par la musique électronique aux allures de tributs – peut-être océanique (un membre des musiciens, par moment, souffle dans un coquillage). Nous sommes aussi entrainés par la voix de Mirjam Stolwijk qui nous livre une performance incroyable en nous parlant sans relâche comme un rhétoricien, imposant l’esprit du groupe, et nous donnant les clés du lâché prise.

La danse est impressionnante par la force qu’elle dégage et les jeux de portée par équipe de trois danseurs sont recherchés et originaux. La sensation que l’on a affaire à quelque chose d’entièrement organique par la fluidité des mouvements (ondulations des corps électrisés) ils se crispent puis ondulent. Il y a des cris, des encouragements, du désir de l’envie d’appartenir d’être tous ensemble et on danse.

Au théâtre national de Chaillot il y a deux salles de spectacle. Mais ce spectacle qui demande la participation de ses spectateurs se déroule dans l’immense hall qui à lui seul fait office de salle de réception de gala avec sa baie vitrée tout du long. Le long de cette baie vitrée au milieu l’excellent groupe de musicien Slagwerk Den Haag et de chaque côté d’eux deux scènes se regardent.

Les danseurs sont parmi la foule, déguisés, ils circulent en incarnant un personnage et ils interagissent avec le public. Le spectacle est une expérience unique que tout le monde devrait vivre une fois dans sa vie qui dure 1h puis c’est la boite de nuit l’heure suivante avant que cendrillon retourne à sa vie mécanique de citoyenne urbaine.

Chloé Hoarau

Il est vingt-deux heures, les invités du Club Guy and Roni se pressent dans le Grand Foyer du Théâtre Chaillot. D’étranges créatures se mêlent à la foule. Une femme en robe de cuir noire distribue des bracelets fluorescents ; un homme avec un manteau léopard s’immisce dans les conversations des invités et un Noir sculptural fait briller le public en collant des strass sur les visages des nouveaux arrivants.

Petit à petit, la lumière se tamise et la musique s’intensifie. Une voix féminine, rauque, lancinante, se fait entendre. Elle déclame une heure durant une sorte de poème au long cours. Les mots percutent. Ils parlent d’amour, d’extase, de vie, de rapport aux autres, de la différence entre l’homme et la machine. C’est l’extase mécanique du corps, où chaque pensée, chaque émotion, n’est qu’une combinaison particulière de molécules.

De chaque côté de la piste, les performeurs du Club Guy and Roni entrent dans la danse. Leurs corps volent, se contorsionnent et entrent en transe dans une démarche queer d’explosion des normes et de la réalité : le corps se libère par la danse des normes auquel il est astreint. Le déhanchement mécanique des danseurs marque le lancement de la machine humaine. L’énergie qui se dégage de ces mouvements hypnotiques se propage dans un public en effervescence. Même les plus sceptiques au début du spectacle ne peuvent résister à l’appel des vibrations de la techno et hochent la tête frénétiquement. Les stroboscopes du Grand Foyer de Chaillot ont dilaté le temps et empli chacun d’une énergie nouvelle. La limite entre le public et les danseurs s’efface peu à peu.

Le spectacle touche à sa fin ; les danseurs quittent peu à peu la scène. Pourtant il est impossible de couper le public en transe ; le spectacle se poursuit jusqu’à minuit à travers lui. Les danseurs ont réussi leur pari : libérer un public de tout âge qui se lâche une heure durant au son survitaminé des basses.

Valentine Lanoix

Mechanical Ecstasy est un spectacle de danse contemporaine créé par une compagnie néerlandaise. Il s’agit du Club Guy & Ron fondé, en 2002, par Roni Haver et Guy Weizman. Avec plus d’une vingtaine de créations à son actif, elle s’est imposée sur la scène internationale et particulièrement en Europe. Leurs réalisations sont caractérisées par un style résolument contemporain ainsi que l’alliance de la danse, de la musique, du cinéma, du théâtre et des arts visuels.

Leur création, Mechanical Ecstasy, présentée au Théâtre National de la Danse, Théâtre Chaillot, date de 2005. Psychédélique, haute en couleur, entraînante… la première partie (1h) est orchestrée avec brio même s’il est parfois difficile de suivre le fil de l’histoire et du texte. Le spectacle est sur-titré en français. La seconde partie, où le public est invité à monter sur scène, l’est tout autant. La scène du Théâtre Chaillot se transforme en un véritable night-club avec de la musique électronique. Je l’avoue, j’imaginais mal ce mouvement de foule vers la scène, mais il est plutôt bien amené par la troupe. Indéniablement, la compagnie sait électriser les foules. Peut-être que le public n’est aussi pas tout à fait le même et rompt plus facilement avec les codes sociaux. Les horaires du spectacle ne sont d’ailleurs pas habituels (22h – 24h).

La compagnie joue de toute manière avec les codes et rien n’est « standard ». Cette explosion de couleurs, ces danses endiablées, la cacophonie apparente et le kitsch omniprésent sont autant de clichés qui m’ont attirés. Or, la troupe a su les surpasser. Mechanical Ecstasy dépasse les codes du cabaret burlesque. On ressent toute la force, l’énergie et le travail qui se cache derrière la représentation. Les numéros plus acrobatiques sont particulièrement impressionnants. Les « détails » sont foisonnants, pensés et travaillés. Tout le travail sur l’éclairage qui joue avec ces détails m’a particulièrement impressionné. Leur esthétique qui n’a rien de minimaliste pourrait être vue comme à contre-courant. Mechanical Ecstasy est à mon sens représentatif du style qu’ils développent pour l’ensemble de leurs créations. Son originalité et sa richesse se trouvent dans l’interaction avec le public notamment, évidemment, la seconde partie. Ils nous emportent dans leur univers et nous font dépasser nos peurs, appréhension. Le spectateur est amené à s’oublier soi-même dans une totale liberté. Le spectacle, reprenant les codes du clubbing, des rave party, devient alors une ode au mouvement. Le Club Guy & Ron casse les codes et brise les barrières, spectateurs-acteurs, dans ce spectacle totalement déjanté et maîtrisé jusqu’au bout des ongles !

Astrid Lours-Riou

Cette soirée psychédélique et envoutante, mélangeait danse, musique électronique et paroles déclamées en anglais dans une ambiance électrique de partage.

Dès mon entrée dans le théâtre, je fus impressionnée par ces grands espaces en pierre et ces escaliers interminables. L’architecture du lieu était dans un style classique et luxueux commun aux grands bâtiments parisiens.

Quand j’arrivai dans le lieu destiné à la représentation, guidée par le beat entrainant de la musique, je fus surprise du mélange entre le classicisme du théâtre et la modernité de l’aménagement de l’espace ainsi que du contenu de l’événement.

Trois scènes différentes entouraient une piste de danse. Ce dancefloor offrait une magnifique vue sur la Tour Eiffel et ses illuminations toutes les heures.

Deux scènes étaient disposées de chaque côté opposés de la piste et se faisaient face. Sur ces scènes, des danseurs évoluaient en chorégraphies et acrobaties de groupes sur une musique électronique jouée par un groupe situé sur la scène au centre de la pièce.

Les apparitions des danseurs sur chaque scène étaient surprenantes. Les artistes portaient des costumes tous originaux et les changeaient à chaque apparition, la nudité des torses se mêlait aux combinaisons à paillettes et aux coiffes de plumes. Ils pouvaient danser uniquement sur l’une des scènes puis la lumière se rallumait sur l’autre ou alors sur les deux en même temps, ci bien que je ne savait plus où donner de la tête et que chaque spectateur était libre, dans cet espace en mouvement, de regarder dans la direction qu’il voulait.

D’ailleurs non seulement les perceptions des spectateurs étaient décuplées, mais notre rôle même d’observateur fut remis en question. Les danseurs descendaient sur la piste ou plutôt cette sorte de fosse pour venir nous inviter à danser ou tout simplement évoluaient entre nous.

Nous faisions comme partie du spectacle et petit à petit, les corps se lâchaient, les mouvements de ces inconnus autour de moi s’accordaient aux miens sur le rythme de la musique.

Une femme intervenait régulièrement sur la scène pour prononcer des paroles en anglais (sur-titrées en français au-dessus des scènes) avec une voix suaves et convaincue.

Cette oratrice nous invitait à l’expression, à la danse, à la libération, questionnait l’identité et tout son texte prenait sens parmi cette foule à la fois robotisée, mécanique et pourtant unie, affranchie.

La représentation ce termina sur une sorte de concert du groupe ayant produit la musique, sur un ton toujours électronique. Le mouvement des corps, le son des cris de joie et les pulsations de la musique formaient une harmonie finale cohérente avec l’atmosphère transmise précédemment dans la soirée.

Je sortis de cet événement euphorique, remplie d’espoir et en même temps de doute sur l’humanité et notre relation avec les autres, mais avec une certitude : j’avais vécu une expérience unique.

Léa Mémain
Photo : Club Guy & Roni