Le corps musicien

Projection musicale | Musée du Louvre | Learn More


Il se fait tard, presque personne dans le musée. Les allées du Louvre sont vides, mais on voit, de temps à autres, quelques personnes se faufiler dans l’aile menant à l’Auditorium. Ce soir, Pour diversifier et rajeunir son public, le Louvre accueille une conférence d’un genre nouveau : Clip & Clap. Rien à voir avec le bruit de la pluie qui semble interrompue depuis quelques semaines, Clip & Clap a un concept simple et séduisant : explorer la musique sans la dissocier de ses images. Ce vendredi 3 mars, cette soirée musicale d’un nouveau genre est orientée vers une des actualités du Louvre, qui est l’exposition de la Petite Galerie « Corps en mouvement, la danse au musée ». Aujourd’hui, il n’est donc pas question de musique sans parler du mouvement qui l’accompagne. Du danseur au musicien, en passant par le chef d’orchestre, tout les mouvements sont étudiés dans un corpus de vidéo et extraits documentaires aussi variés que surprenante.

L’ouverture est un extrait de  « Jocaste », incarné par Martha Graham, danseuse exceptionnelle du siècle dernier. Ce point de départ un peu strict, liant danse chorégraphié et musique écrite, donc sans réel surprise, nous mène vers des chemins plus sombres et nous met face à des problématiques musicales très variées. Peut on apprécier le mouvement et en imaginer la musique, comme sur cette seule et unique archive d’Isadora Duncan ? Peut-on écrire le mouvement, et le rendre plus passionnant que la musique qui l’illustre, comme chez Xacier le Roy ? Le mouvement peut –il dénoncer et prêter à rire, comme chez Les Monthy Pitons ? Quels sont les limites du mouvement en danse et en musique et peut-on vraiment les atteindre ?

Les extraits vidéos se succèdent ; certains parfois trop court, donne envie d’en savoir plus. Le tout est commenté avec brio par Clément Lebrun, musicologue et musicien, et Christian Labrande, initiateur de la série « Clip & Clap » et programmateur des cycles de Musique Filmée à l’Auditorium du Louvre depuis 1989, ayant collaboré avec le Lincoln Center à New York ou le Barbican Center à Londres, rien que ça. Ce duo, aussi brillant que comique, n’hésite pas à donner de leur voix et de leur personne pour rendre la conférence un peu moins académique que prévue. En presque deux heures de conférences, Cecil Taylor, fou et déchainé sur son piano, côtoie le jeune Iggy Pop, que personne ne retient quand il se jette dans une foule. Gene Kelly, dans une scène culte de Singin’ in the Rain, succède à Vladimir Horowitz, et on n’a pas le temps de s’ennuyer. Les sujets s’enchainent de façon anarchique, sans réel liens logiques, mais tout est convainquant. On en ressort plein de musique, d’image et de sons en tête, après un final assurée épileptique d’une performance d’Hiroaki Umeda.

Noumia Boutleux

Dans le cadre de la séance Clip&Clap, « Le corps musicien », les présentateurs Clément Lebrun et Christian Labrande amènent les spectateurs à un voyage esthétique dans le domaine de la danse et de la musique. Des extraits vidéo qui montrent soit des danseurs soit des musiciens (ou bien des activités artistiques qui sont à situer entre les deux), incitent à se poser de nouveau des questions concernant le rapport entre le corps et la musique.

Lebrun et Labrande introduisent et commentent les vidéos, mais sans jamais trop dire. Ils stimulent les spectateurs à développer leurs propres réfléxions en donnant des indications surtout précieux pour ceux qui s’approchent de la danse de manière théorique pour la première fois. Le choix des vidéos est très bien fait. Non seulement la diversité historique des différents styles de danse et musique est présente, mais on montre également ce qui correspond à presque toutes les facettes théroriques liées à la question du corps musicien : La danse sans la musique, le corps en tant qu’instrument, les partitions du choréographe, ou la danse comme épreuve de la force corporelle, pour nommer quelques exemples.

Un seul aspect manque un peu : Une analyse de ce qui se passe dans le corps du spectateur qui voit la danse ou se sent stimulé par la musique aurait été très intéressante. Concernant cette problématique, les présentateurs se sont limités au stage diving et à la thématique des marathons de danse. Pourtant, il y a aussi des choix de vidéos surprenants : un point culminant est l’observation des différentes manières de diriger des chefs d’orchestre – on n’aurait pas forcément pensé à chercher la danse dans le corps de celui qui dirige la musique et doit donc lui résister en un sens, et pourtant elle s’y montre de manière distincte et individuelle.

Dans l’ensemble, le modèle de Clip&Clap est un concept qui passionne : Bien qu’il n’y ait pas forcément un discours fermé et élaboré, le choix brillant des extraits et la présentation stimulante et ouverte donne envie de revenir.

Doria Bretz

Le 3 mars 2017 se tenait à l’auditorium Louvre une séance particulière nommée Clip & Clap. Cet événement n’était pas le premier à porter ce nom puisque le principe de la soirée est régulièrement reconduit par ses deux organisateurs, Clément Lebrun, un grand musicologue et musicien, et Christian Labrande, figure connue de l’organisation de conférences tournant autour de la musique. Le thème de cette soirée était “Le corps musicien” et visait, d’après la brochure, à montrer comment les corps des musiciens et des danseurs ont changé de fonction avec le temps pour finalement atteindre une plus grande liberté.

N’ayant trouvé que peu d’information au sujet de cette rencontre, je ne savais pas à quoi m’attendre. Pensant d’abord à une mise en scène théâtrale, je fus surpris d’assister plutôt à une conférence très dynamique qu’à un spectacle. À travers les analyses des deux professionnels cités plus haut et grâce à des archives filmées d’une qualité exceptionnelle, les différents mouvements de danse et de musique étaient présentés et expliqués. Le voyage commençait avec des documents muets montrant Isadora Duncan danser devant une foule de personnes et s’achevait sur une représentation moderne d’un artiste ne bougeant presque plus. Entre ces bornes venaient et repartaient des conceptions toutes aussi différentes qu’intéressantes, de l’emploi entier du corps dans la composition musicale à l’abandon de toute logique sonore au profit du mouvement.

Il était fascinant d’entendre les deux passionnés qu’étaient les organisateurs de la soirée décrire avec précision l’évolution des mentalités quant à l’expression sans cesse renouvelée de l’art musical. Leurs analyses se fondaient souvent sur leur propre expérience et montraient effectivement l’effet qu’avait tel ou tel autre choix artistique sur la réception. Clément Lebrun parlait par exemple d’un type de représentation où des danseurs s’exécutaient devant un public jusqu’à ce qu’il ne reste dans la salle qu’un spectateur ou bien sur scène qu’un seul artiste, conduisant parfois à faire durer des spectacles trois ou quatre heures. N’étant pas un spécialiste, j’aurais sans doute trouvé le concept obscur mais la réussite de l’explication des intervenants et leur éloquence rendaient l’idée absolument fasciante et remettaient en question la place du public dans toute représentation artistique.

Un autre point extrêmement positif de cette séance était sa dimension très vaste : en effet, s’il état impossible d’être exhaustif en si peu de temps, les organisateurs ont mis un point d’honneur à varier le plus possible les genres musicaux et de danse ainsi que l’origine des artistes, produisant un effet plaisant de découverte et de constante actualisation du propos sur scène, allant des figures les plus connues, comme Nijinsky, aux mouvements moins fameux de body clapping. La soirée ne s’essoufflait jamais et était ponctuée d’humour et de dynamisme. En résumé, le concept des rencontres Clip & Clap est une découverte très intéressante que l’on pourrait conseiller à tous, aux spécialistes des questions étudiées comme aux complets amateurs.

Quentin Fichot

Quand on entre dans l’auditorium du Louvre, on distingue immédiatement dans l’audience qui a déjà assisté à une soirée Clip&Clap et qui est novice. La première catégorie sait à quoi s’attendre, et se love confortablement dans les fauteuils modernes de la salle. Les autres, dont je faisais partie, se plongent dans la brochure descriptive et attendent, dans l’ignorance de l’éclairante leçon à venir.

C’est en effet d’une leçon qu’il s’agit, tellement le savoir des deux intervenants, Christian Labrande et Clément Lebrun, est à la fois important et communicatif. On tient ici plus de la discussion entre amis que d’un soporifique cours magistral : les deux spécialistes ont chacun leur personnage, et au cours de ces deux heures qu’on ne voit pas passer, ils alternent entre petites anecdotes, vidéos dénichées au fin fond d’archives rares et références pointues mais assez explicitées pour qu’une néophyte de la musique et de la danse ne se sente pas perdue. Le thème de cette soirée était « Le corps musicien », dans le cadre de l’exposition sur le mouvement donnée par le musée. Malgré l’ampleur du sujet, une majorité d’aspects a pu être abordée : comment mettre en musique les mouvements du corps, et comment danser certains sons.

La musique et la danse sont liées depuis toujours, les sons créés par le corps étant une des premières formes de musique, ce qui nous est montré par des archives vidéographiques très hétérogènes. Ainsi, des débuts de la chorégraphie moderne à la danse sur des sons électroniques d’ordinateur, le spectateur est plongé dans un voyage dans le temps et les genres. Isadora Duncan, Iggy Pop, Miles Davis, les Monty Python, Dominique Brun… les inspirations multiples permettent d’élargir la vision du corps, de la musique et de la danse, et tout le monde dans la salle s’y retrouve.

En effet, les deux intervenants mettent un point fort à créer une interaction incessante avec le public, et l’attention de ce dernier ne faiblit jamais malgré un jargon de connaisseur qui peut parfois déstabiliser au premier abord. C’est que Christian Labarde comme Clément Lebrun sont deux spécialistes pointus. Le premier travaille depuis longtemps dans le monde de la musique (programmateur des cycles de Musique Filmée à l’Auditorium du Louvre depuis 1989, organisateur de festival et d’expositions à la Cité de la Musique), et le deuxième est un petit génie qui connaît et pratique la musique au sens large : du ska au jazz en passant par le rock et les grands compositeurs classiques, rien ne semble lui être inconnu. Cela mènera même à une scène assez insolite, où après avoir fait deviner au public des grands compositeurs et musiciens en les mimant, il se met à danser presque malgré lui sur un clip de métal du groupe suédois Meshuggah. Ce grand écart est à l’image des soirées Clip&Clap : ouvertes à tous les amateurs de culture et à tous les types de création, pour mieux unir autour du langage universel qu’est celui de la musique et du corps.

Pauline Georget

Cette séance explore à travers des archives filmées la manière dont le corps du musicien et celui du danseur ont évolués à travers le temps pour changer de fonction et arriver à de nouvelles formes d’expression.

Clip & Clap est plus une conférence qu’un véritable spectacle. La séance est présenté par Clément Lebrun, à la fois musicologue et musicien et Christian Labrande, initiateur du projet « Clip & Clap », lui aussi spécialiste de musique. Tous deux s’interrogent ce soir sur un rapport indispensable dans la musique : celui du corps et du son.

Ce programme est en lien avec l’exposition du Louvre « Corps en mouvement. La danse au musée. »

Le programme vante une rencontre entre la conférence, le happening et une sorte de visite d’une exposition dont les tableaux ont été remplacés par des extraits vidéos.

Les extraits sont présentés chronologiquement, de Isadora Duncan à Iggy Pop en passant par le groupe de métal suédois Meshuggah et Singin’ in the Rain.

Le but est de montrer que à travers l’évolution de la musique, on a aussi assisté à une évolution des rapports entre le corps du musicien et le son, mais aussi le rapport du spectateur à la musique et aux artistes.

Les exemples sont fournis et intéressants ; une connaissance pointue en musique permettrait de reconnaître plus rapidement les enjeux présentés par les conférenciers. Mais même en temps que novice, le manque de culture musicale n’est pas quelque chose de réellement gênant puisque chaque extrait est présenté en détail, donnant à la fois les informations concernant le paysage musical et ce qu’apporte l’artiste au sujet exploré.

Beaucoup d’extraits sont proposé en duo, pour souligner deux extrêmes, notamment entre deux chefs d’orchestre Fritz Reiner (début XXe) et Carlos Kleiber (fin XXe). Un chef d’orchestre est particulièrement libre de ses mouvements, il peut donc choisir la manière dont il dirige et vit la musique. Reiner fait un minimum de mouvements, simplement le bras, alors que Kleiber a un rapport à la musique beaucoup plus physique puisque tout son corps est en mouvement.

La conférence parle ensuite de l’évolution du public, par l’exemple du stage diving en s’appuyant sur la figure iconique d’Iggy Pop.

Les deux intervenants mettent aussi en place un quizz musical dans lequel ils demandent au public de reconnaître des instruments ou des artistes en faisant un geste caractéristique. L’atmosphère est agréable, il y a une vraie communication entre l’auditoire et les intervenants, de nombreux rires égayent la prestation.

La conférence est riche en informations, mais jamais hors de portée. En suivant attentivement, il est possible de comprendre tous les enjeux.

On voit que l’évolution de la musique passe aussi par l’évolution de la gestuelle : la musique a changé de perspective dans les différentes sociétés, et d’une certaine manière elle est beaucoup plus physique qu’auparavant : même dans les rapports que le musicien a avec son public, on voit qu’il en ai beaucoup plus proche et que dans certains côtés il l’intègre dans sa performance, et le spectateur lui même est en attente par rapport à la fois à la musique et à l’artiste.

Camille Gho

Le Louvre propose des interventions musicales avec, en partenariat, le Centre National de la Danse : Clip&Clap. Situé à l’auditorium, le Louvre accueille une fois par mois ses visiteurs pour discuter de sujets musicaux autour de spécialistes. Le format peut faire penser à une émission de radio ou de télévision à laquelle on assisterait en direct. Là, les spécialistes animent la soirée et présentent leur domaine au public. La scène accueille seulement deux chaises et un pupitre ; c’est surtout l’écran qui est important. Ce vendredi 3 mars, Clément Lebrun, musicien et musicologue, et Christian Labrande, auteur réalisateur, nous livrent une analyse sur les rapports entre corps du musicien et musique. L’approche chronologique, plutôt traditionnelle, permet d’englober en un temps imparti une évolution quant à ce rapport.

La soirée dure deux heures et offre à voir différents films d’archives qui soutiennent les propos des intervenants. L’utilisation des documents d’archives est particulièrement intéressante puisqu’elle est diverse et propose des images rares. La séquence où Isadora Duncan danse parmi les oliviers, et se retire un large sourire sur le visage, est magique. Les ressources filmographiques couvrent aussi bien évidemment des événements plus contemporains -la prestation d’Alessandro Sciarroni a, je pense, marqué tous les esprits dans la salle- et ont le mérite de faire découvrir des choses nouvelles dont nous n’aurions peut-être pas entendu parler. Deux heures plutôt intenses d’informations, généreusement coupée d’une petite pause, pendant laquelle les animateurs proposent un quiz et miment des musiciens célèbres et des instruments de musique. Le corps musicien en acte. Clément Lebrun et Christian Labrande semblent bien s’entendre et arrivent à rendre l’atmosphère légère et bon enfant, déridant le public avec des plaisanteries et des vidéos décalées. Cependant, il est dommage qu’il subsiste ce mur invisible entre spécialistes et spectateurs qui rend une alchimie totale impossible.

L’un dans l’autre, la soirée Clip&Clap est agréable et légère. Le seul point négatif à souligner est que, dans ce tourbillon d’informations, les spécialistes ont tendance à supposer que le public s’y connaît bien. C’est un défaut des passionnés aisément pardonné, et mieux vaut assister à ces séances avec un carnet et un crayon.

Julia Vedrine
Photo : Dave Hingerty