Le syndrome ian

Danse | Théâtre national de Chaillot | Learn More


Le syndrome Ian est un spectacle de danse contemporaine qui s’interroge sur les danses dites populaires, en s’inspirant de la première expérience du chorégraphe Christian Rizzo dans une boîte de nuit londonienne à 14 ans.

Je pense que cette  expérience nous est effectivement offerte sur scène. Les éclairages laissent une grande part de la scène sombre avec des effets de fumée et des lumières blanches dont les ampoules dessinent des sortes de grandes étoiles à plusieurs branches. Ces éclairages sont déplacés discrètement tout au long du spectacle en fonction du nombre de danseurs qui se trouvent sur scène, ce qui a l’avantage de créer plusieurs espaces et de jolis tableaux. La chorégraphie faite sur cette musique de club, avec des sons qui rendent hommage à Ian Curtis, est assez répétitive mais entraînante. Je pense que le pari de mettre une boîte de nuit sur scène est réussi car les spectateurs ont vite envie de rejoindre les danseurs.

Cependant il faut aimer ce genre de musique et le côté un peu répétitif du spectacle malgré de très belles chorégraphies. Le spectacle s’ouvre notamment sur des trios et des duos qui s’enlacent ce qui est en soi une assez belle scène mais qui s’étend à mon avis un peu trop. La longueur de ce genre de passages fait qu’il m’a été vraiment difficile de rentrer totalement dans le spectacle, je pense avoir souvent décroché.

De plus je n’ai pas été complètement réceptive à l’ajout de certains éléments, notamment celui de monstres faits de poils noirs qui guettaient et encerclaient petit à petit les danseurs restant sur scène. Tout un groupe de montres finit par se former jusqu’à ce qu’une danseuse se défasse de ce costume en révélant ses vêtements colorés. Il s’agissait peut être d’une illustration des montres de la nuit qui nous guettent, pourtant même sans explication c’était plutôt intriguant et intéressant à mettre en scène à mon avis comme élément oppressant la joie qui accompagne les danseurs dans leurs mouvements. Je pense que c’est surtout cela qui était vraiment appréciable dans le spectacle: l’énergie des danseurs, leur apparente bonne humeur et l’impression que l’on aurait pu rencontrer ces duos dans une fête ce qui créait une réelle proximité avec le public.

Chloé Bories

3ème chapitre d’une histoire qui a débuté en 2013 avec D’après une histoire vraie, Le syndrome Ian, nous plonge du 26 au 28 avril 2017, dans l’univers electro-pop du clubbing. Un an après avoir réinventé la danse de couple dans Ad noctum, Christian Rizzo, directeur du centre chorégraphique national de Montpellier, investit la scène du théâtre National Chaillot et nous envoûte cette fois encore, par une mise en scène hypnotique et branchée. Plus question de se concentrer : lâchez prise, écoutez ces rythmes électromagnétiques, perdez-vous et regardez ces jeunes danseurs consumer avec intensité cette vie nocturne étourdissante.

Ils sont neuf danseurs. Initialement regroupés au centre de cette scène ovale réajustée, ils se dispersent progressivement pour former tantôt des duos, tantôt des trios mais, ils ondulent de façon trop saccadée pour reconnaitre les particularités d’une seule danse. La musique est faible et seul un rythme prononcé se fait entendre. Puis, le son augmente et des tonalités de plus en plus électrisées s’ajoutent à un son déjà artificiel et magnétique. Sur cette scène de bois clair, les corps se partagent autant que l’espace scénique, on alterne de partenaire et on s’entrelace sensuellement dans un mouvement langoureux immédiatement contredit par un geste anguleux. Cette dualité physique, cette incapacité de choisir entre deux adresses physiques, intrigue autant qu’elle fascine. Les allures ultramodernes de leurs déhanchés sous-entendent en réalité un mélange de genres musicaux découverts en 1979. Le Syndrome Ian est alors le fruit d’une période musicale charnière, divisée entre deux opposés, où les gestes hermétiques et abstraits de la post-punk and new wave viennent perturber la sensualité des mouvements circulaires et groovy d’un disco enivrant. Il donne à voir ce qu’il a découvert alors qu’il fréquentait ce club londonien pour la première fois : deux mondes radicalement distincts qui évoluent conjointement. Ainsi, le public se retrouve plongé dans l’atmosphère d’une boite de nuit et assiste à un pur moment de vie. Proposer une vision de cette vie noctambule, chorégraphier le microcosme du clubbing, c’est introduire l’Art, la beauté et le sens dans un monde énigmatique et caché.

Le choix des tenues coïncide avec la sphère anonyme du clubbing. Tous vêtus de noir et de blanc, il est impossible de les dissocier et d’imaginer une personnalité quelconque, à travers ces corps en mouvement même si leur âge, leur genre, leur taille, leur couleur de peau impose une distinction. Mais parfois, ce bloc humain aveugle et impénétrable laisse parfois les corps se singulariser permettant ainsi de percevoir certains aspects de leur unicité. Ils sont proches de la trance voire de l’épilepsie générale. En effet le souvenir d’Ian Curtis, chanteur mythique du groupe de rock Joy Division, plane sur scène. Les danseurs semblent ne pas avoir de limite, ils transmettent une énergie, une vivacité de corps et d’esprit qui fait du bien. Le Syndrome Ian est une bouffée d’air chaud et dépossède d’un quelconque esprit logique car il ne s’agit pas d’analyser mais de percevoir l’état d’esprit même du chorégraphe : « tenter, quoiqu’il arrive, de danser sur les ruines d’une nuit à jamais dissipée ».

Le temps d’une petite heure, les quelques neufs clubber se démènent dans un environnement presque fantomatique. Le décor est froid et rappelle cette post-punk hostile. Dans cette sorte d’entrepôt austère, des lumières blanchâtres sortent de grandes étoiles métalliques, les couleurs vives sont absentes et les formes circulaires laissent place à des lignes saillantes. Il y a aussi cette constellation de points blanc phosphorescents qui tapissent le fond de la scène et qui rappellent cet environnement nocturne pour lui donner son aspect magique. Mais, si le gris, le noir ou le blanc dominent largement la scène, quelques faisceaux lumineux jaunes ou cuivrés s’imposent parfois pour redonner à cette atmosphère inhospitalière cette fièvre que l’on se souvient avoir vécu les samedis soir. Le disco reprend le dessus avant d’être de nouveau balayé par la new-wave. Or, il ne s’agit pas d’un affrontement entre les deux mais plutôt un essai permanent pour les faire coexister. Visuellement splendide, ce décor évolue au rythme des danseurs. Ils s’approprient leur espace et poussent ces projecteurs luminescents de sorte à faire varier les propositions lumineuses.  Et puis, il y a cette fumée qui s’éparpille nonchalamment sur ces corps tantôt lascifs, tantôt angulaires. Leurs gestes s’incorporent alors à cette fumée éparse pour finalement les faire disparaître avec poésie.

A cette atmosphère grave et pesante, s’ajoute l’étrangeté des personnages au costume verdâtre à long poils qui rappellent les tenues de camouflage militaire. Présents sur scène à tour de rôle, ils sont cinq, observent les danseurs se défouler inconscients, imprudents, se meuvent lentement sans être vus. Ils évincent progressivement les jeunes danseurs pour se poser triomphalement, face au public. Ils se balancent nonchalamment pour finir par tomber brusquement et ne se relever que difficilement. Probable incarnation visuelle de la mort, énigmatique et sourde, elle vient rappeler à ces jeunes âmes paumées une réalité oubliée en ces moments d’exaltation intense. Les années 80 approchent, le virus de sida aussi, les drogues circulent, Ian Curtis se suicide. Et, parce que tous les mouvements corporels ont un sens, ceux-là ne peuvent traduire que l’incapacité de ces jeunes hommes et femmes à faire face, à cet élément trouble-fête incontestable. Une seule jeune femme s’en sortira, elle s’extirpe de ce costume difforme, et habillée pour la première fois de couleurs, elle redonne une touche d’espoir à ce final mortifère.

Laura-Line Fady

Le jeudi 27 Avril, je suis allée au spectacle intitulé « Le syndrome Ian ». Ce dernier a débuté à 19h30 précise.

Il a été créé par Christiano Rizzo, qui s’est occupé de la chorégraphie, de la scénographie et des costumes. La musique fut composée par Pénélope Michel et Nicolas Devos.

L’objectif de Christiano Rizzo était de recréer l’ambiance des soirées de clubbing.

La musique se composait d’un mélange hétérogène de musique électro, de house, de techno, de musique électroacoustique et d’autres styles. Le tout était savamment mélangé à coup de mixage sonore faisant la liaison des différents éléments sonores, les superposant aussi. De courts motifs se répétaient sur le modèle du minimalisme américain. Petit à petit, une rythmique lancinante commença à émerger, pulsant sous les motifs répétés. Rapidement, la musique assez statique du début devint entraînante, s’amplifiant progressivement.

La chorégraphie m’a paru très étrange au début. Les danseurs et danseuses étaient vêtus d’un t-shirt blanc, d’un pantalon foncé et de baskets. Il était assez difficile de distinguer les garçons des filles ; ils avaient tous les cheveux lâchés, et une attitude décontractée.

Le spectacle commença sur une diffusion de sons mixés. Les danseurs étaient répartis par petits groupes sur la scène. Leurs mouvements étaient limités à l’extrême, et ils se tenaient très proches les uns des autres. Les groupes évoluaient par mouvement désynchronisés, projetant une vision d’ensemble mouvante et évolutive.

Petit à petit, la musique commença à s’amplifier, et à devenir plus rythmée. En parallèle, les gestes des danseurs devinrent plus larges, plus engagés.

Les mouvements répétitifs restaient relativement simples et systématiques. Les pas des danseurs n’étaient pas ce à quoi le spectateur portait attention. En effet, c’étaient les interactions entre les danseurs et les mouvements des différents groupes gérant l’espace qui construisaient la beauté du spectacle.

Dés le début du spectacle, une personne vêtue d’un costume noir couvert de poils se tenait sur le côté de la scène immobile.

Au cours du spectacle, ces figures sombres immobiles devinrent de plus en plus nombreuses.

Vers la fin du spectacle, les danseurs furent remplacés par ces personnes vêtues de costumes noirs. Ces dernières dansaient sur place en effectuant des torsions, tombaient à terre, puis se relevaient lentement, créant une ambiance assez morbide.

A la fin de la représentation, les danseurs costumés finirent tous couchés à terre. Seule une danseuse se mit debout, enleva son costume pour révéler une tenue aux couleurs vives. Sur une musique hard rock, elle se mit à s’agiter et se démener en tous sens, agitant sa chevelure.

Puis, la lumière s’éteignit, pour laisser le spectateur dans le noir. La musique quant à elle, effectua un crescendo magistral et s’arrêta brusquement, le tout dans le noir complet.

C’était de fait, un spectacle très surprenant, original et dont la beauté résidait dans la gestion de l’espace, les interactions et la mouvance des disposition.

 Ophélie Lacondemine

Jeudi 27 avril 2017, 19h30, entrée au club. Un peu tôt dirait-on. Cette fois je ne danse pas, j’observe. C’est en réalité dans la salle Jean Vilar du Théâtre de Chaillot que prend place le syndrome ian, dernier spectacle de Christian Rizzo mettant en scène la danse de club. Dans cette représentation, Chistian Rizzo se rappelle de sa première fois en club dans le Londres de 1979. Il a quatorze ans et est émerveillé par ces corps bougeant en musique. C’est dans une optique de défi de rendre toute sa beauté à cette danse populaire qu’il la présente sur scène, lui offrant ainsi une grande reconnaissance.

Haut blanc, bas noir,pour les neuf danseurs ; dress code de la soirée ou symbole de l’unité formée par les clubbeurs acharnés ? Les corps emmêlés s’animent au ralenti sur une musique en sourdine. Ce noyau humain se défait et les électrons libres se dispersent. En duo certains se retrouvent et ne font plus qu’un. Ces couples fusionnent dans l’intimité créée par le son électronique. Pour s’exprimer, les corps ont besoin du rythme enivrant de la musique. Ils semblent vouloir se joindre à d’autres pour fusionner et ressentir l’osmose avec l’étranger. Certaines fois c’est en symétrie et en cadence qu’ils s’élancent, s’entraînant les uns les autres. D’autres fois, c’est à l’écart qu’ils ondulent leur corps sans prêter attention au reste du groupe.

Mais qu’elle est donc cette ombre observatrice à l’écart que l’on met du temps à apercevoir ? Elle est hors piste comme spectatrice, comme nous. Une seule ombre ? Mais non deux… trois… une multitude. Elles aussi se prennent finalement au rythme des sons. Elles semblent être l’âme du spectateur voulant rejoindre lui aussi à cette musique addictive. Puis elles retombent tels des fœtus et se reforment. Elles sont comme une éternelle renaissance du corps par la musique.

Les trois structures mobiles en forme de soleil éclairant la piste semblent illustrer la journée des clubbeurs qui commence en pleine nuit et ne termine qu’au lever du jour. Les artistes les déplacent pour réduire l’espace de la piste. Les corps doivent alors se réadapter à ce nouvel environnement, plus confiné et cohabiter sans jamais se gêner.

Qu’est ce que ce syndrome Ian ? A l’origine, Ian Curtis, le chanteur de Joy Division fascine par sa danse épileptique. Alors que certains le pensaient sous drogue, il laissait simplement son corps être absorbé par la musique. C’est la première fois que je me trouve dans cette situation de spectateur de club. D’habitude nous sommes sur la piste à faire jouer nos corps au rythme des beats, à se laisser envoûter par un tempo tribal. Cette fois-ci nous observons ces corps se mettre en mouvement, s’aimanter et s’émanciper. Christian Rizzo réussit à nous placer dans une nouvelle dimension en proposant une étonnante exploration de soi. Avis aux clubbeurs, venez analyser vos corps qui se désarticulent lentement, qui se séparent de la masse pour prendre de l’ampleur. Captivant.

Louise Le Danvic
Photo : Marc Coudrais