Magifique

Informations

chorégraphie Thierry Malandain
maîtres de ballet
Françoise Dubuc, Richard Coudray
musique
Piotr Ilitch Tchaïkovski
composition additionnelle
Nicolas Dupéroir
décor et costumes
Jorge Gallardo
conception lumière
Jean-Claude Asquié
réalisation costumes
Véronique Murat
réalisation masques
Annie Onchalo
réalisation décor
Alain Cazaux
avec
Ione Miren Aguirre, Aurélien Alberge, Giuseppe Chiavaro, Olivier Coëffard, Ellyce Daniele, Frederik Deberdt, Cédric Godefroid, Aureline Guillot, Miyuki Kanei, Fabio Lopes, Silvia Magalhaes, Arnaud Mahouy, Joséphine Pra, Magali Praud, Nathalie Verspecht, Daniel Vizcayo

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Chroniques des étudiants


Laure Demougin

Vendredi 11 février 2011, au théâtre national de Chaillot, Thierry Malandain présentait de 20h30 à 22h son ballet Magifique, créé en septembre 2010 à Biarritz. Le directeur du Ballet Biarritz apparaîtra sur scène au moment des saluts, entouré de ses vingt danseurs et danseuses ; pour le reste, Magifique reprend les grands classiques du ballet que sont Casse-Noisette, La Belle au bois dormant and Le Lac des Cygnes, jouant avec la musique de Tchaïkovski et la chorégraphie créée par Petipa il y a plus d’un siècle. Et c’est en ce sens qu’il apparaît aussi dans cette œuvre qu’il qualifie volontiers d’autobiographique – jusqu’au titre qui reprend un de ses mots d’enfant.

            Les danseurs évoluent sur scène dans des costumes couleur chair et au milieu de grands blocs, miroirs dépolis qui participent à la beauté de la chorégraphie, qui sont manipulés, renversés et entraînés selon les mouvements du ballet. Ce sont ces blocs qui forment une ébauche de salle de danse dans le premier tableau : accompagnés par la barre que tout néophyte pourrait identifier, ils reconstruisent un espace à partir duquel la chorégraphie va pouvoir émerger, le point de départ d’une passion pour les corps et la danse. Ils fondent par la suite un espace mobile qui multiplie les corps et joue avec la lumière des projecteurs, prenant une ampleur que l’on verrait bien égale à celle de la musique de Tchaïkovski – malheureusement enregistrée et diffusée : pas d’orchestre pour rendre plus palpable l’alliance qui se réalise entre la chorégraphie des corps et celle de la partition. Trois tableaux se succèdent, et chacun contient différents moments, faisant intervenir différentes associations de danseurs, du solo à une totalité formée par une dizaine de danseurs. On ne sait trop s’il faut lire un enchaînement logique, chronologique, voire historique dans cette succession ; mais on perçoit au mieux cette atmosphère rêveuse, nostalgique et fascinée par le monde du ballet.

            Le néophyte qui ne connaîtrait pas les versions originelles des ballets – et j’en suis – peut avoir du mal à juger des réécritures ou des variations complices effectuées sur ces pas si connus : reste que Malandain parvient à rendre accessible à tous la beauté des corps qu’il met en mouvement. Perché en haut de la salle Jean Vilar à Chaillot, surplombant toute une salle qui plonge vers la scène, le spectateur a l’impression que les danseurs se meuvent dans une quasi-nudité ; fasciné par le jeu sur les doubles et les reflets, par ces corps qu’on devine dissemblables malgré leur ensemble, il reste souvent bouche bée – non par la surprise, mais par un sentiment plus fort. La beauté, la grâce même des corps se lit dans certaines pauses ménagées par la chorégraphie ; dans certains duos qui laissent les spectateurs fixer leurs regards sur une réconciliation entre l’animalité de ces corps presque à nu et le dessein artistique qui les fait se mouvoir.

            Mais ce n’est pas là la seule réaction qu’obtient Malandain par le rythme qu’il a imprimé à sa chorégraphie : quelques francs rires surgissent à l’occasion d’une utilisation inattendue d’un bloc-miroir couché, supportant les pieds des danseurs ; quelques regards étonnés par l’emprunt de mouvements clairement étrangers à la version originale. Un danseur poursuivi par le reste de la troupe, l’apparition de mouvements qui ne sont pas sans rappeler la gestuelle des morts-vivants ; la légèreté n’est pas absente de cette reprise d’œuvres majeures. L’humour semble se révéler indissociable de l’émotion ; on navigue entre l’un et l’autre, on applaudit souvent. En somme, on semble bien loin ici de l’esthétique figée que le préjugé prête au ballet : versé ou non dans les arts de la danse, on peut se sentir à l’aise, on peut se sentir ravi – l’on aimerait préciser que c’est au sens premier du terme – par ce qui s’offre au regard. Certes le public est assis, et sagement assis ; certes il est tenu à distance de la scène ; mais surgit quelque chose qui dépasse cette barrière de la scène, quelque chose qui fait jouer un art de l’admiration et une proximité entre les danseurs mag(n)ifiques [1] et leur public.

            Il est des spectacles qui peuvent plaire aux novices parce qu’ils ne les écrasent pas ; qui peuvent plaire aux amateurs parce qu’ils leur rappellent un amour commun du spectacle : nous dirions que « Magifique » est de ceux-là. Sortir de la salle Jean Vilar avec une admiration profonde du corps humain et de ce que l’art en fait et voir, par la grande vitre du foyer, la tour Eiffel qui scintille : il y avait quelque chose de magnifique et de magique en effet dans cette représentation. Le point de vue qui est le nôtre est peut-être faussé par une – très – mauvaise connaissance du monde de la danse : mais il n’en reste pas moins qu’il est rare de trouver un spectacle qui puisse manier autant d’émotions et susciter autant de réflexions. Réflexions diverses sur le corps, mais aussi sur l’enfance, l’admiration et la manière de traiter les classiques dans quelque art que ce soit. Car « Magifique » réussit à être une œuvre personnelle sans être une œuvre égocentrique : on suit Malandain où il nous mène, et il réussit à s’effacer magnifiquement de la scène pour laisser parler la danse et la musique. La facilité du spectacle réside peut-être dans cette utilisation d’une partition extrêmement connue, et d’une base chorégraphique connue elle aussi ; mais on se prend à rêver que tous les arts puissent avoir leur Malandain et ce même amour contagieux de leur discipline.

[1] Il nous fallait sacrifier à la tentation du jeu de mots.


Andrea Kratzer

Le Malandain Ballet Biarritz, mis en scène par Thierry Malandain au Théâtre national de Chaillot le 11 février 2011, combinait la musique du 19ième siècle avec des éléments modernes de notre époque. Malandain avait choisi la musique du Tchaïkovski pour agrémenter les danses gracieux. Les danseurs, en grande partie des hommes, adaptaient leurs mouvements à la musique d’une manière extraordinaire. J’admirais la facilité avec laquelle les danseurs se déplaçaient. Ce qui ne me plaisait pas, c’était la scène qui était très moderne et sur laquelle il n’avait que neufs boîtes en argent comme décors. Celui qui attendait un ballet classique était déçu, puisque les danses étaient également très modernes, parfois même si comiques que le public devaient en rire. En conclusion, je dois y ajouter que la performance était pourtant convaincante, puisqu’elle était d’une bonne qualité.


Sarah Stelzl

Le Ballet Biarritz dirigé par Thierry Malandain présentait du 9 au 11 février 2011 la pièce Magifique au Théâtre National de Chaillot. C’était un mélange des éléments classiques et modernes, accompagné par la musique de Tchaïkovski. Pendant que le décor (des caisses avec des miroirs qui ont été plusieurs fois déplacés par les danseurs) et les costumes (tous en couleur chair) étaient plutôt simples, la pièce fascinait par le pouvoir des danseurs et la synchronie des leurs mouvements avec la musique. Ce qui était frappant, c’était que la moitié des danseurs étaient des hommes. De plus, il y avait des éléments comiques (certains mouvements des danseurs étaient un peu bizarres) qui ont produit des rires dans le public. A mon avis, c’est une pièce très divertissante si on n’attend pas un ballet traditionnel et classique.