Ludwig

Concert – Orchestre national d’Île-de-France | Salle Pleyel | Learn More


Le 24 février 2013, l’Orchestre National d’Île de France, dirigé par Yoel Levi, donnait, salle Pleyel, un concert intitulé « Ludwig, le rêve héroïque de Beethoven ».

La première pièce était le Concerto pour violon en ré majeur (op. 61) de Beethoven, avec la violoniste Veronika Eberle, soliste de vingt-quatre ans. Après un premier mouvement tout en contrastes, jouant sur des oppositions entre passages d’une grande puissance et passages d’un grand lyrisme, vient un deuxième mouvement beaucoup plus délicat et intimiste, notamment lorsque la violoniste n’est qu’accompagnée que par les pizzicati des cordes de l’orchestre. Enfin, dans le dernier mouvement, revient sans cesse un motif bien connu – avec le plaisir que procure le fait de reconnaître cette air qu’on a déjà entendu – dans un jeu de variations où se répondent l’excellente soliste et l’orchestre.

La deuxième pièce est une pièce contemporaine, composée par Chrisitina Athinodorou, qui a, avec cet « Intermède pour une mer jamais vue », remporté le concours de composition Île de créations le 13 février 2013. C’est donc l’occasion de découvrir une pièce contemporaine, qui trouve parfaitement sa place dans un concert intitulé « Ludwig ». En effet, la compositrice, présente au concert, a dit quelques mots sur sa composition. Elle indiquait notamment qu’elle a été inspirée, au moment de composer, par la lecture de lettres de Beethoven, retenant en particulier que Beethoven n’avait jamais vu la mer. La pièce est plutôt figurative. Tout comme « Une barque sur l’océan » de Ravel, elle donne l’impression d’être sur la mer, impression renforcée par le mouvement simultané des archets, qui accompagne l’impression de vagues.

Le concert se termine avec la Symphonie n°5 en ut mineur (op. 67). L’ouverture du premier mouvement, très fameuse, impose un ton dramatique. Puis vient un mouvement plus chaleureux dans ses couleurs. Enfin, les deux mouvements allegro s’imposent de façon puissante et triomphale.

Marie Chabagno

C’est par une vague d’applaudissements que l’Orchestre National d’Île de France a été accueilli ce dimanche 24 février 2013 à la Salle Pleyel alors qu’il s’apprêtait à partager avec le public un grand moment musical aux côtés des partitions de Ludwig Van Beethoven.

La première partie du concert nous donnait à entendre le Concerto pour violon en ré majeur (opus 61), pour le plus grand plaisir des oreilles du public réécoutant ou simplement écoutant pour la première fois ce morceau, qui a été créé assez rapidement (pouvons-nous le croire ?) par Beethoven pour le violoniste Franz Clement à Vienne en 1806. On peut, à ce propos, saluer la performance assurée par la violoniste de l’Orchestre National d’Île de France qui interpréta avec allégresse et assurance ce morceau, nous transportant avec elle dans les salons de Vienne, au son de son instrument à cordes.
La deuxième partie, après l’entracte, commença tout d’abord par une découverte : Intermède pour une mer jamais vue de Christina Athinodorou, œuvre contemporaine en cinq mouvements inspirée des correspondances épistolaires de L.V. Beethoven. La lecture de ces lettres lui a permis de découvrir deux vérités très touchantes à propos de Beethoven : la perte progressive de son audition et le fait qu’il ne vit jamais la mer de sa vie, ce qui l’a incitée à créer cet Intermède. « La musique est de plus en plus forte comme pour imiter la vague » a-t-elle expliqué avant l’écoute au public, curieux d’entendre ce morceau qui lui a permis d’être lauréate du Concours de Composition Île de Création (un concours pour les jeunes créateurs de musique en Île de France). On pourra regretter, peut être, même si Beethoven restait encore à l’honneur dans ce nouveau morceau, le manque de souplesse dans la transition entre deux œuvres musicales classiques, et au milieu, l’écoute d’une œuvre certes enrichissante mais peut être trop éloignée de celles de Beethoven pour que le public réussisse à en capter tout le génie.

Enfin, quand les premiers accords de la Symphonie n°5 en ut mineur ont retenti dans la Salle Pleyel, tout le monde a arrêté de respirer, tant grandiose et magnifique est le commencement de ce morceau de génie (et de bravoure pour les musiciens). Ces accords entrent en nous pour nous réchauffer et ne nous quittent plus jamais. Un tel chef d’œuvre laisse sans voix, remplit de bonheur, donne la chair de poule et tout cela en même temps. Le dialogue entre les différents instruments y est tel que la musique, comme très souvent, réunit des éléments cacophoniques en une symphonie époustouflante, parfois frénétique, mais avant tout majestueuse.
Finalement, pour faire écho à la grande diversité des instruments qui composent un orchestre de cette envergure, tous les âges étaient réunis dimanche pour applaudir la prestation de l’Orchestre à la Salle Pleyel, ce qui ajoutait vie et longévité aux chefs d’œuvre de Ludwig Van Beethoven.

Elise Guyomar

« La musique de Beethoven suscite le frisson, la crainte, l’épouvante, la douleur, et éveille cette nostalgie infinie qui est l’essence même du romantisme » E.T.A Hoffmann, 1810

Avec ce programme Beethovenien, l’Orchestre National d’Île de France ose le risque en interprétant deux chefs d’œuvres du romantisme : le concerto pour violon en ré majeur op. 61 et la cinquième symphonie en ut mineur op. 67. Ouvrant le bal, Veronika Eberle a su nous séduire à travers son violon. La justesse de ses notes notamment dans les aigus est très impressionnante. Ses pianissimos sont bien amenés et intelligemment construits. Cette prestation est accompagnée d’un orchestre solide dirigé par Yoel Levi, chef principal de l’Orchestre national d’Île-de-France depuis 2005. Le plus dur lors d’un concert est de savoir se mettre en retrait pour laisser place au soliste, ce que Yoel Levi a parfaitement maîtriser.
Entre ces deux œuvres a été introduite une pièce contemporaine, lauréate du concours île de création avec un prix du Jury et un prix du public : Intermède pour une mer jamais vue de Christina Athinodorou (ïle de Création : Association créée en 1991 ayant pour but de promouvoir la musique contemporaine en la diffusant en même temps que les grands classiques connus de tous).

« Pour un jeune compositeur, le seul moyen d’avancer, c’est en entendant sa propre musique jouée par des professionnels ». Oscar Strasnoy, compositeur, parrain d’île de créations 2003

La grande découverte de la soirée fut cet Intermède, d’une durée d’environ 10 minutes, divisé en 5 mouvements relativement égaux de 2 minutes. S’inspirant de Beethoven, elle présente son œuvre en nous dévoilant que Beethoven n’avait jamais connu la mer mais l’avait souvent évoquée d’où le titre « pour une mer jamais vue ».  C’est en quelque sorte un hommage que Christina Athinodorou nous présente de part sa création. Pour les musiciens qui ne sont pas encore familliés avec les dissonances de la période contemporaine, cette œuvre est largement accessible. On pourrait aussi retrouver une petite influence de Beethoven ou Ravel dans les traits oscillant entre les graves et aigus.
Et en final, l’Orchestre National d’Île de France nous offre la 5e symphonie de Beethoven. Yoel Levi prend un gros risque en exécutant cette œuvre mondialement connue de tous. Malgré une petite fausse note des cuivres au début du morceau, il s’en sort sur les applaudissements du public. Quel agréable dimanche après-midi Beethovenien à Pleyel.

Kim-Mai Le

« La musique instrumentale de Beethoven nous ouvre le royaume de l’immense et de l’incommensurable » affirmait l’écrivain romantique allemand Hoffmann. C’est ce qu’a voulu nous faire partager l’Orchestre national d’Ile-de-France par son programme « Ludwig », donné en Ile-de-France pendant la deuxième quinzaine de février et dont la dernière avait lieu à  la salle Pleyel le dimanche 24 février. Sous la direction de Yoël Lévi, l’orchestre nous a proposé le Concerto pour violon de Beethoven interprété par Veronika Eberle, sa Symphonie n°5 et l’Intermêde pour une mer jamais vue de Christina Athinodorou, la création lauréate du concours Ile de créations.
L’interprétation en 2006 du concerto pour violon de Beethoven à  l’Osterfestspiele de Salzburg avait lancé le début de la carrière internationale de la jeune violoniste allemande Véronika Eberle. Sept ans après, à seulement 24 ans, la soliste fait donc preuve d’une maturité et d’une compréhension de l’oeuvre qui permettent au public de redécouvrir une pièce pourtant maintes fois entendues depuis sa création en 1806. Le dialogue avec l’orchestre, habituel des concertos, était ce dimanche tellement fluide qu’on aurait dit une communion. La violoniste a ravi le public dans ses piani, sublimant l’écriture remarquable de Beethoven.

La pièce contemporaine présentée après l’entracte témoigne de la volonté d’ouverture de l’Orchestre national d’Ile-de-France à la musique contemporaine : le concours Ile-de-Créations, créé en 2012, récompense et fait connaître les jeunes compositeurs de la région Ile-de-France en inscrivant les oeuvres lauréates au programme de l’Orchestre. L’ intermède pour une mer jamais vue, de Christina Athinodorou, vainqueur de l’édition 2013, s’intégrait parfaitement dans le programme Ludwig puisqu’il s’inspire de la surdité progressive du compositeur et du fait qu’il n’a jamais vu la mer de sa vie. La recherche musicale effectuée autour de ce thème est intéressante, et l’utilisation de toute l’étendue des nuances possibles évoque bien les reflux des vagues et la tempête intérieure que pouvait vivre Beethoven, perdant peu à peu son audition.

L’apogée du concert a pourtant bel et bien été atteint avec la Symphonie n°5 dite Symphonie du Destin, certainement l’oeuvre symphonique la plus célèbre au monde. Dirigée avec passion par Yoël Lévi, l’orchestre qu’il avait modelé pendant six ans a signalé  une profonde et brillante interprêtation. On connaît tous les richesses d’écriture de cette oeuvre géniale, où des phrases très courtes sont transmises de pupitre en pupitre, rebondissant en changeant à chaque fois d’atmosphère ; on connaît aussi la grâce du deuxième mouvement, la fougue et l’emportement du quatrième mouvement, mais on peut légitimement s’étonner qu’un orchestre puisse encore nous donner l’impression de vivre la réalité et la profondeur de cette oeuvre pour la première fois. En 2013 comme en 1812, les applaudissements nourris des spectateurs semblaient s’exclamer avec Hoffmann : « La musique de Beethoven suscite le frisson, la crainte, l’épouvante, la douleur, et éveille cette nostalgie infinie qui est l’essence même du romantisme ». Merci à l’Orchestre national d’Ile-de-France de nous avoir partagé le coeur de cette oeuvre géniale.

Caroline Pigache
Categories: Concert, Salle Pleyel